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Full text of "Principes de morale, de politique et de droit public, puisés dans l'histoire de notre monarchie : ou, Discours sur l'histoire de France. Dédiés au roi"

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BOSTON PUBLIC LIBRARY. 




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PRINCIPES 

DE 

MORALE, DE POLITIQUE 

ET DE DROIT PUBLIC, 

Puijs dans FHiftoire de notre Monarchie, 

ou 

DISCOURS 



SUR 



L'HISTOIRE DE FRANCE, 
Ddis au Roi. 

Par M. Mo R EAU, Hifloriographe de France. 



Tome Quatrime. 



nrairrn 




A PARIS, 

DE L'IMPRIMERIE ROiTALE. 



AL DCCLXXVII. 



DISCO U RS 

SUR 

L'HISTOIRE DE FRANCE. 

OU 

PRINCIPES DE MORALE, 

de Politique &* de Droit public , puifs 
da?is les Evnenfens de notre Monarchie, 
d'aprs le Plan form par feu JI4J 1 LE 
Dauphin pour l"mflrudio?i des Pimces. 

QUATRIME DISCOURS. 

Clt aire II ir Dagobert fin 

fils. Ajfembles des Grands. Devoirs 
if Fondions des Plaids. 

x\ o u s entrons dans la partie de notre 

Hifloire qui eft la moins connue. Ce got 

des Lettres qui fubfiftoit encore dans les 

Gaules quand les Franois s'en emparrent^ 
Tome IV. A 



2 4* Discours 

fe perdit peu--peu fous le defpotifme des 
fucceieurs de Clovis. 

Les grands vques dont j'ai parl dans 

le Difcours prcdent, toient tous du 

commencement ou du milieu du vi. e ficle; 

dans le feptime, l'intrigue & la faveur 

dposrent des bnfices Ecclfiaftiques , 

& le Clerg cela d'tudier, parce que 

l'tude ne menoit plus rien. Tous ceux 

qui alors recevoient une ducation un peu 

plus diftingue, ne connoiflbient d'autre 

profeffion que les armes. La guerre toit 

l'occupation commune ; & fi quelques 

Moines crivoient encore , comme ils 

ai'toient pas lus , ils s en iafsrent , Se 

comme ils toient encore moins critiqus, 

ifs n'crivirent que des fables. 

Ainfi, depuis le rgne de Clotaire II 
jufqu'au commencement de la fconde 
Race, nous ne fommes plus guids par 
des crivains contemporains. Les Formules 
de Marcuife nous ferviront fans doute 
dans cet intervalle dont elles atteftent les 



sur l'Hist. de France. 3 

ufages. Peut-tre y joindrons-nous un trs- 
petit nombre de chartes de nos Rois, dont 
quelques-unes mme font trs-lgitimement 
fufpetes aux Savans qui ies ont examines : 
pour ies Auteurs , nous n'en avons aucun 
qui mrite notre confiance, & tous ceux 
qui nous apprennent ce qui fe pai en 
France depuis l'affoibiiflement de l'autorit 
Royale jufqu' l'entire dgradation de la 
premire Race de nos Rois, ont crit au 
commencement de la troifime, ou du 
moins fous le gouvernement de ces Maire* 
du Palais qui s'emparrent d'abord de l'au- 
torit, & finirent par fe l'approprier. 

Quand le zle de Charlemagne eut un 
peu reffufcit l'amour des Lettres, & appel 
avec les plus grands efforts le foibie jour 
qui claira fon rgne, ce qui reftoit des 
monumens du vi. e , du vn. e & du vui. e 
ficle toit enterr dans les clotres. Les 
Ecclfiafliques & les Moines, encourags 
par la faveur du Monarque, apprirent du 

moins les lire , & au dfaut d'Hifloires 

A ij 



4 4- Discours 

s'occuprent alors faire des Chroniques ; 
mais il et fallu choifir & difcerner les mat- 
riaux. Le peu de vrits qui s'y trouvoient, 
toit ml de faufTets fans nombre. II 
falloit remplir de longs intervalles, dans 
lefquels on ne connoifibit que la fuite des 
Princes & la lifte des Magiftrats : on rmafa 
des traditions populaires & abfurdes. Tout 
fut bon aux crivains de cette poque 9 
rcits de miracles apocryphes, combats 
merveilleux, forfaits pouvantables; la 
fuperftition & la crdulit du vulgaire ne 
fourniffoient rien leurs rcits, ils ne 
faifoient aucune difficult d'inventer eux- 
mmes : quelques-uns ne vouloient que le 
faire un nom , d'autres croy oient de bonne 
foi difier leur ficle en le trompant. 

Telles font cependant les fources, dans 
Iefqu elles ont t forcs de puifer tous ceux 
qui ont voulu dans la fuite clairer Toblcurit 
de ces temps reculs. Ces monumens nous 
ont du moins appris Tordre des rgnes, & 
en cela fe font trouvs conformes une 



sur l'Hist. de France. 5 

autre efpce de monumens dont on ne peut 
critiquer l'authenticit; je veux parler des 
anciennes monnoies de nos premiers Rois. 

Quant aux grands vnemens qui fe 
pafsrent en France depuis Je milieu du 
vn. e ficle jufqu'au neuvime, & aux noms 
des Princes & des Magiftrats qui y eurent 
quelque part, comme il n etoit pas poffible 
qu'ils ne fe confervafTent dans ia mmoire 
des hommes, les traditions recueillies dans 
ces chroniques font un tmoignage auquel 
on ne peut raifonnablement refufer de s'en 
rapporter. 

En peut -on dire autant, & des faits 
moins importans & du dtail des cir- 
conftances par lefquelles ces Auteurs ont 
cherch embellir ou rendre plus int- 
refns leurs rcits? Les Savans, qui par 
les ordres & fous la protection du Gou- 
vernement ont raflembl les matriaux de 
notre Hiftoire (a), nous ont eux-mmes 

(a) J'ai dj parl de Frdgaire dans une Note 
qui eft la fin du troifime Volume. L'Auteur qui 

Aiij 



6 4 me Discours 

fait part de leurs doutes, & avertiffnt 
du peu de foi que mritent les anecdotes 
qu'ils recueillent : ils nous prviennent 
contre les erreurs & ia partialit de tous 

m ' ' ' 

vient enfute , efl celui des Geftes des Francs. On 
imagine qu'il vivoit fousTherry-de-Chees, & voici 
comment s'expriment fur fon compte les Bndidins 
qui ont recueilli nos anciens Hiftoriens : Cterm 
Geftorum Auor tt fabulas ccmminifcitur , ut vixfidem 
uam mereatur. Mcnit. in Geft, Franc, Rec, des Hift 

de Fr. tome II, page jSg, Aprs lui, fe trouve 

i'Auteur des Celles de Dagobert ; Dom Flibien 
croit qu'il a vcu en 780; le P. le Cointe le place 
fous Charlemagne <Sc fous Louis-Ie-Dbonnaire, & 
Adrien-de- Valois croit en gnral qu'il n'a crit que 
dans le neuvime ficie. Voici le jugement qu'ont 
port de lui nos Savans : Afonachus ille rbus tam 
fabulofis tamque vero abhorrentibus fuam maculavit 
H'iftorlam , ut non immeritb a quibujdam Anonymus 
Fabulator vocetur. Mon'it. in Geft. Dagob* Ibid. 
Enfin Aimoin, tant cit par nos Auteurs fur les 
vnemens de la premire Race, vivoit encore l'an 
1004; il toit Moine de Fleury, & n'eft croyable 
que Iorfqu'il copie Grgoire de Tours. Dans ces 
emps-l , au refle , des faits partes cinquante ans 
avant l'poque o on les crivoit , toient aufi 
trangers ceux qui entreprenoient enfuite d'en faire 
l'hifloire , que s'ils s'toient paffs mille lieues. 



sur il H i st. de France, y 

ces crivains que Ton mettroit prefque au 
rang des Romanciers, fi leur unanimit fur 
le gros des faits, qu'ils n'a voient nul intrt 
d'inventer ou d'altrer, ne nous prouvoit 
qu'ils ont voulu crire l'Hiftoire. 

Quel parti prendre au milieu de toutes 
ces incertitudes ? Rfervons l'autorit des 
Moines qui ont crit fur ces temps reculs, 
pour faire connotre dans la fuite avec plus 
de jufteffe le ficle dans lequel ils ont 
compof leurs rapfodies ; car ceft quoi le 
faux mme peut nous fervir. Ces Auteurs 
peignoient les murs & les ufages de leur 
temps, lorfqu'ils vouloient tracer le tableau 
de notre ancien Gouvernement. Mais 
puifque les dtails des rgnes fur lefquels 
ils ont donn carrire leur imagination 
nous font peu connus, courons rapidement 
fur ces dtails : ne confultons que le peu 
de monumens qui nous attellent & la 
lgiflation & les formes de cette poque; 
& ces monumens mme, prenons la libert 
de les juger. 

A iv 



8 4- Discours 

Mon objet n'eft point de donner des 
Mmoires fecrets de la Cour de Clotaire II 
& de (es fuccefiurs; mais en m attachant 
ia fuite & l'enchanement des faits 
principaux fur iefquels tous nos Annaiiftes 
font d accord, je dois fur-tout faire aper- 
cevol; aux Princes, par quels degrs les 
Rois defcendent du Trne, & quelle eft 
la marche de ce pouvoir plus fort que les 
Empires, qui les foutient ou les dtruit, 
fuivant que les Souverains ou fcondent ou 
contrarient fa direction ou fon activit. 

Je commencerai d'abord par annoncer 

que ce fut l'poque de Clotaire II, 

que e pouvoir de nos Rois commena 
dcliner. 

La puiince de Clotaire , dit M. le 

Prfident Hnault , excite l'envie des 

Grands & le rend plus modr; il kifle 

l'Auftrafie & la Bourgogne leurs 

Maires, dont l'autorit, femblable celle 

des Vice - rois , commenoit dj . fe 

faire fentir en France, & qui finirent par 



sur l'Hist. de France. 9 

fe rendre les matres du Royaume (b). 
II remarque enfui te que ce Prince tint des 
efpces de Parlemens ambulatoires nomms 
Placita. 

J ai fait voir plus haut que ces Placita, 
qui ne fe font appels Parlemens que dans 
le treizime ficie , s'toient tenus ds 
l'origine de la Monarchie & fous les 
fucceffeurs immdiats de Ciovis. Ce ne 
fut donc point Clotaire qui les tablit; 
mais ils furent fous fon rgne, plus frquens 
& plus nombreux. 

Non, fans doute, ce ne fut point la 
puiflnce de Clotaire II qui excita l'envie 
des Grands ; ce furent fes attentats & fes 
crimes qui foulevrent leur indignation, 
qui leur firent redouter fon injuflice, qui 
leur firent mprifer fa foibleffe. L'horrible 
fupplice de Brunehaut, facrifie non aux 
loix du Royaume, mais la vengeance du 
Prince , fit connotre toute la Nation ce 
qu'elle avoit attendre de ce pouvoir, que 

(b) Abr. chron. du Prfid. Hnault; tome J,pge 27 1 






io 4. Discours 

l'ignorance & le mpris des rgles rendoient 
arbitraire. Meurtrier de (es neveux, ufur- 
pateur de leurs Etats, il flatta, il acheta les 
Magiftrats perfides qui lui livrrent l'hri- 
tage de leurs lgitimes matres, & il ne fit 
pas rflexion qu'en devenant le complice 
de tous ces tratres, il les rendoit (es gaux. 
Il eut beau leur promettre l'impunit : 
la foi d'un fi mchant Prince pouvoit-elle 
raflurer des fujets aufl mdians que lui ? 
Dvor de remords, tremblant (ans celle 
de perdre un pouvoir fi mal acquis , ne 
pouvant fe confier des fclrats auxquels 
il devoit tout, craignant des complots dont 
il avoit lui-mme donn l'exemple, il toit 
rduit prier ceux auxquels il et d 
commander, flatter ceux qu'il habit, 
s'appuyer fur le concours des volonts 
de ceux dont les moindres mouvemens le 
faifoient trembler. Il s'toit engag ne 
point ter leurs offices aux deux Maires 
du Palais dont les crimes avoient fervi (on 
ambition. Bientt ceux qu'il nomma ces 



sur l'Hist. de France, i i 

offices exigrent de lui le mme ferment, 
& prefque auffi-tt il perdit lui-mme Je 
droit de difpofer de cette premire dignit 
du Royaume, qui navoit t d'abord qu'une 
des premires charges de la Maifon Royale. 
Ce fut donc fous fon rgne que les 
Maires du Palais jetrent les fondemens 
de ce pouvoir qui peu --peu fe rendit 
fuprieur celui du Monarque, Garnier ou 
Warnachaire, ce tratre qui avoit livr les 
tats & la perfonne du jeune Sigebert, eut 
la Mairie de Bourgogne pour rcompenfe, 
& obligea Clotaire de lui promettre par 
ferment qu'il ne le deftitueroit jamais. 
Radon fut Maire d'Auflrafie ; l'un & l'autre 
exercrent leur dignit avec cette indpen- 
dance qu'ils regardoient comme le prix de 
leurs forfaits. Les Magiftrats infrieurs qui 
avoient partag la trahifn, voulurent aufli 
en profiter. Tous les Ducs, tous les Comtes 
des deux Royaumes, furent confervs, & 
n'en montrrent que plus d'audace, parce 
qu'ils ne crurent devoir aucune reconnoif- 
fonce. Quauroit pu faire contre eux un 



12 fT Discours 

malheureux Prince qui, ne rgnant fur les 
deux tiers de la France que par leur trahifon, 
attendoit tout de leur fecours & avoit tout 
craindre de leur mcontentement ? & 
comment un meurtrier & un ufurpateur 
n'et-il pas trembl devant les vques, 
qui non-feulement toient en droit, mais 
mme toient obligs de lui reprocher fbn 
injuftice ? 

Ce fut pour fe raffurer, s'il toit poffibfe, 
contre des craintes bien fondes ; ce fut 
pour fe donner l'air d'un Monarque jufte 
& populaire, que croyant affermir fa puif* 
fnce fur l'univerfalit de la monarchie 
Franoife, il affembla Paris un plaid 
gnral. Ii y a toute apparence que les 
Magiftrats chargs de l'adminiftration de (es 
nouveaux Etats, y furent appels en trs- 
grand nombre, puifque l'on y vit arriver 
jufqu' foixante-dix-neuf Evques. 

Le Monarque voulut que l'on y travaillt 
la rformation des abus ; on y propofa des 
rglem ens utiles : l'autorit Royale revtit 
de Ion fceau tout ce qui y fut projet. 



sur l'Hist. de France, i 3 

Cette afTemble, qui fe tint au mois 
d'octobre 6 1 3 & la trente-unime anne 
du rgne de Ciotaire , eft mife au nombre 
des Conciles , parce qu'on y traita plufieurs 
matires Ecclfiaftiques ; mais l'article xxiv 
annonce que tout y fut dlibr & par les 
vques & par les Grands laques, & au 
nombre des arrts qui y furent faits, on 
en trouve un grand nombre qui n'intreffent 
que I adminiftration civile du Royaume. 

Les flatuts de ce plaid furent confirms 
& rappels par un Edit du 1 8 octobre, qui 
leur donna la fanclion d'une loi publique : 
on y trouve la foufcription du Roi & du 
Chancelier rfrendaire. 

Cet dit ordonne la fuppreffion des 
impts qui, d'aprs une enqute, feront 
prouvs avoir une origine rcente, & rduit 
les droits fur les marchandifes ceux qui 
toient perus la mort de Gontran, de 
Chilpric & de Childebert. Vraifemblable- 
ment les dernires guerres avoient t ou le 
motif ou le prtexte de nouveaux fubfides. 



i4 4* Discours 

Ce que je dois cependant remarquer, 
en comparant les ates de ce plaid , qui fe 
trouvent dans la collection des Conciles 
& les diipofitions de l'Ordonnance de 
Clotaire, c'eit que ce Prince ne fe contenta 
pas de donner force de loi aux Rglemens 
rdigs par fon ordre dans cette nombreufe 
afemble, il ajouta leurs difpofitions, & 
prouva par-l que s'il avoit attendu d'elle les 
lumires & le confeil, lui feul communiquoit 
fes dci fions la force & l'autorit : par 
exemple , fi l'affemble prononce qu'auffitot 
aprs la mort d'un Evque, le Mtropolitain 
convoquera ceux de la province, & que 
le Clerg & le Peuple avec le Conciie 
provincial, procderont l'lection d'un 
nouveau Pafteur, le Roi ajoute dans fon 
dit, que les vques, pour l'ordonner, 
feront obligs d'attendre les lettres & la 
confirmation du Souverain. S'il eft dfendu 
aux Clercs de fe prvaloir contre leur 
vque, de l'autorit des Magiftrats & 
mme de celle du Roi, l'dit, en modifiant 






sur l'Hist. de France, i 5 

cette difpofition, ordonne que i'Evque fera 
tenu de recevoir en grce i'ficciliaftique 
qu'il lui enverra avec des Lettres de 
recommandation. 

Concluons que fi, dans ce plaid gnral, 
Clotaire chercha fe rconcilier avec 
l'opinion publique, il ne diminua point 
encore celle que l'on devoit fe former de 
fon autorit. 

Mais ce Prince avoit beau faire, dans 
ces ales mme de juftice on entre voy oit 
le principe de fa foibleffe, on dcouvroit 
{es craintes & on en fut profiter. 

Les Grands Magiftrats & les Evques 
afemblcs, voulurent fe prcautionner contre 
l'injuftice du Monarque. Il avoit enlev 
fes neveux leurs Etats, il pouvoit galement 
dpouiller {es ftijets. II fut donc arrt que 
les donations faites, ou par Clotaire lui- 
mme ou par {es prdceffeurs , feraient 
confirmes & excutes, & cette dcifion 
fut encore un des articles de l'Edit. M. 



i6 fT Discours 

l'abb de M. (c) en a conclu que I objet 
de cette difpofition avoit t de changer 
en vritables proprits ies ufufruits que ies 
Princes avoient accords. II a vu encore 
ici ce qu'il avoit dj voulu faire obferver 
dans le trait d'Andlau, l'hrdit promife 
aux Bnfices. II trouve une grce arrache 
au Souverain dans une difpofition o je 
n'aperois, je l'avoue, qu'un acTe de juflice. 
Confirmer des concdions prcdemment 
faites, n'toit point en changer ou en 
altrer la nature, & le titre mme eft ici 
tellement fuppof, que Ton ne ratifie que 
les libralits accordes authentiquement & 
dans les formes : Quidauid parentes nofri, 
anterores Principes, vel nos per jujliiiam vife 
fumas concejjiffe & confirmajje , in omnibus 
Aebeat confirmari. Ces mots per jujliiiam, 
font ici trs-remarquables; il n'y avoit de 
libralits accordes per juftitiam, que celles 
qui l'avoient t par Lettres du Prince in 

(c) Obf. fur l'Hift. de Fr. terne I aux remarq, 
4? preuves , page 328* 

Placito, 



sur l'Hist. de France, ij 

Placito, dans fon Confeil : il falioit donc 
toujours ^n revenir ces Lettres. Or j'ai 
dj obferv que nos Rois, ds ce temps-l, 
accordoient tantt titre de bnfice & 
d'ufufruit, bnficiant) jure , tantt titre 
de proprit; & M. l'abb de M. avoue 
lui-mme que Marcuife nous a iaifT ies 
formules de ces deux efpces de con- 
certions (d). 

Ce qu'il y a de trs -vrai, c'eft que 
depuis Clotaire lui-mme on voit bien des 
Grands faire leurs efforts pour rendre leurs 
offices inamovibles; mais on ne voit point 
leurs prtentions confirmes par une loi. 
On voit encore moins ces offices palier du 
titulaire ks enfans par droit d'hrdit; 
& s'il y eut quelques domaines qui n'ayant 
t accords qu'en ufufruit, furent cepen- 
dant tranfmis par les poffefeurs leurs 

(d) Ita ut eam villam jure proprie tario ullius expeat 
judicum traditione habeat , i? fuis pcfterh , Domino 
adjuvante if noflni largitate , aut cui voluerit ad pojjlr 
dendum rdinrjuat Marculf. lib. I, form. 14.. 

Tome IV. B 



1 8 4* Discours 

defcendans, cet abus fut un effet de fa 
foiblefe de nos Rois, & non le rfultat d'un 
trait ou l'excution d'une loi publique. , 

Tout ce que fe propofa l'aflemble de 
Paris , fut d'oppofer un rempart aux injus- 
tices que la conduite violente de Ciotaire 
ne faifoit que trop redouter. Ceux des 
Grands d'Auftrafie ou de Bourgogne, qui 
toient demeurs fidles leurs lgitimes 
matres, pou voient craindre qu'on ne con- 
fifqut leurs biens, & qu'on ne les deftitut 
de leurs emplois ; quelques - uns mme 
avoient dj t dpouills. On confirma 
les premiers dans leurs pofTeffions ; on 
ordonna que les autres feroient rtablis : 
voil tout ce que Ton trouve & dans 
l'article XVI que je viens de citer, & 
dans l'article XVII qui efl conu en ces 
termes : Qua anus de Fidelbus ac Leudibus 
(e), fuam fidem fervando Domino legitimo , 

(e) Remarquez que Ciotaire n'ajoute point noflris: 
il s'agiflbit de ceux d'Auftrafie & de Bourgogne, qui 
n'avoent point encore prt ferment l'ufurpateur > 



sur l'Hist. de France. 19 

interre gno fade rite , vif us ejf perdidijfe , gne- 
r aliter, abfque incommode , de reins fibi jufl 
debilis prcipimus revefliri. 

Qotaire, comme on le voit, faifbit tout 
ce qu'il pouvoit pour rendre moins rvol- 
tantes les fuites de fon injuffice ; ii vouloit 
frieufement s'attacher les Grands dont il 
avoit befoin : mais Je coup toit frapp. 
II eu des momens o, heureufement pour 
les Rois, iis peuvent encore faire oublier le 
tort que leur crime a fait leurs fujets ; mais 
il leur ef prefque toujours impoffible de 
rparer celui qu'il leur a fait eux-mmes. 

Deux ans aprs, & en 617, le Maire 
du Palais de Bourgogne, ce Garni er (f), 

Si avoent t dpouills interrgne faciente. Clotaire 
regarde comme un interrgne par rapport eux, le 
temps qui s'eil coul entre la mort de Tes neveux, 
& le temps o ces Leudes feront reflitus dans leur 
tat , en fe foumettant au nouveau matre. 

(f) Anno 34 regnifti, Clotarius Wamarium palatii 

Comitem de regno Burgutid'uv cum unlverfis Pontificibus 

feu Primatibus ad fe Bonogillo villa evocans , dando fit 

petitionibus eonnn annuendo, cunlos fibi fdthffimcs ejffear. 

Aim. de Geft. Fr. lib. IV. cap. VI. 

B i) 



20 +r Discours 

auquel Clotaire a promis de ne jamais ter 
la dignit, lve de nouvelles prtentions. 
La foumiffion &. l'obifTance pfent de plus 
en plus ces Magiftrats indociles ; chacun 
veut acqurir de nouveaux droits. On 
prfene des Mmoires au Souverain, qui 
fent plus que jamais fa foibleffe ; il convoque 
le Plaid du royaume de Bourgogne 
Bonneuil-fur-Marne. Les Auteurs ne nous 
ont laifle aucun dtail de ce qui s'y pafla; 
mais ils ont foin de nous apprendre que 
Clotaire fut oblig d'accorder tout ce qui 
lui fut demand, & que par-l il acheta leur 
foumiffion: c'toit alors la feule manire 
dont il pt s'afTurer de leur fidlit pour 
le moment; mais toutes ces conceffions 
mnageoient trop aux Grands les moyens 
d'en manquer un jour impunment. 

Ce qui fe paffoit en Bourgogne fe rp- 
toit dans tous les autres Etats. Ces Maires 
du Palais dans les provinces ufurpes pa 
Clotaire, fe regardoient comme des efpces 
de Pvgens & de Vice-rois; & il ne faut 



sur l'Hist. de France. 2 1 

pas demander fi ceui qui exeroit la mme 
dignit dans l'ancien partage de ce Prince , 
voyant (es collgues jouir ailleurs d'une fi 
grande autorit , fe crut comme eux en 
droit d'en impofer fon matre. Telle fut 
la premire, la principale caufe de cette 
autorit exorbitante dont cette Magiftra- 
ture s'empara & qui ne fit que s'accrotre. 
Quelques Auteurs ont lou Clotaire, & 
il faut convenir que fes remords produi- 
sent quelques bonnes loix : mais (es forfaits 
avoient afFoibli fa puiffnce; elle prit alors 
cette pente funefte , elle reut ce mouve- 
ment rapide dont la vteffe, fans ceie 
acclre par des caufes que je ferai obferver 
dans la fuite, l'entrana (a ruine. Tous 
les faits de cette poque fervent de preuve 



cette vrit. 



Garnier vient mourir. Le Roi qui fe 
croit dlivr du joug qu'il s'eft impof lui- 
mme , auroit bien voulu ne point nommer 
fa place ; mais il craint cette Magiftrature 

arme, dont le Maire a jufqu'ci favorif les 

B iij 



il 4. me Discours 

vues ambitieufes. II a recours aux intrigues ; 
il cherche la gagner; vraifemblablement il 
en achette les principaux Chefs, & lorfqu'il 
croit tre fur du plus grand nombre, il 
afemble Troyes ie Plaid gnral du 
royaume de Bourgogne : l il demande aux 
Grands s'ils veulent un nouveau Maire, 
& quel eft celui qui leur plat; l'afTemble 
rpond qu'elle ne veut au-deffus d'elle que 
l'autorit de Dieu & celle du Roi , & le 
Monarque la remercie : Mis porro Aicentibus 
nullius prer Dei & Rgis je velle pli 
domimwn ; Rex grdtanter verba eorum fufci- 
piens , defulerio quoque jatisjecit (g). 

Il parot certain , par les termes dans les- 
quels toit conue la demande de Clotaire, 
que dans les Etats nouvellement acquis par 
une injuftice, les principaux Magiftrats 
s'toient mis en pofTeon de choifir dans 
un plaid le Maire du Palais, qui fe regar- 
doit alors comme le chef de toute la 
Magiftrature. Etoit-ce une des ftipulations 

- - . 1, -i . - i .ii. m Mh m 

(g) Fredeg. Chron, cap. XLIII. 



sur l'Hist. de France. 23 

des indignes traits par lefquels ces Grands 

avoient vendu leur foi? Je fuis tent de 

le croire: car deux chofes font prouves; 

l'une que quand Garnier reut la Mairie, le 

Roi toit encore en porTefTion de confrer 

cette dignit, puifqu'il confentit de jurer 

qu'il ne la lui teroit point ; l'autre qu'aprs 

la mort de ce Maire de Bourgogne, le 

Roi vint demander au Plaid gnral du 

Royaume,^/ vellent, mortuojam Warnackario, 

alum in ejufdem honoris gradum fuhnnarc. 

Voici donc l'poque laquelle la mairie de 

Bourgogne, fans doute, & celle d'Auftrafie 

cefsrent d'tre la dilpofition du Roi. 

Auffi verrons -nous que lorfque les 

Grands de Bourgogne fe lafsrent d'tre 

gouverns immdiatement par le Maire de 

Neuftrie, & demandrent qu'on rtablt 

parmi eux cette dignit, la reine Nantilde 

alla elle-mme tenir le plaid qui procda 

l'lection ; mais elle ne difpof point de cet 

office : il fut donn celui que l'ailemble 

demanda. Ce fut Flachoat qui, nomm par 

B iv 



24- 4- Discours 

les Grands, reut enfuite l'iiiftitution & 
les provifions du Prince : Flachoatus , gnre 
Francus, major do mus in regnum Burgundi, 
e/eione Ponificum & cunclorum Diuum, a 
Ncintcchlde regn in hune gradum honoris 
nobiliter jlcdnlitur (h). 

La manire mme dont celui-ci fe con- 
duifit, annonce ia politique qui guida fes 
fuccefieurs : elle confifloit s'attacher tous 
ies Mao'iPtrats , faire caufe commune avec 
eux , les gagner par Tes bienfaits , (e 
mettre en tat de compter dans tous les 
temps fur leur attachement. En effet , 
Flachoat, ds qu'il efi revtu de fa dignit, 
crit tous ies Ducs & tous les Comtes 
de Bourgogne, pour leur promettre par 
ferment de les conferver dans la poiefon 
de leurs offices. C etoit fans doute au nom 
du Roi qu'il leur faifoit cette promefle ; 
mais on fent que fon excution dependoit 
plus encore du Minilire que du Matre (i). 

(h) Fredeg. Chron. cap. LXXXIX. 

(i) L'lection de Flachoat & Tes dmarches 



<c 



M 



sur l'Hist. de Frais/ce. 25 

M. l'abbe de M. dont je rclamerai ici 
l'autorit avec d'autant plus de confiance 
que l'on ne me fouponnera point d'avoir 
adopt aveuglment fes opinions, attefte 
avec moi les faits qui fous ce rgne purent 
prfiger aux Maires du Palais leur future 
grandeur, & aux Souverains leur prochaine 
dcadence. Sous Ciotaire II, dit-il, la 
prrogative Royale (k) diminua de jour 
en jour. Cette rvolution n'en 1 ignore de 
perfonne ; mais les dtails nous en font 
inconnus. Ce Prince perdit, les uns aprs 
les autres, tous les droits que l'afTemble 
de Paris lui avoit confervs (1), Il n'eft 

ambiteufes font poftrieures au rgne de Ciotaire & 
appartiennent celui de Clovis II; mais j'ai cru devoir 
rapprocher ici les effets de leur caufe , & prouver ce 
qui me parot certain , que ce fut Ciotaire qui perdit 
le droit de difpofer de la mairie d'Auftrafie & de 
celle de Bourgogne. 

(k) Je demande que Ton ne perde point de vue ce 
que j'ai dit ailleurs de ce terme de -prrogative. 

(1) Cette expreon eil impropre ; le Roi ne tenoit 
rien du Plaid. 



i6 4- me Discours 

plus le matre de difpofer de la Mairie 
mme du Palais , fans le confentement 
des Grands, ou plutt il eft rduit au 
frivole honneur d'inftaller dans cet ofiice 
*> celui qu'elle a choif. Clotaire fe voit 
contraint de cder toutes les fois qu'il 
eft attaqu, & ne biffe ks fuccelTeurs 
qu'une autorit expirante dont les Grands 
font jaloux , qu'ils ufurpent , & qu'ils 
voient chapper de leurs mains dans le 
moment qu'ils croient en jouir (m). 

Je rien dirai pas davantage pour prouver 
un fait (i connu. Les dtails que nous 
ignorons nous font indiffrais ; mais ce 
qu'il importe d'obferver , c'eft la caufe de 
cette rvolution, dont les fuites ne furent 
funeftes qu' la Maifon de Clovis, & ven- 
grent la Nation des excs qu'elle fouffroit 
depuis long -temps. 

Clotaire II affembla des Plaids; mais 
ctoit toujours pour accorder ce que l'on 
arrachoit fa foibleffe. Vouloit-il rprimer 

(m) Obferv. fur l'Hifl de Fr. tome I. 



sur l'Hist. de France. 27 

L'injuftke-! vouloit-il ou punir ou arrter 
des complots il fe fentoit livr toute f 
foifaleffe. Pour fe venger, il avoit recours 
aux aflffinats: on ne voit, fous fon rgne, 
qu'un feu! grand coupable jug par un 
Plaid; tous les autres furent gorgs par 
des ordres arbitraires. 

II ne faut pas s'tonner fous ce Prince 
il y eut des mcontentemens Se des rvoltes^ 
On voit, ds le commencement de fon 
rgne, un duc Herpin, qui commandoit 
dans une tendue de paysafez confidrabie 
aux environs du mont Jura, maflacr dans 
une fdition excite par ies intrigues du 
patrice Aiete : celui-ci eut d abord l'art de 
fe cacher affez bien, pour que cet attentat 
ne lui enlevt point la faveur du Roi; il 
en obtint mme la dignit du Duc dont il 
avoit fait rpandre le fang. A peine revtu 
de cette charge, Aiete forme le projet de 
dtrner Ion bienfaiteur. Croirons-nous, fur 
Je tmoignage de Frdgaire & d'Aimoin, 
qu'il chargea un vque daller annoncer, 



28 4* Discours 

de fa part de Dieu, la reine Bertrude, 
que fon mari mourroit dans l'anne, & 
de la difpofer poufer alors le Patrice, 
qui lui promettoit de rpudier fa propre 
femme, & la prioit de vouloir bien, en 
attendant, lui confier toutes les richefles 
quelle pourroit mettre entre (es mains! De 
pareilles fables, imagines par des Auteurs 
qui ne font venus que long-temps aprs, 
ne peuvent tre frieufement ni cites, ni 
rfutes. Quoi qu'il en foit, Alete eil 
mand la Cour, qui fe tenoit au palais 
de MafToIac (n); on lui fait fon procs; il 
eft convaincu & mis mort par les ordres 
de Clotaire (o). 

Bientt le bruit fe rpand que l'un des 
fils de Thierry, chapp au mafcre de 
(es frres, eft cach Arles dans un couvent 

i . .... ... ... - , , _ . - 

(n) L'abb Lebeuf prouve que ce lieu eft aujour- 
d'hui Mafay, village auprs de Sens. 

(o) Clt anus A4ajfolaco villa eu m Proceribus refidens > 
Aletewn ad fe venire prcepit ; hujus confio iniquijfima 
eomperto , gladio trucidare jujjit . Fredeg. Chr. art. 4.4.. 



sur l'Hist. de France. 29 

de Religieufes. Le Monarque inquiet fait 
venir l'Abbefle ; elle eft interroge , & fe 
juftifie par ferment. La Cour parot per- 
fuade ; mais ie malheureux Prince ne peut 
fe dlivrer de (es foupons , parce qu'il ne 
peut perdre fes remords; & la Religieufe 
demeure captive. Bientt , comme les 
tyrans font timides Se fuperilitieux , la 
maladie fubite d'un des fils de Clotaire 
procure la libert l'Abbefle prifonnire. 
Le jeune Prince nen mourut pas moins , 
& la reine Bertrude fa mre le fui vit 
de prs. 

Ce fut alors qu'alarm par des bruits 
qui, mme faux, pouvoient tre avide- 
ment reus par les peuples, Se toujours 
jaloux de la puiflance de ces Maires qui, 
en Auftrafie Se en Bourgogne, devenoient 
infenfiblement des Chefs de parti, Clotaire 
crut devoir donner fort fils an le titre de 
roi d ' Aujlrafie. Voulut-il ie faire reconnotre 
comme vritable Se abfolu Souverain de 
cette partie de la monarchie Franoife ! 



30 4- Discours 

Ne voulut-ii, au contraire, que ie revtir 
de ce pouvoir prcaire Se fubordonn que 
Charlemagne confia dans la fuite fon fils, 
iorfqu'il le fit roi d'Aquitaine, & dont les 
enfans de Louis -le -Dbonnaire furent 
enfuite invertis du vivant de leur pre fpjf 
Je fuis tent d'embraffr ce dernier avis, 
lorjque je fais rflexion que Clotaire nomma 
lui-mme ies Miniflres du jeune Prince, 
qui fe plaignit de ce que fon pre ne iui 
laiflbit pas un pouvoir affez tendu. 

Dagobert , c'toit ie nom du nouveau 
roi d'Auftrafie, eut pour Maire du Palais, 
ce Ppin que nos Hifloriens nomment 
Ppin le vieux ou de Landel , & pour 
Minifre, Arnoul, vque de Metz. Clotaire 
les choifit l'un & l'autre, & s'en rapporta 
entirement leur fao-effe : mais conferva-t-il 
dans ce Royaume le pouvoir qu'il s'toit 



(p) J'expliquerai dans la fuite cette efpee de 
Royaut , qui n'toit qu'une Magiftrature fuprme 
imagine par Charlemagne pour partager l'exercice du 
pouvoir, fans altrer l'unit de la Monarchie. 



sur l'Hist. de France. 3 1 

flatt d'y exercer Voici un fait qui peut 
nous mettre porte d'en juger, & qui 
nous fera connotre en mme temps & 
les murs & le gouvernement du pre Se 
du fils. 

La recommandation de Ppin & d'Ar- 
noul, avoit engag Dagobert lever aux 
plus hautes dignits un nomm Rodoald, 
dont le Sang toit illufre. Celui-ci abufa 
de la confiance du Monarque, 8c fe rendit 
coupable des vexations les plus criantes. 
Sous un Gouvernement rgl, il et t 
arrt & on lui et fait fon procs : mais que 
dit l'Hiftorien l Qu de cauf exafperatus 
Dagobertns inteifccre eum molebatur ( q) ; 
Dacrobert irrit cherchoit le faire mourir. 
Rodoald, connoifnt le mcontentement 
du Roi , fe retire auprs de Clotaire , & le 
prie d'intercder pour lui. Ce Prince, dans 
une confrence qu'il a avec fon fils, lui 

(q) Aim, de Geji. Francorum, lib. IV, cap. IL 
Voyez auffi Frdgaire qui emploie peu -prs les 
mmes termes. 



3 2 4 Discours 

demande la vie de cet homme (r). Dagobert 
rpond que le coupable peut efprer s'il fe 
corrige; & Rodoald, fe fiant cette pro- 
meuve, accompagne fon matre Trves: 
l, comme il avoit toutes fes entres chez 
lui, il ne manque pas de lui venir faire fa 
cour. Le croiroit-on Dagobert, le voyant 
parotre dans fa chambre, ordonne l'un 
de fes Officiers de l'gorger & il eft obi. 
Malheureux le Prince qui trouve dans 
{qs Courtilans cette docilit criminelle ! 
Malheureux le ficle dont les Hiftoriens 
rapportent de pareils faits fans donner la 
moindre marque d'indignation ! Le cha- 
pitre dans lequel le moine Aimoin raconte 
cet vnement, efl intitul de Dagoheri 
rgis Aujlrafiorum prude n, & Rodoaldi 
infolenti. 

Il y avoit dj trois ans que ce Prince 
gouvernoit l'Auftrafie, lorfque le Roi lui 
fit poufer Gomatrude, fur de la reine 

% i .. ii . . -.,-. - i m " ' m 

(t) Clotocharius verofilium, inter alla, ne Redoaldum 
interimeret precatur, 

Sichilde, 



sur l'JI/st. de France. 3 3 

Sichiide, qu'il a voit lui-mme priie pour 
fconde femme. Le mariage fe clbra 
Clichy prs de Paris , o fe tint une Cour 
ptnire des deux Royaumes. Dagobert y 
arriva accompagn de prefque tous les 
Grands d'Auflrafie, tous ayant le comman- 
dement des Troupes dans leurs provinces, 
tous en tat d'en impofer un Prince qui, 
ayant tout gagn par les armes, ne pouvoit 
plus que perdre en les employant. 

Ce fut dans ce Plaid que Dagobert 
propof ion pre d'augmenter les Etats 
dont il i'avoit mis en poftion , & d'y 
runir tout ce qui a voit appartenu 
Thierry l et . II parot que ce ne fut pas 
de fa part une humble demande ; ce fut 
une querelle qu'il fit fon pre, auquel 
il parut reprocher une injullice (j). Cer- 
tainement il n'et pas parl fi haut, & 
le pre ne fe ft pas cru oblig ce 

(f) Die vero tertio nuptiarum gravis inter patrem if 
filium orta efl diffntio. Petebat eniin Dagobertus , &c. 
Aim. Iib, IV, cap. 12. 

Tome IV. C 



34 4 Discours 

mettre cette queftion en compromis, 
le fils n'et pas t fur des Grands de 
fon Etat. On voit encore ici une nouvelle 
preuve de la foibieffe de Ciotaire. On 
nomma, de part& d autre, des ngociateurs 
qui furent regards comme des arbitres. 
L'vque de Metz Arnoul en fut un, & 
Ciotaire fut encore oblig de cder. II 
conferva feulement ce qui toit en -de 
de la Loire, & quelques domaines en 
Provence qui toient autrefois entrs dans 
le partage des rois TAuftrafie. Tout ceci 
fe paf avant la mort de Garnier dont j'ai 
parl plus haut , & on fent que cette 
condefcendance de Ciotaire pour tout ce 
qu'exigoient les Grands d'Auftrafie , ne dut 
pas rendre ceux de Bourgogne plus dociles. 
On n'eft plus tonn de voir le Monarque 
oblig d'avoir recours aux intrigues pour fe 
les attacher; mais ces Grands qu'il craignoit, 
qu'il flattoit, qu'il achetoit mme, c'toit 
prefque toujours en tyran qu'il les puniflbit. 
Achevons de prouver que la libert ne fut 



sur l'Hist. de France. 35 

point ramene par cette multitude de Plaids 
que Ion affembla fous ce rgne. 

Ce Maire de Bourgogne, que Ciotaire 
s'toit tle pouvoir de deftituer, avoit d'un 
premier lit un fils nomm Godin, & laifbit 
une veuve parfaitement belle, nomme 
Bertane, dont ce jeune infenf toit amou- 
reux : il l'poufa publiquement. On ne nous 
apprend point Ton fe paf de difpenfes, 
ou s'il y eut de lches Evques qui en 
accordrent ; mais Ciotaire fut extrme- 
ment irrit de ce forfait. De nos jours, 
les ioix fe fuflent charges de le punir ; 
difons mieux , elles Petiflent prvenu , & 
il n'et pas mme t projet. Dans ce 
ficle de libert, l'incefte fut commis, & 
voici comment l'inceftueux fut puni. 

Godin avoit un beau - frre ; le duc 
Arnebert avoit pouf fa fur: c'eft lui- 
mme auquel Ciotaire donna Tordre de 
fe mettre la tte d'un dtachement, & 
daller tuer le coupable (t). Godin, qui ne 

1 " ,1 - . 1 1 m afc 

(t) Jubet Arneberto duc , qui Gcd'mi germanam 

Ci; 



3 6 4. Discours 

fuccdoit point la niagiftrature de Ion 
pre, n'avoit point de troupes faire 
marcher; il prend la fuite, & fe retire en 
Auftrafie avec fa nouvelle femme. Il craint 
encore que Clotaire ne l'y fafle arrter: 
il fe rfugie dans une glife, o il demeure 
jufqu' ce que Dagobert ait pu le rcon- 
cilier, & ce Prince en vient bout aprs 
bien des ngociations; mais on exige que 
Bertane foit renvoye: Godin y confent, 
& cette condition revient en Bourgogne. 
C'en: alors que Bertane furieufe jure de fe 
venger; elle rend Godin fufpecl la Cour; 
elle lui impute un complot vrai ou faux. 
Clotaire peut vrifier les faits; il a droit 
d'inflruire le procs : ce n'eft pas l le 
parti qu'il prend; il fe rend matre de la 
perfbnne de l'accuf; on le conduit de 
monaftre en monaftre, d'glife en glife, 
& fur tous les tombeaux des Saints on lui 
fait jurer qu'il fera fidle au Roi : mais les 

uxcrem habebat , eum cuin exetcitu interfcere. Fredeg. 
cap. LIV. 



sur l'H/st. de France. 37 

barbares ftellites qui 1 accompagnent ont 
leurs inftrucftions fecrettes, & on i'affaffine 
au milieu d'un repas avec toute la fuite, qui 
fait d'inutiles efforts pour fe dfendre. J'ai 
peine retracer tant d'horreurs ; mais fous 
ces trilles rgnes c'eft prefque toujours le 
crime qui nous donne des leons, & nous 
ne nous inftruifons que par l'indignation 
qu'il excite. 

Pour achever ce que l'Hiftoire nous 
apprend des diffrens plaids qui fe tinrent 
fous Clotaire, je n'ai plus qu' parler du 
dernier de tous qui fut encore affembl 
Clichy la quarante -quatrime anne de 
fon rgne. Il fut trs -nombreux, puifque 
l'annalifte Frdgaire l'appelle Gaia Con- 
ciJum, Son but , fuivant cet Auteur , 
toit de faire pufieurs Rglemens utiles 
l'glife & l'tat, ut qucumque pacifica 
Regno vel uttati Ecclefi congruerent fatue- 
rentur (u) ; & c'eft en parlant de ces 
expreflions que M. l'abb de M. regrette 

^i^ ' M I I ! M I I I !! fm 

(u) Fredeg, Chr. cap. LV. A'mu cap. XV. 

C. . . 
u l 



3 8 4- Discours 

fort l'Ordonnance qui dut tre le rfutat 
de cette dlibration folennelle. Cette 
pice , (ans doute , dit il , feroit de ia 
plus grande importance pour connotre 
notre ancien Droit public, les progrs de 
"l'autorit des Maires du Palais & des 
Seigneurs, & les caufes particulires de 
la rvolution fubite que fouffrit la dignit 
des princes Mrovingiens (x). 

Si cette aflemble de Clichy drefla des 
articles , il peut fe faire que la nature des 
prtentions que formrent les Magiflrats, 
ait empch Clotaire de joindre leurs 
dlibrations la fanclion de fon autorit; 
mais pour prouver combien elle avoit dj 
perdu, avons -nous befoin des loix qui 
fe firent alors? Les faits nous fuffifent; 
& ce qui fe pafa dans cette dernire des 
affembles tenues fous ce rgne, annonce 
galement & la foibleffe du Monarque & la 
licence des Grands. Ce plaid fut troubl 

(x) Obferv. fur PHift. de Fr. tome I , aux rem, 
iT 1 aux pr, page JJ2 



sur l'Hist. de France. 39 

par des violences qui vraifemblablement 
interrompirent & terminrent les dlib- 
rations. 

Le Saxon Aginane, qui tenoit un rang 
diftingu dans le palais du Roi (y), fait 
afiTmer par (es gens un Franois nomm 
Herniaire, l'un des principaux Officiers du 
palais du jeune prince Aribert, fcond fils 
de Clotaire : cet attentat excite un foul- 
vement gnral dans laffemble ; elle fe 
divife, & chacun prend parti flon fon 
affection & fon intrt ; le fang et coul 
de toutes parts, Clotaire inftruit du 
crime n'et employ toute fon autorit 
pour rprimer le trouble (i), nifi Clotarius 

tumultum reprejjiffet autortate Regi. A ce 

' 1 ii 

(y) Is erat Saxo gnre vnufque ex optimatibus aulx 
Regi. Aim. cap. XV. 

(%,) Q u <* de re , gravi or ta feditone , pen vfque ad 
mortes res infurrexerat , niji Clotarius , agnit cauf 
tumultum reprejfijfet autortate Regi; nain Aginan 
copiam recedendi in monte cui Marcomirus nomen efl 
attribuit , junclo non parvo pugnatorum numro. Aim. 
lib. IV, cap. XV. 

C iv 



40 4- Discours 

mot i autorit Royale , on imaginera fans 
doute que le Roi fit arrter ie coupable. 
Le Tribunal toit aflembi, le crime toit 
connu , & dans un gouvernement mme 
Rpublicain , il devoit tre jug : voici au 
contraire ce qui fe pa(fe. Le Roi permet au 
meurtrier de fe retirer fur les hauteurs de 
Montmartre avec une troupe de guerriers 
arms pour fa dfenfe. L'oncle maternel du 
jeune Prince raffemble de fon ct une 
petite arme pour aller exterminer Agi- 
nane (a). Les forces des deux partis font 
en prfence. Alors le Roi parot, dfend 
aux deux Chefs toute efpce de violence, 
& leur ordonne de s'en rapporter fon 
jugement (b). Cet ordre fans doute n'et 
pas fiiffi , mais les Magistrats de Bourgogne 
toient demeurs neutres dans ia querelle; 

(a) Brunulfus verb avunculus Ariberti , frater videlicet , 
Sichildis regin celle B nobilium if fociorum manu , 
Agi naniu n debellare t eut abat Ai m. cap. XV. 

(b) Leudos qui maxime indignabantur pro iniqu 
tanti viri nece ad fe evecat , edicitque fi fe habeze 
wjfenfum vdlent , ne in bellum ptpdeunt* 



sur l'Hist. de France. 41 

il leur ordonna Je fondre fur celui des 
deux partis qui refuferoit de fe fou mettre 
l'autorit Royale : ainfi fut arrte'e la 
fureur des Chefs (c). On traita, on fe 
fournit ; fe Roi termina l'affaire par la voie 
des comportions , 6c rconcilia les deux 
familles. 

Heureufement pour la France, un Gou* 
vernement fi foible n'eut point fe dfendre 
contre des invafions trangres. Les Hifto- 
riens nous parlent rapidement d'une rvolte 
des Gafcons ou Wafcons qui fut touffe par 
Clotaire, & d'une guerre que les Saxons 
dclarrent au jeune Dagobert. Ce Prince, 
dit l'Auteur des Geftes des Franois, eut 
d'abord du deffbus en combattant contre ces 
peuples; mais Clotaire vint fon fecours, 
& lui rendit la fupriorit. Gardons-nous 
de croire l'horrible fable imagine par 

-- - | | m im.f mm* 

Ce) Ad Burgundefarones fpecialis jubet ut eu) us 
pars fuum vole bat dfit gre judcium eorum inftanti & 
vinbus opprimer etur , e paftiene uterque jujfwne Regi 
paantur. Fredeg. cap. LV. 



4* 4* Discours 

cet Annalifte. Si on l'en croit, Clotaire 
parcourut le pays des Saxons, & y fit 
maflacrer impitoyablement tous ceux dont 
a taille excdoit la longueur de fon pe. 
Je ne rapporterois pas ici ces traits dgo- 
tans, fi je ne croyois important de faire 
connotre la barbarie du ficle o vivoient 
Jes Auteurs qui nous les ont tranfmis. C'en: 
ce mme Moine de Fleury qui, imputant 
Clotaire des forfaits fi atroces, s'exprime 
ainfi en faifant fon loge : fuit antem panens, 
ltters erudtus , mors Dei pie nus , paupe- 
ribus neceffaria ribuens , Ecckfiarum Domni 
a que Sacerdoum ulitati confukns. Ce fut 
un Prince patient & lettr, rempli de 
"la crainte de Dieu, faifant diftribuer 
beaucoup d aumnes aux pauvres , & 
*> toujours occup du foin des Eglifes & 
des Prtres. 

Au relie ne regardons point la paix dont 
la France jout fous Clotaire, comme un 
fruit de fa fagefie. Les Lombards toient 
le feui peuple qui pt lui donner quelque 



sur l'Hist. de France. 43 

inquitude ; ils n'eurent pas befoin de 
combattre pour lui enlever la fupriorit, 
que la runion de tant d'Etats lui avoit 
acquife fur eux. 

Tant que cette Nation avoit t gou- 
verne par des Chefs divifs ou indociles, 
elle avoit t oblige d'implorer galement 
& le fecours des Empereurs & celui de 
nos Rois. Pendant la vie de Gontran, 
les Lombards n'a voient pas impunment 
infult les frontires de la France; non- 
feulement il s'toit fait livrer Suze & 
Aoufte , deux Places importantes qui 
ouvroient ou fermoient, au gr de leur 
poiTefTeur, le pafage de l'Italie, il les avoit 
forcs lui promettre par un Trait, & 
lui payer exactement un tribut de douze 
mille fous d'or. 

S'il toit un temps o fa France dt 
conferver ces avantages fur les Lombards, 
c'oit fous Clotaire II : ils avoient, il eft vrai, 
rtabli l'unit du pouvoir; mais Clotaire, 
s'il et conferv celui de Ces prdceiurs, 



44 4- Discours 

et t encore plus matre en France, que 
ne l'toient au-del des Alpes Agilulf ou 
Adelualde. La monarchie Franoife fut 
trahie par la foiblefl de fon Souverain & 
par l'avarice de Ces Miniftrs , auxquels il 
n'ofoit plus rfifter. Des Ambafldeurs 
Lombards, chargs de demander la refti- 
tution d'Aoufte & de Sufe, traitrent avec 
ceux-ci, & ils offrirent de l'argent qui fut 
accept. Les trois Maires du Palais en 
eurent chacun leur part, & il en relia au 
trfor du Prince trois mille flx cents fous 
d'or. Moyennant cette fomme, on remit 
aux Lombards le tribut, on leur rendit les 
places qu'ils redemandoicnt, on joignit le 
dommage la honte. 

Tel ft ce fils de Frdcgonde, que nos 
nnaliftes du ix. e ficle ont lou parce 
qu'il avoit enrichi plufieurs glifes, mais qui 
avana plus qu'aucun de (es prdceffeurs 
la ruine de (a Maifon, & dont l'adminif- 
tration ne put jamais rparer le tort que 
lui a voient fait Ces premires injuftices. II 



sur l'Hist. de France. 45 

avoit peine cinq mois lorfqu'il fuccda 
au trne de Ton pre; il avoit vingt-neuf 
ans lorfqu'aprs ie fupplice de Brunehant 
il fe mit en poffeiTion de l'hritage des 
petits-enfans de cette Princeffe; il rgna 
encore quinze ans fur toute la France, 
mourut en 628 l'ge de quarante-cinq 
ans, & fut inhum Paris dans l'glife de 
S. 1 Vincent, qui eft aujourd'hui celle de 
S. 1 Germain-des-Prs. N'omettons pas ici 
le feul trait de fa vie qui ait fait honneur 
(on rgne. Ce fut lui qui, dans un plaid 
o fe trouvrent trente- trois Evques &. 
trente- quatre Ducs, fit rdiger par crit 
les loix des Allemands; il les runit aux 
codes des autres loix, qu'il fit galement 
revoir & corriger dans cette affmble* 
Depuis Clovis, nos frontires a voient t 
recules du cot de l'orient , pluf leurs 
Allemands toient devenus fujes de la 
Monarchie, & l'on n'oubliera pas que les 
loix toient alors perfonnelles. 



46 4- Discours 

Dagobert, g d'environ vingt-cinq 
ans lorfqu'il perdit fon pre, toit dj en 
poffeiion du trne d'Auftrafie. Suivant 
l'ancien u(age, Aribert Ion frre pouvoit 
prtendre au partage ; mais l'an des deux 
frres eut bientt affembl fon arme ; il 
marcha la tte de (es Troupes, pour 
fou tenir les ordres qu'il a voit envoys en 
Bourgogne & en Neufrie. Les Grands 
& les vques de l'un & l'autre tat fe 
foumettent: ceux de Bourgogne vinrent 
au-devant de lui jufqu' Reims , o ils lui 
prtrent ferment de fidlit. 

Matre des vaftes tats de la France, 
Dagobert craignit qu'on ne 1 accufat d'avoir 
trop injuftement trait (on frre; il lui cda 
une partie de l'Aquitaine, que le jeune 
Prince ne gouverna pas long - temps ; il 
mourut au bout de deux ans, & fon fils an 
le fuivit de prs ; des deux autres, l'an reut 
de fon oncle le titre de duc d'Aquitaine. 

Aribert gouverna-t-ii en Souverain la 
province qui lui fut confie? n'y Jouit-il, 



SUR iJHlST. DE FRA NCE. 47 

au contraire, que d'une autorit prcaire 
& fubordonne celle de Dagobert ? II 
eft difficile de rfoudre ce problme. Le 
nom de Roi donn au jeune Prince, ne 
doit point ici tre cit comme une preuve 
de fon indpendance ; car ce titre , les 
enfans de nos Monarques le portoient ds 
leur plus bas ge; & comme on avoit 
nomm Duch une province dont le Ma- 
giftrat fuprme avoit port le titre de Duc , 
on appela galement Royaume celle dont 
l'adminiftration toit confie un Roi. Je 
traiterai, dans la fuite, cette queftion plus en 
dtail; mais lorfque je vois le fils d'Aribert 
& fes frres exclus du trne, & Dagobert, 
immdiatement aprs la mort de Ion frre, 
ne donner l'un de fes neveux que le 
titre de Duc , je fuis port penfer que 
fon frre ne fut Roi , que comme le furent 
dans la fuite, du vivant de leur pre, les 
enfans de Charlemane & ceux de Louis- 
le-Dbonnaire (d). 

(d) Charibert, dit M. le prfidem Hrault, obtient 



48 4- Discours 

Ds le commencement de- fon rgne. 

fc> ' 

Dagobert entreprit de parcourir les pro- 
vinces de fon Royaume. Frdoaire fait 
l'loge des foins qu'il fe donna dans ce 
voyage pour rendre la jufiice tous Ces 
peuples, & il parot, par ce que nous dit 
cet Auteur, que l'ufge du temps o il 
crivoit, toit que le Roi tnt lui-mme fon 
plaid de juftice par-tout o il fe trouvoit; 
car ceft ainfi qu'il fait voyager Dagobert. 
Les Peuples, dit-il, le comblrent d'loges; 
&l il fe peut faire que le Prince, affemblant 
dans tous les lieux qu'il parcouroit, & 
les Magiftrats des provinces & ceux des 
cits, la rformation de plu (leurs abus, la 
punition de plufeurs crimes, ait t le 
fruit & des confeils qu'il reut & des 
ordres qu'il donna. Mais cette puifnce 
qui avoit tant d'intrt d'tre bienfaifnte, 

de fon frre une partie de l'Aquitaine, plutt comme 
une efpce d'apanage dont le nom ne fut connu que 
ong-temps aprs, que comme un dmembrement de 
Ja Couronne ; cependant il prit le titre de Roi, 
JI ne le prt pas; il le portoit dj. 

toit- elle 



sur l'Hist. de France. 49 

toit-elle toujours & rgle par les loix & 
tempre par les moeurs ! Jugeons-en par 
ce trait. II apprend dans fa route que le 
duc Broduiphe, oncle du jeune roi Aribert, 
favorifoit fecrtement le parti de fon neveu. 
Avant que de partir de Lne (e) pour aller 
Challon , il donne, en entrant dans le 
bain , l'ordre barbare d'ter la vie au beau- 
frre de fon propre pre, comme le Roi 
donneroit aujourd'hui celui d'arrter un 
criminel d'tat. II charge de cette horrible 
commiffion les ducs Amalgaire & Arnebert 
& le patrice Willibade, L on gorge ainfi 
un Grand du Royaume, auquel on n'impute 
d'autre crime, que d'avoir voulu maintenir 
en faveur de fon neveu l'ancienne confti- 
tutxon Franoife, qui lui affuroit fa portion 
dans les Etats de fon frre. 

(e) Aujourd'hui SZ-Jean-de-Lne. 

Jiodem die quo de Lalon ad Cabillcnum dlibrt 
properdre, priufquam lucefceret , balneum ingrediens , 
Brodulfum avunculum fratris Chariberti interficere jujjit , 
qui ab Ainalgario <tf Ameberto ducibus if Willibado 
patricio interfelus efl, Fredeg. Chr. cap. LVIII, 

Tome IV. D 



50 fJr Discours 

Ces voyages de Dagobert font cependant 
ce qui a le plus fourni aux loges de fes 
pangiriftes. Le refte de la vie de ce Prince 
eft un tiffn d'injuftices. 

A peine ef-ii de retour Paris, d'o il 
partit enfuite pour aller parcourir l'Auftrafie, 
comme il avoit parcouru ia Bourgogne, 
qu'il rpudie ia reine Gomatrude qu'il avoit 
cpoufee du vivant de fon pre, & affocie 
fon lit comme fon trne Nantilde , 
Tune des filles d'honneur de cette Princeffe. 
Le moine, auteur des Geftes de Dagobert, 
prtend que ie Roi confulta fon Confeil, 
& que la ftrilit de la Princeffe fut le 
prtexte de ce divorce. Une nouvelle 
paffion en fut le vritable motif. Bientt, 
emport par la lgret & la vivacit de 
(es gots, il n'a pas mme recours la 
formalit du divorce. Dans le voyage qu'il 
fait en Auftrafie , il trouve une jeune 
perfonne nomme Ragnetrude , qui devient 
rivale de la nouvelle Reine & lui eft pr- 
fre. Indpendamment d'une foule de 



sur l'Hist. de France. 5 1 

concubines dont les enfans toient levs 
comme des Princes, ii eut k fois jufqu' 
trois femmes (f), qui toutes portaient le 
nom de Reines, Ce qu'il lui en cota pour 
ftisfaire leur luxe & leur vanit, puifa plus 
d'une fois fon trfor, & le porta accabler 
fes peuples de nouveaux impts (g) 

Tandis qu'il fe livroit fes paffions, & 
croyoit de temps en temps racheter fes 
crimes par (es libralits envers les glifes, 
Ppin fon Maire du Palais, qui l'avoit fuivi 
la Cour de Neuftrie, ainfi qu'ArnouI 
vque de Metz, fon principal confeil, fe 
faifoient aimer des peuples par la juftice 
de leur adminiftration. Ainfi tout ce qui 
fe faifoit de rgulier tait l'ouvrage des 
Miniftres : les ordres terribles & cruels 
toient donns par le Roi lui-mme, & la 

* 1 1 . m 111 11. 

(f) Luxur fupra modum deditus trs habebat ad 
injar Salomonis reginas , maxime if plurimas concubinas* 
Regin vero heu tant, Nanticheldis , Wulferundis if 
Berchildis. Fredeg. Chr. cap. LX. 

(g) m. 

D i; 



52 4\ Discours 

Maifon rgnante continuent de fe de'crditer 
dans lefprit des Grands & de ia Nation* 
Bientt l'vque de Metz quitta la Cour, & 
renona mme (on vch. Ppin conferva 
l'autorit tant que vcut Dagobert. 

La France n'eut que deux guerres 
foutenir fous ce rgne; la premire cota 
beaucoup de fang, & voici quelle en fut 
l'occafion. H y avoit fur les bords du 
Danube une petite peuplade Sclavonne , 
qui toit venue s'y tablir en remontant 
la Viftule, dont elle occupoit autrefois 
l'embouchure : on la nommoit la nation 
des Vinides , & elle toit encore prefque 
entirement fauvage lorfqu'un marchand 
Franois, attir par fon commerce jufque 
dans leur pays, avoit trouve le moyen 
de gagner fa confiance en lui rendant 
d'importans fervices. Ce ngociant, nomm 
Sanwn , toit, depuis environ trente ans, 
tabli chez les Vinides; il avoit contribu 
adoucir leurs moeurs, leur avoit donn 
une efpce de police, en un mot, toit 



sur l'Hist. de France. 5 3 

devenu leur Chef, & les Hifloriens lui 
donnent le titre de Roi, parce qu'alors on 
n'en connoiflbit point d'autres pour dfigner 
Je Chef d'une Nation libre. 

Samon rgnoit encore dans ce petit 
tat, lorfque, la troifime anne du rgne 
de Dagobert, quelques Franois tant parles 
chez les Vinides pour faire le commerce, 
furent maltraits & dpouills; quelques- 
uns mme y perdirent la vie. Le Roi envoya 
demander raifon de cette injuftice, & les 
Vinides confentoient de mettre l'affaire en 
ngociation; mais fi l'on en croit Frdgaire, 
le dput charg de cette commiffion, infulta 
groffirement le Chef des Vinides (h), qui 
aprs avoir oppof la modration aux 

(h) Les injures que Frdgaire met dans la bouche 
de I'amLaiTadeur Franois, annoncent que les Vinides 
n'toient pas encore Chrtiens : Nous femmes, lui 
fait-il dire , des ferviteurs de Dieu , i? nous ne traitons 
pas avec des chiens. Vous pouve^ tre les ferviteurs de 
Dieu, rpondit Samon, mais nous confentons d'tre 
fes chiens, car nous faurons vous mordre lorfque vous 
agire^ contre la loi ; & fur le champ il fit chafer le 
Dput. Frdg. cliap. LXVM* 

D ii; 



54 4 Discours 

outrages, ne fongea plus qu' fe dfendre, 
& le fit pendant plufieurs annes avec le 
plus grand fuccs. Les Auftrafiens chargs 
de cette guerre furent battus, & Ion 
prtend que ce qui contribua beaucoup 
les dcourager, fut la haine qu'ils portoient 
au gouvernement de Dagobert : auffi ne 
rparrent- ils leur honneur que lorfque, 
quelques annes aprs, le Prince leur fit 
efjprer une adminiftration plus douce, en 
ieur donnant fon fils pour Souverain. Juf- 
que-l les Vinides eurent tout l'avantage, & 
fi cette guerre fut le fruit de l'imprudence 
d'un Miniftre, ks mauvais (uccs furent 
l'effet du mcontentement des peuples. 

Voici un autre fait que rapporte le mme 
Auteur, & qu'il place peu-prs dans le 
mme temps que les Auftrafiens & les 
Vinides toient aux mains. Les Avarois, 
dont ceux-ci avoient repouff les attaques, 
fous le gouvernement de Samon, toient 
un refte des Huns, habitoient la Pannonie, 
& ne faifoient avec les Bulgares qu'une 



sur l'Hist. de France. 55 

feule & mme Nation. Aprs fa mort du 

Prince qui gouvernoit l'un & l'autre peuple, 

il s leva une guerre civile pour Je choix de 

fon fuccefleur. Les Avarois qui vouloient 

qu'il ft de leur Nation, furent les plus 

forts : les Bulgares furent dtruits. Neuf 

mille hommes chapps la dfaite gnrale, 

vinrent avec leurs femmes & leurs enfans, 

fe rfugier fur le territoire des Franois, 

& envoyrent prier Dagobert de leur 

donner afile. Le Prince leur fit dire qu'ils 

pou voient paffer l'hiver dans cette partie 

de la Bavire, qui toit alors ou une 

dpendance du royaume d' Auftrafie , ou 

du moins tributaire de cet Etat. Il ajouta 

qu'il leur feroit enfui te (avoir fes dernires 

volonts, lorfqu'il en auroit dlibr avec 

fon Confeil. Croira- t-on ce que raconte 

enfuite Frdgaire? & fe perfuadera-t-on 

que le rfultat de la dlibration de ce Plaid 

ait t un ordre donn fecrtement tous 

les Bavarois d'gorger en une mme nuit 

leurs htes malheureux! Si on l'en croit, 

D iv 



5 6 + Discours 

fept cents hommes feulement chapprent 
cette cruelle boucherie, & fe fauvrent 
chez les Vinides. Quel et t' le fruit de 
cet horrible crime! Ici renaiffent tous mes 
doutes fur la vrit de PBiftorien de qui 
nous tenons ces faits; mais, foit qu'il ait 
crit d'aprs des Mmoires fidles , fur des 
vnemens de beaucoup antrieurs fou 
ficle, foit qu'il n'ait peint que ies murs 
defon temps, quelle ide nous formerons- 
nous de l'abominable politique de cette 
poque! Voil du moins ce que l'on penfoit 
de Dao-obert cent ans aprs fa mort. Je 
fuis honteux pour le P. Daniel (), qu'il 
ait cherch colorer par quelques excufes 
un pareil forfait. 

L'autre guerre qui occupa pendant quel- 
que temps les armes Franoifes, fut plus 
injufte que celle que l'on avoit faite aux 
Vinides, & cependant fut plus heureufe. 
Elle nous apprendra encore combien peu 
l'on confultoit la juflice dans les relations 

a 

(i) Tome II, page 1 1 , 



sur l'Hist. de France. 57 

que la Monarchie avoit alors avec les 
trangers. SuintiHa rcgnoit en Efpagne 
avec beaucoup de gloire <Sc Je prudence. 
Il crut devoir faire ce que fit Dagobert 
lui-mme ; il afbcia au trne (on fils encore 
enfant. Quelques Grands furent mcontens. 
L'ambitieux Sifenande profita de leurs dit 
pofitions, & forma le projet de dtrner 
(on matre : ce rebelle vint fecrtement en 

France concerter fon entreprife avec le 

i- 

Souverain, qui lui prta des Troupes : 
celles de Bourgogne eurent ordre de 
marcher. Deux Ducs d'origine Romaine, 
Venerandus & Abundantius , comman- 
doient celles qui, plus voifines des Pyrnes, 
entrrent les premires en Efpagne, & la 
rvolution fut fi fubite , que l'arme de 
Bourgogne n'eut pas le temps d'arriver. 
SuintiHa fut dtrn , & fon fuccefiur 
enfuite marchanda avec les Franois fur 
le prix qu'il avoit promis leur Souverain. 

Pendant ce temps-l, i'Auftrafie mcon- 
tente ne rfiftoit que foiblement aux 



58 f. Discours 

excurfions des Vinides avec lefquels on 
n a voit point fait la paix. Dagobert crut 
regagner les A uftrafi ens Sl les intrefer 
davantage la dfenfe de leur pays, en 
fparant encore leur Gouvernement de 
celui du relie de ia France. La politique 
de (on pre lui a voit autrefois donn 
lui-mme iadminiftration de cette partie 
de la France; ii crut, fon tour, devoir 
ia confier fon fils, quelque jeune qu'il 
ft ; vraifemblablement mme on le lui 
demanda. Les Lvques & les Grands 
d'Auftrafie furent convoqus Metz, & 
ce fut de leur contentement (k), ce fut 
peut-tre leur prire qu'il leur donna 
pour Roi Sigebert, l'un de fes enfans qui 
avoit peine trois ans. Tout ce qui 
compofoit iaflmble lui prta ferment de 
fidlit. Telle toit Tunique manire de 

placer un Prince fur le trne. 

_ 

(k) Cum confilio Pontificum feu if Procerum, 
omnibufque Prmatibus Regni fui confentientibm 
Fredeg. cap. LXXV. 



sur l'Hist. de France. 59 

Le vieux Ppin toit demeur Maire 
du palais d'Auftrafie ; mais il toit en mme 
temps le principal Miniftre de Dagobert, 
& quittoit peu fa perfnne. Ce Prince 
nomma pour I ducation de fon fils an & 
pour l'administration de fes tats l'vque 
de Cologne nomm Cunlcrt , & le duc 
Adalgife : celui-ci, partageant avec l'- 
vque le gouvernement du Royaume, fut 
de plus charg de faire dans le Palais les 
fonctions de Maire : ce fut alors que les 
Magiftrats qui formoient le Plaid de ce 
Royaume, fe regardant tous comme ncef- 
fairement appels au Confeil du Prince, 
& devenus beaucoup moins dpendans 
chacun dans leur dpartement, fe runirent 
pour en impofer aux Vinides. Les Saxons 
qui habitoient la frontire, s'toient fait 
remettre par Dagobert un tribut de cinq 
cents bufs, & s'toient engags carter 
ces ennemis; mais pays d'avance du fecours 
qu'ils avoient promis, ils avoient mal tenu 
leur parole. Les Auftrafiens reprirent 



6o 4. Discours 

courage, les Vinides furent repoufTs & 
vaincus : on n'eut pas befoin de leur 
accorder la paix; ils celsrent d'attaquer, 
& ne fe flattrent plus d'envahir. 

La multitude des femmes, qui toutes 
vouloient gouverner Dagobert, remplirToit 
le palais d'intrigues. Les Princes fes enfans 
avoient chacun leur mre, & chaque Reine 
avoit Ces vues, (es elprances & la faclion. 
Les Grands de Neultrie & de Bourgogne 
prvoyoient les divilions qui natroient un 
jour de ces prtentions diffrentes , & 
Nantiide, mre du jeune Clovis, vouloit 
que celui-ci ft aulfi afTur d'un Royaume; 
elle agit auprs des Miniilres; elle mit 
dans fes intrts tous les Magiftrats qui 
toient appels au plaid Royal. On repr- 
fenta Dagobert qu'il toit jufte que 
Sigebert fon an fe contentt un jour du 
beau partage qu'on lui avoit dj donn, 
Se qu'il a(Turt fon fcond fils le refte de 
fes Etats. Cette proportion fut faite au 
plaid d'Auftrafie; il eut quelque peine y 



sur l'Hist. de France. 6 1 

acquiefcer : mais Dagobert toit le plus fort, 
& dans ce temps-l un pareil diffrend et 
pu armer les Grands de Neuftrie & de 
Bourgogne, qui toient vendus la reine 
Nantikie, contre les Officiers du jeune 
Sigebert, qui fouhaitoient de le voir fuc- 
cder tous les Etats de ion pre. Aprs 
bien des ngociations, la cour de Dagobert 
l'emporta. Le Prince fit un teftament qui 
fut foufcrit par tous les Grands, & dont 
ils promirent par ferment d'excuter les 
difpofitions : c'toit, il faut en convenir, 
un vritable trait de partage entre les 
deux Princes. On promettoit, au nom de 
Sigebert, qu'il fe contenteroit de tout ce 
qui a voit autrefois appartenu au royaume 
d'Auftrafie, l'exception cependant d'un 
pays fitu entre la Seine & la Loire, que 
l'Hiftorien nomme le duch de Denielenus. 
La Neuftrie & la Bourgogne furent affures 
au jeune Clovis qui avoit alors peine 
un an , & la part que les Grands eurent 
dans cette affaire, les confirma dans l'ide 



6z 4* Discours 

qu'ils s'toient dj forme de la foibleffe 
de ce Gouvernement. 

Dagobert ne furve'cut que deux ans 
ce trait, & il y a toute apparence que fa. 
mauvaife fant, fruit naturel de ks dbau- 
ches, en avoit ht la conclufion. 

II y eut, pendant ies dernires annes de 
ce Prince, quelques expditions militaires 
fur lefquelles ii parot fort peu intrefnt 
de fixer notre attention. Les Gafcons le 
jetrent fur la Novempopulanie, & furent 
repoufles dans leurs montagnes. Les Bretons 
s'toient foulevs ; on les menaa d'envoyer 
contr'eux l'arme qui avoit rduit les Gaf- 
cons. Judicael leur Comte, qui avoit ofe 
prendre le titre de Roi, vint demander 
grce, fit de magnifiques prfens, quitta 
le nom qui l'avoit flatt, & promit de 
vivre fournis Dagobert ; femper fe fubjeflum 
ditioni Dagoberti promifit : voil ce que l'on 
trouve dans la vie de S. Eloy, attribue 
S 1 Ouen. Le peuple Breton jouiffoit 
toujours d'un privilge ou plutt d'un droit 



sur l'Hist. de France. 63 

particulier ; le commandement attach la 
Magiftrature fuprme, y toit hrditaire. 
Ces Comtes de Bretagne, que nos Rois ne 
regardoient que comme des Magiftrats 
auxquels ils confident le pouvoir, avoient 
bien du penchant fe croire eux-mmes 
de petits Souverains. 

Tel toit l'tat des chofes, lorfque Dago- 
bert mourut d'une diflnterie Epinay-fur- 
Seine, Tune de fes maifons de campagne. 
Je ne parlerai point ici de ce prtendu 
teftam'ent qu'il avoit fait, dit-on, trois ou 
quatre ans avant fa mort, &: par lequel il 
avoit inftitu hritiers de (es immen fes 
richefTes toutes les glifes de France, aprs 
un beau & magnifique difcours adrefic 
{es enfans & tous les Grands du Royaume 
dans une aflemble gnrale. Frdgaire qui 
quoique poftrieur Dagobert, eft cepen- 
dant, avec la vie de S. 1 loy par S. 1 Ouen, 
le plus croyable des Auteurs que l'on puifle 
confulter fur fon rgne, ne dit pas un mot 
ni de cette afemble , ni du teftament : 



64 4* Discours 

les feuls Ecrivains qui en parlent font deux 
Moines, l'un Aymoin , auteur des Gefles 
des Francs, l'autre l'Anonyme de S. ! Denys, 
qui a compof la vie de Dagobert. Les 
deux difcours que l'un & l'autre font tenir 
au Roi, ne ie re/femblent en rien; mais, 
comme de raifon, le moine de S. Denys fait 
faire celte Abbaye des legs particuliers 
qui ne font point dans le rcit du moine 
de Fleury. Le vrai eft que, dans le temps 
o ces deux Ouvrages ont t compofs, les 
glifes toient dj extrmement riches, & 
que, pour fe mettre l'abri des vexations 
des Laques, les Religieux, qui feuls toient 
en tat d'crire , crurent devoir attribuer 
la libralit de Dagobert tous les bienfaits 
dont on ne retrouvoit plus le titre particulier. 
Si on en croit nos Hiftoriens, la France 
eut fous fon rgne un commerce immenfe, 
& jamais elle ne fut plus riche. Cepen- 
dant je ne trouve pour garans de cette 
opulence, que l'Auteur fabuleux des Gefles 

de Dagobert & l'Ecrivain de la vie de 

S. 1 loy ! 



I 



sur l'Hist. de France. 65 

S. x ioy; le premier parle d'un trne d or 
maffif, fur lequel toit afis ce Prince dans 
cette affemble o ii fit fon teflament, 8c 
peut-tre ce trne fut- il auffi imaginaire 
que le teftament & lafmble. 

Quant la viede S. Eioy, fi elle eu 
effectivement l'ouvrage de S. Ouen, elle 
peut mriter plus de foi , non parce que 
l'auteur des Gefies & les Chroniques 
d'Aimoin donnent celui-ci le titre de 
Rfrendaire de Dagobert, mais parce qu'ef- 
fectivement nous trouvons fon nom foufcit 
au bas de quelques chartes de ce Prince. 
Il faut pourtant avouer, que mme cette vie 
eft remplie de traditions populaires prefque 
videmment fauffes. Il parot difficile que, 
fous une adminiftration auffi defpotique 
que celle de cette poque, la France et pu 
acqurir des richefes immenfes. Ce n'elt 
pas qu'elle ft alors fans commerce. Les 
cits avoient conferv des arts, & il y 
avoit parmi leurs habitans des hommes 

indivftrieux, qui pouvoient s'enrichir par 
Tome IV 



66 4- Discours 

les achats & les ventes qu'ils faifoent 
chez les peuples voifins. Sous Thodebert, 
petit-fils de Clovis, on trouve que la ville 
de Verdun emprunta de Defideratus fon 
vque, une fomme de fept cents fous d'or, 
dont elle fit un fonds de commerce qui lui 
valut beaucoup. Sous Clotaire II, on voit 
par l'exemple de Samon, que quelques 
Franois faifoent quelquefois de grands 
tabliiemens chez les Etrangers; & nous 
venons de remarquer plus haut que l'occa- 
fion de la guerre avec les Vindes, fut un 
outrage fait des marchands Franois. 

Mais ceux qui jugeoient alors des richefles 
de l'Etat par cet amas d'or, d'argent & de 
meubles prcieux qu'ils admiroient dans le 
trfor du Prince, toient dans l'erreur. Le 
file dvoroit tout ; & c'toit parce qu'il toit 
toujours rempli, que la Monarchie toit 
pauvre. Les impts, dj confidrables , 
avoient t augments fous Dagobert : mais 
indpendamment des impots, les exactions 
toient normes en tout genre. Vaincre 



sur l'Hist. de France. 6j 

une Nation, c'toit la dpouiller; profcrire 
un homme odieux, toit rendre le Sou- 
verain (on hritier; & quiconque pafbit 
pour riche , toit la merci de l'avidit des 
Magiftrats (l). 

Une choie a contribu donner au rgne 
de Dagobert cette rputation d'opulence ; 
ce font les monnoies d'or qui nous reftent 
de ion temps : elles font marques du nom 
du montaire Eligius; fon nom prouve 
qu'il toit Romain; car c'toit encore dans 
la defcendance des Gaulois, que fe cou- 
fer voient les arts. Il parot que ce feint 
perfonnage dut fon talent dans l'orfvrerie 

(l) Dagobert fur-tout aimoit enrichir fon trfor 
par des ouvrages d'un grand prix. On fe rappelle que 
Sifenande, pour l'engager foutenr fa rvolte, lui 
promit un bain d'or du poids de cinq cents livres 
& d'un travail prodigieux , dont Aetius avoit fair 
autrefois prfent Thorifmond. Sifenande ne tint pas 
fa promeife ; l'inexcution du trait penfa. occafionner 
une rupture : enfin on compofa , & il fut convenu 
que Dagobert fe contenteroit de deux cents mille fous 
d'or, qui vaudroient aujourd'hui plus de feize cents 
mille livres d'argent monnoy. 



68 4* Discours 

le crdit qu'il acquit la Cour & les places 
qu'il y pofeda. Sa fortune prouve combien 
les Franois toient encore ignorans , & 
caraclrife le Gouvernement defpotique, 
fous lequel les dignits font fouvent le 
prix de talens qui n'ont rien de commun 
avec l'adminiftration. Il mrita par tes vertus 
i c vch de Noyon , & eft honor fous le 
nom de S.* loy. La plupart des anciennes 
chlTes ou reliquaires qui renferment les 
corps des Saints que nous poflcdons , ont 
t attribus ce clbre ouvrier, par les 
Auteurs qui font venus depuis. 

Le rgne de Dagobert, fi l'on en croit 
encore ceux-ci, efl: l'poque de la conftruc- 
tion de la plupart des difices confacrs 
Dieu. Peut-tre auffi a-t-on, dans la fuite, 
fait remonter cette poque celle des 
fondations dont on ignoroit l'origine. On 
prtend que fglife de S. Denys dut fes 
plus grandes richefles (es libralits; auii 
fut-ce l qu'il choifit fa fpulture. Les autres 
Moines en furent jaloux, & ils l'accufrent 



sur l'Uist. de France. 69 

'd'avoir dpouill plufieurs glifes, pour 
augmenter les trfors de celle-l. 

Sous les deux rgnes que je viens de 
parcourir , que manqua-t-il la France pour 
tre heureufe l la feule chofe fans laquelle 
aucune Nation ne le fera jamais. Un Prince 
j ufte , qui ne fe regardant que comme le 
protecteur & le confervateur des droits que 
Dieu donna l'homme, (eut qu'il ne peut 
rgner que par ces loix entielles qu'il n'a 
point faites, auxquelles il eft fournis comme 
fesfujets, & dont les rgles qu'il leur prt- 
ent ne doivent tre que le dveloppement. 

Du ct des trangers, jamais la France 

n'avoit eu moins craindre; & de tous 

fes voifins, les uns n'toient pas en tat de 

lui nuire, les autres avoient befoin d'elle, 

plufieurs mme lui payoient tribut. Sous un 

Gouvernement modr, elle et attir dans 

fbn fein les richelTes qui l'environnoient , 

& une longue paix l'et mis en tat d'en 

faire ufage. Clotaire, ou plutt fes Miniftres 

avoient , il faut en convenir , livr aux 

nj 



70 4*' Discours 

Lombards deux partages important, dont les 
Franois avoient t les matres ju (que-l : 
mais cette Nation, contente de cet avantage 
qui la rafliiroit contre l'ambition de nos 
Rois , conferva fidlement la paix avec eux ; 
elle leur fournit des fecours contre les 
Vinides; elle-mme n'toit pas en tat de 
rien entreprendre. 

Du ct des Pyrnes, les Vifigoths ne 
pouvoient plus donner la France aucune 
inquitude. Ce fut cette poque que 
cette Nation, fi puiflante autrefois, cef 
d'tre redoutable. Sifenande, pour colorer 
fa rbellion , affembla les Grands & les 
Evques. L fut dpof le dernier des 
Princes du fang d'Alaric; & depuis ce 
temps-l le trne d'Efpagne, cefant d'tre 
hrditaire, fut toujours difput par l'ambi- 
tion, achet par l'intrigue, ou arrach par 
la force. Un peuple prefque toujours divif 
avoit fouvent befoin de nos Rois, mais ne 
pou voit rien leur difputer. 

Allis avec h cour de Lombardie, qui 



sur l'Hist. de France. j\ 

feule et pu alors tre fa rivale, en furet 
du ct de fpagne, ia France pou voit 
donc plus que jamais regarder fa puifTnce 
comme affermie; fa domination s'tendoit 
jufque fur les tats qui compofent aujour- 
d'hui une partie de la Bavire, & , fi fou 
en croit les traditions, l'efclavage de ces 
peuples tot alors affez vil, pour qu'ils 
obiflnt quand on leur commandait un 
crime. Le refte de la Germanie toit, 
peu de chofe prs, encore barbare. Les 
Saxons n'toient point fujets de la France: 
fournis des Chefs que nos Hifforiens ont 
appels des Ducs , parce que c'toit ce terme 
qui dfignoit le commandement immdiat 
fur un grand territoire , ils faifoient quelque- 
fois des courfes ; mais ils toient rpondes. 
On leur impofoit un tribut; ils trouvoient 
bientt une occafion de s'en affranchir : 
mais utiles lorfqiuls toient allis , peu 
redoutables lorfqu'ils toient ennemis , ifs 
ne pou voient eau fer beaucoup d'embarras 
une nation belliqueufe, qui dans toutes 



E i 



IV 



y 2 4. me Discours 

fes provinces avoit des Troupes bien difci- 
pfines. J'en dirai autant des Gafcons, que 
le voifinage des Pyrnes mettoit porte 
de choifir pour allis ou les Goths ou les 
Franois , mais qui toient galement prefTs 
& contenus par les uns & par les autres; 
& je ne dirai rien de la Grande-Bretagne, 
dont l'eptarchie peine mritoit alors les 
regards de l'Europe; telle toit la poiition 
de la Monarchie franco ife. 

II eft donc vrai qu'un Etat peut le trouver 
en furet au-dehors, qu'il peut mme jouir 
de la plus haute confidration , & porter 
dans fon fein le germe des maladies qui 
altrent fa conflitution. La plupart des 
Hiftoriens , blouis par cette fupiiorit 
que la France parut alors avoir fur les 
Etrangers, fduits par cette tranquillit qui 
ne fut que trs-peu trouble pendant vingt- 
cinq ans , placent au temps de Clotaire 1 1 
& de fon fils Dagobert , le dernier priode 
de fa gloire. Elle fe vit, dit le P. Daniel, 
un point de grandeur & de puiince 



sur l'Hist. de France. 73 

o elie n'a voit jamais t jufqu'alors , 
tranquille au dedans, redoute au dehors , 
& dans l'afHuence de toutes fortes de 
biens ; rien n'toit plus brillant que les 
Cours de Clotaire & de Dagobert (m), 

On connot bien peu les forces d'un 
Empire, lorfque Ton n'en juge que par 
le luxe de la Cour; c'eft la direction du 
pouvoir qui peut feule nous raflurer fur fa 
dure : le Monarque injufle affoiblit le 
trne & lebranle. 

Je crois tre en tat d'tablir , que 
la Monarchie franoife alla toujours en 
s'afToibliffnt depuis la runion de toutes 
(es parties fous le fceptre de Clotaire , & 
que c'eft fous les deux rgnes que nous 
venons de parcourir, qu'il faut placer la 
premire caufe de la rvolution qui prcipita 
du trne les defcendans de Clovis. Cet 
intervalle de trente ans eft donc prcieux 
pour quiconque voudra puifer dans l'His- 
toire de grandes leons de morale. Voyons 

(m) Hiit. de Fr. du P. Daniel , tome II, page 24 . 



74 4* Discours 

d'abord quelle fut la nature du changement 
qui s opra; nous dvelopperons enfuite tout 
ce qu'il nous eft important de connolre fur 
i'ufage & la defti nation de ces affembles, 
qui commencrent devenir fi frquentes 
vers le milieu du feptime iicle. 

Article Premier. 

PREUVES de la dcadence de l'autorit 
fous C le taire IL Des caufes & des 
effets de cette rvolution. 

C E n'efl point la deftrucTon ou lavi- 
liflement de la Monarchie franoife , dont 
cette poque nous prfente le ipeclacie. Le 
Gouvernement franois profita des fautes 
de la Maifon de Clovis; celle-ci feule fut 
dgrade. La chute des tyrans appela la 
libert , & prpara les voies au gouver- 
nement de Charlemagne. 

Clovis & (es fuccefeurs s'tolent perp- 
tuellement carts du but vers lequel le 
Gouvernement doit marcher, fi l'on ne 
veut qu'il s'avance fans celfe vers fi ruine. 



sur l'Hist. de France. 75 

Ils pou voient avec raifon fe croire propri- 
taires du pouvoir ; mais ils crurent que ce 
pouvoir les rendoit propritaires de tout le 
refte, au lieu qu'il ne les en avoit rendus 
que protecteurs & confervateurs. Tout ce 
que les loix faifoient fans eux, toit raifon- 
'- . nable : tout ce qu'ils faifoient eux-mmes 
fe fentoit de la frocit de leurs murs & 
de l'orgueil du commandement militaire. 
La raifon, la juftice, l'humanit, qui dans 
tous les temps & dans tous les lieux, 
parlent plus puiffamment aux hommes que 
toutes les fanerions humaines, tendoient 
donc fins celle lever des barrires autour 
d'un trne fouvent enfmgiant par des 
crimes, & depuis long-temps affbibli par le 
defpotifme. H de voit arriver ce qui arrivera 
toujours. La confeience des Miniftres des 
loix, devoit peu--peu fuppler celle du 
Souverain. Des ordres contraires l'quit 
naturelle, dvoient d'abord tre reus avec 
horreur, & finir par tre mprifs; & dans 
cette efpce de choc perptuel entre la 



76 4* Discours 

volont du matre qui opprimoit & des 
fujets qui rfiftoient foppreflion , les 
peuples apercevoient un pouvoir interm- 
diaire, dont la tendance & les efforts 
fuflent (ans cefle en faveur de l'humanit, 
peu - -peu ce pouvoir devoit s'accrotre 
par ia faveur de la Nation, & devenir le 
premier & le plus fort de tous. 

Que Ton fe mette maintenant la place 
de tous ces Magiftrats fuprmes, que Ciovis 
& fs fucceffeurs avoient prpofs au Gou- 
vernement des provinces : matres dans 
leurs diflricls par la nature de l'autorit qui 
eur toit confie, trop ports abufer, 
parce que rien de ce qui toit au-deflbus 
deux ne pouvoit leur rfifter, ils toient 
efclaves eux-mmes, ds que la moindre 
dlation les rendoit fufpecls, ou qu'une jufle 
plainte irritoit contre eux ie Monarque. Les 
defti tu lions arbitraires, les peines les plus 
cruelles, les tortures les plus viles, les atten- 
doient la Cour, fitt qu'ils avoient dplu. 
Je ne rappellerai point ici les violences, 



sur l'Hist. de France, yj 

les conffcations , les aflffinats mme qui 
annonoient ia colre du Prince. Nous 
avons vu des Grands obligs de fe fouftraire 
par une mort volontaire l'ignominie & 
aux fupplices; d'autres rfugis dans les 
glifes, tromps par la parole du Prince, 
tranfports enfuite dans des prifons, livrs 
aux bourreaux; &, pour ne parler que 
de Dagobert mme dont nous venons 
de parcourir le rgne , que penfer d'un 
Roi qui, entrant dans le ba.'i, donne 
froidement l'ordre de faire mourir un 
Prince frre de fa belle-mre? 

On me dira peut-tre que cet ordre 
ne fut pas excut comme l'Hiftorien 
femble l'annoncer; on remarquera qu'il fut 
adreff trois Magiftrats , qui, peut-tre, 
eurent recours des formes : mais en fup- 
pofant mme que les ducs Amalgaire & 
Arnebert, & le patrice Villebade, eufTent 
t nomms Commiiires, & diuTent corn- 
pofer une efpce de tribunal, n'efl-il pas 
vrai du moins qu'il ne s'agifbit de leur part, 



7$ 4* Discours 

cjue de colorer par quelques procdures 
une profcription prononce? & combien 
d autres exemples n avons- nous pas dj 
vus des vengeances les plus redoutables , 
confies au fer des plus vils & des plus 
dociles minires de la colre du Prince l 
Par combien de faits n'en 1 -il pas prouv 
que ces Rois barbares fe croyoient les 
arbitres de la vie & de la fortune de tous 
ceux qui leur avoitnt prt ferment de 
fidlit? 

Pour peu que l'on parcoure de bonne 
foi tous les monumens qui peuvent nous 
clairer fur la conduite de- nos premiers 
Monarques, il faut convenir que le defpo- 
tifme militaire caraclrifa leur adminiilra- 
tion. Les fimples fujets toient jugs par 
les ioix. Ds qu'un Grand approchoit du 
Prince, ds qu'il lui avoit vou fon fervice, 
foitdansfon palais, foit danslamagiftrature, 
il toit la merci des dlateurs; il toit 
perdu, s'il n'toit pas affez fort pour tre 
rebelle. 



sur l'Hist. de France. 79 

J'en demande pardon ceux qui ont 
vu fous ces rgnes tous les charmes de la 
libert & toute ia furet des ioix ; mais ce 
Gouvernement des enfans de Clovis, me 
rappelle celui du Grand-Seigneur, qui lui- 
mme n'eft que trop fouvent tyrannif par 
la licence des Troupes. Dans ces tats, 
le peuple efl en furet ; il peut compter fur 
fes proprits : fa rgle efl pour lui ; car il 
y en a une dans les pays mme o les Rois 
n'en fui vent ni n'en donnent aucune : mais 
tout ce qui environne le trne efl efclave. 

Dans tous les tats o le pouvoir du 
Souverain fera fans rgle, celui des Magif- 
trats n'en aura pas davantage ; & la crainte 
tant alors Tunique motif de la foumiiion, 
celle-ci ne durera qu'autant que les oppri- 
ms ou mconnatront leurs forces, ou 
trembleront devant une force fuprieure. 

Il n'toit pas difficile aux Grands de 
fentir que le Prince avoit befoin deux: 
ils commandoient les Troupes de leur 
dpartement, & rien alors ne fe fafoit 



8o 4. Discours 

qu' main arme. Ce droit qu avoient eu 
les familles Franoifes de fe faire mutuel- 
lement la guerre, lorfqu'elles avoient 
venger leurs injures, devint, plus forte 
raifon, le droit commun de tous les dpo- 
sitaires de 1 autorit. Lorfque le Roi vouloit 
punir un Magiftrat, ou prvaricateur ou 
rebelle, il ne lui fuffifbit plus de le faire 
appeler (on tribunal, il falloit pouvoir 
l'y traner; & on n'en venoit pas bout, 
il falloit le vaincre. Ainfi, pour exercer 
les foncTions les plus nceflaires de (on 
autorit, pour faire les ates les plus 
communs de (a juftice, il avoit recours 
ceux qui, dans ce cas particulier, n'avoient 
aucun intrt de lui dfobir ; s'ils en avoient 
un de fe joindre au coupable, il falloit ou 
traiter ou faire la guerre. 

On voit par- l combien devoit tre 
foible par elle-mme cette autorit du 
Prince; mais pourquoi l'toit-eile? parce 
qu'elle toit arbitraire. Plus on toit lev 

en dignit, plus on avoit & de motifs & 

de 



'sur l'Hist, de France. 8 1 

moyens de fe fouftraire (on animadverfion. 
Les Magiftrats toient tantt les inflrumens, 
tantt les viiimes , & quelquefois le flau 
de la licence de leur matre- 
Tout defpote doit tre jufte, ou il eft 
irrvocablement perdu ; car la puiOance 
n'ayant aucune bafe foiide, il ne peut fe 
maintenir qu' laide du feul pouvoir qui 
fe fou tient par lui-mme : or nos premiers 
Rois voulurent tre de/potes, & ne furent 
point jufles. 

Mais celui de tous qui avertit le plus 
folennellement les Grands de leur propre 
force, fut Clotaire IL Dois-je rpter ici 
qu'il les rendit ks complices, & que ds-l 
ils fe crurent en tat de lui faire la loi ! Ils 
n'toient que trop les matres de lui faire 
excuter la condition fous laquelle ils lui 
avoient livr des Etats qui ne lui appar- 
tenoient pas. L'ambition & la licence ten- 
dirent, interprtrent rengagement de l'iifur- 
pateur : celui-ci ne pouvoit tre par-tout; 

& c'toit parce que l'ulage n'toit pas qu'il 
Tome IV. F 



82 4. me Discours 

n'y et qu'un feul plaid Royal pour tout le 
Royaume, c'toit parce que les Auftrafiens 
&. les Bourguignons toient accoutums 
avoir au milieu d'eux une fouveraine Cour 
& dadminiftration & de juftice, qu'aprs 
la rvolution qui extermina la branche de 
Sigebert, le plaid Royal d'Auftrafie & celui 
de Bourgogne fe tinrent, hors de la prfence 
du Roi. Il falloit que cette afTemble ft 
prfide par un reprfentant du Souverain. 
Le maire du Palais eut cet honneur ; mais 
dans l'un & l'autre Royaume, cet Officier 
eut alors intrt de fe mettre en furet 
contre le Prince, qui pou voit un jour fvir 
contre des infidlits dont il avoit profit : 
l eut intrt de s'affurer des Troupes & de 
leurs Chefs , contre une autorit devenue 
malheureufement tyrannique. Les Maires, 
fous prtexte que, hors la prfence du Roi* 
ils ne pouvoient avoir trop de Confeils 
pour difcuter les grandes affaires, appe- 
lrent ce piaid la plus grande partie & 
des vques & des Magiftrats : ceux-ci 



sur l'Hist. de France. 8 3 

s'accoutumrent fe voir en plus grand 
nombre, & calculant alors leurs forces 
runies, ils en prirent l'ide qu'ils dvoient 
naturellement en avoir, fous un Gouver- 
nement tout militaire. 

Ce fut pour lors que Ton traita dans ces 
fortes d'affenibles, toutes les affaires du 
Gouvernement. Jufque-l, dans les diff- 
rens Plaids qui s'toient tenus, on ne s'toit 
occup que de la police & de la lgislation 
intrieure (n) : les grands Magiftrats, afm- 
bls par le Maire dans des Etats que Ton 
regardoit comme s'tant donns Clotaire, 
trouvrent tout naturel de fe mler de>s 
affaires de la guerre & de la paix. 

Le Prince cela n'avoit rien rpondre, 
dans le droit ; car il avoit t fans titre pour 
s'emparer du patrimoine de fs neveux. 
Dans le fait, il lui et t impoffible de 
rfuter aux forces de tous ces Grands, qui 

* 1 .> 1 ... - 1. 1 1 - - --1 

(n) Obferv. crit. & hift. fur la premire Race de 
nos Rois, /,"" vol, du P. Daniel, page zqj* 



84 4*"' Discours 

tous difpofoient des Troupes , & avoient 
eu le temps Je fe concerter, 

Ii fallut donc flatter <:eux qu'on ne 
pouvoit fubj uguer: on voit combien cette 
puiflnce de ia Mairie toit incommode 
Ciotaire, Jprfqu aprs la mort de Garnier 
il eft oblig d'intriguer pour que cette 
dignit ne ft point rtablie en Bourgogne ; 
mais le coup toit port : ce qu'il obtint 
dura peu ; & Nantilde , veuve de Dagobert,. 
alla autorifer elle-mme le choix que les 
Grands de cet Etat firent de Flacoat. 

Comme nous n'avons point les ates de 
l'aflemble qui fe tint Bonneuil-fur-Marne, 
nous ne pouvons deviner de quel genre 
toient les droits & les privilges que 
Ciotaire fut oblig d'accorder aux Grands. 
Ce qui nous en eft atteft par les Anna- 
liftes, c'eft qu'il ne refuf rien ; mais ce qui 
acheva de les convaincre de leur puiflnce, 
ce qui leur perfuada fur-tout que dformais 
ils feroient appels au gouvernement, fut 
la part qu'ils eurent aux loix par lefquelles 



sur l'Hist. de France. 85 

Clotaire &, aprs lui, Dagobert fon fils, 
(e crurent obligs daflurer leurs enfans 
l'uni verfalit de la Monarchie. 

On a dj remarqu qu'un des defcendans 
de Sigebert toit chapp au maflcre ; on a 
vu quelles alarmes avoit excit dans l'efprit 
de Clotaire le bruit qui s'toit rpandu , 
que l'un des fils de Thierry toit cach dans 
un Monaftre. Le Monarque qui fait que 
l'Auftrafie n'eft point lui, veut cependant 
en affurer la poiTeffion fa poftrit; mais 
il craint ces Grands qui toient accoutums 
gouverner fous les ordres du Maire & 
de concert avec lui : il eft oblig de leur 
faire agrer fon projet; & c'efl parce qu'ils 
ne veulent point de matre, qu'ils acceptent 
pour Roi un enfant. Combien il efl impor- 
tant pour les Princes, de s'en repofer fin- 
ies loix de la Conffitution ! elles font tout 
fans eux & pour eux. Veulent-ils s'en 
carter! il faut bien qu'ils aient recours aux 
conventions, qui peuvent tre ananties 
par iuie convention contraire. On craignoit 

T~ 

r nj 



$6 4- Discours 

un lgitime hritier du trne d'Auftrafe ; 
on eft. oblig d'avoir recours aux Grands 
pour l'carter, en afurant la couronne 
l'un des fiis de l'ufurpateur. Voil ies fuites 
du premier crime de Ciotaire ; fa conduite 
en eft l'aveu ; celle de fon fils le rappelle 
encore : chaque pas qu'ils font eft une plaie 
leur pouvoir Veulent- ils le conferver 
leur poftrit ils font obligs d'affembler 
les Magiftrats, de demander leur aveu; ils 
reeonnoiffent que, fans leur confentement* 
leur tentative pourroit tre inutile. 

On verra bientt aprs l'effet de la 
libert que les Grands ont acquife ; le 
Monarque ne fera plus rien, qu'ils ne fe 
croient en droit de l'examiner : ce n'eft plus 
lui qu'ils s'en rapportent; ils prvoient 
fi mort ; ils veulent d'avance rgler fa 
fuccefion : ce ne font plus les loix de la 
Monarchie, ce font leurs prtentions, leurs 
vues, leurs intrts, qui doivent dcider 
du partage- Sous Dagobert, les Grands 
d'Auftrafie 3 intrefles fans doute perptuer 



sur l'Hist. de France. 87 

ces minorits, pendant Iefquelles iis toient 
des adminiftrateurs prefque indpendans , 
invitent le Roi mettre leur tte Sigebert 
qui n'a que trois ans. Les Grands de 
Bourgogne & de Neuftrie, veulent leur 
tour que Ton allure au fcond fils du Roi 
la fucceffion des deux autres Royaumes, 
La reine Nantilde par ks intrigues excite 
leur rclamation : la Cour d'Auftrafie s'y 
oppofe. Sigebert eft l'an : pourquoi veut- 
on lui ter le droit de partager un jour 
galement, ou d'avoir l'option de fon lot! 
Ici le Roi n'eft plus le matre de fon choix. 
Lorfque Gontran & Childebert avoient 
fait Andlau ce pacte de fucceflon dont 
j'ai parl dans le Difcours prcdent, ils n a- 
voient trait qu'entr'eux & par lentremife 
de ngociateurs revtus de leurs pouvoirs. 
Ici c'ell un pre que l'on force de partager 
fa fucceffion, & il eft oblig de traiter avec 
les Magiftrats qui tiennent tout de lui. II 
cde aux uns ; il eft oblig de mnager les 

autres. Le plaid d'Auftrafie (car lui feul 

F iv 



88 4 Discours 

aghToit pour Sigebert qui toit en trs-bas 
ge), ngocie avec Dagobert, exige qu'il 
ajoute au diitricl qui leur eft confi, des 
provinces que le Monarque avoit retenues; 
& c'efl cts conditions que les Aultrafiens 
confentent que l'on accorde Clovis qui 
vient de natre, i'expeclative du refte de 
la Monarchie Quelle haute opinion les 
Magiftrats ne conurent- ils pas alors de 
l'influence qu'ils pouvoient avoir fur les 
^ plus grandes affaires l Combien ils durent 
fe flatter de reilreindre , d'enchaner , de 
diriger un jour cette autorit qui, fous les 
rgnes prcdens, les avoit peu mnags ! 
Combien jls durent defirer de fe trouver 
fouvent runis pour fe faire craindre ! Com- 
bien leur parut defirable l'augmentation 
du crdit de ces Maires du palais , qu'ils 
regardrent de ce moment comme les 
Chefs de la magiflrature, 5c comme dfmes 
la dfendre contre le defpotifme ! 

Nous avons dj obferv que ce fut 
cette poque que le Roi perdit. & que les 



- sur l'Hist. de France. 89 

Grands gagnrent ie droit de nommer 
ce premier office de la Monarchie; mais 
il me fembe que nous n'avons point aflez 
infifl fur le changement que cette rvo- 
lution dut produire. Pour en apercevoir 
toutes les fuites, on ne peut trop fe rap- 
peler que toutes les Troupes des provinces 
toient alors foumifes aux ordres abfolus des 
Ducs & des Comtes ; & que, lorfque cette 
Magiftrature fuprme fe regarda comme un 
Corps, fon Chef put, ds qu'il le voulut, 
avoir toute l'autorit du Chef de la plus 
redoutable confdration. Nous ne ferons 
pas furpris de voir dans la fuite le Maire 
du Palais avoir, par fa place, le fouverain 
commandement de toutes les armes , 
pendant tout le temps que les minorits 
des Princes qui vinrent enfuite, les emp- 
chrent de le prendre eux-mmes. Ce 
droit, devenu par un long exercice un 
des principaux attributs de ce grand office, 
ne laiffa plus rien defirer l'ambition des 
Maires, 



90 + Discours 

En attendant qu'elle formt les plus vaftes 
projets, & fe livrt aux plus hautes efp- 
rances, Ion intrt du moins toit de ne 
point perdre de vue les Grands, de fe les 
attacher par des bienfaits , de les raffembler 
fou vent dans des plaids, qui peu--peu 
devenoient des efpces de dites. 

Une chofe depuis long -temps avoit 
encore contribu rendre ces afTembles 
plus chres, en les rendant plus utiles; ce 
fut l'influence qu'y eurent les Evques, qui, 
appels au plaid Royal, toient devenus 
les organes des befoins des pauvres cits. 
Comme on avoit trouv peu de juftice & 
encore moins de mifricorde auprs des 
laques , le Clerg s'toit accoutum fe 
mler de la plupart des affaires, fur lefquelles 
fouvent les opprims prenoient le fge parti 
de s'en rapporter lui. Or le gouvernement 
de TEglife n'a jamais t monarchique; elle 
rgne fur les efprits par l'inilruction, fur les 
volonts par la perfuafion : tout ce qu'elle 
a prefcrit dans tous les temps, a toujours 



sur l'Hist. de France. 9 1 

t rgl dans des Conciles. Les aflembles 
des vques toient donc prefque toujours 
un bienfait fignal pour la province o elles 
fe tenoient. Les Rois fentirent l'utilit de 
ces convocations, & ies Grands envirent 
aux Evques le crdit & ia confidration 
qu'elles leur donnoient. Bientt dans ces 
almbles mi -parties, o le Clerg & la 
Magistrature eurent galement fance, les 
vques, confults fur des matires fpiri- 
tuelles, ne voulurent point perdre le droit 
qu'ils avoient d'ordonner au nom de J.-C; 
& les Grands, toujours mules du Clerg, 
fe crurent auffi autorifs ordonner comme 
eux & avec eux. On fe trouva bien de 
cette forme, qui temproit la rigueur du 
pouvoir. La Nation s'accoutuma infenfi- 
blement regarder le plaid comme failnt 
parier l'autorit de la raifon & de la juilice, 
au lieu que l'ordre du Roi n'exprimoit que 
fa volont, qui malheureufement n'toit pas 
toujours raifonnable* Le Prince donnoit la 
lanlion, & communiquoit la force coaclive 



92 4- Discours 

ces dlibrations : mais on lui toit 
redevable de l'excution de la loi, c'tait 
fur laflemble que fe portoit la recon- 
noiflance due au bienfait de la rgle; & 
il arriva de-i que quand, fous Clotaire 
& fous Dagobert, les plaids devinrent 
plus frquens & plus folennels, les peuples 
fe trouvrent trs - difpofs ne regarder 
comme utile & comme jufte, que ce qui 
toit le fruit de cette dlibration commune. 
Tout fut perdu pour le Souverain, ds que 
les inftitutions fages ne furent plus regardes 
comme des bienfaits de fon autorit ; & 
on perdit bientt de vue celle-ci , lorfque 
le plaid, runifiant la plus grande partie des 
Evques & des Magiflrats du Royaume, 
s'annona comme capable d'en impofer au 
Roi lui-mme. 

Or ce fut principalement fous Clotaire 
& fous Dagobert, qu'arriva ce changement; 
le premier s'toit rendu odieux par l'hor- 
rible fupplice d'une grande Reine, par 
Tinjufte ufurpation de deux Royaumes, par 



sur l'Hist. de France. 93 

le fangknt trait qui lui avoit vendu la vie 
de Tes neveux ; le fcond devint encore 
mprifable par (es murs, par la publicit 
du fcandale qu'elles donnrent, & par les 
perptuelles divions qui agitrent fa Cour 
& fa Famille. 

II fut de tous nos Rois de la premire 
Race , celui qui brava avec le plus de 
hardieffe les faintes loix du mariage. Nos 
autres Souverains a voient eu des concu- 
bines : il eut trois Reines la fois , & ie.s 
intrigues des femmes de fa Cour ajoutrent 
encore aux caufes qui prcipitrent la 
dcadence du pouvoir ; car celles de ces 
femmes qui perdoient la tendreffe du 
Monarque , n'ayant plus d'autre objet que 
leur ambition & leur intrt, cherchoient 
s'attacher les Grands, &, ne pouvant 
plus fe faire aimer, travailloient du moins 
fe faire craindre. 

Ce fut vraifemblablement dans la chan- 
cellerie de Dagobert , que fut rdige cette 
honteufe formule du divorce que nous? 



94 4- Discours 

a conferve Marculfe, contemporain de 
Clovis 1 1 fon fucceffeur : je la tranfcrirai 
ici toute entire, pour donner une ide 
des dfordres de cette poque ; elle n'ef 
autre chofe que l'acte pafe entre un mari 
& fa femme, qui fe fparant l'un de l'autre, 
fe donnoient mutuellement la libert de 
contracter un fcond mariage. 

Attendu qu'entre un tel &: une telle 
*> la femme, il s'eft lev des divifions qui 
ont banni de leur focit cet amour qui 
vient de Dieu, & y ont au contraire fait 
natre une difcorde qui ne leur permet 
pas de vivre enfemble, ils font convenus 
l'un & l'autre, qu'ils toient obligs de 
fe fparer, & ils font fait. A ces caufes, 
ils fe font donn l'un l'autre ces lettres 
crites de leur main , qu'ils ont promis 
le confirmer par -tout o befoin feroit, 
& par lefquelles ils fe donnent plein & 
mutuel uouvoir , ou de fe confacrer au 
fervice de Dieu dans les Monaftres qu'il 
>>leur plaira, ou de contracter leur choix 



33 



H 



33 



33 



3> 



C 



33 



sur l'Hist. de France. 95 

un autre mariage qui leur conviendra , 
fans qu' i'occafion du parti que l'un des 
deux voudroit embrafTer, l'autre puifTe 
former aucune plainte ou prfenter aucune 
requte; Se dans e cas o l'un d'eux vou- 
droit, par la fuite, ou changer de rfo- 
lution, ou former quelques rptitions 
contre fon pair, il fera oblig de lui payer 
une livre d'or, fans que pour cela ils 
puiffent l'un ou l'autre rien changer au 
nouvel tat qu'ils auront embrafle : Fait 
le tel jour & en telle anne, du rgne 
de tel Roi (o). ~ 

(0) Dum inter illum if conjugem fuam illam, non 
caritas fecundm Deum , fed difeordia rgnt , if cb 
hoc pari ter cenverfare minime pojjiint , placuit utriufque 
yoluntate ut fe a confort io feparare deberent, quod ita 
if fecerunt. Propterea lias epiflolas inter fe uno tnor e 
conferiptas fieri if adfrmare decreverunt , ut unufquifque 
ex ipfis , five ad fervitium Dei in monajlerio , eut ad 
copujam matrimonii fociare fe voluerit, licentiam habeat, 
if mdlam requifitionem ex hoc de parte proximi fui 
habere non debeat ; fi quis vero aut aliqua pars ex ipfis 
hoc emutare aut contra parem fuwn repetere roluerit , 
infrt pari fuo auri libram unam, if fua repetith 



y6 4. Discours 

Voil certainement un de ces ufages 
qu'aucune autorit fur la terre ne pourra 
jamais lgitimer. Cependant quelques-uns 
de nos Rois avoient dj donn l'exemple 
de ce dfordre , & on fe rappelle le mariage 
de Thodebert & de Deuterie; mais fous 
Dagobert , la polygamie s'afft fur le trne , 
la honte cell d'tre le frein des murs, 
& la dbauche devint le vice' dominant & 
des Princes & des Grands. 

Contribua- 1- elle affoiblir l'autorit! 
Oui {km doute, en affaibli fiant les Princes, 
en abrgeant leur vie, en ne faifant des 
rgnes que nous avons parcourir jufqu' 
Ppin , qu'une longue fuite de minorits : 
Ils ne nous prsentent qu'un intervalle 
d'environ cent cinq ans, pendant lequel 
nous allons voir s'lever & 'difparotre 
quatorze ou quinze Rois prefque tous 

nullwn obtineat ejfeclwn ; fed , ut decreverunt , a proprio 
conferto fequejrati in e quam eleger/at parte perma- 
?icant : Fal epiflol fub die iiic , anno llo, rgnante: 
illo Re:e. 

enfns 



sur l'Hist. de France. 97 

enfans ns de pres affoiblis par ies volupts , 

& bientt livrs eux-mmes leurs plaifirs, 

foit par la fougue de leurs parlions, que 

qui que ce foit n'ofoit contredire , foit 

par la politique funefte de leurs Minires, 

qui avoient intrt de les favorifer : ils ne 

connoiflbient que les honneurs du trne, 

& n'aimient du pouvoir que fa licence. 

J'ai dit plus haut que le changement 

qui fe fit . cette poque appela la libert; 

mais j'ai ajout, que c'toit en prparant les 

voies l'administration de Chariemagne. 

Nous voyons bien , en effet , ce que 

perdirent les Rois fous Clotaire & fous 

Dagobert; mais nous ne voyons point ce 

que gagnrent les peuples. Les grands 

Magiftrats affembls dans les plaids oient 

fort attentifs tout ce qui pouvot accrotre 

leur autorit; mais trs -peu ce qui 

devoit la rendre bienfaifante. Etoit-on dans 

ces aflembles plus difpof fe foumettre 

aux loix ? Cherchoit-on de bonne foi 

rgler l'adminiftration de la juflice! La 
Tome 1K G 



98 <f Discours 

punition des crimes devenoit-ele plu5 
prompte & plus facile? On en peut juger 
parles violences qui fe commirent fous les 
yeux de Clotaire II lui-mme, dans la 
dernire des affembles tenues fous fon 
rgne. Au lieu de fe runir pour fvir 
contre des coupables, elle fe divife; & de 
tous ces Magiflrats fuprmes de l'empire 
Franois , les uns prennent parti pour des 
meurtriers , les autres marchent fous les 
armes pour les combattre. A quoi le Mo- 
narque eft-il rduit! A former lui-mme 
avec ceux qui fcoutent encore, un tiers- 
parti qui fe rend mdiateur entre les deux 
autres. Voil donc quoi aboutira ce 
changement ! Ce ne fut pas la Nation 
qu'il donna des efprances , ce fut aux 
Grands, qui ayant eux-mmes got les 
charmes dangereux de rabfolu pouvoir qui 
les avoit autrefois maltraits, afpirrent 
l'indpendance pour avoir moins craindre, 
&. pour ofer encore davantage. 

Ce dfordre fut ds-lors aperu Se redout : 



sur l'Hist. de France. 99 

les cits fentirent qu'elles ne gagneroient 
rien la rvolution. Si quelque chofe toit 
fouhaiter pour elles , ce n'toit pas que l'au- 
torit diminut, c'toit qu'elle fe rglt; car 
Ja foiblefe du Monarque les livroit une 
multitude de tyrans, qui tous ailoient ac- 
qurir ie pouvoir de mal faire impunment. II 
valoit mieux pour elles conferver celui qui , 
lors mme qu'il toit un malfaiteur, tenoit 
tous les autres enchans. Cependant, la 
mort de Dagobert, les chofes en toient 
dj venues au point, que s'il s'ievoit une 
Puiflnce qui, appelant fans cette les loix 
fon fecours, en impoft galement & au 
defpotifme du Prince & celui des Maorif- 
trats, elle devoit en peu de temps runir 
en la faveur les fuffrages de tous les Grands 
& les vux de toutes les cits. 

Article IL 

Des Plaids gnraux de cette Epoque , 
& des Magtflrats qui y furent appels. 

Lorsque le Roi eut perdu le droit de 

G j 



ioo 4* Discours 

choifir feu! le Maire du palais, celui-ci n'en 
fut que plus ntrefle mnager les Grands. 
Le Monarque ne pouvoit rien fans eux, 
& ceux-ci pouvoient, fins lui, renverfer 
Jeur idole; mais pour plaire aux Grands 
8c pour les avoir toujours {es ordres, il 
failoit les convoquer fouvent : fpars , ils 
ignoraient leurs forces & obifbient au 
Roi: aflembls, ils fe fentoient redoutables 
Se ofoient traiter ; c'toit prefque toujours 
avec le Maire, & il toit lui-mme mdia- 
teur quand c'toit avec Je Roi. 

Ce plaid Royal toit cependant ce qu'il 
avoit t fous Clovis & fous fes fucceieurs 
immdiats; il toit le Confeil du Prince, 
o il dlibrait, o il adminiftroit; il toit 
e Tribunal fuprme o il jucreoit : c'toit- 
l qu'toient portes toutes les grandes 
affaires: c'toit-l que fe faifoient, fui van t 
les formes anciennes, tous les acles de la 
Souverainet. 

Mais, au lieu que dans les premiers 
temps, il toit compofe des Officiers de 



sur l'Hist* de France, i p i 

la Maifon du Prince, des vques qui fe 
trou voient fa Cour, & de ceux des Ducs 
& des Comtes qu'il y appeloit comme ks 
Confeiilers , les Maires du palais qui voulu- 
rent rendre ces affembles plus nombreufes, 
y appelrent & tous les Evques & toute 
la Magiftrature ; l ils traitrent tous les 
objets de lgiflation que jufque-l nos Rois 
n'a voient confis qu' un petit nombre de 
Confeiilers , dont ils a voient prouv la 
confiance, & dont ils prifoient la figei. 
On peut fe convaincre de ce changement, 
lorfque l'on compare avec le plaid d'Auf* 
trafic , tel que Je compofa Gontran orfqu'il 
indiqua fon neveu Chiidebert les Minifires 
dignes de fa confiance, ces afTembles qui 
furent tenues fous Clotaire II, fous Dago- 
bert & fous ks fuccefieurs. 

Le plaid gnral, cette poque, tant 
donc devenu le premier & le principal 
reflbrt du gouvernement Franois, il nous 
efl important d'examiner quels furent les 

Membres qui le composrent , quelles 

G nj 



ioz 4. me Discours 

toient Ces fondions & fes devoirs. Je 
trouve que tous ceux qui ont crit fur cette 
matire, n'ont point affez diftingu les 
temps; on croiroit, les entendre, que la 
monarchie Franoife a t, ds le commen- 
cernent, ce qu'elle fut fous Charlemagne : 
ce fut fous ce Prince & fous (es fuccefleurs, 
qu'crivirent la plupart de ceux qui ont 
voulu nous donner une ide de ces afTem- 
bles; mais on n'a pas fait rflexion qu'ils 
dcrivoient celles de leur temps & non 
celles du ficle prcdent. Nous viendrons 
quelque jour au tmoignage d'Hincmar qui 
crivoit Charles - le - Chauve ; dans ce 
moment, ne perdons point de vue que 
nous ne fommes encore qu' Clotaire II 
& (es enfans. 

La principale vrit fur laquelle je cros 
devoir infifter, c'eft que le Prince n'appeloit 
fon plaid que fes Fidles ; or ils ne le 
devenoient que par le ferment qu'ils lui 
pretoient, foit comme Domeftiques , foit 
comme Magiftrats , foit comme fimpies 



sur l'Hist. de France. 103 

ntruftions : ainfi, relativement au Souve- 
rain, ils toient fes hommes, ils lui avoient 
promis un fervice ; relativement la Nation, 
ils toient des Grands, Optimaes , Proceres ; 
& comment mme toient -ils devenus 
Grands? en partageant l'exercice de l'admi- 
niftration & du pouvoir qui leur toient 
confis par le Monarque, de qui manoient 
toute dignit & toute autorit. 

On les nomma galement Semores, d'o 
efl venu le mot de Seigneurs: c'eft dans 
la langue de la Municipalit, qu'il faut 
chercher l'origine de ce terme. On fait que 
le plaid de la cit toit compof des anciens 
habitans ; ceux qui leur dvoient refpect, 
& qui n'toient-l que pour couter & 
s'inftruire , s'appeloient Jumores. Il toit 
naturel que dans les autres aflembles & 
dans le plaid Royal mme, ces Evques, 
ces magiftrats Gaulois, accoutums depuis 
fi long-temps l'adminiflration des cits, 
dfignaffent par les mmes noms de Se- 
meurs, ceux qui dlihroient avec le Prince % 

G iv * 



i 04 4' Discours 

& partageoient fous lui les fonctions 
publiques* 

Le titre de Baron, toit auffi une des 
expreffions gnrales , par lefquelles on 
ndiquoit ceux qui dvoient au Roi fidlit 
& fervice. On s'eft accoutum, fous le 
gouvernement fodal , entendre par ce 
mot, un guerrier indpendant. Dans la 
langue Romaine du bas Empire, il avoit 
fignifun homme trs-dpendant du Prince 
par fts fervices. Le gouvernement Romain 
du quatrime ficle, n'toit pas Rpublicain; 
or c'eft des gens qui dvoient fervice 
l'Empereur, que S. x Auguftin dit dans un 
de fes Sermons , uhnam efl Cfars corpus 
prclarum ! uhi apparaus delicarum! uhi mul- 
itudo Dominorum, uhi catetva B ARON u M (p) ! 
Du Cange, qui remonte l'origine de ce 
nom , fait voir qu'il toit Romain ; qu'il 
avoit mme, dzns fa premire acception, 
lignifi des ferviteurs gage; que nos loix 
barbares lavoient emprunt de la latinit 
(p) Senn, Aug. 68* 



sur l'Hist. de France. 105 

de cette poque, Se que les Barons du 
Roi n'toient autre chofe que des Officiers 
fervant le Souverain dans fa maifon, Regios 
minijlros & qui ex Rgis famili erant (q) : 
II n'en 1 pas tonnant , continue - t - il , 
que Ton ait enfuite employ ce mot, 
pour fignifier des Grands qui toient 
obligs envers les Rois un fervice, foit 
rai/on d'un office, foit raifon d'un 
bnfice (r). 

Ce terme de Baron , comme on Je voit, 
toit fynonyme celui de Vajfus , qui avoit 
d'abord fignifi un fimple domeftique (}) 
Vajfos , dit encore du Cange , primitis fuijfe 
quos familiares cet a s poflerior appel! avit feu 
domeflicos , & qui ex Regia feu alieujus 
Principis famili eraht , videntur indicare /ex 

.., 1 - - '- *^^^ 

/q) Du Cange, GIofT. au mot Baro. 

(r) Unde non mirum fi traduam hanc vocem ad 
veros Magntes paffim legamus , qui Principibus ipfis 
cbfequia if mnifteria preftabant , feu ex officii ratione , 
feu ex beneficio, ifc, Ibid. 

(f) Le mot de Varlet ou Valet, en vient encore. 



io6 4. Discours 

Allem. titul y g , j\ Ml & Marculf, lib. 11, 
form. y (t). Il cite encore le fcond 
Concile de Chlons, qui appelle Vajfus un 
domeftique d'une Abbefe, auquel H n'eft 
pas permis d'entrer dans la clture du 
Monaftre. Je ne prtends point prodiguer 
l'rudition, pour prouver un des faits dont 
aucun Savant impartial n'a dout jufqu'ici; 
mais de ces faits je conclurai bien affir- 
mativement, que tous ces Grands que nous 
voyons, ds l'origine de la Monarchie, 
appels aux Confeils du Souverain, n'em- 
pruntoient leur clat que du rang qu'ils 
tenoient auprs de lui, & du pouvoir qu'il 
leur confioit : qu'on les nommt Leues , 
Antruflions, Fidles, Barons ou Vaffaux t 
ils n'toient que des gens qu'il avoit revtus 



(t) Les oix des Allemands & les formules de 
Marculfe, nous apprennent que les Vajji toient, dans 
leur origine, du nombre des ces Officiers que l'ge 
fuivant a nomms familiers ou domejiiques, & qui 
faifoent partie de la Maifon du Roi ou de quelque 
Prince. Du Cange , au mot Va S S US, 



sur l'Hist. de France. 107 

ou d'un office dans la Maifon, ou d'une 
magiflrature dans l'Etat. A cet gard, le 
Droit public & i'ufage toient en France 
les mmes que chez les Goths 5c les 
Bourguignons. Les Loix & les Ordon- 
nances de ceux-ci , promulgues dans leurs 
plaids, ne font foufcrites que par leurs 
Fidles, par des Barons, par des Ducs, par 
des Comtes, par des Officiers de leur 
palais ; & parmi les diplmes qui nous 
reftent des Rois de notre premire Race, 
il n'en eft aucun dans lequel on remarque 
d'autres fignatures. 

Mais s'il eft tabli que le plaid ntoit 
compof que de ceux qui avoient prt au 
Monarque, ferment de fidlit, raifon 
d'un office ou d'un bnfice ; le devoir 
qui les appeloit l'affemble toit fond 
fur ce ferment, il eft donc prouv que 
cette afTemble, quelque folennelle qu'elle 
ft, n'toit point compofe de dputs de 
la Nation , ni de Membres d'une Rpu- 
blique : le Prince, en aftemblant (es Fidles, 



io8 4. Discours 

ne perdoit point (es droits fur eux ; ils 
n'en toient pas moins fes fujets, tenant 
de lui 'eur pouvoir, galement obligs de 
lui rendre compte de leur adminiitration , 
& de dlibrer avec lui fur les objets 
dont il vouloit tre inftruit. Ces plaids, 
je ne puis trop le rpter, ne furent 
donc point ces affembles de la Nation , 
ces champs de Mars auxquels, fuivant 
quelques Auteurs, tout Franois a voit, par 
fa feule nai (lance, le droit de venir lui- 
mme interroger le Prince, & pouvoit 
exiger qu'il comptt les furfrages : c'taient 
des Confeils trs-nombreux, devenus ncef- 
(aires, mais malheureufement compofs, 
depuis Clotaire, de gens dont la foi lui 
toit fouvent fufpecle, & qui toient affez 
puiflns pour dfobir avec impunit. 

Parcourons maintenant en dtail les 
dignits qui y donnoient fance ; prsentons 
une ide plus particulire des Offices que 
l'on connoiffoit alors en France. 

Le Monarque toit le Chef & le 



sur l'Hist. de France. 109 

Prfident de laffemble , & il y venoit 
accompagn de fa Maifon : les Magiftrats 
s'y rendoient des lieux de leur rfidence. 

Le palais de nos Rois, quoique compofe 
d'un grand nombre des dignitaires, que 
Ton avoit vus dans celui des Empereurs, 
n'avoit pas t cependant form fur cette 
lifte innombrable d'Officiers attachs autre- 
fois leur fer vice. Cette multitude de 
ferviteurs inutiles, avoit t un des vices de 
leur Cour; & Ton fe rappelle l'tonnement 
de Julien-l'apoftat , qui le jour de la pro- 
motion l'Empire , ayant fait venir un 
barbier qu'il prit pour un Snateur, apprit 
de lui qu'ils toient mille porTeffeurs de 
pareilles charges , chacun defquels l'Etat 
fournifioit par jour, outre des gages confi- 
drables , l'entretien & la nourriture de 
vingt hommes ck de vingt chevaux. Les 
mille barbiers, les mille cuifiniers, & un 
plus grand nombre encore de matres- 
d'htel & d'chanfons , furent fupprims 
par cet Empereur, peu curieux de magni*- 



no 4. Discours 

ficence ; mais ce genre de luxe avoit repris 
fous (es fucceffeurs, & avoit t une des 
caufes des exactions, qui rendirent ie gou- 
vernement Romain ii odieux dans ies 
Gaules. 

La Cour de nos Rois neut pas, du 
moins dans les commencemens, ce fafte 
infenf. lis vouloient moins briller qu'tre 
les matres ; & connoifnt peu les tats 
de la Mdifon Divine , car c'efl ainfi que la 
baf adulation avoit nomm le palais des 
Empereurs, ils avoient form le leur fur 
le modle de la maifon de ces Macriftrats 
fuprmes, avec Iefquels les Princes leurs 
prdcefTeurs avoient eu des relations dans 
les Gaules, avant que d'en faire la conqute. 
Jufqua cette poque, en effet, les Rois 
Francs s'toient fait honneur de marcher 
ies gaux de ces Ducs, & la dignit de 
Matre de la Milice, avoit t pour eux 
le plus digne objet de leur ambition. 

Nous ne trouvons donc dans leur 
palais, aucune charge qui ne ft d'origine 



sur HHist. de France, i i i 

Romaine; mais nous n'y retrouvons point 
toutes ces grandes dignits qui fuppofoient 
une adminiftration gnrale fur un grand 
nombre de provinces la fois , telles que 
celles du Comte des facres Largeffes ou 
du Comte du Commerce : ce ne font point 
des Magiftrats dfmes gouverner l'tat; 
ce font des Adminiftrateurs prpofs la 
conduite d'une Maifon , ou attachs au 
fervice perfonnel d'un Prince. Nous ver- 
rons ces offices acqurir la plus haute 
faveur, nous y verrons runie une vritable 
puiiance ; c'eft ce qui ne manque jamais 
d'arriver dans les tats o le Souverain 
eft defpote, & o tout ce qui approche 
de fa perfonne, partage fon autorit : mais 
dans l'origine, il en faut convenir, les 
Officiers de nos Rois ne furent que leurs 
domeftiques & leurs ferviteurs. Eiyons 
d'en donner la lifte. 

La premire charge de leur Maifon toit Du Maire 
celle de Matre ou de Maire du palais, 
Jlajor palatii ; il avoir la fuintendance 



1 1 2 4- Discours 

du palais du Prince, le fuivoit, & toit 
tout moment porte de prendre ks 
ordres. Sous les Empereurs , il y avoit en 
autant de Maires, Majores , qu'il y avoit 
eu de Maifons Divines (u) : ils en toient les 
administrateurs fuprmes, & cette charge, 
fuivant les apparences , ne fut pas non plus 
unique fous nos premiers Rois. Les loix 
de Gondebaud prouvent qu'il y en avoit 
plufieurs la Cour des Bourguignons (x) , 
& on ne voit pas pourquoi il y en et en 
moins celle de Clovis; mais vraifembla- 
biement il y en eut un qui eut la fupriorit 
& le commandement fur tous les autres : 
ce fut fans doute celui qui iuivoit le Roi 
dans tous ks voyages , & di (tri bu oit fes 
ordres ceux qui toient chargs de l'ad- 
miniftration des autres Maifons. 

Cette dignit cependant ne fut pas , dans 
les commencemens, beaucoup prs aufli 

(u) Voyez les L. du Code. 

(x) Sciant h a que Optimates , Comits, Cvnjiliari , 
JD orne fl Ici , Majores Domsnoflr. Procem. Ieg. Burg. 

confidrabie 



sur l'Hist. de France, i 1 3 

confidrable qu'elle le devnt dans la fuite, 
puifque, flon Grgoire de Tours, on ne 
faifoit pas difficult de la quitter pour un 
vcch ; mais il toit naturel qu'elle acqut 
bientt & du crdit & du pouvoir. Le 
Maire toit en effet charg des approvi- 
fionnemens & des dpenfes du palais, ce 
qui lui donna une infpeclion fur toutes les 
terres du Prince , o il envoyoit (es ordres. 
Cette intendance le mettoit porte d'ob- 
tenir des grces , & de s'attacher des 
cratures, dans un temps o les domaines 
du Roi toient toujours l'objet de la con- 
voitife de ceux qui l'environnoient. 

Attach de ff prs aux Rois, log dans 
leur maifon , admis leur plus intime 
familiarit , ie Maire qui n'toit point 
Magiftrat, mais fimple adminiftrateur , fut 
fi bien gagner & fduire fon matre, qu'if 
fut bientt le confident de tous fes deifeins, 
& que, devenu, par l'tendue de fes fonc- 
tions, le Chef de tous ceux qui fervoient 

dans l'intrieur, il fe vit matre de l'Etat, 
Tome IV H 



1 14 4 Discours 

parce qu'il l'toit du Palais & de ceux qui 
le rempliffoient. 
Du Comte A ct de lui, on voit, ds le berceau 
de la Monarchie , parotre le Comte du 
palais ; celui-ci n'tot point adminiftrateur , 
mais il toit juge fuprme : c'toit lui 
qu'on s'adreffoit pour toutes les contefta- 
tions qui naiffoient entre les Officiers de 
la Maifon ; il avoit une audience 8c un 
tribunal o il coutoit les parties. Nos Rois, 
occups la -guerre, s'en reposrent mme 
fou vent fur lui du foin de prononcer fur 
les appels des jugemens rendus par les Ducs 
& par les Comtes. Le tribunal du palais 
toit donc un plaid, o affiftoient tous ceux 
auxquels le Roi donnoit le titre de fes 
Confeillers ; il y prfidoit lui-mme fouvent, 
& il y toit tenu prfent, lors mme que 
les occupations l'appeloient ailleurs : quand 
il n'y pouvoit affifler, le Comte lui faifoit 
fon rapport des affaires les plus difficiles ; il 
pouvoit fans lui terminer celles qui deman- 
doient peu de difcuflion ; fes fonctions 



sur l'Hist. de France, i i 5 

taient du moins aui nobles que celles 
du Maire, & ils toient fou vent oblige's 
de fe runir : on les voit l'un & l'autre , 
dans Grgoire de Tours (y), chargs con- 
jointement d'une commiffion importante; 
mais comme le Comte avoit beaucoup 
moins d'occafions que le Maire, d'approcher 
la perfonne du matre, & de fe rendre ou 
utile par fes fervices, ou agrable par fes 
complaifances,i'Adminiftrateur des finances 
clipfa le Miniftre de la juftice. Il parot 
mme qu'au bout de quelque temps , le 
Maire ft runir fa dignit l'office du 
Comte ; &. voici une anecdote qui prouve 
que ces deux charges n'en firent plus qu'une 
depuis le rgne de Dagobert. 

Pendant l'enfance de Sigebert, fils de 
celui-ci , le plaid s'tant aflembl pour 
nommer un Maire, le choix tomba fur 
Crodin, l'un des plus juftes & des plus 
vertueux hommes de la Cour; celui-ci 



(y) Greg. Tur, Iib. IX, cap. x. 

H i; 



me 



\ 1 6 4. Discours 

refufa cette place, & parla ainfi au jeune 
Roi : Je fuis ie parent ou l'alli de tout 
ce qu'il y a de Grands & de puiflans en 
France ; je ne puis donc juger leurs caufes, 
ni me rendre l'arbitre de leurs querelles: 
ils croiraient pouvoir fe faire un droit du 
lang qui nous unit, pour fe livrer impu- 
nment toutes fortes d'excs. Lorfqu'on 
vit qu'il ne vouloit point confentir fou 
lelion, on exigea du moins qu'il nommt 
lui-mme celui qu'il jugeroit le plus digne 
de fa place. Ds le lendemain, il court 
chez Gogon , accompagn d'un certain 
nombre de Grands , & lui dit en l'embraf- 
fant : le Roi notre matre & l'affemble 
gnrale m'ont nomm Comte du palais, 
Comitem Regi doms ; je vous cde cet 
honneur; prenez-en pofTefTion ma place. 
Sur le champ, les Grands applaudirent 
ce choix, & proclamrent Gogon Maire 
du palais (1). Ce fait prouve que la qualit 
de Comte du palais , donnoit, la fin du 

(l) Aim. lit. III, cap, IV. 



sur l'Hist. de France, i \ 7 

vn. e ficie, le droit de juger les contefta- 
tions de tous les Grands, & annonce en 
mme temps, que ie mme homme runt 
foit les deux offices. 

II y a toute apparence que cette runion 
dura jufquau rgne de Ppin : alors , la 
Mairie tant fupprime, nous verrons repa- 
rotre la dignit de Comte du palais avec 
plus d clat, mais toujours avec les mmes 
fonctions. 

Au-deflbus de ces deux grandes digni- _, De n 

ts, on trouve les offices de Domeflques , 

Domeflici. Quelles toient leurs fondions ? 

Nous n'avons fur cela que des conjectures, 

& Du Cange convient que les monumens 

ne nous foumiflnt pas affz de lumires. 

Ces charges de Domejliques a voient exift 

dans le palais des Empereurs, & il parot que 

la garde leur en avoit appartenu. Dans celui 

de nos Rois, nous les voyons employs aux 

commiffions les plus dlicates, & le plus 

fouvent chargs de l'excution de leurs 

ordres les plus injuftes; mais ils y jouiibient 

H iij 



s 
iques* 



1 1 8 4- Discours 

de la plus haute confidration , puifque 
fouvent le Roi les levoit aux premires 
magistratures de l'tat (a), & que Ton 
quittait l'office de Rfrendaire du fouve- 
rain, pour prendre celui de Domeftique (b). 
Un paiTage de Fortunat (c), fait croire 
Du Cange que c'taient des Intendans de 
la Maifon du Roi, qui, fubordonns au 
Maire, en faifoient les honneurs, y rece- 
voient ceux qui a voient droit d'y tre logs, 

(a) Gimdulfum ex domeflico Ducem faclum , de 

gnre Senatorio Alaffdiam dirigit. Greg. Tur. lib. VI, 

cap. il. 

Attila vir illujlris if Regalis aul domeflicus. Vita 

S. Germ. cap. LXI. 

(b) Charifigilus referendarius rgis Clotarii , qui 
jpoflea ante dii Rgis domeflicus fuit, Greg. Tur. de 
mirac. Sancli Martini, lib. I, cap. XXV. 

(c) Theudebertus enim comitivce prmici cejjit ; 

Vidit ut egregios animos meliora mereri , 
JVIox voluit mritas amplijicare gradus. 
Inflituit , eu pi en s ut deinde domeflicus ejfes ; 
Crevifli fubito , crevit if Aula Jimul, 
Florebant pariter veneranda palatia tecum , 
Plaudebat vigili difpofitore domus. 

Fort, lib, VII, carm. i & 



sur l'Hist. de France, i i 9 

les prfentoient au Souverain , & leur dif- 
tribuoient leurs appartemens. II compare 
ces offices celui de Curopalate , qui toit 
l'un des plus honorables la Cour des 
Empereurs ; auffi quittoit-on pour un office 
de domeftique, tout Comt qui ne donnoit 
pas ie gouvernement dune province (d). 
C e'toit parmi ces Officiers, que Ton choi- 
ilot les Maires chargs de l'inipecftion 
& du foin des maifons Royales & des 
domaines qui y toient joints fej ; & ils 
trouvoient mille moyens de s'enrichir dans 
ce genre d'adminiftration. II parot mme 
que quelques-uns des Domeftiques du 
Palais avoient obtenu, fous Clotaire II, 
la magiftrature fuprme de quelques pro- 
vinces, & quils Tavoient conferve fans 
abdiquer le titre qui les attachoit la 
Maifon du Prince (f). 

Le Cubiculaire ou le Chambellan, toit Qubkulal 



aire 
ou 



(d) Fort. Iib. VII. ChcurMlan, 

(e) Marculfe, lv. II,ferm, $2* 

(f) Vha fancli Arnulph. 

H iv 



120 4L. Discours 

le matre Se le gardien de ia chambre du 
Prince, Sous les Empereurs , dont les Cour* 
tifans relevoient par l'enflure des expreffions 
les miniftres les plus communs, il avoit 
t le prpofilus fa cri cubculi ; c'eft ainfi 
qu'il eft appel dans un titre du Code. 
Dans la maifon du Prfet du Prtoire -, 
comme dans celle du matre de la Milice 
& des Ducs Romains, il n'avoit t nomm 
que Cubcuhhe , & ce fut le titre que 
retint cet Officier dans le palais de nos 
Rois. Grgoire de Tours parle de cet office 
fous les rgnes de Chiipric & de Contran ; 
il remonte donc la plus haute antiquit : 
mais fon miniftre , (es droits , ou plutt 
fes fervices toient peu importans. 
E> li Les fonctions du Rfrendaire ftoient 

Rfrendaire '. . 

& des bien davantage ; le? empereurs avoient a 
Chanceliers. j eur Cour un grand nombre d'Officiers qui 
portoient ce titre : les Ducs n'en a voient 
qu'un, & on n'en voit qu'un non plus dans 
3e palais de nos Rois. Les Rfrendaires, 
fous les Romains, toient les dpofitaires 



sur l'Hist. de France. 121 

des porte - feuilles ou fe confervoient les 
mmoires , les requtes , les placets (g), foit 
des Magiftrats qui confultoient , foit des 
fnnples fu jets qui demandoient juftice ou 
grce : ils crivoient les rponfes , ils les 
dittribuoient. 

Tel fut auffi le Rfrendaire de nos pre- 
miers Monarques; il toit gardien de l'an- 
neau auquel toit attach le fceau Royal (h); 
il foufcrivoit de la main les diplmes qui, 
fous la premire Race, toient galement 
foufcrits par le Prince. Ce n'toit pas allez ; 
il y appofoit le fceau qui en atteftoit l'au- 
thenticit : non-feulement il faifoit au Roi 
le rapport des Mmoires qu'on lui adrefoit, 
mais tous ceux qui toient directement 
envoys au Prince par les Magiitrats des 

W^ ^ ' ' " m !..- !! Il I ^ 

() Qufirinionffn difpofitionem traclabant referendarii 
vocal antur. Hi fupplicwn defideria, aut judicum confit 'a- 
tiones Principi injmiabant, l? refponfa data confulentibus 
mittebant. Hi pauci erant initio. A Jufliniano cclodecim., 
pofiea ad oo redacli. Du Cange, au mot Reftrendatius* 

(h) Siggo quoque refcrendarus , qui annuum rgis 
Sigeberti tenucrat Greg. Tur. lib. V, cap. III. 



i22 4. Discours 

provinces, ou dont on lui rendoit compte 
dans ion plaid, revenoient enfuite au Rf- 
rendaire , parce que c'toit lui qui toit 
ordinairement le rdacteur de la dcifion (i)> 
& qui toujours toit oblig de la faire 
figner au Prince & de la fceller enfuite. 
Voil ce que fignifie bien videmment un 
pailge remarquable d'Aimoin (k), o il 
eft dit, en parlant de S. 1 O u en, f/iuspr- 
celhntijjimi vri Authari , qui Referendarius 
ideo ejl difius , qubd ad eum iwiverf public 
deferrentur confaiptiones , ipfeque cas anmilo 
Rgis , five ah eo ftgillo fib commiffo muniret 
feu firmaret. 

Le Rfrendaire avoit, comme on le 
voit, un grand avantage ; outre qu'il toit 
perptuellement oblig de travailler avec 
le Prince, celui-ci ne voyoit en lui qu'un 

m i t . i . m i i 

(i) On nommoit ces Mmoires Brevetaria. 

(k) Aim. lib. IV, cap. XLI. II toit fils d'Authier, 
dont le titre de Rfrendaire annonce que toutes les 
critures publiques dvoient lui tre rapportes pour 
qu'il les fcelat , foit de l'anneau du Roi, foit de 
celui cru'il lui avoit confi* 



sur l'Hist. de France. 123 

Officier plus inflrait que les autres, con- 
noiflnt les formes, 8l charg de les lui 
rappeler ; cpit ejff'e aulicus, fcriba dodus 
conditorque Regalium privilegiorum & geruhs 
anmdi Regalis (l): auffi doit-on remarquer 
que cette charge, fous la premire Race, 
fut trs-fouvent confie des Evques. 

On conoit combien devoit tre occup 
celui qui en toit revtu, & quelle fouie 
il devoit avoir fous lui & de commis & 
de fcribes, chargs de mettre en ordre les 
requtes , d'en faire les extraits , & de 
travailler aux rdactions des lettres. Les 
principaux de ces Commis fe nommoient 
Chanceliers t Cancellari , <Sc leurs bureaux 
fe nommoient Chancelleries , parce que le 
lieu o fe faifoit ce travail, toit fpar 
par des barreaux, cancell , de la foule qui 
venoit fans celle y demander les ddiions 
& les rponles du Roi. 

Dans la fuite, la multitude des affaires 

obligea d tablir de petits Rfrendaires qui 

_ 

(l) Vita Sani Anjlerti. 



i24 4- Discours 

taient aux ordres du premier, & deftincs 
Je foulager; auffi le nomma- t-on alors Je 
grand Rfrendaire du palais , ftimmus palatii 
Rfrendums* Les fimples Scribes toient 
nomms Notari, parce qu'crivant fou vent 
fous la dicle, ils toient obligs d'employer 
des notes & des abrviations, dont l'art, 
parvenu depuis long-temps un degr de 
perfection que nous n'avons pas retrouv, 
les mettoit en tat de fuivre fans interrup- 
tion un difcours continu. 

On ne voit point, l'poque dont nous 
fommes occups , l'office d'Apocrifiaire : 
ce titre toit, ce qu'il parot, fous les 
Empereurs de Conftantinople , une des 
dnominations par JefqueUes on dfignoit 
un Rfrendaire , car , dans une Cour corn- 
pofe de Grecs & de Latins , (bu vent la 
mme dignit toit nomme diffremment 
par les deux Nations : mais il parot que les 
Lvques des principaux Siges donnrent 
ce nom d'Apocrifiaire un Officier de leur 
Mai (on , charg auprs d'eux du rapport 



sur l'Hist. de France. 125 

des affaires, & qu'ils employrent traiter 
celles qu'ils pou voient avoir la Cour. 
Peu--peu on connut chez les Princes cet 
Apocrifiaire, comme un homme verf dans 
la connoiffance des Canons & de la difci- 
pine , & nos Rois voulurent auifr en avoir 
un dans leur Maifon. Nous verrons, fous 
la fconde Race de nos Rois (m), cet 
Officier Ecclfiaftique lev dans leur palais 
un rang prefque parallle celui du grand 
Rfrendaire, & charg du rapport de toutes 
les affaires qui intrefoient i'Eglife ou le 
Clerg. Le Rfrendaire eut cependant 
toujours fur lui un grand avantage, car il 
ne partagea avec perfonne la garde du 
fceau. 

On voit encore dans la Maifon du Prince, ~ , lt , r 

* Conntable, 

ds le commencement de la Monarchie, 
un comte de l'Eftable ou des Ecuries, 
Cornes jlabuli : c'toit une dignit Romaine, 
mais beaucoup moins conidre fous nos 

(m) Charlemagne , devenu Empereur d'occident, 
voulut en avoir un comme celui d'orient. 



n6 4. Discours 

premiers Rois, qu'elle ne l'avoit t fous 
les Empereurs, On fe rappelle ce Sunegi- 
fille, qui fut mis la torture comme le plus 
vil des efclaves. Peut-tre auffi Sunegifille 
l'toit-il , & n'en portoit pas moins le nom 
de Comte, fous des Princes ignorans & 
barbares, qui s'toient fervis au hafard des 
noms qu'ils avoient trouvs en ufage. Lorl- 
qu'Aimoin crivoit, le Conntable toit 
plus en honneur; il le nomme Regaliwn 
prpofitus e quorum. 
es , Enfin les quatre grands Veneurs fournis 

quatre grands * n 

Veneurs, immdiatement au Roi, avoient, fous fes 
ordres, la furintendance & l'infpeclion de 
les chafes ; l'on ne doit pas s'tonner de 
voir, dans le palais des Ducs, fur lequel 
nos Rois modelrent le leur, quatre Veneurs 
& un feul Rfrendaire : ces Magiflrats 
militaires, comme on peut fe le rappeler, 
n avoient , fous le Gouvernement romain, 
aucune adminiftration civile; & les Empe- 
reurs , en interdifant aux foldats toute autre 
profefon, avoient voulu qu'en paix on 



sur l'Hist. de France. 127 

les occupt principalement la chafle, foit 
pour maintenir parmi eux ie got des 
exercices & l'habitude des marches, foit 
pour diminuer dans les campagnes cette 
quantit de gibier fi funefte l'agriculture. 
Les Ducs mme toient alors chargs d'en- 
voyer Rome des btes fauves pour les 
fpetacles du cirque; & la chafle, toujours 
un plaifir pour eux, toit ds -l devenue 
un devoir de leur tat. 

Tels toient les grands Officiers, qui 
dans le palais recevoient immdiatement 
les ordres du Roi. Apres ce que j'ai dit 
plus haut, on ne doit pas s'tonner qu'ils 
portaflnt tous le titre de Vafli ou de 
Barons ; tous toient des ferviteurs du 
Prince , recevant de lui leur titre, leurs 
gages, leurs rcompenfes, lui prtant fer- 
ment, defiituables & puniflables mme 
lorfqu'ils manquaient leur engagement. 

Sous eux, ils avoient fans doute d'autres 
Officiers qui, dans la fuite, font devenus 
rs-confidrables , & dont on ambitionnoit 



me 



128 4. Discours 

les titres. J ai dj pari des Chanceliers 

fous le Rfrendaire : fous le Maire du 

P f u palais, on trouve le Snchal & le Bou- 

Snchal 

& du teilier; fous le Conntable, les Marchaux. 
outei er. j^ cnar g e J e Snchal fe trouve nomme 

dans les monumens de la plus haute anti- 
quit. Je crois que le premier titre qui parle 
de celle de Bouteiller, BuicuJarius , efl la 
charte de Vills, qui eft de Charlemagne (n). 
Les Snchaux chargs du foin des tables, 
toient diflribus dans les domaines pour 
veiller l'approvifionnement du Palais. Les 
fonctions du premier d'entr'eux,revenoient 
celles de Matre- d'htel parmi nous. Plus 
la dignit du Maire du palais augmenta, & 
plus il fut oblig de fe repofer fur eux 
d'une foule de dtails: c'efl vraifembla- 
blement par le crdit de ce grand Officier, 
leur fuprieur immdiat, qu'on les voit de 
bonne heure Membres du plaid du Roi , 
& ayant fance dans le Confeil. 

^ ' ' -.. .. , -. ... ,, ,1 , M B 

(n) ATinfleriales nofri Senefcallus if Buticulariiis. 
Chart. de Vills, cap. XVI. 

Les 



sur l'Hist. de France. 129 

Les Marchaux partageoent , fous e Des 
Conntable, l'infpeclion & les foins des 



' ', * 



curies : c toient ce que nous nommons 

aujourd'hui des Ecuyers, qui obiibient 

un Chef fuprme Sl toient chargs fous 

{es ordres d'un certain nombre de chevaux. 

Je n'entrerai pas ici dans un dtail plus 

circonftanci : il nous eft trs-peu important 

de connotre tous les fous-ordres qui pou- 

voient alors tre employs au fer vice du 

Prince, & dont nous aurions bien de la 

peine dcouvrir mme les noms. 

Outre la raifon que j'ai dj donne, pour 

que les offices dans le palais de nos Rois 

ne fuflent pas auffi nombreux que dans 

celui des Empereurs, on en trouvera encore 

une dans la politique de nos Princes ; ils 

voulurent exercer par eux-mmes tous les 

pouvoirs auxquels les Romains toient 

accoutums d'obir. Tant que l'Empire aux 

abois s'toit dbattu avec les Rois qui s'en 

partageoent les dbris, toute dignit qui 

et ouvert un champ libre ou la licence 
Tome IV, I 



130 4 Discours 

ou l'avidit, ces Princes fe gardrent bien 
de la confrer; ils en rfervrent pour eux 
les fonctions ; ils les firent exercer arbitrai- 
rement par des agens, qui malheureufement 
toient prts tout faire ; & , frs de leur 
obiffance, iis ne fe crurent que trop les 
matres de tout ie refle: heureux s'ils fe 
fufTnt ds-lors pntrs d'une maxime dont 
la vrit a toujours t attefte par l'exp- 
rience ! cefl qu'un Roi fage doit multiplier 
les dignits qui peuvent l'aider faire le 
bien, & doit reftreindre au contraire le 
nombre des Officiers dont la fervitude ne 
peut que contribuer fes plaiiirs, ou aug- 
menter le luxe de fon palais. 

Nos Rois doivent tre quelquefois tonns 
eux-mmes, de la haute confidration que 
l'on a attache aux fervices les plus communs 
ds leur perfonne. Celui qui, dpofitaire 
de leur pouvoir, travaille faire obferver 
dans une province leurs loix bienfaifantes 
& utiles, eft aujourd'hui fort infrieur pour 
le rang, la plupart de ces Officiers, dont 



sur l'Hist. de France, i 3 1 

les fondions fe bornoient autrefois rece- 
voir & excuter, dans ie palais, les 
moins importans des ordres du Prince. Les 
relations d'une dpendance purement do- 
meftique, fe font appeles droits Se privilges 
des grandes dignits. Ainfi, parmi nous, les 
rangs des Charges font rgls, non en raifon 
de leur utilit, mais eu gard la diflance 
qui les approche ou ies loigne de la per- 
fonne du Roi. Cette tiquette a-t-eile t 
invente par le refpecT; pour le matre , ou 
par l'intrt du fujet qui ii efl fouvent 
plus aif de faire fortune en fervant ie 
Prince , qu'en fervant l'Etat ? Je ne rfoudrai 
point ici cette queftion ; mais j'ai d pr- 
fenter cette obfervation dans un Ouvrage. 
o je ne dois rien omettre de tout ce qui 
peut contribuer former le jugement des 
Princes. 

Ce qu'il y a de fur, cefl que ces Grands 
du palais, dpendans d'abord par la nature 
de leurs fondions, n'toient point ies vrais 
Magiftrats de la Nation. Attachs la 



1 3 2 f. Discours 

perfonne du Roi, tous, l'exception du 
Comte, n'avoient, dans i'oigine, d'autre 
pouvoir que celui qui toit nceflire leur 
adminiftration. Un Officier commandoit 
ceiui qui lui toit fubordonn; il le faifoit 
punir s'il manquoit (on devoir; mais il 
n'avoit ni territoire fournis fa furveillance , 
ni tribunal pour dcider, ni plaid pour 
dlibrer. 

Les Magiftrats ayant territoire , ou plutt 
partageant entr'eux celui du Monarque , 
toient les Ducs & les Comtes. Chacun 
avoit fon didricl, chacun avoit mme fes 
Officiers; & les provinces, ainfi diftribues 
entre un certain nombre de Grands, fe 
fubdivifoient enfuite en un nombre infini 
de cantons nomms pagi ( o), qui tous 
avoient pour chef-lieu une cit gouverne 
par [es Magiftrats; & il n'y eut mme, par 
rapport au gouvernement civil , que cette 
ancienne divifion des cits qui fut conferve. 

~l I J I Ml | I | | 

(o) C'eft du mot pagus, que s'eft form celui 
de pays 



sur l'Hist. de France. 135 

Les dpartemens de l'autorit fupe'rieure 
changrent <5c durent changer au milieu 
de ces partages continuels, qui affignoient 
chacun de nos Rois eux-mmes, la portion 
qui leur appartenoit. 

L'ancienne divifion des Gaules en dix- 
fept provinces , ne fubfifta pas moins pour 
l'ordre Ecclfiaftique , parce que l'autorit 
Royale ne fe crut pas permis de rien 
innover la police des Eglifes. II y eut 
toujours dix-fept Mtropoles, que nous 
appelons aujourd'hui Archevchs ; elles con- 
tinurent d'avoir fous elles d'autres diocfes, 
& nous avons dj vu que nos Rois ten- 
trent fou vent inutilement de les dmein-* 
brer ou de les partager (p). 

Quant la divifion en Duchs & en 

(p) Childebert voulut tablir un vque Melun ; 
mais il abandonna ce projet fur les remontrances de 
l'vque de Sens. Sigebert dmembra le diocfe c 
Chartres , & plaa un vque Chteaudun : il eut 
bien de la peine le maintenir tant qu'il vcut; 
mais peine fut-il mort, que ce nouvel vque fut 
dpof. 

iiij 



134 4- Discours 

Comts , elie varia fuivant les rgnes , & 
dpendit du pouvoir des Rois. En crant 
un Magifirat fuprme, ils lui affignoient 
un dpartement plus ou moins vafte , flon 
qu'ils avoient ou plus de confiance en lui, 
ou plus de befoin de fes talens & de fou 
crdit. Au lieu de cinq ou fix Ducs que 
l'on trouve dans la notice de l'Empire, 
pour toute l'tendue de la Gaule, on en 
voit jufqu' vingt dans les armes de quel- 
ques-uns de nos Rois (q). On trouve 
quelquefois un feu! Duc runir fous fon 
refbrt un grand nombre de cits consid- 
rables ; Eberulfe , par exemple , dont le 
Duch comprenoit les cits de Tours, de 
Poitiers, d'Angers & de Nantes; & An- 
tiflius qui, Duc de Saintes, avoit dans fon 
dpartement Perigueux, Bordeaux, Agen 
&TouIouie. Dans d'autres Provinces, nous 

t Hnm . i- - i m 1 - . . _ 

(q) Exercitwn commoveri jubet Childebertus , ac 
viginti Duces ad Longobardorum gentem debellandam 
dirigk, Greg. Tur. Iib. X, cap. ni. 

Voyez auf la DifTertation de l'abb Carnier, fur 
l'origine du Gouvernement franois } page 66 



sur iIHist. de France, i 3 5 

trouvons des Ducs dont l'autorit ne s'ten- 
doit gure que fur une ou deux cits. 
Melun, qui fous les Romains n'avoit pas 
mme eu le titre de cit, devint fous 
Clovis le partage du duc Aurlien ; & nous 
venons de voir tout--rheure le duch de 
Dentelenus, dont il nousferoit trs-difficile 
dafligner le chef-lieu. D'o cela vient-il 
C'eft que chez les Franois, comme chez 
les Romains, le titre de Duc fut une 
dignit personnelle , & que le terme de 
Duch dfigna le territoire , ou tres-tendu 
ou fort refferr, dont un Duc toit le 
Magiftrat Suprme. 

Je dirai la mme chofe des Comtes. 
Tantt ce titre indique celui que le Roi 
inveSliffoit du gouvernement d'une pro- 
vince; Souvent il ne fignifle que celui dont 
l'autorit & l'administration toient reSTer- 
res dans les bornes du territoire d'une cit 
(pagus). Au reSte, quelle que ft l'tendue 
du territoire fournis au Duc ou au Comte, 

celui qui toit revtu de cette dignit, nen 

Iiv 



iyjS 4. Discours 

toit pas moins Officier immdiat du Roi, 
jufticiable de Ton plaid, Se oblig de s'y 
rendre lorfqu'ii y toit appel. Or cette obli- 
gation d'y paratre, devint, fous Clotaire 
& fous Dagobert, un droit auquel chacun 
attacha la plus grande importance, iorfque 
ce fut dans ces affembles que les Maires 
firent traiter les plus grandes questions. 

Je n'ai plus qu'un mot dire fur ie 
caractre de ces Magiftratiires immdiates : 
c'efl que quelque chofe indique le pou- 
voir abfoiu qui appartenoit nos Rois de 
la premire Race, & qu'ils vinrent bout 
de dgrader, ce fut ie titre de Vajji ou de 
B (irons , que prirent tous ces Magiflrats , 
dont la dignit avoit tant d'clat & les 
fonctions tant d'importance : c'et t 
en vertu de leur naifnce, qu'ils euflnt 
t appels au Gouvernement ; fi pour 
rendre la juftice dans leurs provinces, & 
pour y commander les armes; pour 
venir enfuite fe runir leurs collgues, 
dans le plaid dont le Roi toit ie Chef & 



sur l'Hist. de France. 137 

ie Prfident, ils enflent reu leurs pouvoirs 
des peuples, &. fe fuiTent regards comme 
leurs dputs & leurs reprfentans , fe 
feroient-ils fait honneur d'une dnomina- 
tion qui exprimoit, non une relation de 
fjpriorit fur la Nation , mais de dpen- 
dance, & de dpendance domeftique 
Tgard du Souverain ? Vit -on jamais les 
Magnats de la rpublique de Pologne, ne 
prtendre au droit de fuffiage dans les 
Dites, qu' raifon d'un titre qui les fournt 
au Roi l & dans la dmocratie Romaine , 
les citoyens qui venoient donner leur 
voix dans les Comices, fe regardoient-ils 
comme Officiers des Confuls, ou comme 
Membres libres de la Rpublique L'orgueil 
du trne influoit fans doute fur ces dnomi- 
nations , que l'adulation & l'intrt faifoient 
accepter; mais fi ce qu'il y avoit de plus 
grand dans l'Etat, s'honoroit du titre de 
Vffaux ou Domejlques du Prince, c'toit 
doue dans la perfonne de celui-ci, que 
rfidoit & le titre de toute autorit & la 



1 3 8 4* Discours 

fource de toutes les grces. Ces termes de 
grands Vaffaux ont prfent depuis notre 
efprit & d'autres ides & des relations bien 
diffrentes; mais rappelons-nous que nous 
n'examinons point ici le Gouvernement 
fodal, mais la Monarchie ancienne dont 
ce Gouvernement poflrieur ne nous a 
prfent que les ruines. 

Suprieurs pour le rang , mais gaux par 
les devoirs, & infrieurs en pouvoir, paroif- 
foient la tte du plaid les Archevques 
& les vques. Ds les premiers commen- 
cemens de la Monarchie, nos Rois s etoient 
trouvs trop heureux de les avoir pour 
confeils. Devons- nous les placer au rang 
des Magiflrats? Non, fi on ne confidre 
que cette puiflance fpirituelle qu'ils ne 
tenoient que de Dieu, & pour l'exercice 
de laquelle l'Eglife elle-mme leur avoit 
affign une eipce de territoire. Dans ce 
diilricT:, model fur les dpartemens de la 
hirarchie civile des Romains, ils avoient 
droit d'enfeigner, d'adminiftrer les chofes 



sur l'Hist. de France, i 3 9 

faintes, de rgler tout ce qui pou voit int- 
relier la religion 8c ladifcipline; mais comme 
Eveques, ils navoient aucun pouvoir de 
contraindre ; & c'en 1 ce pouvoir qui, man 
du Souverain feul, caratrife le Magiftrat. 

Cependant comme Grands du Royaume, 
comme honors de la confiance du Mo- 
narque, ils eurent & des droits & des 
devoirs lis ia conftitution politique ; dans 
les cits , ils toient regards comme les 
protecteurs des loix : ii y avoit long-temps 
qu'ils avoient t forcs, & qu'ils toient 
accoutums prendre ce foin. Vous fave^, 
mandoit le pape S. 1 Grgoire au Clerg 
de Naples, que dans ce temps-ci on a befoin 
d'un Evque qui dit foin non -feulement du 
fa/ut des mes , mais de la furet & de 
l'utilit, extrieure de fon troupeau (r). AufTi 
remarque-t-on qu'ils firent, de l'aveu & fur 
les prires des villes, toutes les fonctions 
qui, dans celles-ci, avoient t attribues 
cet Officier qui, fous les Romains, avoit 

i i, . , , -i 

(rj Hft. Eccl. de M. Fleuiy, tome Y III, page jc/i, 



140 4- Discours 

pris le titre de leur dfendeur. Ils toient, 
par tat, chargs du foin des pauvres, des 
veuves , des orphelins ; ils toient obligs 
d'intervenir dans toutes leurs caufes, & de 
les dfendre contre l'oppreffion. 

Les relations que toutes ces affaires leur 
donnoient la Cour , o ils portoient 
fouvent les plaintes du peuple, les mirent 
porte de recevoir du Prince , des ordres 
directs, & nous trouvons mme plufieurs 
loix, par lefqu elles on les charge de foins 
qui tous fuppofent une autorit civile. Le 
droit dafile, dont jouiflbient les glifes, 
toit encore pour eux une occafion de traiter 
fans ceffe, foit avec le Roi, foit avec les 
Magirats. Ce droit dafile qui rendoit 
i'Evque mdiateur nceffaire des plus 
grandes affaires, avoit fubfift fous les 
Empereurs, il eft vrai; mais, comme le 
dit l'Auteur du Trait de l'origine du Gou- 
vernement franois ( f), il toit devenu 
d'une plus grande importance & d'une toute 

(S) Page 22 p. 



sur l'Hist. de France. 141 

autre tendue , proportion de l'inftabilit 
des vnemens & du peu de fecours qu'on 
pouvoit fe promettre des loix. Ce ritoient 
plus feulement , continue cet Auteur, des 
efclaves trembla fis, qui venoient y chercher un 
cifile contre la colre p a Jfa gre de leurs matres ; 
ctoient des Comtes, des Ducs , des fils de 
Roi tombs dans la dif grce, des Reines mme 
fans appui, & poursuivies par des ennemis 
viorieux & implacables. 

Le premier & le plus efficace de tous les 
pouvoirs, eft le droit de faire Je bien; & 
celui qui n'aura jamais d'autre occupation, 
trouvera rarement les hommes difpofs 
lui demander quel titre il le fait. Les 
Eveques, (ans tre, proprement parler, 
Magiftrats , partagrent donc , de l'aveu 
de nos Rois, & (ans que perfonne s'en 
plaignt , les fonctions de la Magiflrature : 
on toit accoutum leur obir, & on ne 
fbngea reflreindre leur autorit, que 
Lorfqu'elle cefa d'tre bienfaifante. 

Au refle, ce n'toit que hors du plaid 



142 4- Discours 

que les Evques, ainfi que les Ducs & les 
Comtes, pouvoient avoir quelque pouvoir 
exercer. Dans 1 afemble dont nous parlons 
ici, ils n'apportoient point leur autorit, 
mais leurs lumires; ils toient confults; 
ils confultoient eux-mmes ; ils appeloient 
leur fecours & la rflexion & l'exprience. 

Mais fi cela en 1 , me dira-t-on, comment 
ces plaids gnraux nuifirent-ils l'autorit 
du Roi ? celle-ci n'eft point un defpotifme ; 
elle ne veut , elle n'ordonne que ce qui 
efl: jufte & raifonnable : ce qui peut lui 
arriver de mieux c'en 1 d'tre claire, & 
plus elle confulte, plus elle doit tre ferme 
& inbranlable. 

Oui, fans doute, plus /'autorit confulte , 
& plus elle efl: fre de la juftice de fes 
ddiions & de lobiince qui les doit 
fuivre; mais ce qu'on entend par confulter 
le plus, n'efl pas toujours confulter le plus 
grand nombre : confrfio probis & paucis 
admhtus , difent les loix des Vifigoths (t) , 
(t) Titre I. 



sur l'Hist. de France. 143 

on dlibroit plus utilement pour la Rpu- 
blique dans le Snat de Rome, que daiB 
les Comices du peuple. Ce qui perdit 
cependant l'autorit de nos premiers Rois, 
ce ne fut point, proprement parler, la 
multitude des Confeillers appels au plaid 
Royal, ce fut la nature du pouvoir dont 
chacun toit revtu. L le Magiftrat n'avoit, 
j'en conviens, que des confeils donner; 
mais hors de- l il avoit, par fon office, la 
dilpofition d'une petite arme, & l'on ne 
pouvoit rien faire fans lui. Les Evques, 
les Ducs, les Comtes, les Officiers du 
Palais, n'avoient point droit de fuffrage, & 
nous enverrons, dans la fuite, les preuves 
les plus fortes ; mais il pouvoit arriver que 
le vu du Roi choqut les intrts des 
Grands, & cela n'efl pas fans exemple, 
lorfque le Prince ne fe dtermine que par 
l'intrt gnral de la Nation. Dans ce cas, 
pour peu que l'intrigue fe gliflat dans laf- 
femble, pour peu que ceux qui y toient 
appels euffent recours ces confdrations 



144 4- Discours 

fecrettes qu'il toit fi difficile d'viter, les 
toix les plus juftes dvoient ncefiirement 
chouer; elles n'a voient, en effet, d'autres 
excuteurs que ces Magiilrats arms aux- 
quels elles pou voient dplaire, & dont on 
avoit tant de raifon de craindre la dfection. 
Si, cette poque, les Magiftrats qui 
avoient fance au plaid Royal , n'eufent 
t revtus que d'un pouvoir civil, ils 
n'eufent eu d'autre force que celle de la 
raifon; leurs panions & leur mauvaife vo- 
lont mme n'auroient produit que des 
intrigues ou des murmures; mais ils avoient 
les armes la main ; & ds-l, quoique leur 
devoir fe bornt dlibrer, quoique leur 
droit ft d'aider le Prince dans l'exercice de 
ia lgifation , peu--peu ils altrrent le pou- 
voir lgiflatif, qui, exerc lui-mme par un 
premier Miniftre fous les Rois enfixns, fut 
attaqu de toutes parts, ne fut dfendu par 
perfonne , & ne fut remis en vigueur que par 
Ppin & (on fils Charlemagne. Revenons 
au fait que nous cherchons claircir. 



sur l'Hist. de France. 145 

Le plaid Royal, fous Clotaire II & fous 
fes fuccerfeurs, fut compof de tous les 
Officiers dont nous venons de parcourir 
les titres & d'indiquer les fondions (u),, 
Je ne voudrois pas aflurer cependant 
que tout ce qui compofoit la Maifon du 
Roi y et place; je n'y vois, dans les 
commencemens de la Monarchie, ni le 
Cornes jlabuli , ni les Veneurs : je n'y trouve 
pas non plus les Officiers infrieurs, tels 
que les Marchaux & le Bouteller ; mais 
j'y vois , de trs - bonne heure , & les 
Rfrendaires qui toient, fous leur Chef 
fuprme, occups la rdaction des lettres 
& des jugemens du Prince, & les Snchaux 
devenus par tat confeils naturels du Maire 
qui, depuis Clotaire, fit prefque toujours les 
fonctions de Comte du palais, 6c devint 
le Prfident du tribunal. 

Peut-tre fera- 1- on furprs de voir ces 
funples Officiers de la Maifon du Prince, 
figurer avec diflinction dans une affemble 

(u) Marulfe, //y, f,frm, 2j, 

Tome IK K 



/ 



146 4- Discours 

augufte; mais on doit fe rappeler que, 
ds l'origine de la Monarchie, le Roi tenoit 
fou plaid dans fon palais, & que ce Confeil, 
beaucoup moins nombreux alors, n'toit 
compof que de quelques Evques & des 
Confeillers intimes qui a voient lu gagner l 
confiance. Oblig de dcider en perfonne, 
il fe choififToit des AfefTeurs deilins 
l'aider, & obligs d'examiner & de difcuter 
les affaires en fi prfence : il toit naturel 
que toujours entour des Officiers de fa 
Maifon (x), il les appelt ce Confeil. Le 
Comte du Palais toit lui-mme un d'entre 
eux : bientt, la dcharge du Prince, il 
fut charg de tenir ce plaid intrieur, qui 
n'en toit pas moins faifi des plus impor- 
tantes dlibrations; & cette circonftance 
ajoute encore aux preuves qui tablirent 
que la fuprme puifnce appartenoit au 
Roi feul. Ce ne fera jamais dans les tats 
Rpublicains, que l'on verra le premier 

w " ' i -. i i ! > uni. 

(*) Greg. Tur. Ub, VU cap. xxxm. 



sur l'Hist. de France. 147 

Magiftrat faire prfixer le Confeil fupreme 
par des Officiers attachs fa perfonne, ou 
employs dans le fer vice de fa Maifon. 

Cette Cour intrieure, deftine rendre 
a juftice, toit en mme temps le Confeil 
de i'adminiftration gnrale : alors elle de- 
venoit plus fotennelle ; on y appeloit un plus 
grand nombre d'Evques; on y faifoit venir 
les premiers Magiitrals des provinces qui 
dvoient y rendre compte de leur con- 
duite , ou qui avoient pour leurs dparte- 
mens des projets utiles communiquer. 
Les Officiers du palais, dj Membres du 
Tribunal de juftice, ne furent point exclus 
des autres dlibrations, & n'eurent garde 
de s'abfenter des afembles qui, plus impo- 
fantes par le nombre des Membres qui la 
compofoient , & plus importantes par la 
nature des affaires qui s'y traitoient, toient 
prfides par le Souverain avec tout lappa* 
reil de fa puince. 

Peu peu on diftingua donc ce plaid 

plus gnral & plus folennel, qui toit le 

& ij 



14-8 -#. Discours 

vritable Confeil d'tat, d'avec le paid 
de juftice qui s'afTembloit uniquement ad 
iniverforum caufas audienAas , comme Je 
portent les monumens de ce temps-l: Je 
premier fe convoquoit moins fouvent, & 
Je plus frquent de tous fe tenoit aux 
calendes de Mars. Le plaid de juftice 
s'afTembloit plus fouvent, vraifemblablement 
tous les mois, & des jours connus 5c 
indiqus : peut-tre auffi le convoquoit-on 
extraordinairement , quand il y avoit de 
grandes affaires dcider. Rien de plus 
vari que les dates des jugemens & des 
lettres qui s'y expdioient. 

Dans le plaid des calendes de Mars, les 
Ducs & les Comtes apportoient les rfultats 
des dlibrations formes dans les plaids 
provinciaux, foit que ce fuffent ceux des 
annes prcdentes, (oit que leurs aflem- 
bles de l'anne courante enflent t affez 
tt termines, pour qu'ils puint encore fe 
rendre l'affife Royale avant fa clture ; car 
elle duroit aifez de temps pour que l'on 



sur l'Hist. de France. 149 

et celui d'y arriver, & ordinairement les 
derniers jours toient ies plus occups. 

Ce n'eft pas que dans ce plaid, le premier 
de l'anne, on ne juget fouvent de grandes 
affaires , & ce neft pas non plus que dans ie 
plaid de juftice, on ne dlibrt quelquefois 
fur de purs objets de Gouvernement. 
Nous voyons parmi nos plus anciennes 
chartes, plufieurs lettres qui n'ont trait 
qu' ladminiftration, expdies dans cette 
petite Cour compofe des Officiers du 
Prince ; nous verrons galement de grands 
coupables jugs dans l'aiTife plus importante , 
define aux affaires de la lgiflation. L'une 
& l'autre, en effet, toient en mme temps 
& la fouveraine Cour & le Confeil du Roi; 
c'toit fa volont qui y dcidoit : c'toit fou 
autorit qui donnoit la force aux Jugemens : 
c'toit fon fceau qui en atteftoit la vrit. 

Mais fi par la nature des affaires on put, 

ds le premier ficle de la Monarchie, 

diftinguer entre les plaids du Roi ceux qui 

exigeoient la prfence & un plus grand 

K iij 



iyo 4.^ DISCOURS 

concours de Conieiliers; dans le fcond 
ficle, ce concours devenu beaucoup plus 
nombreux encore par les raifons que j'ai 
indiques, ne donnoit par lui-mme aucune 
atteinte aux loix de la conftitution. La poli- 
tique des Maires du palais, fe cachoit fous 
l'apparence du bien public. C'toit toujours 
au nom du Roi , que le convoquoient les 
aflembles; il y prfidoit, ou le Maire en 
fon abfence, mais comme fon reprfentant; 
& tout ce que Ton y ftatuoh, toit regard 
comme l'ouvrage du Monarque. Aini les 
Joix toient conferves ; mais ceux qui 
avoient le pouvoir de les enfreindre, na- 
voient que trop connu leur force : il et 
fallu, pour conferver l'autorit, qu'il fortt 
du Sang de Clovis , un grand homme en 
tat d'oppofer une barrire leurs entre- 
prifes; 8c malheureufement, fous les Princes 
qui fuivirent, il n'y eut que des Rois foibles 
& de grands Miniflres. 



sur l'Hist. de France, i 5 1 

Article III. 

Des Plaids de cette poque , considrs 
comme Tribunaux. Des Procdures ir 
des Formes des Afies, & des Jugemens 
fous la premire Race. 

Le Gouvernement romain, mme fous 
la tyrannique adminiftration des Empereurs, 
avoit toujours fuppof & maintenu la libert 
des citoyens; & le plus prcieux caractre 
de cette libert , toit le droit d'avoir des 
Juges (y), & de pouvoir, l'ombre des 
loix, fe fouftraire galement & ia ven- 
geance de {es gaux, & aux punitions 
arbitraires des Arfagiflrats. 

Dans les Gaules , toutes les cits toient 
libres, & le citoyen toit jug par {es 
concitoyens : le Magiftrat toit l'excuteur 

(y) Je diftingue, comme on le voit, les Juges d'avec 
es Magiftrats ; & cette diftinclion avoit toujours t 
faite fous le Gouvernement romain : le Magiftrat toit 
celui qui avoit le pouvoir : les Juges dlibroient , 
donnoient leur avis, prononaient; mas n'avoient pas 
la puifance coa<5tive. 

Kiv 



152 4?' Discours 

de ia Sentence prononce contre ceux-ci; 
on pouvoit s'en plaindre au Recteur de 
la province ; on pouvoit rclamer enfuite 
l'autorit du Prfet du Prtoire , dont l'Em- 
pereur, par fon autorit fuprcm, annuloit 
les Jugemens lorfqu'ils toient irrguliers. 

Dans aucun de ces tribunaux , la vie , 
l'honneur & les biens des citoyens, n'toient 
confis la volont arbitraire d'un feul 
homme. La cit a voit fon plaid , conventas 
populi ; les autres Magiftrats avoient leurs 
Aflfleurs Se leurs Confeiilers. L'Empereur 
jugeoit les Magiftrats, ou par lui-mme 
avec un Confeil, ou par des Commiflires 
qu'il dlguoit; & cet ufage Romain toit 
encore obferv Conftantinople, dans le 
premier ge de notre Monarchie. Juftinien 
veut-il faire punir ces Officiers de l'Empire 
qui avoient aflflm Guban , roi des Lafes 
il envoie un Commiflaire principal; celui-ci 
& les Aflfleurs qu'on lui donne , inftruifent 
& jugent ce clbre procs. 

Remarquons ici un fentiment qui efl 



sur l'Hist. de France. 153 

dans l'homme, & qu'il fuivra toutes les fois 
qu'il coutera la raifon. Eft-il emport par 
la colre, ou cde-t-il fon refTntiment l 
il fe venge par la violence. Veut-il jugei 
fou femblable ? ne cherche - 1 - il que 
l'ordre ? il appelle fon fecours & confeil 
& lumire : ds qu'il eft fans paflion , il 
craint de prendre fur lui feul le poids d'une 
dcifion qui peut ter fon femblable l'tat, 
l'honneur ou la vie. 

II eft prouv par tous les monumens, 
que ds l'origine de la Monarchie, nos 
Rois ne jugeoient leurs fujets que dans une 
afTembie ; hors de -l, le dirai -je? ils les 
faifoient afaffiner. Vouloient-ils les punir 
flon les loix! ils appeloient leur aide les 
Miniftres de celles-ci. Les loix Saliques font 
mention du mallum Domncum, devant lequel 
les accufs toient ajourns. Par-tout on voit 
auli les plaids des Magiflrats. Celle de ces 
affifes qui exeroit le premier degr d'une 
juridiction pleine & entire, toit le plaid 
du peuple, qui toit galement nomm 



154 4- Discours 

mallum cvtatis. Je dis une juridiction pleine 
& entire; car le plaid du centenier n'en 
avoit qu'une reftreinte & imparfaite. 

Pour nous former une ide de lad- 
mi niftrati on & de la juridiction cette 
poque, ii faut commencer par obferver ici 
que dans tous ies plaids, l'exception de 
celui du centenier, il fe pabit trois fortes 
d'actes, tous excutoires en vertu de l'au- 
torit Royale. 

Les premiers toient des actes dadmi- 
niftration : c'taient des ordres donns, foit 
par le Magiftrat, foit par le Roi, & qui 
intreffoient la police, foit du diftricl par- 
ticulier, s'ils toient publis au nom du 
premier, foit de tout le Royaume s'ils 
I toient au nom du Souverain. 

Les autres toient des actes volontaires 
& authentiques, qui fe pafbent entre les 
citoyens, & qui renfermoient ou leurs 
conventions ou leurs difpofitions. 

Les troifimes toient des actes de 
juridiction contentieufe , qui terminoient 



sur l'Hist. de France, i 5 5 

les procs, foit en dcidant une conteftation 
civile, foit en faifant juftice entre les 
accufateurs & les accufs. 

Dans tous ces actes, on devoit diftinguer 
deux chofes, l'authenticit qui les rendoit 
certains, l'autorit qui ies rendoit excu- 
toires. L'authenticit toit l'ouvrage des 
tmoignages ; certainement ils ne pouvoient 
manquer tout ce qui fe paiToit dans le 
plaid, & fur- tout dans le plaid de la cit. 
L'autorit excutoire toit l'effet de la puif 
fance publique qui appartenoit au Roi, & 
dont les Magiflrats toient dpofitaires. 
Ainfi celui qui avoit le droit de commander, 
ordonnoit que tel ordre jug raifonnable par 
le plaid , telle convention dont il avoit t 
tmoin, tel jugement qu'il avoit prononc, 
feroit excut, & que celui qui y contre- 
viendroit, feroit & rprim & puni. 

Il pouvoit y avoir des actes faits hors de 
l'aflemble ; mais s'ils a voient alors le degr 
de certitude qui naiffoit des tmoignages, 
ils n'avoient de force que celle que leur 



156 4 Discours 

communiquoient ceux qui les avoent 
foufcrits : l'taient -ils par le Magiftrat ? 
c'tait un ordre; mais un ordre non dli- 
br, contre lequel on pouvoit rclamer: 
letoient-ils par les parties ? c'tait une 
convention qui pouvoit les obliger; mais 
en vertu de laquelle on ne pouvoit les 
contraindre, que quand le Magiftrat l'avok 
vrifie, & y avoit donn fon attache. 

Ces acles taient connus des Romains (%); 
toutes ces formes leur taient familires: 
c'tait fur tous ces titres que repofoit la 
furet des citoyens ; mais ils fuppofoient 
l'ufage des Lettres, & quand les Francs arri- 
vrent dans les Gaules, ils ne l'avoient pas. 
Nous avons vu dans les loix Saliques quel- 
ques-unes de ces crmonies grofllres, 
par lefquelfes ils taient accoutums conf- 
tater, dans les aimbles de leurs villages 

T-i 

(%) On peut voir plufieurs de ces actes la fuite 
du Volume que M. Terrafbn , Avocat, a publi, 
& qui a pour titre : Hiftoire de la jurijprudencc 
Romaine* 



sur iJHist. de France, i 57 

au-del du Rhin, les conventions qu'ils 
paflbient entr'eux. Lorfqu'ils furent habitans 
des cits Gauloifes, ils trouvrent bien plus 
commodes les formes qui y toient tablies. 
Devenus Membres du plaid des cits, ils 
payrent & firent crire leurs acles par 
le Scribe ou Notaire du Magiflrat : tout fe 
traita entre les Franois comme entre les 
Gaulois , in convertit populi : cela s'appeloit 
placitare , d'o vient encore aujourd'hui le 
mot plaider: <Sc lorfqu'en prfence de la cit 
aflemble, on toit convenu de [gs faits, le 
Notaire du Comte ou du Grafion rdigeoit 
le contrat. 

Voici un texte de la loi Ripuaire, qui 
fur cet ufage ne nous laifle rien defirer : 
Si qui s alteri aliquid vendiderit, & emptor 
eflamertum venditionis a ce ip re voluerit , in 
m all hoc face re dbet , & pretium in prfenti 
tradet, & rem accipiat , & tejlamertum publie 

conferibatur (a). 

1 

(a) Si quelqu'un vend quelque chofe un autre, 
(5c que l'acheteur veuille recevoir de lui un teftament 



1 5 8 4* Discours 

On voit par ce texte, que c etoit l'acheteur 
qui quelquefois defiroit d'avoir un titre 
flon les formes Romaines, & emptor te fia- 
mentum accipere v chrit ; mais quelquefois 
auffi il s en paffoit, foit qu'il ne ft pas 
porte d'aififter au plaid, foit qu'il crt que 
l'objet n'en valoit pas la dpenfe ; car, fui vant 
toute apparence , on payoit un falaire au 
Notaire du Magiftrat : dans ce cas, il pou- 
voit contracter hors de l'affembie ; mais 
comme c'tait toujours elle qu'il falloit fe 
prfenter, en cas ou d'inexcution ou de 
conteflation , il avoit foin de fe mnager 
des tmoins, qui un jour puiTent dpofer de 
la vrit du contrat. La convention fe pafToit 
donc encore alors devant des tmoins ; 
trois fuffifoient s'il s'agifbit d*un trs-foible 
intrt; fix ou fept, s'il toitplus important; 
mais il en falloit douze, s'il toit fort confi- 
drable. On fe tranfportoit avec les tmoins 

de vente, il doit livrer le prix, 6c recevoir a chof 
en prfence de tout le monde, & le teftament doit 
tre crit publiquement Leg, Rip, cap, LV* 



sur l'Hist. de France. 159 

fur le lieu mme dont le vendeur ou le 

donateur cdoient la pofleffion , & on y 

menoit en mme temps un nombre d'enfans 

gal celui des tmoins adultes. Tous 

juroient de tmoigner un jour ce qu'ils 

alloient entendre ; ils coutoient enfui te 

attentivement les ftipulations rciproques; 

ils voyoient l'acheteur ou le donataire fe 

mettre en pofleffion ; & afin que les enfans 

ne puflent jamais l'oublier , on leur donnoit 

plufieurs foufflets & on leur tiroit les 

oreilles (b). Ces ufages ne fufhfent-ils pas 

pour attefer l'ignorance de nos fauvages 

ayeux ! 

Les mmes ates qui fe faifoient dans 

le plaid de la cit entre les fimples citoyens, 

fe paflbient dans le plaid du Roi entre les 

Grands. Les titres LIX & LX de la 

loi des Ripuaires, l'attellent avec la plus 

grande vidence (c) ; & comme tout ce 

(b) Cum tt idem numro pneris if imicuique 

de pueris alapas donet 1 torqueat auriculas , ut ei in 
poflmodm teftimonium prbeant. Leg. Rip cap. LX. 

(c) Ibid. Art. 3 , 6 & 7. 



i6o 4."" Discours 

qui dans les plaids recevoit fon authenticit 
de ia prfence des tmoins , ft-il une fimple 
charte de donation ou un contrat de vente, 
s'appeioit teftamcntum , on y nomme tefta- 
mentum Rgis, tout acte de juridiction 
volontaire ou contentieufe, rdig in mallo 
Dominico. 

Comme c'tait dans le plaid Royal que 
fe traitoient ies grands objets d'adminiftra- 
tion ; comme c'tait -l que s'expdioient 
tous les actes par lefquels nos Rois dif- 
tribuoient leurs grces, difpofoient des 
offices , & veilloient fur l'exercice de la 
juridiction dans tout le Royaume ; comme 
c'toit-I que fe rapportaient les Rgiemens 
faits par les plaids infrieurs, lorfque le 
Roi, par le confeil de [es Fidles, jugeoit 
propos de leur donner la fnction d'une 
loi gnrale , il n'efl: pas tonnant que 
la plupart des formules qui nous ont t 
conferves, ne nous apprennent que la 
forme des actes qui fe pafoient dans cette 
Cour, fuprieure toutes les autres. Nous 



en 



sur l'Hist. de France. 161 

en avons cependant encore plufieurs, qui 
nous indiquent ce qui fe faifoit dans le 
plaid de la cit ; & fi on les compare 
quelques actes Romains qui ont t recueillis 
par des Savans, on fe convaincra de plus 
en plus que ces formes adoptes par les 
Franois, furent peu-prs les mmes fous 
l'un & fous 1 autre Gouvernement. 

Le plaid de chaque cit avoit un dpt & 
des regiftres, dans lefquels fe tranfcri voient 
tous les acres parles, mme hors de la prfence 
de aiTemble, mais auxquels on vouloit 
donner & la forme & l'authenticit d'un 
titre public : on en voit la preuve bien 
vidente dans deux formules du II. e livre 
de Marculfe, qui mritent une fingulire 
attention (d) ; on y lit qu'un particulier 
qui avoit fait un teftament ou une donation 
fuivant les formes prefcrites par le Droit 
romain , pouvoit fe nommer un Procureur 
qui , fond de {es pouvoirs, venoit le 

a iii .11 ii , ii i .h m 

(d) Marc. liv. II,form, 37 if j S. 

Tome IV, L 



i62 4. Discours 

prfenter Faflemble du peuple de la cit, 
& y demander que Ton infcrivt dans les 
regiftres publics l'acte dont il toit porteur. 
On trouve enfui te le procs-verbal de la 
prsentation & de l demande. Aprs la 
date, & de Tan & du jour & du lieu, il 
commence ai nfi : ad fiante viro illo , laudabili 
defenfore , & omni cur illius cvlatis , vr 
magnifiais (Me) profecutor dixit: Peto , optime 
defenfor, vos laudabiles Curales atque Muni- 
cipes , nt mihi codices puhlicos patere faciatis ; 
qudam enim in manibus habeo qu geflorwn 
aipio allegatione probari (e). Le dfenfeur 
& les Curiaux rpondent : patent tibi codices 
publia ; profequere qu optas dicere , ne 

i ^mmm-mmm ap ^ tmmmm i i < nn ^ i uua 

(e) En prfence d'un tel, louable dfenfeur de la 
cit & de toute la Curie ou Cour de ladite cit , 
33 magnifique citoyen, un tel, pourfuivant a dit : Je 
33 vous demande, excellent dfenfeur, & vous louables 
Curiaux , que vous me faffiez reprfenter & ouvrir 
33 les regiftres publics; car j'ai entre les mains des crits 
33 auxquels je veux donner la forme probante & la force 
des actes publics. 3> 



sur l'Hist. de France. 163 

moyens (f). Alors le fond de procuration 
rend compte de fa million, explique la nature 
de facle qu'il prfente, & ie dfenfeur lui 
ordonne de lire (es pouvoirs. Aprs cette 
lecture, le dfenfeur reprend : mandatum 
qu'idem recilatum efl , fed fupra dcla donato t 
teflamentum eut cejjio quant pr manbus 
habere dcis , no bis prfentibus recitetur , & , 
ut poflulas , geflis publias firmetur (g). Le 
Procureur lit alors l'acte en fon entier; aprs 
quoi , le plaid de la cit ordonne qu'il fera 
copi dans les regiflres, & conferv dans 
les archives, ut arcipibus publias memoranda 
fervenlur ; & que l'acte qui y fera tranferit, 
ainfi que l'expdition que l'on en dlivrera 
au Procureur, feront fouferits & par le 
dfenfeur de la cit & par les Curiaux qui 

(f) cc Vous avez devant vous les regiftres publics ; 
pourfuivez votre commiiion, & parlez fans diffrer, " 

(g) On vient de lire vos pouvoirs ; mais a 
donation , le teftament , ou la ceflon de biens que ce 
vous dites avoir entre les mains, doivent maintenant et 
tre lus, & recevoir, comme vous le fouhaitez, lace 
forme des actes. 

L i; 



1 64 4*' Discours 

font prfens : ces protocoles fuffiroient feuls 
pour nous donner une ide jufte & exacte 
des formes des actes cette poque, & 
de la puiflnce publique dont ies cits 
demeurrent dpofitaires. On doit mme 
remarquer ici, que tout fe pafle dans le 
plaid fans l'intervention du Comte, dont 
la prfence n'toit nceflaire que lorfqu'il 
s'agiflbit d'ordonner & de contraindre. Ici 
tout eft volontaire ; il n'efl queflion que de 
conftater & d'authentiquer les conventions. 
Nous venons de voir quels toient les 
titres qui mettaient en furet les droits 
des fujets du Monarque, foit que paies 
entre les Grands , ils fuffent reus dans fi 
Cour & fous ks yeux, foit quatteftant 
les conventions des fimples citoyens , ils 
n'euflnt t rdigs que dans le plaid de 
la cit. Voyons maintenant comment , 
dans l'un & l'autre, on en pourfuivoit 
l'excution en juflice , & par quelles 
yoies on parvenoit le faire maintenir 
dans les droits dont ils formoient la preuve, 



sur l'Hist. de France, i 65 

Nous chercherons enfuite nous inftruire 
des moyens accords alors par les loix 
pour rparer les injures, & pour punir les 
violences. 

. I. 

Des Procs civils dans tous les Plaids. 

Il rfulte de ce que nous avons dit 
jufqu'ici, que dans toutes les conteftations 
civiles , il y avoit , comme aujourd'hui , 
deux moyens de connotre la vrit; d'un 
ct, l'examen des titres; d'un autre ct, 
les dpofitions des tmoins. 

Chaque procs, dans lequel il ne sagiflbit 

que de la rparation d'un dommage , com- 

menoit par une plainte ou demande; elle 

fe faifoit verbalement, lorfque celui qui 

dfroit une injuftice au Tribunal, venoit 

lui-mme s'y prfenter ; elle pouvoit auii 

fe faire par crit , & alors on remettoit au 

Magiftrat une efpce d'adrefle qui contenoit 

le fait : mais cette requte ou ce placet 

n'empchoit pas le demandeur de venir 

L iij 



i66 4. Discours 

lui-mme au plaid, & on n'y manquoit 
mme jamais, torique c'toit au Roi que 
l'on s'adrefbit. Tous les Arrts que nous 
avons de ce temps - l , aprs avoir fait 
mention de l'aiTembie ck du lieu o elle 
fe tenoit, commencent par ces mots : 1 bique 
veniens , &c. 

Le titre cinquante-deux de ia loi Salique, 
nous apprend que le crancier devoit com- 
mencer par aller, avec un certain nombre 
de tmoins, fommer fon dbiteur de lui 
payer ce qui lui toit d. Celui-ci refu- 
foit-il? l'autre venoit trouver le Magiftrat, 
& lui demandoit juftice. L'article II de ce 
titre, prefcrit les termes mme de cette 
demande- 
Le Magiftrat donnoit alors un ordre, 
pour ajourner au plaid celui contre lequel 
la demande toit forme. Le crancier 
accompagn de (es tmoins, alloit retrouver 
le dbiteur & lui faifoit une fconde Som- 
mation ; en cas de refus, il 1 ajournait ifo/em 
illi collocabdt; ce font les termes de la loi. 



sur l'Hist. de France, i 6j 

Cet ajournement fe ritroit par trois fois, 
II toit d une amende pour le refus ; & 
les loix indiquoient , fuivant la nature de 
l'affaire, les dlais dans lefquels celui qui 
toit ajourn devoit comparotre. 

Je fuppofe le procs port au plaid de 
la cit; c'toit-l, le plus fouvent, le premier 
degr de juridiction, & c'tait peut-tre 
de tous les plaids celui o on commettoit 
le moins d'injuftices. 

L'affemble ayant fa tte le Comte ou 
le Grafion affift de (es confeils nomms 
Curiaux par les Gaulois, Ratchimhourgs ou 
Scabns par les Franois, employoit tout le 
temps de (es affiles, foit recevoir les actes 
volontaires qui fe paffoient en fa prfence, 
foit faire juftice des griefs qui lui toient 
dfrs : cela s'appeloit faire droit , facere 
rcdum , quelquefois aufl facere kgem , faire 
des actes de loi ; car je prouverai bientt 
qu'on appela /ex , les inftructions & les 
actes qui fe faifoient dans le plaid (h). 

(h) C'eft vraifemblablement de-I que vient I'ufage 

L iv 



i68 4. Discours 

Lorfque les parties comparoifbient , H 
eft prouv par les loix Ripuaires , que la 
premire chofe dont les Juges s'occupoient, 
toit l'examen des aftes fur lefquels elles 
fondoient leur droit : on pou voit en allguer 
a fauffet; Se dans ce cas, le titre ainfi 
attaqu toit perc par l'un des Juges (i) : 
ctoit une manire d'admettre l'accufation, 
& ce que nous appelons aujourd'hui l'ihf- 
cription de faux. Alors , en effet , il toit 
nceffaire de vrifier le titre, & on faifoit 
entendre les tmoins qui I avoient vu paffer, 
& le Chancelier qui l'a voit crit (k). Les 
uns & les autres toient obligs de prter 



en Flandre, en Artois, o la juftice eft encore adm- 
niftre par le Corps municipal, de nommer aes de 
loi, tout ce qui fe pafTe devant lui. 

(i) Leg. Rip, tit. 58, art. 5. 

(k) II parot par-l que l'on nommoit aufl Chan- 
celiers, les rdacteurs des actes paffs dans les cits, 
<& qui vraifcmblablement avoient leurs bureaux , comme 
ceux qui, dans le palais du Roi, faifoient le fer vice 
fous le Rfrendaire. 



sur l'Hist. de France. 169 

ferment; s'ils avoient foufcrit, ils recon- 
noiiToient leurs critures ; celui qui allguoit 
le faux, avoit galement droit de faire 
entendre (es tmoins : & il parot que Ton 
admettait aufli la comparaifon des critures , 
puifque celatoit prefcrit, dans le cas o la 
conteftation ne naiffoit qu'aprs la mort du 
Chancelier qui avoit reu lact (l). 

Si par l'examen & la difcuffion des 
tmoins, fi par les interrogatoires des 
parties, l'acte toit trouv vritable, celui 
qui l'avoit attaqu toit condamn, par 
forme de dommages -intrts, au double 
de ce qu'il devoit, indpendamment des 
amendes, l'une de quarante-cinq fous qu'il 
payoit au Chancelier, & les autres de 
quinze fous ds chaque tmoin. Si, au 
contraire, lale toit jug faux, celui auquel 
on l'oppofoit confervoit la chofe avec 
foixante fous de dommages-intrts ; chaque 
tmoin payoit quinze fous d'amende, & le 

(l) Leg. Rp. tt. jp, art. j. 



170 4- Discours 

Chancelier avoit le pouce droit coup, ou 
le rachetoit par une amende de cinquante 
fous (ni). 

Le plaid dans lequel s'inflxuifoit ce procs, 
fe tenoit quelquefois la porte d'une glife. 
Ce qui femble du moins certain, c'en 1 que, 
lorfqu'il s'agifbit de prter les fermens , le 
Magiftrat y faifoit entrer les parties , le 
Chancelier rdacteur de l'acte & les t- 
moins ; mais alors mme celui qui foutenoit 
le titre faux , avoit le droit d'empcher le 
ferment, & cela fe faifoit de deux manires; 
car ou il arrtoit les parties au moment o 
elles entroient dans l'glife , ante oftium 
Bafihc manum ponebat , ou s'il vouloit 
prouver plus long-temps le Chancelier qui 
fembloit difpof jurer, il attendoit qu'il 
et tendu fa main fur l'autel, & alors il la 
prenoit pour la retirer, manum Cancellarii 

Km 1 h ! 11 1 - - 1 I....I - m 1 1 fc m 

(m) C'eft parce que ces fortes d'amende toent 
autrefois le rachat d'une peine affliclve, qu'encore 
aujourd'hui chez nous les amendes en matires crimi- 
nelles emportent uue fltriffure. 



S UR l'Hist. de Fra NCE. 1 7 1 

de altati trahebat (n); cetoit-l une efpce 
de dfi, & le combat devenoit nceflire. 
Le Magiilrat faifoit alors arrter les deux 
parties, & on les envoyoit au Roi dans 
un dlai qui ne pouvoit tre moindre de 
quatorze jours, ni plus long que quarante: 
le Prince ordonnoit la bataille, & les deux 
champions terminoient leur procs par les 
armes. 

Ces titres de la loi des Ripu aires (o), 
nous fourniflnt beaucoup de lumires fur 
la manire dont fe traitoient alors les procs 
civils; & l'on y voit que c'toit principa- 
lement de ia bonne foi des tmoins, que 
l'iiTue en dpendoit. Toute la procdure 



(n) Quod J ille qui caufam fequitur manwn Cancel- 
larii de altari traxerit, aut ante oftiwn Bafilic manwn 
vofuerit , tum ambo conflringantur } ut fe fuper quatuor- 
decim nobles , feu fuper quadraginta , ante Regem 
reprefentare ftudeant pugnaturi. Lcg. Rip. tit. 5 9 > 
art. 4. 

(0) II faut auffi relire ce fujet les titres 51, 52 
& 53, 54, 59 de la loi Salique corrige par 
Charlemagne. 



172 4- Discours 

qui fe faifoit dans le plaid, navoit en effet 
pour objet que d'interroger les tmoignages, 
& de difcuter les dpofitions. II falioit 
abfoiument les entendre, fi la convention 
n'avoit pas t crite ; & ii ie falioit encore , 
fi lact, teflamenium , toit attaqu comme 
faux. 

J'ai dj dit que Ton appeloit galement 
iejiamena , les chartes expdies dans le 
plaid du Roi : ii n'y avoit que deux moyens 
d'en carter l'autorit ; l'un , d'en produire 
une autre contraire & poftrieure ; l'autre, 
d'en prouver la fauffet : mais, alors, celui 
qui fuccomboit dans ce genre d'infcrip- 
tion de faux, n'en toit pas quitte pour 
des amendes ; il encouroit la peine de 
mort (p). 

Celui qui toit ajourn, pouvoit auiTi 
lui-mme fe dfendre en prfentant fbn 
titre ; la loi des Ripuaires indique la formule 

i h !-. i. .11- . ----- - - .- . . , 

(p) Quod fi teflamentum Rgis abfque contrario 
teftamento falfum clamaverit , non aliunde nifi de vite 
comportt, Leg. Rip. tit. 60. art. 6. 



sur l'Hist. de France. 173 

de (on exception premptoire : non malo 
ordne , fed per teftamentum hoc teneo ; & en 
prononant ces mots, il devoit avoir ion 
acte la main (q). 

Ii y avoit, comme on le voit, une 
diffrence effentieile entre les actes de ce 
temps-l, & ceux qui parmi nous aiTurent 
les fortunes des citoyens, & forment la 
preuve authentique de leurs conventions; 
& cette diffrence en dut produire une 
trs-confidrable entre les formes des juge- 
mens. Nous avons aujourd'hui des tmoins 
dont la fidlit a t difcute une fois pour 
toutes, & qui, examins par le Magiftrat, 
ont attefl d'avance, par un ferment prt 
la Juftice, la vrit des titres qu'ils rece- 
vroient & foufcriroient toute leur vie. Ce 
font les Notaires qui, miniftres de la juri- 
diction, font aujourd'hui les fonctions de 

(q) Si quis injudicio interpellatus chartam pr manibus 
habiter it, nulla ei de malo ordine invajio requiratur/quia , 
dum interpellatur refpondeat & fine tangano bquatur, 
non malo ordine , fed per teftamentum hoc teneo. 



174 4- Discours 

ces tmoins choifis alors dans lafTemble 
du peuple, pour chacun des actes qu'il 
s'agiiToit d'y paffer. Indpendamment de 
cet avantage, comme aujourd'hui prefque 
tout le monde & (ait crire & en a de 
trs-frquentes occafions, ies actes crits & 
figns des parties font reconnoifbles, & 
ia vrification des critures n'entranera 
jamais de grandes difficults. Au com- 
mencement de la Monarchie, les Franois 
n'cri voient point ; il failoit donc avoir 
recours aux tmoins. Ceux-ci toient tous 
volontaires & choifis par celui qui defiroit 
contracter. Si quelqu'un vouloit que l'acte 
ft crit, il venoit au plaid; mais l'acte 
rdig par le Chancelier ne pouvoit pas 
toujours tre fign des parties, & fi dans 
quelques lieux on ne favoit pas crire, il 
ne l'toit pas mme des tmoins ; fi bien 
qu'un Chancelier fauiaire et pu donner 
tout le monde des titres pour de l'argent, 
fans que Ton et d'autre moyen de les 
reconnotre, que l'examen & la dpofition 



sur l'Hist, de France. 175 

des tmoins qui auroient t prfets la 
rdaction ; mais ii pouvoit mme arriver 
qu'ils ne saccordaflnt pas. Que faire alors 
On ordonnoit ie combat eut/eux; on en 
choififfoit un de chaque ct pour tre le 
champion des autres; & nous verrons que 
cet ufage fubfiftoit encore du temps de 
Charle magne. 

Ce que je dis des conteftations dans 
lefquelles ii s'agifbit de prononcer fur ia 
validit d'un acte , on peut le dire galement 
de toutes les autres quefiions civiles qui 
pou voient tre portes devant ie plaid , 
entre tous ceux qui vi voient conformment 
aux loix barbares. Les Romains avoient 
leur Code; mais il s'en failoit bien que 
les loix des Francs & des Bourguignons 
euflent prvu tous les cas qui pouvoient 
tre fournis au jugement de la cit. Alors les 
parties aliguoient la porTeffion & l'ufage : 
1 un & l'autre ne pouvoient tre prouvs 
que par tmoins. Les dpofitions toient 
confirmes par fermens : ordinairement le 



i 7 6 4. Discours 

plus grand nombre l'emportoit : & le plaid 
qui ne pouvoit tre clair par des preuves 
convaincantes, fe dterminoit par ies vrai- 
femblances. 

On fent bien que cette groffiret des 
formes, cette difficult dans la recherche 
des preuves, ces reflburces quivoques & 
fou vent meurtrires auxquelles l'incertitude 
avoit recours, furent l'effet de l'ignorance 
& de la barbarie des Nations conqurantes. 
Les plaids des cits, quoiqu'ils n'einTent ja- 
mais connu, fous le Gouvernement romain, 
cette manire (anglante de terminer les 
procs, durent peu--peu s'y prter. D'un 
ct, les Francs, les Bourguignons, les 
Goths , les Saxons , en toient Membres 
comme les Romains ; & ce qui refla de 
Gaulois trouva qu'il valoit mieux permettre 
le duel, que de laiier faire la guerre. Ce 
changement dans la procdure, ntoit point 
fans doute l'avantage de la libert. 

Moins les preuves toient claires, plus on 
croyoit devoir multiplier les tmoignages 



sur l'Hist. de France. \jj 

& par confquent les fermens. to Les deux 
parties sattribuoient-elles galement un 
droit une mme chofe ! Aprs avoir 
examin leurs moyens, on ordonnoit que 
celle dont les raifons toient plus apparentes, 
produiroit un certain nombre d'honntes 
citoyens de fon tat, qui jureroient pour elle 
& avec elle, que fon droit toit incontes- 
table. On trouve dans les formules des acles 
de la premire Race, plufieurs exemples de 
ces fortes de Jugemens (r). Ces citoyens' 
appels pour jurer, fe nommoient Conju- 
ratores. Quelquefois le Magiftrat , pour 
s'affurer des dpofitions impartiales , les 
choififfoit lui-mme parmi ceux qui s etoient 
trouvs afmble, dont on vouloit rap- 
peler les aes. Ceux-l juroient galement 
de dire la vrit : c'taient auffi des Conju- 
rateurs, mais qui paroifbient mriter plus de 
foi; & ces Jurs, chargs & de fe rappeler 


' j ' m .. . > . U t mluimm 

(r) Marculf. Iib. I, form. %%\ 
Form. incerti Auoris, art. j, 

Tome IV. M 



i 7 8 4. Discours 

& de dclarer les faits, furent le modle 
des Jurs, que nous verrons dans la fuite 
tablis dans la plupart des villes. 

Au refte, comme la juftice & la raifon 
font les mmes dans tous les ficels, vrai- 
femblablement il y avoit des Juges qui, 
travers ces embarras, cherchoient de bonne 
foi, & trouvoient la vrit, A dfaut de 
preuves, comme on le voit, on accumuloit 
les conjectures ; on n'imaginoit pas qu'un 
homme trouvt douze perfonnes difpofes 
venir fe parjurer pour lui; & on avoit 
du moins l'avantage d'avoir termin une 
querelle, dans un temps o elles toient 
toujours accompagnes de violences. 

Voil ce qui fe pafToit dans le plaid de 
la cit pour les conteftations civiles : tout 
le monde pouvoit y porter (es caufes en 
premier reffort. Cependant, pour la com- 
modit des habitans des campagnes, ils 
avoient un autre Tribunal o ils pou- 
voient faire juger leurs conteftations de 
peu d'importance : c'ctoit celui de cet 



sur l'Hist. de France. 179 

Officier nomm Centencr^x les Romains, 
& Tunginus par les Francs. 

Les monumens nous apprennent, en effet, 
que ie dpartement du Comte d'une cit 
toit encore fubdivif en un certain nombre 
de petits diftricb nomms Centaines (f) ; 
& Du Cange dfinit les Centeniers tablis 
fur chacun de ces territoires, Judces minores 
qui per Centenas jus cehant & Comit 
fuberant (t) : il en efl fait mention 8c dans 



(f) Nos anciennes oix, dit un favant Jurfcon fuite, 
qui a recherch les ufages Franois dans les coutumes 
Angloifes conferves par Littleton , nous reprfentent 
la France divife en Comts , 6c les hommes libres 
de chaque Comt , raiTembls au nombre de cent 
familles , pour former un Bourg fous la conduite d'un 
Centenier. Cet tablhTement remonte au moins la 

fin du VI. C ficle Les Centeniers pouvoient 

juger fans appel les caufes qui n 'emportaient ni la 
perte des biens , ni celle de la libert & de la vie ; ils 
toient affifts dans leurs Jugemens par des chevins, 
c'eft--dire , par les plus anciens & les plus expriments 
du Bourg. AI, Howard, anciennes loix des Fr. tome I, 
page 2jj. 

(t) Glojf. in verhq Centenarius. 

M \) 



i8o 4. Discours 

la loi Salique (u), & dans les Capitulaires; 
mais le Centenier ne pou voit ni faire arrter 
qui que ce foit, ni prononcer une peine 
afflilive. Tout ce qui intrefToit la libert, 
l'Etat & les proprits, toit hors de fa 
comptence, & ne devoit tre jug qu' 
l'audience du Comte dans la cit , ou par les 
Commiffaires du Prince (Mijji Dominiez), 
dans leurs tournes fx). Le Centenier mme 
ne jugeoit pas feul; il avoit fon plaid com- 
pof des anciens du Bourg : tant il eil vrai 
que le gouvernement Monarchique, en 
France, a toujours fuppof une dlibration 
& des confeils ! 

Il y avoit quelquefois entre le tribunal 
de la cit & le plaid du Roi, un tribunal 
intermdiaire ; c'toit le plaid de la province, 

(u) Leg, Sal, tit. 46, art. 1. Capit. Iib. IV, 
cap. 62, 63 & 64. 

fx) Ut ante Vicarhnn <kf Centenarium de proprietate 
df liber ta te judcium non termine tur aut acquiratur , 
nifi femper in prfenti Alijfcrum lmperialium , aut 
in prfenti Comitum, App. 2 , ad Iib. IV. Cap. 
Caroli Magni, art. 28. 



sur l'Hist. de France, i 8 1 

prfid par le Magiftrat, qui en avoit 
le commandement fuprme. Quelquefois 
aufn, lorfque la cit fe trou voit la Mtro- 
pole du Comt , (on plaid , tenu alors 
par ce Magiftrat (uprieur & immdiat, 
ne connoifoit au-deffus de lui que la Cour 
du Souverain. Ce qu'il y a de certain , 
c'eft que l'autorit de celle-ci s'exeroit 
mdiatement ou immdiatement fur tous 
les tribunaux du Royaume. 

Mais, outre cette juridiction de reflbrt, 
qui impofoit au plaid Royal le devoir de 
corriger &c de rformer toutes les injuflices 
commifes dans les autres plaids , ii avoit 
encore connotre d'une foule d'affaires qui 
y toient portes en premire inftnce ; car 
le Roi toit oblig de juger dans (a Cour 
tous ceux qui lui toient attachs ou par des 
offices, ou par un fervice immdiats. Cette 
gradation de devoirs & de reflbrt, jointe au 
droit ancien que tous les fujets du Prince 
avoient conferv, de n'tre jugs que dans 

un plaid, tablit peu--peu, en leur faveur , 

M iij 



82 4. Discours 

un avantage galement prcieux, celui de 
n'avoir pour juges que des gens d'un tat gal 
au leur. Les caufes des habitans des bourgs 
toient portes devant le Centenier, dont 
les AfefTeurs toient de la mme condition 
qu'eux. Le plaid de la cit inftruifoit les 
procs des citoyens. Les Officiers des Ducs 
& des Comtes, toient obligs de compa- 
rotre au plaid de leur fuprieur, dont ils 
toient en mme temps les Confeillers 
naturels. Enfin les Ducs & les Comtes 
appels au plaid du Roi , dont ils devenoient 
Membres , ds qu'il leur ordonnoit de s'y 
rendre, toient galement tenus d'y parotre 
comme accufs, & d'y rpondre toutes 
les plaintes que l'on formoit contre eux. 

J'ai dj dit que la plupart des ales 
volontaires, qui fe faifoient entre fimples 
citoyens dans le plaid de la cit , fe faifoient^ 
dans le plaid du Roi, entre les Magiflrats 
immdiats qui y avoient fance ; je crois 
important de le prouver ici : mais entre 
pluiieurs exemples que je pourrois citer, 



sur l'Hist. de France, i 83 

je n'en rapporterai qu'un leul, parce qu'il 
fuffit, pour tablir l'ufage. Je le trouve 
dans la formule d'une donation mutuelle 
faite entre deux poux, rdige dans le 
plaid Royal, & confirme par l'autorit du 
Prince qui parle lui-mme dans l'acte (y): 
Igitur venienes Me & Ma in palatio noflro, 
pro eo quod filiorum procreationem inter fe 
minime habere videnur, omnes res inter fe per 

manum nof/ram vifi funt condonaffe 

ddit igitur prdius vir ille t per manum nof/ram 
jam difi conjugi fu illas villas , &c. Le 
contrat finit par ces mots : lequel ae , pour 
qu'il demeure ferme & inviolable , nous avons 
fign de notre propre main(z). Voil donc une 

(y) A ces caufes, un tel & une telle font venus 
dans notre palais, & attendu qu'ils n'ont point d'enfans 
l'un de l'autre , fe font fait , par nos mains , une donation 

mutuelle de tous leurs biens un tel a donc 

donn fadite femme, par nos mains, telles terres, &c. 
Afarc. liv. 1 , form, 14, 

(i) Q uam autorhatem ut firmior habeatur , ve! per 
tempora confervetur, manu propriafubts eam decrevimus 
roborare. 

M iv 



284 &"' Discours 

vritable convention entre parties, palTe 
& rdige fous ie fceau du Roi lui-mme, 
en fa prfence & dans fon plaid. Je ne 
prtends point fou tenir qu'effectivement 
tous ceux qui vouloient paffer ces (ortes 
dales, fuflnt obligs de parotre dans 
i afTemblce. Vraifemblablement ils les fai- 
foient d'abord rdiger dans les bureaux du 
Rfrendaire ; mais il falloit du moins que 
celui-ci en rendt compte au Roi, & les 
lui fit foufcrire. 

Ces Grands, qui pafToient leurs actes fous 
le fceau du Roi & en fa prfence, pou voient 
galement lui demander immdiatement 
juftice ; mais ne plaidoient-ils jamais devant 
d'autres Juges? Je trouve prouv par deux 
formules de Marculfe (a), qu'ils pou voient 

(a) L'une effc la formule vingt-unime du premier 
ivre , dans laquelle le Roi autorife un de Tes Fidles 
plaider par Procureur : petiit ut illujer vir Me omnes 
caufas fuas in vice ipfms , tm in pet go quin in palatio 
noflro , ad mallandum profequendumque recip re deberet. 
L'autre eft la formule vingt-troifime , qui ordonne 
que es caufes d'un Grand , employ par le Roi & 



sur l'Hist. de France. 185 

avoir des caufes pendantes dans les plaids 
des cits; ce qu'il y a de certain, c'en 1 que 
pour toutes les affaires criminelles dont je 
parlerai dans un moment , ils n avoient 
d'autres juges que le plaid Royal; & il 
l'en 1 encore que l'on voit entre les Grands 
une foule de conteftations civiles, qui y 
font dcides en premire infiance : c'eft 
ce que prouvent la vingt -cinquime & la 
trente -huitime formule de Marculfe (b), 
dont la dernire mme annonce quel toit 
l'objet de la conteftation : treft encore ce 



abfent pour Ton fervice , demeureront fufpendues dans 
tous les Tribunaux. 

(b) La premire eft intitule : Proogus de Rgis 
judicio, cm de magna re duo caufantur Jlmul ; & 
voici comment M. Bignon s'explique cette occafion : 
Reges noftrcs clim propri ore jus dixijfe notwn eft ; 
Epifccpis &* Proceribus adjdniws ', prferthn de 
major 1 bus eau fis , isf inter Epifcopos , A b btes if 
Comits if pot eut i ores perfonas. Verm ex lus qudam 
a jRege ipfo judicabantur , dum jus dicebat, quafdam verb 
Cornes Palati vice Rgis , Epifcopis etiam <fcf Proce- 
ribus adfidentibus finiebat , l? nihilominus rgis nomint 
judicata inferipta erant , ut fi ipfe judicajjct. 



1 86 4- Discours 

qui nous eft tteft par tous les Savans qui 
ont recherch nos anciens ufages, & parmi 
lefquels je dois nommer le clbre Bignon. 

La premire des deux formules que je 
viens de citer, nous indique ceux qui, fous 
la premire Race de nos Rois , avoient 
fance au plaid Royal deftin juger ; & 
tous ces Grands, nous les retrouverons 
encore dans ces nombreufes aiTembles 
devenues fi frquentes fous les Maires. 
Voici les termes de ce fameux prambule 
d arrt : Ergo citm nos in Dei nomme ( ibi ), in 
palatio noflro ad univerforum caufas relo judi- 
cio termnandas , un cum Domims Epifcopis , 
vel cum pluribus Optimatibus nojfris (Mis), 
Patribus (Mis) , Rfrendums (Mis), Domeflicis 
(Mis), Senefcalis (Mis), Cabiculariis (Mis), 
& Mo Comit palatii velreliquis quam pluribus 
nojtris Fidelibus refideremus, ibi que veniens Me, 
illum interpellavit, citm diceret , &c. Tous ceux 
qui font ici nomms comme aidant le Prince 
dans les fonctions de fa juridiction fuprme, 
font fes Fidles & ks Officiers; ils ont fait 



sur l'H/st. de France, i 87 

ferment de le frvir, & le premier, le plus 
important de tous leurs fer vices, eft de le 
confeiller. 

Devant cette Cour augufte, tous les 
ajournemens fe faifoient en vertu des ordres 
du Roi lui-mme : fur la plainte qui lui 
toit porte, il adreflbit fes lettres, foit au 
Grand qui toit lui-mme accuf, & qui il 
commandoit de faire ceffer la plainte, ou de 
venir fe dfendre devant le plaid Royal, foit 
au Magiflrat dans le dpartement duquel la 
conteftation toit ne, pour qu'il ft juftice, 
& en cas de dfobiflance contraignt le 
coupable de fe rendre aux pieds du Trne. 
Ces Lettres fe nommoient tantt indiculus , 
tantt charta audienalis : celui auquel elles 
toient intimes, devoit obir & rpondre. 

Voici deux exemples de l'ajournement 
direct, pour obliger un Grand de compa- 
rotre au plaid Royal ; le premier eft adreif 
un Evque qui retenoit injuftement un 
fonds de terre rclam par un des Fidles du 
Roi : les termes en font trs-remarquables, 



i88 4. Discours 

& je dois les tranfcrire dans un Ouvrage 
que je deftine non -feulement attefter 
les anciennes maximes du Gouvernement 
franois, mais encore en prfenter les 
monumens les plus authentiques : Au faint 
& honor Seigneur, le trs-refpeclable 
pre en Dieu, un tel; un tel, Roi (c). 
Un tel, notre Fidle, comparoiint en 
notre prfence avec l'aide de Dieu , s'eft 
plaint nous de ce que vous lui reteniez 
injuftement telle terre qui lui appartient, 

( c ) Domino fanclo if Apoftolic Jede , colendo 
Domino if in Chriflo patri (Mi Epifcopo ) , Me Rex. 
Fidelis , Deo propitio , nofler (Me), ad prfentiam 
noftram veniens , fuggejjit nobis eo qiiod vMam aliquam 
nuncupatam ( Main ), qu ad eumdem de parti bus 
(illius ) , pervenire debuerat , pofl vos rtine atis indebit , 
if nullam juftitiam vobifcum poffet confequi : propterea 
prafentem indiculum ad coronam beatitudinis veflr 
direx'nnus , ut if pro nobis or are debeatis , if fi t aliter 
ag l tur f ante diclum illum de fupra dil villa le gibus 
reveftire faciatis , cert , fi nolueritis , if aliquid contra 
hoc habueritis opponere , vofmetipfi , per hune indiculum 
commoniti , aut mi (fus in perfon vejlr infinie! us , nunc 
ad noftram veniatis prfentiam , ipfi ob hoc dando ref- 
ponfum, Marculf. Ilv. I, form. 26. 



ce 







ce 



ce 



sur l'Hist. de France. 189 

comme la tenant d'un tel, & foutient 
qu'il ne peut obtenir de vous aucune 
juftice : ces caufes, nous avons adrefle 
votre Batitude les prfentes Lettres, par 
lefquelles nous vous enjoignons d'abord 
de prier pour nous; enfuite, fi les chofes 
font telles qu'on nous les a rendues, que 
vous rtablirez , dans les fermes ordi- 
naires, ledit un tel dans la poflffion de 
fa terre : fi vous ne le voulez pas, & fi vous 
avez quelque chofe oppofer la demande 
forme contre vous, vous vous tiendrez 
pour averti, par les prfentes Lettres, de 
venir comparotre en notre prfence, foit 
perfonnellement, foit par un envoy de 
votre part <5c muni de vos pouvoirs, 
pour rpondre aux plaintes formes contre 
vous. 

On voit ici que fi le reipecl d la 
dignit Epifcopale, produit un peu d'enflure 
dans le flile de la Chancellerie du Prince, 
qui alors toit toujours confie des Eccl- 
fiafliques, l'ordre n'en eft pas moins direct 



c< 



ce 



ce- 



ce 



me 



190 4. Discours 

& pofitif : l'Evque doit ou avouer l'objet 
Je la plainte & le rparer, ou venir fe 
dfendre. 

L'ajournement que Ton trouve dans la 
formule vingt-huitime, efl adreff un 
Grand laque : il le Rex , vir illufler , Mi Fideli 
noflro. Il ne contient point ces complimens 
que Ion faifoit alors aux premiers Pafteurs ; 
mais il renferme le mme ordre. Cet accuf 
avoit commis quelques violences, & enlev 
quelques effets celui dont le Roi avoit 
reu la plainte. Le fait de iaccuftion eft 
clairement nonc dans le refcrit du Prince : 
A ces caufes, continue-t-ii (d), nous 
vous avons adreff les prfentes Lettres , 
par iefqu elles nous vous enjoignons que 

(d) Propterea prfentem indiculum ad vos direximus, 
per quem omnino jubemus ut, fi taliter agitur de pr fente 
hoc contra prdilum (illum) , le gibus fludeas emendare, 
certj noluerhis if aliqu'id contra hoc habeatis opponere, 
non aliter fit , nifi vofmet ipji per hune indiculum com- 
vioniti , KL. illis proximis ad noflram prfentiam 
yeniatis, eidem ob hoc uitegrwn & lgale dare refponjum* 
Marculf. lib. I. form. 28. 



sur l'Hist. de France, i 9 1 

les chofes font telles qu'on nous les a 
reprfentes, vous ayez rparer promp- 
tement, par les voies lgales, le tort que 
vous avez fait; ou que du moins, h vous 
ne le voulez pas, & fi vous avez quelque 
chofe oppofer la plainte forme contre 
vous, vous vous teniez pour averti que 
vous ne devez produire vos raifons qu'en 
notre prfence ; & qu' cet effet , vous 
ayez comparatre devant nous aux 
calendes prochaines, pour donner vos 
dfenfes premptoires & lgales. 

On remarquera fans doute , dans cet 
ajournement, cette phrafe importante : vous 
ne devez produire vos raifons qu'en notre 
prfence ; car c'efr. le vritable fens des 
exprerfions latines : non aliter fat, nifi vofne 
ipfi KL. illis proximis ad noflram praf en fiant 
veniatis. Il en rfulte, en effet, que le plaid 
Royal toit le feul tribunal o devoit 
comparatre cet accuf : la raifon en eft 
peut-tre qu'il sagifbit, dans cette plainte, 
de violences qui pouvoient faire fortir.Ie 



192 4- Discours 

diffrend de la claffe des conteltations ordi- 
naires ; car ii parot par deux autres formules 
recueillies dans le mme livre , que fi la 
caufe ne rouloi que fur un intrt purement 
civil, le Roi pou voit commettre le Magiftrat 
fuprme, ou mme un Evque , lorfque la 
plainte toit rendue contre un Ecclfiaitique; 
& que, dans ce cas, il leur enjoignoit 
d'entendre les parties, & de travailler les 
accorder conformment aux loix. Mais 
une preuve qu'alors mme le plaid du 
Roi toit leur tribunal naturel , c'eft que 
i les parties refufoient de fe rendre la 
mdiation du Comte ou du Prlat, il leur 
eft enjoint , f un & l'autre , de prendre 
toutes les mefures nceffaires pour les 
envoyer au Roi. 

Ces deux ajournemens mritent encore 
d'tre tranfcrits ici. Voici le premier ; il eft 
adreff un vque (e): Au Saint Se 

Apoftolique 

(e) Domino Sanlo & Apoftolico , Domino <fcf 
Patri (Mi Epifcopo), UU Rex, Veniens (Me) , ad 

prfentiani 



ce 



ce 







ce 



ce 



sur l'Hist. de France. 193 

Apoftolique Seigneur, le Seigneur un tel, * 
vque de ... le Roi ... un tel eft venu 
comparatre devant nous , & sert plaint 
que tel Abb , tel Clerc , ou tel homme 
attach votre fervice <5c dans votre 
dpendance, lui a enlev un efclave qu'il 
lui retient injuftement ; & attendu qu'il 
ne peut en obtenir aucune jufiiee, nous 
avons adrefe votre Saintet les pr- 
fentes Lettres, par lefquelles nous vous 
mandons que vous daigniez prier pour<c 
nous, & que, fi les chofes font telles 
qu'on nous les a reprfentes, vous ayez 

prfentiam noftram fuggejfit quafi Abba vtfter t aut 

Clericus , vel homo vefter (ilh) eidem fervwn fuum per 

forciam tuiijfet , vel pofl fe retneat injuft , if nullam 

juftitiam cum eodem ex hoc confequi pcjjlt ; propterea 

pratfentem indiculum ad Sanlitatem veflram direximus , 

per quem pet i mus ut if pro nobis or are digne? ni ni , if 

fi taliter agitur, ipfum Abbatem veflrum aut Clericum 

vrjrfenti aliter conftringatis hanc caufam contra jam diclum 

illum le gibus jludeat emendare , cert fi noluerit , if 

aliquid contra hoc habuerit quod opponat , ipfum illum > 

per fidejujfores pofites, tune ad noftram dirigere ftudeatis 

prfentiam, Marc. lib. I, form. 27. 

Tome IV. N 







?3 



>> 



194. 4. Discours 

contraindre votre Abb ou votre Clerc 
rparer, fuivant les loix, le dommage 
qu'il a cauf ; mais s'il le refufe , ou s'il a 
quelque chofe oppofer aux plaintes for- 
mes contre lui , obligez-le , en exigeant 
de lui des cautions, venir fe dfendre en 
notre prfence. 

L'autre eft adrefe un grand Magiftrat 
laque : Le Roi tel (f), tel homme 
illuflre, tel Comte, un tel notre Fidle, 
tant venu comparotre devant nous, s'eit 

>? plaint notre clmence, de ce qu'un tel, 

1 h .il 

(f) Me Rex , viro Mo lluflri , Mi Comiti , Fideis 
Deo propitio nofter (Me) t ad prfentiam noflram veniens, 
dmenti Rgi ce noftr fuggejfit, eo quod pagenfis vejer 
Me eidem terrain fuam, in loco nuncupante Mo,perforciam 
tuliffet , $?. poflfe rtine at injuft , * nullamjuflitiam ex 
hoc apud ipfum confequi pojjit : propterea ordinationem 
prafentem ad vos direx'unus } per quam omnino jubeimis 
ut ipfum Muni taliter confiringatis , fi ita agitur, hanc 
caufam contra jam diclum illum le gibus fludeat emendare; 
cert fi noluerit , if ante vos recl nonfinitur, memoratum 
Muni toltis fidejujjoribus KL. Mis ad nofiram cum 
omnibus modis dirigere Judeatis prfentiam . . .Marc. 
Iib. I, form. 28. 



ce 







sur l'Hist. de France. 195 

domicili dans l'tendue de votre terri- 
toire, i'a dpouill par force de telle terre 
fitue en tel lieu , & en retient injullement 
la poffeffion, (ans qu'il puiffe en obtenir 
aucune juftice : A ces caufes , nous vous 
adreflbns la prfente Ordonnance , par 
laquelle nous vous enjoignons de con- 
traindre ledit un tel rparer dans les 
formes Je dommage qu'il a cauf, s'il eft tel 
qu'on nous l'a expof ; s'il ne le veut pas , & 
que l'affaire ne puiffe fe terminer devant 
vous conformment la juftice , vous 
exigerez de lui des cautions , & vous le 
contraindrez par toutes fortes de moyens 
venir, aux calendes prochaines, com- 
parotre devant nous. 

Je ne demanderai point ici pardon 
mes lecleurs de l'ennui que peuvent leur 
caufer ces monumens de notre trs-ancienne 
jurif prudence; dans la fuite de ces Difcours, 
ils fauront combien j'ai eu de raifons pour 
entrer dans tous ces dtails, & ils aper- 
cevront les rapports directs qu'ont ces 

Ni; 



196 4 me Discours 

vieux protocoles avec les plus importantes 
queftions de notre Droit public, que nous 
verrons s'lever dans les ficles poftrieurs : 
que l'on me permette donc encore un 
moment d'ennuyer pour mieux inftruire. 

On doit remarquer fur la premire de 
ces deux formules, que celui qui avoit 
port la plainte au Roi , n'y eft point dfigne 
comme un de ks Fidles : pourquoi donc 
s'adreffoit-il au plaid Royal ? Ici le privilge 
toit particulier celui contre lequel on 
demandoit juftice : il faut , en effet , fe 
rappeler que les immunits accordes aux 
Ecclfiaftiques, les avoient fouftraits la juri- 
diction immdiate des Magiftrats ordinaires. 
C'toit devant le Roi qu'il falloit demander 
juftice contre le Clerg. 

Je dis devant le Roi ; car les formules que 
j'examine ici, prouveront que ce n'toit pas 
mme le plaid Royal ordinaire qui inftruifoit 
les caufes des Ecclfiaftiques. L'ajournement 
adreff aux vques , leur ordonne de 
comparotre ; mais il n'ajoute 'point aux 



sur l'Hist. de France. 197 

calendes prochaines, comme le porte celui 
qui eft envoy aux Comtes & aux autres 
Fidles laques : le Roi faifoit donc dans 
fon plaid les mmes fonctions que faifoit 
le Magiftrat dans tous les autres ; c'toit 
iui que l'on sadreffoit ; c'toit en fon nom 
que fe donnoient les ajournemens ; c etoit 
ui qui, fur la plainte, donnoit des juges 
aux parties ; il renvoyoit ies Laques devant 
le plaid , & les Ecclfiaftiques devant ie 
Concile ; & une preuve qu'alors les vques 
mme ne jugeoient leurs confrres qu'au 
nom du Roi, & pour rpondre fa confiance 
& ks ordres, c'eft qu'il nommoit le Prfi- 
dent de laflmble qui de voit faire le procs. 
Le pape Pelage, dans une de fes lettres 
crite Childebert en 557, fe plaint de ce 
que l'vque d'Arles, que l'on avoit accuf 
de mander Rome les fecrets du Confeil , 
avoit t oblig de comparotre devant un 
Concile prfid par un Prlat de moindre 
dignit que iui (g). Les juges toent donc 

W i ^'* I I H II I I I ! ! - .. ! ! I ' ! 

(g) Hiftor. de Fr. tome IV, Var. Epifl. j S. 

N iij 



198 4 Discours 

encore alors ce qu'ils avoient t fous 
e Gouvernement romain , des hommes 
nomms foit par le Souverain, foit par le 
Magiftrat, & choifis dans la claffe mme 
dont i'accuf toit Membre 

Je ne puis abandonner ces lettres de 
notre ancienne Chancellerie , fans faire 
obferver dans l'tiquette de ce ficle, des 
traces du refpecl que nos Rois avoient eu 
pour le Clerg : on y donne la ligne aux 
vques (h), jamais aux Magiftrats. Dans 
la fuite, Charlemagne ne la donna qui 
que ce foit, pas mme au Pape: Louis-le- 
Dbonnaire rtablit l'ancienne formule ; 
mais en faveur de celui-ci feulement, & 
par gard pour le Saint-Sige. Nous rappel- 
lerons de ficle en ficle ces changemens; 
car ici l'ufige tient aux murs. Revenons 
la manire dont le procs s'inftruifoit dans 
le plaid Royal. 



(h) C'eft--dire que leur nom prcde celui mme 
du Roi qui leur crit. 



sur l'Hist. de France. 199 

Lorfque le Fidle avoit reu fon ajour- 
nement, Toit que le Roi ie lui et envoy 
immdiatement, foit qu'il ne lui eut t 
remis que par le Suprieur charg de le 
faire excuter, ii devoit donner une marque 
de fon obifance, en rpondant. Si le Com- 
mifaire nomm par ie Roi venoit bout 
de terminer i affaire , ii ne manquoit pas de 
faire acquiefcer les parties elles-mmes 
fon jugement, ou par leur ferment, ou par 
leurs foufcriptions, & il en donnoit avis 
au Roi, auquel il adreffoit copie du tout. 

Si celui contre lequel la plainte toit 

forme, refufoit de rparer le tort qu'il 

avoit fait, & d'excuter le jugement du 

Magiftrat charg de l'affaire , celui-ci , en 

vertu des Lettres d'ajournement qu'il avoit 

reues, non-feulement lui enjoignoit de fe 

trouver au plaid prochain, mais lui faifoit 

prter ferment de s'y rendre, & recevoit 

mme l'engagement des cautions, qui s'o- 

bligeoient aux dommages - intrts que 

fon vafion occafionneroit : cela s'appeloit 

Niv 



zoo 4. Discours 

fidejujforcs ollere (i) ; & lorfque l'ajourn 
refuloit de donner aes cautions , le Ma- 
giftrat pouvoit le faire arrter & le faire 
conduire au Roi , fous bonne & (lire 
garde, lorfque la formule de l'ajournement 
portoit modis omnibus conjlringere , con- 
traindre par toutes voies. Celui auquel les 
Lettres avoient t directement adrerTes, 
devoit Amplement rpondre & promettre 
d'obir. 

Comme l'ajournement indiquot le jour 
auquel on devoit comparotre , & toit 
pour cela nomm indiculus , il devoit tou- 
jours tre reprfent par celui qui venoit 
fe dfendre (k). 

Ces ajournemens par crit fe faifoient 
au lieu du domicile de la perfonne ajourne, 
& les Officiers infrieurs par lefquels ils 

ea ^ m .i 1 1 1 -1 1. , , ^ai ^ ^^ 

(i) Fidejujfores tolere dicebatur judex qui in jus 
vocatwn aut accufaturn de aliquo crimine vadem dare ad 
datant diem jurife ftiturum cogebat. Du Cange , GIofT. 
in verbo Fi dejussores. 

(k) Una cum indculo veflro faciatis venire* 

Cap. Car. C. tir. 39, cap. ni. Du Cange, Ioc. cit. 



sur l'Hist. de France. 201 

toient envoys, fe nommoient nunci(l); 
ils tiroient ieur confidration de la qualit 
du Magiftrat de qui ils excutoient ies 
ordres, & ies nunc'n Rgis toient reus 
par-tout avec refpecT:. On trouve, dans ies 
Ioix Saliques, des preuves de l'ancien ufage 
de fe tran (porter au domicile de l'accuf 
ou du dfendeur ; & nous verrons dans un 
clbre Captulaire de Charles-le-Chauve, 
dont j'aurai dans ia fuite occafion de parler, 
ies formes que i'on fuivit pour ajourner 
ceux dont les chteaux avoient t dtruits , 
& qui, par cette raifon, allguoient la 
nullit dQS ajournemens qui leur avoient 
t donns. 

Lorfqu'un homme vettoit au plaid du 
Roi, pour fe dfendre contre une demande, 
rinftruclion s'y faifoit comme dans celui 
du Comte & des cits; il produifoit (es 
titres ; il pouvoit attaquer ceux de fort 

(l) Nuncius, apparitor judicum, miffus qui eorum 
nuna portt if mandata exequitur. Du Cange, Glofl*. 
verbo Nuntius. 



202 4- Discours 

adverfaire; ii amenoit (es tmoins; il toit 
accompagn de (es rpondans. Tout fe 
traitoit, tout fe difcutoit au milieu de 
laffemble : c'toit, le plus fouvent, par 
leur propre bouche que les parties fe dfen- 
doient; cependant elles avoient la libert 
d'employer des Procureurs, & on trouve, 
ds ce temps -l, des Arrts o ils font 
nomms (m). Les glifes & les monaftres 
avoient, ds le temps des Empereurs, des 
dfenfeurs nomms Advocats , qui toient 
chargs de leurs intrts, & paroiffoient dans 
les aflembles pour les foutenir. Cet ufage 
fubfifla fous nos Rois; & il parot mme 
que, parmi les laques, quiconque n'toit 
pas en tat de fe reprfenter, envoyoit 
fa place un homme fond de les pouvoirs, 
qui, fous le titre de Miffus , venoit excufer 
labfence de fon commettant, & quelquefois 
toit charg de propofer (es moyens de 

dfenfe. 

. 

( m) Voy. L'Arrt rendu Mafblac ou Maflay. 
Balire, tome II, page pop. 



sur l'Hist. de France. 203 

L'ufacre des reprfentans oit fi bien 
autorif, que l'on trouve des lettres du 
Prince qui, fur la requte d'un homme, 
allguant foit (on incapacit, foit [es infir- 
mits, lui nomment un Procureur charg 
de ia dfenfe de toutes fes caufes ; & nous 
avons vu plus haut un Procureur nomm 
pour venir prfenter au plaid de la cit les 
actes volontaires, dont on vouloit conftater 
l'exiftence, & afurer l'excution. 

Quoique l'ajournement indiqut le temps 
o l'on de voit fe prfenter pour fe dfendre, 
les loix marquoient cependant un dlai rai- 
fonnable, pendant lequel il falloit attendre 
l'abfent (n) : cela s'appeloit cujtoJire placitum 
fuum, garderie plaid; & lorfque ce dlai 
toit pafc, fans que l'ajourn compart, 
ni perfonne f place, il dpendoit du. Roi, 
ou plutt du Comte du palais, fur qui: ordi- 
nairement il fe repofoit de cette partie de 

(n) Per triduumfeu ampliiis ut lex hahuit. Marcuf. 
Iiv. I, form. 3 1. 



204 4* Discours 

i'adminiftration, foit d'ordonner un fcond 
ajournement, auquel cas l'abfent toit con~ 
damn une amende, foit de prononcer 
un Arrt par dfaut. 

Lorfque le procs avoit commenc par 
des lettres du Roi, envoyes au Comte, 
pour qu'il et obliger les parties fe 
faire mutuellement juflice, comme c'tait 
ce Magiftrat qui avoit reu les cautions du 
dfaillant, & la foumiffion qu'il lui avoit 
donne de fe reprfenter aux calendes 
prochaines, l'Arrt que rendoit le plaid 
Royal, ne renfermoit point encore le dtail 
des condamnations. C'toit ce que nous 
nommons encore aujourd'hui un fimple 
dfaut (o). Le Roi y dclaroit que le Comte 
du palais lui avoit certifi qu'un tel s'tait 
prfent , avoit attendu , & que l'autre avoit 
nglig de comparatre : dum & llujris vr 
Me Cornes palati noflri tejlimoniavit quodante 
dclus Me placitum legibus cufodivit & eum 

(o) II eft nomm dans les Formules, Judicium 
evenditale , feu Declaratoriwn, 



sur l'Hist. de France. 205 

adjeivit vel folfativit (p), & ipfe placitum 
cuflodire neglexit. En confquence, il ordon- 
noit au Comte qui avoit reu les cautions, 
de contraindre le dfaillant remplir tout 
ce que les Loix & la Coutume prefcrivoient 
en pareil cas : pronde nos ialter nn cum 
nojtris Proceribus confliit decrevijfe , ut fi 
evidenter memoratus ille pro hc cauf taies 
vobis diclos habuit fdejujfores & placitum fuum 

minime cuflodivit jubemus ut quidquid 

lex h ci vejlri de tali cauja e do cet , vobis 
diflrinenibus , antedius ille partibus illius 
componere & fatisfacere non recufet (q). 

(p) Adjeire & folfatire fignifoient requrir dfaut 
contre un abfent , l'interpeller & demander acte de fa 
non comparution. 

(q) A ces caufes, nous avons ordonn, de l'avis 
des Magiftrats de notre plaid, qu'aprs qu'il vous ce 
fera vident que dans telle affaire, ledit un tel vous <c 
- donn telles cautions , & cependant n'a point ce 
fatisfait fes engagemens en gardant le plaid, vous ce 
e contraigniez faire fes parties adverfes toutes les ce 
rparations, & leur payer toutes les comportions ce 
qui font preferites par la loi de fon domicile. 
Marculfe , liv, l , for m, 37, 



zoo 4. Discours 

Ce renvoi au plaid mme du lieu , 
annonce affez que celui du Roi n'toit pas 
toujours afTez bien inftruit des difpofitions 
des loix qui dvoient tre appliques : mais 
qu'arri voit-il alors ? Le Comte, auquel avoit 
t adreff l'ordre de procurer fatisfalion 
au demandeur, toit rduit employer la 
force ; il armoit un dtachement : & fi le 
dfendeur avoit galement fes ordres & 
des amis & des Troupes, fou vent le trait 
fe faifoit les armes la main, & il falloit 
quelquefois encore revenir au plaid du Roi, 
pour faire ceffer les diordres de la querelle. 

Lorfque le dfendeur avoit t ajourn 
par des Lettres qui lui euffent t adrefees 
immdiatement, alors le plaid du Roi toit 
oblig de prononcer lui-mme le Jugement; 
mais il le prononoit dans tous les cas, 
lorfque les parties comparoiioient, & pro- 
duiraient ou leurs titres ou leurs tmoins : 
c'eft le prambule d'un de ces Arrts con- 
tradictoires que Marcuife nous a conferv, 
dans la vingt - cinquime des Formules de 



sur l'Hist. de France. 207 

fon premier livre, que nous avons cite 
plus haut. De tous les jugeinens le plus 
fvre, mais celui de tous, en mme temps, 
qui accufoit le plus les vices de la conftitu- 
tion & la foibleffe de l'autorit, toit celui 
dont il eft fait mention dans le titre 59 
de la loi Salique ; il toit rendu envers celui 
que rien n'avoit pu obliger de comparotre. 
Ce contumax toit alors mis hors de la 
protection des loix, & tous ks biens toient 
confifqus (r). 

Au refte, je n'ai remarqu aucune diff- 
rence entre la manire d'inftruire & de 
difcuter les conteftations dans le plaid du 
Roi, & celle qui toit en ufage dans les 
autres plaids: je vois par- tout les mmes 
formes, la nceffit de fe purger & par fon 
ferment & par ceux de Ces conjurateurs. 
Une formule de Marculfe (fj, nous apprend 

I ..... !.. I I I 

(r) Tune Rex extra fermonem fuum euni ejfe 

dijudicet if omnes res fu erunt in fifee 

L. Sa. th. 59. 

(f) Charta par'icla. Marc. Iib. I, form. 38. 



208 4. Discours 

que pour cela les parties fe tranfportoient 
dans une chapelle de S. Martin , qui , 
btie prs du palais, fembloit tre princi- 
palement deftine aux fennens judiciaires. 
Il falloit ou jurer, ou payer. 

Ce que je dois fur-tout faire obferver 
ici, c'eft que les plaids infrieurs toient, 
comme on le voit, en relation perptuelle 
avec celui du Roi ; car comme c'toit dans 
celui-ci que rfidoit la force majeure, & 
qu'attendu la foiblefTe du Gouvernement, 
il toit fouvent difficile d'afTurer aux Juge- 
nens leur excution, tantt le Comte faifoit 
conduire au Roi un citoyen indocile ou 
trop puifant qu'il ne pou voit rduire (t) , 
tantt le Souverain, aprs avoir prononc, 
jugeoit propos d armer les Magiftrats des 
lieux, contre un homme qu'il toit plus aif 
de faire arrter dans fa province. Ce qui 
nous eft attefl & par toutes les formules 
que nous pouvons encore confulter, & par 

(t) C'eft ce qui eft prefrit par le titre 59 de la 
loi Salique, 

les 



sur l'Hist. de France. 209 

les autres monumens qui nous refient de 
ce ficie, c'eft que ie plaid du Roi toit 
le dernier reflbrt de ia juridiction , & que 
tous ceux qui, d'un bout du Royaume 
l'autre , toient ou contraints ou arrts ou 
punis, l'toient en vertu de fon autorit 
& par des Magiftrats qui , fe regardant 
comme (es reprfentans , avoient recours 
lui toutes les fois qu'ils prou voient une 
rfiftance trop difficile vaincre. 

Je mettrai au nombre des affaires civiles 
qui fe traitoient dans le plaid Royal, une 
foule de Requtes fur iefqu elles on y 
dlibroit, & qui, fans prfenter aucun 
contentieux juger, avoient pour objet 
des actes ou de juftice ou d'humanit. En 
voici un qui ne remonte qu'au temps o 
le Maire commena exercer les fonctions 
du Comte du palais. La guerre trangre 
ou civile a dfol une province : un parti- 
culier a vu {es maifons brles ; tous fes 
titres ont t ou enlevs ou confums; 

comment viendra-t-il bout de les fuppler, 
Tome IV, O 



2\o 4* Discours 

& de s'affairer la proprit des fonds qu'il 
pofsde \ II s'adrefTe d'abord au plaid de 
fa cit; il expofe (es malheurs; ii prouve 
les pertes qu'il a faites. Tout eft examin, 
confirm , atteft par les Curiaux ou Rat- 
chimbourgs, qui ds-lors commencrent 
tre connus fous ia dnomination gnrale 
de boni hommes (u). La cit adref au Roi 
& au Maire du palais, une Requte munie 
des foufcriptions de tous ceux de la cit 
qui favent crire, & des fignes de ceux 
qui ne le favent pas (x) ; elle implore la 
juftice Royale pour celui de fes citoyens 
dont elle certifie les befoins , & cette 
Requte qui eft nomme Relatio Pagenftum 
adRegem, contient un tmoignage authen- 
tique de tous les faits fur lefquels il fonde 

fit) Relationem bonorwn hominum manbus roboratam* 
Marc. Iib. I, form. 34-. 

(x) Suggerendo piijfnno atque praecelentifimo 
Domino illi Rgi & majori doms illi, a fervis veftris 
Pagenjibus illis , quorum fubfcriptiones vel fignacula 
fubtus tenentur inferta* 



sur l'Hist. de France, z i i 

fa demande, & eft termine en ces termes : 
veftra pietasjubeat, quod ufque modo in Regno 
veflro quietus pojfedit crca eodem per, veflro 
munere , prceptum ut inanea valeat , dum 
fua perdidit infiniment a , pojjidere quietus & 
feeurus. Nos fervi veflri quod exinde veracis 
fcimus innote jcere prfumpfimus ; veftrum eft 
necejjitatem patientibus jubvenire (y) , Sur cette 
Requte, dont le rapport eft fait dans le 
plaid Royal, on expdie des Lettres qui 
rappellent tous les faits expofs par celui 
de la cit, & qui confirment le fuppliant 
dans la poflerTion de tous ies fonds que fes 
concitoyens atteftent lui appartenir. Ces 
Lettres qui doivent fuppler, l'avenir, 



(y) Marc, liv. I , form. 34.. Plaife votre pit 
ordonner que ledit un tel, qui a perdu tous fes titres^ 
puhTe dformais pofTder avec furet & tranquillit , 
comme ci-devant, & en vertu de vos Lettres, tous les ce 
biens qu'il a jufqu'ici pofleds dans votre Royaume, ce 
Jnftruits, plus exactement que perfonne, des faits, ce 
nous avons pris la libert de vous en inflruire , & de ce 
vous les attefter : c'eft vous qu'il appartient de ce 
venir au fecours de vos fujets dans leurs befoins . 

O ij 



212 4- Discours 

tous les titres incendis , le remettent dans 
le mme tat o il toit avant les hoftilits 
qui ont cauf f ruine (i). 

Comme ces fortes de Lettres du Prince, 
obtenues dans toutes les circonftances o 
il toit oblig de venir au fecours de fes 
fujets, durent tre extrmement frquentes, 
je ne foutiendrai point ici, qu'elles fuflnt 
toutes dlibres dans le plaid : ces Requtes 
toient remifes au Rfrendaire, qui en 
faifoit fon rapport , foit au Roi , foit au 
Maire du palais. La Chancellerie avoit Ces 
formes & fes protocoles, & les Lettres 

' i r 

fij Prcipientes ergo jubemus ut quicquid memoratus 

ille tain in terris , domibus , "c vel reliquis 

quibufcu nique beneficiis ( quod per relationem fupra 
fcriptorum virorum cognovhnus ) , juft ac rationabiliter 
ufque mine ubicumque in Regno noftro pojjidere videtur, 
dum ejus injrumenta cremata ejfe cognovhnus , per hoc 
prceptum plenisj in JDei nomine , circa eum fuffultum 
atque firmatum, abfque ullius inquietudine vel refraga- 
tione , teneat ? ' pojfideat , If fuis pofleris dut cui voluerit, 
in Dei nomine , ad pojjidendum relinquat ; quam vero 
auclcritatem perpetuis temporibus valiturain propri manu 
fubtus roborare decrevimus, Ibid. form. 33. 



sur l'Hist. de France. 2 1 3 

expdies taient enluite fignes du Prince ; 
la plupart mme ne pouvoient nuire aux 
parties , parce qu'elles fuppofoient une 
inftruclion ultrieure : tels toient , par 
exemple, les ajournemens, & en gnral, 
tous les ordres adrefles aux Maoriftrats des 
provinces, pour qu'ils euflent difcuter 
les faits; mais c'toit toujours le Roi qui 
parloit dans ces chartes ; & lorfqu'elles 
avoient t prcdes d'une dlibration, 
on en faifoit mention dans le prambule. 

Nous trouvons, fous nos premiers Rois, 
un grand nombre d'autres chartes qui ont 
pour objet de doter ou d'enrichir des 
glifes, de leur accorder des immunits, ou 
de former en leur faveur des tabliflemens 
utiles. Le quatrime volume du Recueil 
des Hiftoriens de France, contient vingt- 
quatre de ces diplmes, expdis depuis 
Clovis jufqu' Dagobert inclufivement. Je 
ne garantirai pas l'authenticit de tous ces 
titres ; je n'ai garde non plus de les rejeter 

tous; je dirai feulement que la plupart 

O ii; 



2i4 + Discours 

d'entr'eux ont pafT par le creufet de la 
plus fvre critique, & en font fortis fans 
altration- La charte de Childebert I. er 
pour la fondation de l'glife de S/ Vincent, 
en 558 celle de Chilpric , qui fait le 
premier titre du Monaftre de S. 1 Lucien 
de Beauvais , & eft date de 5 8 3 , & celle 
de Dagobert pour tablir les foires de S. 
Denys, en 62 9, ont excit entre les Savans 
des conteftations que je ne dciderai point ; 
je me contenterai d'obferver que dans 
prefque tous ces diplmes , il n'en 1 fait 
aucune mention du plaid Royal (a). Il peut 
fe faire, en eflet, que nos Rois n'aient pas 

(a) Dans cele de Childebert, pour l'glife de S. 1 
Vincent, il eft fait mention de l'avis des Francs <5c 
des Neuftrafiens , & cette phrafe mme l'a rendue 
iufpede aux critiques : celle donne en faveur de S. 1 
Lucien de Beauvais, eft dans la forme de toutes les 
autres & fans aucune mention du plaid ; mais aprs la 
fignature de Chilpric & du Rfrendaire, on trouve 
une date & cette phrafe, alum Rothomagi in convertit 
generali , crites d'une encre beaucoup plus rcente que 
le refle de la charte. Voy, les notes fur ces chartes, dans 
U Recueil des Hiflorhns de France, 



sur l'Hist. de France, z i 5 

jug propos de confulter leur Confeil fur 

ces donations; elles n'ont toutes d'autres 

marques d'authenticit, que la fignature du 

Roi 8c celle du Rfrendaire qui les fui 

avoit prfntes. Cloarus rex Franc orum 

fubfcripfi; Adogrimis juflus obtuli & fubfcripfi ; 

ou bien, Dagoberus rex fubfcripfit ; Dudo 

obtulit: telles font les formules qui terminent 

ces fortes dacles. L'indication du temps 

& du lieu n'eft ordinairement qu'aprs 

la fignature; & quoique plufieurs foient 

dats des calendes de diffrens mois, cette 

date n'eft point uniforme dans tous : 

concluons de tout cela, que fr plufieurs des 

titres accords aux glifes cette poque, 

ont t dlibrs dans le Confeil du Prince , 

on ne doit pas lafurer galement de tous. 

Il eft alz prouv que dans les commen- 

cemens de la Monarchie , nos Rois fe 

croyoient les matres abfolus & de la 

difpofition de leurs domaines & de la 

diitribution des bnfices & de l'inftilution 

des offices; ce ne fut que depuis Clotaire II, 

Oiv 



zi6 4. Discours 

que le plaid difpofa du grand office de la 
Mairie : fi jufque-I nos Rois avoient appel 
les Magiftrats aux difpofitions par lefqu elles 
ils faifoient quelques libralits, ce n'toit 
que pour ajouter l'authenticit de lale 
qui la contenoit. 

Nous venons d'envifager les fonctions du 
plaid, relativement l'admiiiiflration de la 
juftice civile : voyons maintenant comment 
s'y traitoient les affaires criminelles. 

. IL 

Des Procs crbnnels dans les Plaids 

J'ai dj obferv plus d'une fois, que les 
vices que la conftitution de la Monarchie 
avoit emprunts des murs & des ufages 
barbares de la Nation, rendirent I'adminif 
tration de la juftice beaucoup trop defpo- 
tique. D'un ct, nos Rois ne pouvoient 
oublier ce Gouvernement militaire, auquel 
ils toient accoutums ; d'un autre ct , 
tous les hommes libres fe croyoient en 
droit de venger leurs injures main arme, 



sur lHist. de France. 2 17 

& tout homme puiflnt qui avoit mrit 
la mort , fe prparoit dfendre fa vie. 

On s'eft quelquefois imagin que chez 
les Francs les crimes les plus atroces 
n'toient punis que par des amendes 8c 
des comportions ; on s'eft. tromp , Se j'ai 
dj refut cette erreur (b). Les loix Saliques 
n'avoient point eu pour objet de fixer les 
peines dues aux crimes, mais de rgler 
la fomme moyennant laquelle l'accufateur, 
qui avoit fe plaindre, toit oblig de 
renoncer la vengeance. On connot la 
loi de Childebert fur. les homicides (c), 
& je ne rpterai point ici ce que j'ai dit 
ailleurs fur les peines que les tribunaux 
Franois pouvoient prononcer. 

Les loix Bourguignones, dont la rdaction 

(b) Tome II, page 99. 

(c) De homicidiis verb ita juffnnus obfervari, ut 
quicumque aufu temerario alium fine caufa occident , 
vit periculo feriatur , ? mdlo pretio redemptionis fe 
redhnat mit componat Voyez auffi le titre 79 de la 
loi des Ripuaires, qui parle de l'homme libre pendu 
pour un vol. 



ai 8 4* Discours 

eft poftrieure celle des loix Saliques , 
puniflbient de mort deux fortes de crimes, 
Je meurtre d'un homme libre ou d'un ferf 
du Roi (d), le vol des efclaves & des 
animaux. La femme furprife en adultre 
pou voit tre tue impunment par fon 
mari, pourvu qu'il tut en mme temps fon 
complice. Si le crime toit port en juftice, 
la femme toit feulement rduite en efcla- 
vage au profit du fifc (e). 

Les loix des Goths admettoient ga- 
lement la peine de mort pour diffrens 
crimes , & on y voit diflingues les caufes 
criminelles des caufes civiles. 

Ainfi il eft certain que, ds le coirimen- 
cernent de la monarchie Franoife, on 
connut des loix Pnales (f) ; & que le 

(d) Voy. les loix Bourguignones , lit. 2, if 4. 

(e) Ibid. th. $8 & 86. 

(f) Notre malheur, mme en France , eft peut-tre 
de n'avoir connu que des loix Pnales, & non des 
loix de morale; des rglemens fur les biens, & non 
des rgles de juftice. Je dvelopperai quelque jour 
cette ide. 



SUR L'HlST. DE FRA NCE. 2 1 9 

Magiftrat put condamner la mort, mme 
les hommes libres qui avoient commis 
certains dlits. Je ne dis rien des cruauts 
que l'on fe permettoit contre les efdaves: 
il fuffit de lire le quarante-deuxime titre 
des loix Saliques, pour fe fentir indign 
du mpris que nos anctres avoient pour 
Tefpce humaine. 

Mais de tous les crimes contre lefquels 
nos Rois fe croyoient en droit de fvir, 
la rvolte & le complot contre le Gouver- 
nement, toient ceux dont les fupplices 
toient les plus arbitraires. Outre que dans 
un Gouvernement beaucoup trop militaire, 
les peines toient prefque toujours propor- 
tionnes au reflentiment du matre qui les 
ordonnoit, nos Rois regardoient un rebelle 
comme s'tant mis volontairement en tat 
de guerre contre eux, & comme fournis, 
par confquent, toutes les violences que la 
guerre autorife : ils ne faifoient pas rflexion 
que ds qu'un homme eft arrt, le Sou- 
verain ou le Magiftrat qui le tient enchan, 



220 4. Discours 

rentr ds-l dans Tordre naturel de la focit, 
n'eft plus fon ennemi, mais fon juge, & 
devient fon aflffin s'il ne laifle aux loix 
feules le foin de le punir. 

Cet acte fi rigoureux dont je viens de 
parler il n'y a qu'un moment, & par lequel 
le Roi livroit la licence la plus cruelle, la 
vie & les biens de celui qui avoit jufqu'au 
bout mprif la juridiction des tribunaux, 
eft peut-tre mme l'ordre le plus inique 
que puhTe donner un Prince. Ce n'eft point 
un acte d'autorit qui annonce la Souve- 
rainet; c'eft un acte de dfefpoir qui trahit 
la foiblefle; c'efl dire celui dont on ne 
doit jamais ceffer d'tre le protecteur ou le 
juge : Je ne veux plus tre votre Roi, ds que 
vous ne remplijffe^ plus les devoirs d'un fujet. 
Malheureux le Gouvernement rduit de 
pareilles extrmits ! L'ufige de mettre au 
ban de l'Empire, n'en 1 devenu jufle en 
Allemagne, que depuis que ceux contre 
lefquels on prononce ce terrible jugement, 
font eux-mmes devenus des Souverains: 



sur l'Hist. de France. 221 

s'ils n'toient encore que fujets & Magis- 
trats , cette efpce d'anathme feroit un 
attentat contre Tordre focial , qui doit 
trouver en lui-mme un remde tous les 
maux , une force Suprieure tous les 
dfordres; car les Rois ne doivent jamais 
perdre de vue, que leurs devoirs font aiuTi 
abfolus que ceux de leurs fujets. 

Mais, dans les premiers ficles de notre 
Monarchie, cette forme de prononcer fut 
une des plus fortes preuves de la foiblefe 
du defpotifme, comme, chez les Grecs, le 
Jugement qui interdifoit le feu & l'eau , 
toit galement une preuve de la foibleie 
de la Rpublique. La vritable Monarchie 
eft au milieu de ces deux extrmits ; elle 
peut tout, mais toujours par les loix. 

Dans les plaids de la premire Race, 
l'application des loix Pnales fut, il en faut 
convenir, trs-rare & trs-difficile. Pourquoi 
cela! C'eft que, par l'eiprit national, par le 
malheureux effet de cette licence qui paf 
le Rhin avec nos anctres, la vengeance 



222 4* Discours 

eut plus de part la punition des crimes, 
que ia puiflnce lgale de la juridiction. 

Les Magiftrats arms toient chargs par 
le titre de leur office, d'arrter & de faire 
juger les malfaiteurs ; car , quoique les 
plaids des villes enflent conferv l'exercice 
de leur ancienne juridiction municipale, 
nul autre que le Roi ou le Magiftrat ne 
pouvoit, foit ordonner le fupplice d'un 
accuf, foit le faire mettre en prifon, foit 
mme le contraindre par fa force payer 
les comportions. La puiflnce excutrice 
n'toit point entre les mains du plaid ; 
il jugeoit, mais ia puiflnce publique 
puniflbit. 

L'accuf qui ne pouvoit tre contraint 
que par l'autorit Royale , avoit donc pour 
juge, en matire criminelle, le plaid dont 
il toit jufticiable. Les Evques dvoient 
tre jugs par leurs collgues aflembls en 
Concile ; les habitans des villes par l'aflem- 
ble municipale, cius ou conventus populi ; 
les Magiftrats infrieurs par le plaid du Duc 



sur l'Hist. de France. 223 

ou du Comte, les Magiftrats immdiats 
par celui du Roi. Voyons comment le 
faifoient ies procs; commenons par ceux 
des laques ; nous viendrons enfuite ceux 
des vques. 

H y avoit plufieurs manires de faifir Procs 

1 rr .f 1 01 r 1 v a des Laques, 

le .tribunal; i. le coupable pouvoit tre 

arrt la clameur publique. La famille 
offenfe lui couroit fus, & fi elle ne pr- 
froit pas le parti de fe venger par des 
violences, qui eufTent alors nceffit l'in- 
tervention du Magiftrat , elle employoit 
la force pour le conduire devant lui. Le 
Comte, aprs avoir entendu fommaire- 
ment les tmoins, pou voit ou faire mettre 
i'accuf en prifon, ou, ce qui toit plus 
ordinaire, lui faire donner plufieurs cautions 
de comparotre devant le plaid au jour 
qu'il lui indiquoit, ou enfin le relcher 
s'il le regardoit lui-mme comme injus- 
tement maltrait : mais , dans ce cas , il 
narrtoit point le mal ; car la famille avoit 
recours aux vengeances particulires, qui 



224 4- Discours 

devenoient enfuite la matire de nouvelles 
accufations. 

2 . Lorfque l'auteur du crime toit connu, 
s'il fe prientoit un accufateur qui donnt 
fa plainte, il s'obligeoit lui-mme lu ivre 
le procs , & on recevoit (es cautions ; s'il 
n'y avoit point d'accufateur , ie Comte, 
inftruit lui-nume du fait, pouvoit ajourner 
le coupable comparotre, & devoit le 
pourfuivre main arme, s'il ne venoit 
pas fe dfendre. 

3. S'il fe commettoit un meurtre, & 

que l'on en ignort l'auteur , le Comte fe 

tranfportoit fur les lieux o le Cmg avoit 

t verf ; il interrogeoit les perfonnes du 

voifinage fur la manire dont la chofe s'toit 

pafle. Si cette information lui apprenoit 

que le meurtre toit un aflarfinat, & lui 

fourniffoit quelques indices , il toit oblig 

de faire la recherche du coupable , en 

mettant fes Troupes en campagne ; fi au 

contraire (ce qui arrivoit fouvent), les 

dpofitions annonoient que le meurtrier 

n'avoit 



sur z/Hist. de France. 225 

navoit tu qu' fon corps dfendant, le 
Comte i'ajournoit, quel qu'il ft, pour qu'il 
et comparatre, dans quarante jours, 
devant le plaid dont il toit jufticiable, & 
y amener avec lui tes tmoins & les 
perfonnes qui dvoient jurer fon inno- 
cence. C'eft de cette manire dont le 
Magiilrat fe faifiibit du dlit , lorfqu'il 
n'y avoit point d'accufateur qui le lui 
dfrt. 

4. Enfin, la plainte toit quelquefois 
adrefee directement au Roi, qui donnoit 
au Duc ou au Comte fes ordres de pour- 
iuivre ou de punir le coupable. Souvent 
r>ar ces lettres du Souverain , le Magiftrat 
toit fimplement charg d'arrter l'accuf, 
& de le faire conduire au tribunal du Roi. 

En gnral , l'obligation effentielfe du 
Duc, du Comte, du Patrice, en un mot 
de tout Magiftrat immdiat ayant la fur- 
veillance fur un territoire limit, toit de 
rechercher les coupables, & de les faire 

juger par le plaid deflin inflruire ie 
Tome IV. P 



226 4* Discours 

procs, foit par celui de la cit fi c'toit 
un fimple citoyen , foit par celui du Roi 
ii c'toit un homme conftitu en dignit, 
ou trop puiflant pour n'tre pas redoutable. 
On connot la loi de Childebert : fi Francus 
fuerit (g), ad nofiram prfentiam dirigatur. 
Le Comte exeroit donc deux fonctions, 
qui depuis ont t partages en France ; 
celle du miniftre public, qui doit avertir 
du crime; celle du Magiftrat , qui doit 
aiTembler le Tribunal & prfider l'inf- 
trution. Ce n'eit pas tout encore : il 
avoit la force en main pour contraindre 
les accufs, & l'on fent combien par-l if 
avoit d'influence dans les Jugemens. Le 
neveu d'un Evque demanda & obtint 
d'tre fait Comte d'une ville o fon oncle 
avoit t ailavTm, afin de pouvoir recher- 
cher les meurtriers : on peut bien imaginer 
qu'il fe regarda plutt comme vengeur que 
comme juge. 

(g) Ce Franc, en effet, avoit les armes la main, 
& bravoit fouvent le plaid de la cit. 



sur l'Hist. de France. 227 

Ce qu'il y avoit de plus embarraffant 
n'toit pas de conftater ie dlit , ctoit 
d'obliger i'accuf comparoitre , pour peu 
qu'il et de crdit & d'amis. 

La loi de Childebert fur les meurtres, 
renfermoit une claufe qui en rendoit l'appli- 
cation prefque toujours arbitraire; elle ne 
prononoit pas la peine de mort contre tout 
homicide , mais contre celui qui avoit t 
commis fans caufe : qukumque mifu terne- 
rario alhim fine caufa occident. Or dans un 
Gouvernement o les violences toient 
autorifes, il n'toit prefque point de cou- 
pable accrdit, qui ne foutnt avoir eu une 
jufte caufe de fe dfaire de fon ennemi. 

Le foible que le Comte faifoit arrter, 
toit bientt jug & puni. Le puiint qui 
avoit commenc par fe mettre fous les armes, 
ne paroifToit au plaid qu'aprs avoir prpar 
fes dfenfes, & s'tre aflur de (qs conjura- 
teurs. D'un ct, le jugement du Magiftrat 
toit fouvent arbitraire; car fins porter 
l'affaire devant le plaid, il pouvoit dcider 



) 



228 f. Discours 

que l'accuf avoit eu une raifon fuffifante : 
d'un autre ct, les murs qui ordonnoient 
ou du moins autorifoient la vengeance, ne 
fe trouvant point rprimes par une loi qui 
ne dfendoit que l'homicide commis Jns 
motif raifonnable, la preuve qui fe faifoit 
devant le plaid avoit prefque toujours pour 
objet non de conftater, mais de juflifier le 
meurtre. 

Jufqu' ce que I accuf ft en tat d'en 
venir l, et -il mme t condamn par 
contumace, s'il avoit des amis & des efclaves 
nombreux, il bravoit l'autorit avec audace, 
faifoit la petite guerre & fe tenoit fur fes 
gardes, en attendant qu'il et ou compofe 
avec (es ennemis, ou obtenu fa grce, ou 
prpar (es preuves. 

Celui qui ne pouvoit fe mettre la tte 
d'une Troupe , perptuellement expof au 
danger d'tre arrt par les foldats que l'on 
employoit fa recherche, toit rduit 
courir d'afile en afile & dans la dpendance 
perptuelle du Clerg ; tt ou tard il trouvoit 



sur l'Hist. de France. 229 

un tratre qui le livroit : malheur, dans ce 
cas, un accuf que la colre du Prince 
avoit d'abord profcrit ! L'ordre de celui-ci 
fuffifoit pour rpandre le fng; & lorfqu' 
la tte de fa Cour il avoit paru fouhaiter 
d'tre dfait de celui qu'il regardoit comme 
fon ennemi, rien n'toit plus aif que de 
le trouver coupable : on n'en voit que 
trop d'exemples depuis Clovis jufqua 
Dagobert. 

Lorfque le Tribunal toit faifi de I accu- 
fation, foit que laccuf ne compart pas, 
foit qu'il vnt pour fe dfendre, laccufateur 
faifoit fa preuve; elle confiftoit dans l'audi- 
tion des tmoins. Si l'accuf toit prfent, 
il avoit le droit de les contredire, & de 
faire entendre lui-mme les fiens ; il toit 
interrog. Tout fe pafToit coram populo. 
Rien n'toit fecret dans cette procdure; 
& non-feulement les parties y affifloient, 
elles y toient accompagnes de tous ceux 
qui avoient contract, pour elles & avec 
elles, l'engagement de fe reprfenter. 

p iij 



ins 



230 4: Discours 

Suivant les loix des Bourguignons, l'ac- 
cuf ne pouvoit tre convaincu que par les 
dpolirions de tmoins qui vcuffent fous la 
mme loi que lui : c'eft un des inconvniens 
que fit valoir, dans la fuite, l'archevque de 
Lyon, Agobard, pour prouver que les loix 
de Gondebaut dvoient tre rformes (h). 
Je ne vois point que les autres loix barbares 
renfermaient les mmes difpofitions ; & ce 
Prlat, en effet, ne leur fait pas le mme 
reproche: mais ce qu'il dit ce fujet, nous 
fournit beaucoup de lumires fur les formes 
que l'on fui voit alors dans les procs crimi- 
nels : Si quelque Bourguignon, dit -il, 
commet un crime au milieu d'une aflm- 
55 ble, ou mme dans un march public, on 
ne peut le convaincre par tmoins , & 
on lui permet de fe parjurer, comme s'il 
n'y avoit perfonne dont la dpofition pt 
faire preuve contre lui. II arrive encore 
de -l que pour des chofes de peu de 

-- . ! ! , ... Il II I . J II I I 1 

(h) Agob. lib. adv. Gundcb. kg. cap. IV. 



sur l'Hist. de France. 23 1 

confquence, on oblige fe battre, non- 
feulement des gens qui font en tat de 
le faire , mais encore des malades & des 
vieillards. 

II rfulte de ce pafge, que fous la 
premire Race , dont les ufages toient 
encore fui vis au temps o cri voit Agobard, 
la manire de procder la preuve d'un 
crime, toit i. d'entendre les tmoins, 
.2. qu' dfaut de tmoins l'accule en toit 
cru fon ferment ; ce ferment mme , il 
ne le prtait pas feul : cum legitimo numro 
juret qubd non hoc feciffet , dit un article de 
la loi des Ripuaires (i). 

Une phrafe du mme article, prouve 
encore ce que je difois, il n'y a qu'un 
moment, que le ferment des conjurateurs 
navoit pas toujours pour objet de nier le 
meurtre, mais de prouver qu'il y avoit 
eu un jufle motif de le commettre ; car il 
y eft queflion de l'homicide d'un homme 
que le meurtrier a trouv fur fon propre 

(i) Titre jj* 

P iv 



232 4. Discours 

fonds & occup le voler : conjuret quod 
eum de vlt forcfafium intcrfecfjet (k). 

3. Enfin, Je pafage d'Agobard prouve 
que s'il y avoit des foupons , de l'obfcurit 
& de l'incertitude, ie plaid ordonnoit le 
combat; il toit preferit par les loix des 
Bourguignons, & il fut bientt adopt par 
les tribunaux, mme parmi les Franois. 

Ce n'toit cependant pas dans toutes 
les caufes criminelles que le combat toit 
ordonn. i. II ne l'toit que dans les procs 
o il s'agiffoit d'un dlit ; mais il n'toit 
pas nceffaire qu'il mritt peine afflilive: 
nous avons dj vu plus haut qu'il pou voit 
tre ordonn lorfqu'il s'agiffoit d'un crime 
de faux qui et pu mettre le Chancelier 
dans le cas d'avoir le pouce coup. Le 
meurtre , le vol , l'adultre , pouvoient 
donner lieu aux combats judiciaires; mais 

(k) lbd. Voici le mauvais raifonnement du meur- 
trier i cet homme en me volant a mrit la mort, 
x> de vit foreficit ; en le tuant, je n'ai fait que pr- 
venir l'ordre du Magiflrat. 



sur l'Hist. de France. 233 

Agobard nous fait entendre qu'on l'ordon- 
noit pour des dlits bien plus lgers. 

2. Il n'y avoit jamais lieu au combat, 
& J'inflrution, dfaut de preuves, finilToit 
toujours par les fermens de l'accuf & des 
conjurateurs, lorfqu'il n'y avoit point d'ac- 
cufateur, c'eft- -dire, lorfque le procs fe 
falfoit la ponrfuite du Comte, ou par 
l'ordre du Roi , d'aprs la clameur publique 
ou des dlations fecrettes. 

On vit, dans la fuite, la barbarie aug- 
menter, & le combat devenir une manire 
ordinaire de terminer mme des diffrends 
civils, 

Cet ufge de fe battre tot une fuite 
de l'imperfection des loix, peut-tre encore 
plus que de la frocit des moeurs. 

On le tromperoit donc groflirement, 
& l'on feroit injure l'humanit, fi l'on 
croyoit que nos anctres euilnt t affez d- 
pourvus de raifon, pour regarder le combat 
comme un moyen de dcouvrir la vrit, 
& de difeerner l'innocent du coupable : 



234 4> Discours 

tabli une fois, il peut fe faire qu'il ait 
t regard par l'ignorance & ia fuperftition 
comme le jugement de Dieu ; mais , dans 
ton origine, il ne fut, comme les compofi- 
tions, qu'un moyen imagin par ia politique 
pour terminer , avec la moindre perte 
poffibie pour l'Etat, des contestations qui 
excitoient nceflirement des guerres do- 
mestiques. II valoit encore mieux que deux 
hommes fe battiflnt corps corps, que 
de voir des familles entires fe dtruire , & 
l'tat toujours troubl par leurs diffenfions. 
Le combat, mme dans la fuite, devint 
bien moins dangereux quand on eut banni 
es armes homicides, & oblig les parties 
n'employer que l'cu & le bton (l). 

Lorfque laccufateur, ou le Comte qui 
le fupploit dans les procs qui fe faifoient 
par l'ordre du Roi, avoit fait entendre 
trois ou quatre tmoins oculaires, laccuf 
ne pouvoit plus tre reu fon ferment, 

(l) Ce changement fe fit au commencement de la 
fconde Race. 



sur l'Hist. de France. 235 

& cela, dit la loi des Allemands (m), de 
crainte qu'il n'enveloppt dans fon parjure ceux 
qui voudraient tre plus honntes gens que lui. 
Ii eft juftifi par plufieurs Capillaires (n), 
que la coutume toit ia mme chez ies 
Franois: nouvelle preuve que Taccuf ne 
juroit pas feul, mais preuve trs-vidente 
qu'en matire criminelle le ferment n'toit 
reu qu'au dfaut des tmoignages. 

Ces conjurateurs, dont j'ai dj parl 
propos des affaires civiles, toient encore 
plus nceflaires dans ies inftruclions crimi- 
nelles o il n'y avoit point de titres 
confulter, & o les tmoignages toient 
fouvent incertains & combattus par d'autres 
tmoignages. Le nombre des conjurateurs 
toit plus ou moins grand , fuivant la nature 
du dlit, quelquefois fuivant la qualit des 
perfonnes; & il eft croire que les plus 
confidrables enchriffoient encore fur le 
- - - 

(m) Titre XLII, chap. XXI. 
(n) Capit. lib, IV, cap, xxiil* 



236 4 m Discours 

nombre fix par la loi. lis n'avoient point 
vu le fait ; car , dans ce cas , ils eufTent t 
tmoins : cependant ils ne fe prfentoient 
pour jurer, qu'aprs avoir pris fur la queftion 
toutes les inftruclions qu'ils pouvoient fe 
procurer; & alors leur ferment toit fim- 
plement , qu'en leur ame & confcience ils 
croyoient l'accule innocent du crime qui lui 
toit imput. Aui arrivoit-il quelquefois 
que celui-ci ne trouvoit point de conjura- 
teurs (0) , ou n'en trouvoit pas affez ; & , 
fuivant la loi Salique, lorfque celui pour 
qui & avec qui ils avoient jur, toit con- 
vaincu d'avoir fait un faux ferment, trois 
d'entr'eux payoient quinze fous d'amende, 
& tous les autres chacun cinq (p). 

Ces conjurateurs toient ordinairement 
pris dans la famille de l'accuf; elle devenoit 
fou confeil, & ne pouvoit fournir aucun 
des juges qui compofoient le tribunal. Il y 

fc ^ ^ 1 . - .-.- ..- . i. . I ^ 1 n i , 

(0) Greg, Tur. Iib. IX, cap. XIII, 
(p) Loi S a. tit, jo 



sur l'Hist. de France. 237 

avoit, au refte, cette diffrence entre les 
tmoins & les conjurateurs , que le miniftre 
de ceux-ci toit volontaire , au lieu que la 
fonction des autres toit force ; car fi les 
tmoins ne vouloient pas comparotre, le 
Comte les y contraignent par ajournement 
& par amende. 

Dans les procs o il y avoit un accu- 
fateur , celui-ci toit libre d'offrir le combat, 
mme aprs avoir fait entendre ks tmoins; 
ctoit alors fe charger de ( propre ven- 
geance, ce qui toit conforme aux murs; 
& ctoit la reftreindre & la concentrer 
dans la feule perfonne de foffenf, ce qui 
toit conforme l'intrt public. Il pouvoit 
mme offrir la bataille au moment o laccuf 
& ks conjurateurs toient fur le point de 
prter ferment. On fit plus encore dans 
ce plaid dont parle Grgoire de Tours, 
o il s'agiffoit de juger une adultre ; car 
toutes les pes furent tires au moment o 
le pre & les amis de l'accufe alloient jurer 
pour elle : aufli ces violences contraires 



238 4. Discours 

ia ioi donnrent-elles iieu de nouvelles 
difcuffions judiciaires qui furent termines 
par des compofitions ; &, dans ia fuite, la 
malheureufe femme n'en fubit pas moins 
fon fuppiice. 

L'accuf que l'on n'avoit pu convaincre 
par tmoins, pou voit auffi offrir la bataille 
s'il ne trouvoit point de conjurateurs , ou 
s'il prfroit cette voie de le purger, C'toit 
encore une fuite de nos coutumes barbares; 
car laccufation toit , dans ce cas , une 
offenfe grave dont on pouvoit demander 
rparation, & que Ton et pu pourfuivre 
main arme. 

Le combat fe donnoit en champ clos, 
& c'toit toujours le Roi, ou le Magiftrat 
fuprme de la province, qui l'accordoit; 
aufli renvoyoit-on devant eux les parties 
qui toient dans le cas de fe battre. Us 
dputoient quelqu'un pour tre juge du 
combat, Se ce n'toit que par l'ordre de 
celui-ci, que l'on pouvoit porter la main 
fur les combattans pour les arrter ; fi 



sur l'Hist. de France. 239 

quelqu'un le faifoit fans fon commande- 
ment exprs , il toit condamn une 

amende (qj* 

Laccuf pouvot fournir un champion 
qui fe battoit pour lui, & fi c'toit une 
femme , elle y toit oblige ; car ce n'toit 
que dans des cas trs-rares, qu'elle obtenoit 
du Roi la permiffion de fe battre elle-mme. 
La bataille toit fouvent meurtrire fous la 
premire Race, & Grgoire de Tours fait 
mention d'un combat, dans lequel prirent 
les deux champions qui s'toient battus 
la lance & au poignard. Nous verrons, 
dans la fuite , cette fureur modre fous la 
fconde Race; mais ce ne fera que fous 
la troifime , que nous la verrons profcrite 
par les loix, & ce fut un fervice que 
S.* Louis eiaya de rendre l'humanit. 

Ctoit fur-tout dans la Cour du Roi , 
que ces fortes de combats judiciaires toient 
plus frquens ; & la raifon en eft que c'toit 
du plaid Royal qu'toient immdiatement 

(q) Lex Bajuv. cap. i. 



me 



240 4: Discours 

jufticiables ces Grands beaucoup trop 
accoutumes fe faire juftice eux-mmes, 
Lorfque Gontran reprocha Bofon le 
voyage qu'il avoit fait Conftantinople, & 
{es intrigues pour faire arriver Gondebaut 
en France , quelle fut la rponfe de ce 
guerrier? Vous pouvez, Seigneur, nous 
faire tous les reproches qu'il vous plat ; 
Vous tes affis fur votre trne, & nul 
n'a droit de vous rpondre; mais je fuis 
innocent , & s'il fe trouve quelqu'un de 
mon rang & de mon tat qui m'impute 
en fecret un pareil crime, qu'il ofe fe 
montrer & m'aceufer publiquement : 
alors, Grand Roi, foumettez la caufe au 
jugement de Dieu, & que, fous fes yeux 
& les vtres , nous puiffions combattre 
en champ clos (r). 

(r) At fi aliqus eft fimilis mihi qui hoc crimen 
impingat occulte, veniat mine palam if loquatur : tu* 
o Rex pijjime , ponens hoc in Dei judicio , ut Me 
difeernat cm nos in unius campi planitie vider it dhnicare, 
Greg. Tur. lib. 'VII, cap. XI V. 

L'exemple 



? 



>> 







sur l'Hist. de France. 24* 

L'exemple que je viens d'indiquer, de 
deux champions morts tous les deux fur le 
champ de bataille, mrite d'tre ici rapport, 
pour nous donner une ide de ia juftice 
criminelle de ces temps affreux. Le roi 
Gontran chaibit dans la fort de Vofge; 
il aperut un bufe qui avoit t tu : 
c'tait une des btes rferves pour les 
plaifirs du Roi , & il jugea que Ton avoit 
chaff malgr fes dfenfes. II s'en prit au 
Garde de la fort; & vraifmblablement 
Grgoire de Tours n'entend pas par ce 
mot le grand Veneur, qui et t affez 
lev en dignit pour fe battre en perfonne 
avec le Chambellan. Ce Garde eft fur le 
champ arrt & envoy prifonnier Ch- 
lons', pour qu'on lui ft fon procs. Dans 
fes rponfes il accufa Chundo, Chambellan 
du Roi; celui-ci ajourn offre le combat, 
& le Roi l'ordonne ; le Chambellan nomme 
fon neveu pour fe battre fa place (f): 

(S) Ceci, pour le dire en pafTant, prouve qu'il 
n'y avoit point encore parmi les Francs de nobIe(Te= 

Tome IV. Q 



242 4-" u Discours 

les deux combattans fe poignardent, & 
tombent morts enfemble. Chundo effray 
fent que (a caufe efl: perdue ; il prend f 
courfe pour fe fauver dans une glife : 
Gontran crie qu'on l'arrte , & il efl: pris au 
moment o il mettoit ie pied fur le feuil 
de fon afile. Quel efl: le jugement du Roi l 
Il le fait fur le champ lier un poteau, 
& ordonne qu'on l'aiTomme coups de 
pierres. H fe repentit, dit notre Hiftorien, 
de cet excs de rigueur, & fe reprocha 
fou vent d'avoir fait mourir, pour une faut 
fi lgre, un de ks Fidles fi nceflaire 
fon fervice. Mais ie mal toit fait ; & foit 
qu'il ait t ordonn par Gontran feul, 
foit qu'il ait fuivi le vu & les fuffrages 
de fa Cour, nous n'avons ici de choix 
qu'entre le defpotifme du Prince & celui 
du plaid. Htons-nous cependant d'avertir 
que lorfque, depuis Clotaire, les affembles 
furent devenues plus nombreufes; lorfque, 

perfonnelle , & que le neveu du Chambellan fe trouvent 
d'un tat gal au Garde qui avoit t arrt. 



M 



X> 



sur l'Hist. de France. 243 

fous ladminiflration des Maires du palais, 
on commena refpecer davantage & les 
loix & les formes, ces excs furent infini- 
ment moins frquens. 

Ici je n'expofe que la juri (prudence du 
Y. e & du vi. e ficie. Dans les rgnes fui vans, 
& enfin fous ceux de Ppin & de Char- 
Jemagne, nous verrons de (ges prcautions 
prifs contre la tyrannie, & le Gouver- 
nement fe perfectionner par de meilleures 
loix : mais, je le demande encore, les temps 
que nous venons de parcourir nous offrent- 
ils l'heureufe poque de la libert l 

J'ai dit plus haut que fou vent ceux qui 
avoient fe plaindre d'un crime, s'adref- 
foient directement au Roi : cette libert n'a 
jamais t interdite aux Franois ; & comme 
alors le Monarque voyageoit beaucoup, ce 
recours direct fa perfonne toit un avan- 
tage ouvert fucceffivement prefque tous 
ks fujets. Nous verrons dans la fuite, par 
quelques textes des Capitulaires, qu'il toit 
permis tout le monde d'entrer dans le 

Q i; 



244 4< Discours 

palais; que lorfque le Prince paroiffoit en 
public, (buvent on rimportunoit par des 
cris qui demandoient juftice : du moins 
avoit-on toujours la libert de lui remettre, 
ou aux Officiers de fa fuite, des Mmoires 
qui contenoient & des demandes & des 
plaintes. C'eft pour cette raifon que nos 
Rois avertiflbient les Magiftrats de leur 
pargner le plus d'affaires qu'ils pourroient, 
& de prvenir les peuples qu'ils ne d- 
voient s'adreffer au Souverain, que quand 
les juges ordinaires des lieux leur auroient 
refuf juftice. 

Les ajournemens pour crimes toient dans 
a mme forme que ceux dont j'ai rapport 
plus haut les formules en matire civile ; 
mais lorfque c'toit un Magiftrat immdiat 
ou un Officier du palais contre lequel la 
plainte toit dirige, la caufe n'toit jamais 
renvoye devant un autre plaid. J'avertis 
feulement que tout Fidle n'toit pas Magif- 
trat immdiat. On fe rappelle ce que j'ai dit 
plus haut fur les fimples Antruftions. 



sur l'Hist. de France. 245 

Quant aux punitions des crimes, nous 
n'avons que trop de mon u mens qui nous 
atteftent quelles toient alors arbitraires. 
Nos anciennes loix fuppofent les peines, 
mais ne les fixent pas; celle des Ripuaires, 
qui ordonne la confifcation des biens de 
l'homme qui aura t puni pour un vol, 
annonce allez qu'il pou voit prir par diff- 
rens genres de iupplices (t). Nous avons 
vu une femme trangle pour adultre, & 
plufieurs accufs mutils cruellement par 
des juges qui fe plaifoient inventer des 
tourmens ; enfin des accufs livrs comme 
efclaves la fureur & la vengeance de 
leurs accufateurs. Ce qui parot tre gn- 
ralement prouv, c'efl que le plaid toit 
occup conftater le dlit; mais que lorfqu'il 
toit une fois prouv, &. que par les loix 
il mritoit la mort, le Magiftrat qui fe 
croyoit toujours arm du pouvoir militaire, 

(t) Si quis homo propter furtum comprehenfus fuerit , 
if judicio Prnciph pendutus , vel in quocumquelibe 
patibulo vitam finierit, dfc, Cap. LXXix. 

Qiii 



2^6 4- Discours 

& plus forte raifort le Roi, fe regarcoient 
comme matres du genre de lupplices. On. 
ne faifoit pas rflexion que, dans l'ordre 
focial , la loi feule pouvant difpofer de la 
vie des hommes, doit galement rgler la 
manire dont il eft permis de la leur ter, 
& que toute volont qui ajoute (es difpo- 
fitions, eft galement injufte & cruelle. 

Au refle, dans le ficie dont nous inter- 
rogeons les ufcres, il fut afTez commun de 
voir des Grands immols au reffentiment 
du matre; mais on les vit rarement prir 
en vertu d'un jugement rgulier du tribunal, 
iuprme. Le Roi , qui ils a voient prt 
ierment, les regardoit tous, non-feulement 
comme (es Officiers, mais prefque comme 
les domefliques. Cette opinion barbare 
caralrife le defpotifme; & c'eft pour cela 
qu'encore aujourd'hui, dans les adminiftra- 
tions tyranniques f'ij, les titulaires des 
grandes dignits font moins afurs de leur 

(u) On peut confuker fur cela les ufages de 
a Porte. 



sur l'Hist. de France. 247 

libert & de leur vie que les fimpies fujets, 
qui n'ont avec le matre d'autres relations 
que cette protection gnrale qu'il doit 
tout l'Empire. 

Ce qui fe paffoit du Souverain irrit au 
Magiftrat indocile & rbelle, ne fe rptoit 
que trop fouvent lorfque le crime & la 
violence divifoient deux Grands de la 
Cour. Nous avons vu le meurtre d'Her- 
maire armer contre Agimane une partie 
du plaid affembl Clichi. Tout ce que 
put faire le Souverain, fut de fparer les 
combattans : l'aiTemble fixa les compor- 
tions ; mais le meurtrier ne fut point puni. 
Telle fut, il en faut convenir, l'adminif- 
tration de la juftice criminelle , depuis 
Clovis jufqu' Clotaire II. Les Maires du 
palais cherchrent, depuis ce temps-l, 
la rendre plus rgulire ; les Monarques qui 
avoient abuf furent moins abfolus ; les 
Grands furent moins expofs une domi- 
nation arbitraire : nous verrons , dans la 

fuite, fi le peuple en fut plus libre. Venons 

Qiv 



248 4- Discours 

maintenant ia manire dont fe firent les 
procs des Evques. 
Procs Une preuve vidente que les exemptions 

des vques. , , s->\ r 

accordes au Cierge, avoient pour objet 

non de le fouftraire ia juridiction tempo- 
relle, mais de le foumettre immdiatement 
au tribunal du Monarque, c'eft que nous 
voyons, fous nos premiers Rois, & un trs- 
grand nombre de Clercs, & des vques 
eux-mmes ajourns devant le Roi. 

Auffi avons-nous dj remarqu que c'eft 
feulement aux Magiftrats ordinaires que les 
lettres d'exemption dfendent, de venir 
faire aucun acte de juridiction fur les 
domaines des monaftres & des glifes : 
voil en quoi confiftoit la franchi fe, & elfe 
toit commune & aux glifes & toutes 
les terres du fifc. 

C'eft fans doute pour cette raifon que 
le roi Chilpric voulut connotre lui-mme 
d'un vol qui avoit t commis avec effrac- 
tion dans l'glife de S. 1 Martin de Tours (x), 
. < - -* 

(x) Creg. Tur, lib- VI, cap. x. 



sur l'Hist. de France. 249 

li ordonna que les coupables fuffent arrts 
& conduits immdiatement devant fa 
Cour. L'vque Grgoire intercda pour 
les voleurs, & obtint leur grce; il allgua 
que les Minires de l'Eglife, qui apparte- 
noit lapourfuite du crime, ne s etoient point 
rendus accufateurs ; mais il ne demanda 
point que le procs ft renvoy devant le 
plaid de la cit. 

II ne faut pas s'tonner, aprs cela, fi, 
pour des dlits de moindre consquence , 
on voit le Roi juger lui-mme, lorfquel'ac- 
cufation eft intente contre des Clercs (y); 
plus forte raifon jugeoit-il, lorfque cetoit 
l'Evque lui-mme que Ton faifoit un 
procs. J'en ai rapport une fouie d'exemples 
dans mes Difcours prcdens, & je viens de 
tranferire piufieurs ajournemens donns 
des vques, pour comparotre non devant 
le Magiltrat , mais devant le Monarque 
lui-mme. 

Comment concilier ces monumens qui 

1 1 m 

(y) Greg. Tur. lib. V, cap. l. 



250 4 Discours 

attellent que le haut Clerg toit fournis 
la juridiction temporelle du Souverain, & 
ceux qui nous apprennent galement que 
les Evques dvoient tre jugs par le 
Concile 

Il me parot d'abord prouv que les 
caufes civiles du Clerg toient portes 
devant le plaid du Roi , & y toient mme 
dcides comme celles des laques. On 
trouve dans Baluze un Arrt rendu par 
Clotaire II (%) t en matire civile, entre un 

(^) Baluze, tome II, page $op* 

Voici le prambule de cet Arrt : Nous trou- 
53 vant dans notre palais de Mafay (Maffolacum) , 
3> avec les hommes Apofloliques , nos pres les 
Evques, les Grands, les autres Officiers de notre 
*> palais, <3c Andobelle Comte de notredit palais, 
*> lequel nous fervoit pour lors dans les fonctions 
35 de notre Miniftre , afin d'entendre & de juger 
les caufes de tous nos fujets , font comparus les 
y> Procureurs des parties (on repafle enfuite les moyens 
de part & d'autre); aprs quoi, l'Arrt ajoute: 
ces caufes , aprs qu'AndobelIe , Comte de notre 
- palais , nous a rendu compte de tout , vu les 
procdures & les enqutes, &c 



sur l'Hist. de France. 251 

laque & un clerc , dans un plaid compof 
de tous ceux que le Roi y appeloit, & fur le 
rapport d'Andobelie, Comte du palais, 

Lorfqu'il s'agiffoit d'une affaire criminelle, 
j'ai dfj remarqu plus haut que l'ajourne- 
ment donn l'Evque ne faifoit point 
mention des calendes , & portoit feulement 
injonction de comparotre devant le Roi. 
Alors il affembloit ceux de ks Confeiliers 
dont il croyoit devoir fe faire affifter, & 
parmi lefquels, fins doute, fe trouvoient 
plulieurs collgues de l'accuf ; il faifoit 
difcuter devant lui & l'accufation & les 
preuves; fi l'Evque paroi lbit innocent, 
il le-renvoyoit ; fi mme il n'toit queftion 
que de l'avertir, ou de le foumettre une 
correction lgre, il fe la permettoit ; alors 
mme il abufoit quelquefois de fon pouvoir, 
& on le voit dans l'affaire des vques de 
Marfeiile & de Frjus (a): il eft vrai qu'ils 
avoient pour juge le barbare Chilpric. 

- ' , . i -1 1 m~. - I P *! * 1 t > imm m+l 

(r.) Voyez e tome III, pc$e y$* 



252 4? Discours 

Mais s'il s'agifbit de faire perdre 
l'vque fou fige, fon honneur, fon tat; 
s'il pouvoit mme tre fournis une peine 
plus fvre, alors ii falloit affembler le feul 
plaid qui pt, par fon Jugement, livrer 
I'Evque toute la fvrit des loix, & 
dpouiller l'accule du caractre facr qui ren- 
doit fa dignit refpeclable au Roi lui-mme. 

Ce plaid toit le Concile; & dans ce 
cas o il n'toit queftion ni de la foi ni de 
ladifcipIineEcelfiaflique, ii toit tellement 
regard comme un vritable tribunal, tenant 
des loix civiles la million & fon autorit, 
que le Roi lui-mme nommoit les Evques 
qui dvoient y affilier, & confroit la dignit 
de Prfident de l'affemble. 

Ce Concile alfembl par fon ordre, pour 
juger des crimes d'un vque, ne doit donc 
pas tre confondu avec ceux qui fe tenoient 
avec fa permiffion, & dans lefquels on exa- 
minoit quelquefois la conduite du Clerg, 
& l'on travailloit fa rformation. Il s'en 
aiembla plufieurs de cette efpce dans le 



sur l'Hist. de France. 253 

vi. c & le vii. e ficle : ils pouvaient foumettre 
un vque la pnitence , lui interdire 
mme les fonctions de fa dignit ; c etoit 
une dilcipline & une police intrieure que 
Tgiife avoit droit d'exercer fur tous fes 
Membres (b); mais ce ntoit point encore 
l ce Concile qui, de l'ordre exprs du 
Prince , toit charg de faire le procs d'un 
Prlat, pour un crime dont il avoit t 
accuf devant le trne. 

Nous en trouvons deux fous les rgnes 
que nous avons parcourus; celui de Paris, 
qui fut charg de juger l'vque Prtextt, 
& celui qui, affembl Metz en 590, par 

(b) Voyez la Lettre crite par le troifime Concile 
de Chlons Thodofe, vque d'Arles; II lui mande, 
en fe plaignant de Ton abfence : Nous voyons bien 
que vous avez t retenu par ce qu'on publie de ce 
votre vie indcente & de vos excs contre les ce 
Canons ; nous avons mme vu un crit de votre ce 
main , fouferit de vos conprovinciaux , portant que 
vous vous tes engag la pnitence; aprs quoi, ce 
vous favez que l'on ne peut plus garder la chaire ce 
pifcopale, &c. Hifl* Eccljaft, de M, Fleury , 
tome yjl/, page -f/o. 



/ 



254 4* Discours 

l'ordre du roi Childebert, fit le procs de 
Gilles ou Egidius, vque de Metz. 

Une preuve de ce que j ai dit plus haut, 
qu'avant que de convoquer le Concile, le 
Roi devoit entendre lui-mme l'accuf, fe 
tire de la manire dont on procda contre 
ce clbre conlpirateur : fes crimes avoient 
t vrifis par le roi Gontran , qui en 
avoit parfaitement riftrit Childebert fon 
neveu. Ce Prince crut donc pouvoir faire 
arrter le coupable, qui, quoique malade, 
fut conduit & emprifonn Metz. Sur le 
champ, les Evques qui toient prfens 
la Cour, vont reprfenter au Prince qu'il 
eft contre toutes les rgles de faire arrter 
un Prlat fans l'avoir entendu : ce droit , 
fans doute, n'toit pas particulier au Clerg; 
il toit commun tous les Grands. Chil- 
debert fe rend , fait largir fon prifonnier, 
& le renvoie fon fige : alors il envoie 
tous les Evques des lettres d'ajournement, 
pour leur enjoindre de fe trouver Verdun 
au milieu du mois d'oclobre. Laccuf reoit 



sur l'Hist. de France. 255 

suffi la fienne. Tout le Clerg obit; & 
lorfqu'il eft afTembl Verdun , le Roi qui 
s'y trouve transfre le Concile Metz, & s'y 
transporte lui-mme : car on doit obferver 
que ces Conciles dans lefquels furent jugs 
deux Evques coupables, furent aflembls 
l'un & l'autre dans la ville o le Roi tenoit 
fa Cour , & o il toit porte de ftatuer 
d'aprs le vu & les fuffrages des Juges. 

L'ufage toit que le Prince nommt 
auffi un accufateur , qui , en fon nom , 
venoit rendre f plainte. C'eft encore cette 
fonction qui eft exerce dans les Tribunaux 
fuprmes par le Procureur gnral. Cet 
accufateur toit laque. Celui qui fut charg 
de la pourfuite du procs de i'vque de 
Reims, fut le duc Ennodius, & on nous a 
confervles termes mme des interpellations 
qu'il fit l'accule en pleine aflemble. 

Grgoire de Tours, qui nous a laiie 
l'hiftoire de l'un & de l'autre procs, ne 
nomme point celui qui fut choifi par 
Chilpric pour accufer Prtextt. Il parot 



256 4-D JSC0URS 

mme que ce Prince avilit ia majeft du 

Trne, jufqu' exercer lui-mme ie minit 

tre d'accufateur contre un Prlat dont 

Frdgonde a voit jur la mort. 

Je crois devoir entrer dans quelque dtail 

des formes que l'on fuivit dans ces deux 

clbres inftrnlions ; elles nous donnent, 

en effet, une ide de la manire dont fe 

faifoit alors la preuve des crimes dans tous 

les tribunaux. C'eft toujours avec recon- 

noiffance pour les progrs que la raifon a 

faits jufqu' nous , que nous examinerons 

les anciens uiages de notre Nation. 

Prtextt, comme je iai dit ailleurs, 

avoit fe reprocher un vritable dlit; ii 

avoit mari, fans la permiffion de Chilpric, 

le jeune Mrove avec la reine Brunehaut. 

Son attachement pour ces deux poux 

malheureux avoit dplu Frdgonde ; 

outre cela, il s'toit charg, comme dpo- 

fitaire , de pufieurs riches effets & de 

quelques fommes d'argent que Brunehaut 

n avoit pu emporter dans fa fuite. Si le 

mariage 



sur l'Hist. de France. 257 

mariage toit contraire aux loix, ii falloit 
en prononcer la nullit. L'Evque pouvoit 
tre blm; mais il ne mritoit pas la mort, 
& la vindicative Frdgonde vouloit le 
perdre. 

Chilpric envoie au Prlat un ajourne- 
ment pour parotre devant lui ; l'accule Te 
dfend ; le Roi le juge coupable (c), & 
le fait garder dans un de (es domaines 
jufqu a la tenue du Concile. Les Evques 
font enfuite ajourns, & s'afTemblent 
Paris dans I eglife de S. x Pierre & de S. r 
Paul. Le Roi s'y trouve, accufe lui-mme 
Prtextt, & lui reproche, i . d avoir mari 
fon fils & fon ennemi Mrove avec la 
reine Brunehaut; 2. d'avoir conlpir contre 
la vie mme de fon Souverain , & d'avoir 
voulu acheter des afffins par des prfens. 

L'Evque fe dfend & nie le complot 
On fait entrer les tmoins prfents par le 

(c) Q110 difcujjb , . eum in exilio ufque ad 

facerdotnlem audienam retineri prxcepit, Greg t Tur, 
Iib. V, cap. xix. 

Tome IV, R 



z 5 8 4. Discours 

Roi lui-mme : la faufTet de leurs tmoi- 
gnages elt avre par les rponfes de I accule. 
Le Roi le retire ; mais tous les Evques 
effrays lavent que la Reine veut abfolument 
la mort de Ton ennemi. On dlibre, & 
Grgoire de Tours prend hautement la 
dfenle de Prtextt, exhorte Tes collgues 
ne le point laiiTer intimider par les menaces 
de la Cour. 

Cependant le Roi & la Reine font avertis, 
que l'vque de Tours el, de toute l'all m- 
ble, celui qui elt. le plus oppof leur 
vues ; & deux des Evques vendus 
Frdegonde, vont rvler ce qui fe pale 
dans l'intrieur du tribunal. Le Roi envoie 
chercher ce vertueux Prlat; il arrive, & 
trouve Chiipric table dans un bofquet 
de Ion jardin: celui-ci lui fait -d'abord 
des reproches amers; il emploie mme les 
menaces ; Grgoire rlifte, rpond avec une 
fermet reipeluefe au Monarque irrit. 
Vous ave? , lui dit-il, les loix de l'Etat & 
les canons de Tglife ; c'cfl-l que vous deve^ 



sur l'Hist. de France. 259 

chercher ce que nous pouvons faire ; & fi 

vous vous en e'cartei, fache^, Prince, que les 

jugemens de Dieu tomberont fur vous-mme. 

Chilpric le fait mettre table, jure qu'il 

ne veut que robfervation des loix, & ne 

pouvant l'effrayer, cherche du moins le 

fduire. L'Evque fe retire fans avoir t 

branl. Dans la nuit mme , des Officiers de 

Frdegonde viennent le trouver. La Reine , 

lui difent-ils, efl fre du plus grand nombre 

de vos collgues ; vous vous perde 7 fans fruit , fi 

vous continuez de marquer ce Tele imprudent: 

ils lui offrent mme de l'argent. Grgoire 

rpond qu'il examinera i'accuf avec la 

plus grande impartialit, & fe dterminera 

fur les preuves. On croit l'avoir gagn; on 

fe relire en lui faifant des remercmens ; & 

des le lendemain matin , plufieurs vcques 

du parti de la Reine viennent encore 

chercher s'affurr de lui. 

. Ce mme jour le Roi arrive i'affemble, 

& fait porter avec lui tous ces meubles 

dont Brunehaut avoit rendu Prtextt 

R ij 



2o 4- Discours 

dpofitaire, & dont on s'toit depuis faifi; 
il l'accufe de vol. La dfenfe de l'accuf 
toit premptoire, & rinjufte Monarque a 
encore l'humiliation d'tre confondu par 
ce juge fuprme des Rois, l'vidence de la 
juftice. Les Evques dvous la Cour nen 
font que plus embarrafTs : c'eft alors que 
l'intrigue vient au fecours de l'injuftice. Les 
Prlats amis de Frdegonde concertoient 
toutes leurs dmarches avec elle & avec le 
Roi. Ils dterminrent laccuf demander 
grce ; on la lui promet de la part du Prince, 
condition qu'il s'avouera coupable ; on 
lui fait entendre que c'eft le feul moyen de 
fe (au ver, & qu'il eft perdu fans reflburce 
s'il ne prend ce parti. Il y confent la fin; 
& dans une autre feance du Concile, aprs 
de nouveaux reproches, & des interpel- 
lations encore plus vives de la part de 
Chilpric, Prtextt fe jette (es pieds, 
confefTe les crimes qu'il n'a point commis, 
fe dclare coupable de lze-majeft, & 
.demande fon pardon. Le croiroit-on, 



sur l'Hist. de France. 261 

Grgoire de Tours ne lattefloit comme 
tmoin oculaire l Chilpric alors fe prof- 
terne kii-mme devant les Evques, & 
s'crie : Vous les entende^, pieux Minijlres, ces 
crimes excrables dont il vient de je charger ! 
Les Evques le relvent; il fort de l'glife, 
rentre dans fon palais, & leur envoie le livre 
des Canons, dont il demande l'excution. 

Prtextt, faifi d'tonnement & d'effroi, 

a la douleur de s'entendre dire par un de 

[es confrres, qu'il ne peut rien attendre 

d'eux, tant qu'il ne fera pas rentr en grce 

avec la Cour. Le Roi , pendant ce temps-l, 

fait demander l'aflemble que l'on dchire 

la robe du Prlat, & que l'on rcite fur 

fa tte les maldictions du cent -huitime 

Pfeaume : c'toit la formule que l'on em- 

ployoit pour prononcer la dpofition & la 

dgradation d'un vque. Comme le crime 

n'toit prouv que par cette confeflion fuf- 

pecte, qui fut vraifemblablement rtrale, 

cet avis ne fut point fuivi. Les Officiers 

du Roi fe rduifirent demander au moins 

R |j 



> 



22 4 Discours 

un Jugement qui dclart, que les Evques 
Je privoient pour toujours de la communion 
avec fes confrres. La caufe mife en dli- 
bration, Grgoire de Tours & les Evques 
fidles leur devoir l'emportrent encore, en 
allguant la parole que ie Roi avoit donne 
au premier, de n'exiger que ce qu'ordon- 
n oient les Canons : on fe contente de pres- 
crire une pnitence faccuf. Alors Chil- 
pric irrit prononce feul la condamnation 
de Prtextt, le fait enlever du milieu de 
lafTemble, & le fait enfermer. On s'ap- 
peroit qu'il cherche fe fuver ; on l'accable 
de coups, & on le tranfporte enfuite dans 
l'une des ides de Jerfey ou de Grenefey (d), 
o il refta jufqu' la mort de Chilpric. 
Rappel alors de cet exil, & rendu fon 
iige , il demanda Gontran tre jug. 
Frdegonde prtendt qu'il avoit t dpof; 
mais un des quarante Evques du Concile 
afTura qu'on s'toit content de le mettre, 

(d) In infulam maris qu adjacet civitatl Conflantince^ 
dans une des les qui font auprs de Coances, 



sur l'Hist. de France. 265 

pour un temps, en pnitence, & le Roi le 

reut fa table. Il eut, depuis, l'imprudence 

d'irriter de nouveau la colre de Frdegonde 

par des exprefions inconfidres qu'il permit 

fon refentiment ; & il fut, comme on le 

fait, afaifin par fes ordres. 

Nous venons de voir un Evque peric- 

cut par la Cour, un accuf que le Roi put 

profcrire, mais qu'il ne put fe faire livrer 

par [es confrres, & qui, malgr la haine de 

Frdegonde, les infiances de Chilpric & la 

corruption d'un grand nombre de ks juges, 

ne demeura convaincu que d'une faute, 

contre laquelle les loix ne prononoient 

point la peine de la dposition. Le procs 

de l'vque de Reims va nous prfenter 

un autre exemple. C'eft un perfide qui a 

trahi fon Souverain , form des projets 

contre l'Etat, & reu des bienfaits de 

l'ennemi qui a voulu le corrompre. Toutes 

les preuves fe runifient contre lui ; mais 

il nous importe d'examiner dans quel ordre 

& fous quelles formes on les prfente. 

R iv 



264- 4- Discours 

C'tait dj malheureufement une pr- 
vention terrible contre un veque, que 

I ajournement qui i'obligeoit de comparotre 
devant fes collgues, & celui par lequel il 
toit enjoint ceux-ci de lui faire fon 
procs ; car cela ne fe faifoit jamais qu'aprs 
que le Roi avoit dj examin l'accuf; & 
s'il l'et trouv innocent, il l'et renvoy. 

II le jugeoit donc coupable ; mais il vouloit 
qu'il ft convaincu devant (es Pairs. Il 
devenoit ds-l , pour ainfi dire , fa partie ; 
& c'toit en fon nom que l'vque toit 
accuf. Le Roi ne faifoit aucune difficult 
de le dclarer au Concile, dans lequel il 
avoit toujours droit de venir prendre fance. 
Dans celui de Metz,Ennodius elt nomm 
partie publique pour pourfuivre l'accuf ; 
mais Childebert, ds la premire fance, 
annonce qu'il regarde celui-ci comme fon 
ennemi 6V. comme tratre la patrie (e). 

Ennodius interpelle enfuite l'Evque, & 

^i^iiii m m ^mumm p ' n . n . 1 11 1 ww^^iMi 

fe) Tum Rex inim'icum eumfibi region/fque proditorew 
ejfs promintians, Grcg. Tur. lib. X, cap. XIX=, 



ce 



ce 



sur l'Hist. de France. 265 

lui met devant les yeux les chefs d'accu- 
(tion fur lefquels il doit fe dfendre : 
Vous avez, dit-il, abandonn votre Roi, 
celui dans les Etats duquel vous exerciez 
la dignit pifcopale ; vous vous tes li 
Chilpric, qui a toujours t (on ennemi, 
qui lui a ravi fon pre , qui a rlgu (a 
mre, envahi une partie de ks tats ; 
& dans les provinces dont cet ufurpateur 
s eu rendu matre, vous avez reu de lui 
des terres, faifant partie des domaines qui 
appartenoient votre matre, 

L'accufation eft grave, comme on le 
voit. Quelle eft la dfenfe de l'vque de 
Reims ! J'ai t l'ami du roi Chilpric, j'en 
conviens ; mais mes liaifons avec lui n'ont 
jamais t contraires au (ervice de mon 
Souverain; & quant aux terres domaniales 
dont il me reproche la poffefTion, c'eft de 
lui-mme que je les ai reues : en voici 
les titres expdis dans (a chancellerie. 

C'toit, comme on le voit, l'accuf qui 
(e dfendoit par (a propre bouche, en 



266 4-' u Discours 

prfence & de fes juges & de fe5 parties. 
Tout le monde avoit droit de chercher la 
vrit, & d'imaginer les moyens de la 
dcouvrir. Le Roi nia qu'il et donn des 
terres l'vque de Reims. On vrifia les 
titres ; on fit venir le Chancelier dont ils 
portoient le nom ; il foutint qu'il ne les avoit 
jamais foufcrits, & l'criture fut trouve 
faufle & contrefaite. 

Ce n'eft pas tout : aprs la mort de 
Chilpric, Childebert s'toit empar de ks 
papiers qui s'toient trouvs Chelles, & 
dans les porte-feuilles du Prince on avoit 
recueilli toute fa correipondance avec 
l'vque de Reims. Le Procureur du Roi, 
car Ennodius letoit dans la plus exale 
rigueur du terme, produifit les lettres de 
laccufe & les rponfes de Chilpric, dont 
les minutes avoient t conferves dans les 
regiftres de fa Chancellerie. Les premires 
contenoient la preuve de plufieurs complots 
contre la reine Brunehaut. L'Evque nia 
d'abord ces lettres ; on fit entendre fon 



sur l'Hist. de France. 267 

fecrtaire, & on produifit mme les regiflres 
o celui-ci gardoit les minutes de fon 
matre. On trouva encore dans les regiflres 
de Chilpric (f), un projet de trait entre 
ce Prince & Childebert, par lequel ils 
dvoient fe runir contre Gontran , & 
partager (es Etats. Childebert foutint qu'il 
n'avoit eu aucune part ce projet, & que 
c'toit une infidlit de l'vque & un 
artifice qu'il avoit employ pour exciter la 
guerre. Les preuves toient frappantes, & 
l'vque ne put dfavouer aucune de fes 
intrigues. On entendit enfuite des tmoins. 
Epiphane, abb de S^Denys, dpola que 
l'Evque avoit reu , pour demeurer attach 
Chilpric, environ deux mille pices d'or 
& plufieurs meubles de grand prix. Les 
dputs qui avoient accompagn l'accule, 
lorfqu'il avoit t envoy Chilpric , 

(f) Regeftum Cliilperici. On appeloit ani les 
recueils des actes de la chancellerie de nos Rois, qu'ils 
portoient par -tout avec eux, & qui contenoient les 
minutes de leurs diplmes & leurs lettres. 



268 4* Discours 

atteftrfent qu'on les avoit carts, & que 
i'vque avoit eu de longues & fecrtcs 
conventions avec ce Prince. piphane 
nomma celui qui avoit port l'argent, & on 
le fit encore entendre. Enfin, accabl par les 
preuves, l'vque fut oblig de tout avouer. 
Lorfque rinftruclion eut t ainfi faite 
publiquement, les vques prirent trois 
jours pour dlibrer entr'eux, & invitrent 
iaccuf chercher, pendant ce temps-l, 
tous les moyens ou de fe dfendre ou d'ob- 
tenir fa grce. Au troifime jour, on le fit 
venir de nouveau, Se il confirma les aveux 
qu'il avoit dj faits. La trahifon mritoit 
la mort; mais ce n'toit point au Concile 
la prononcer : il lui fuffifoit de conftater 
le crime, & il letoit. Us fe runirent tous 
pour obtenir que le Roi accordt la vie au 
coupable ; ils le dposrent dans les formes 
preferites par les Canons; & le Roi, lui 
remettant la peine de mort, fe contenta de 
le faire conduire prifonnier Argentorat, 
que nous nommons aujourd'hui Strajbourg, 



sur l'Hist. de France. 269 

Telle fut fiflue de ce procs : telles furent les 
formes que l'on y fuivit pour la conviction 
du coupable. 

II en rfulte que le tribunal du Concile, 

nomm, dans cette occafion, aadientia 

facerdotdlis , & qui , pour le procs d'un 

Evque, avoit les mmes devoirs & les 

mmes fonctions que le plaid Royal, lorfqiil 

s'agifTbit d'une acculation contre un laque, 

ne fe regardoit que comme charg de 

recueillir les preuves du crime, auffi-bien 

que celles de l'innocence. Le Roi ne perdoit 

de vue ni le coupable, ni le pouvoir de 

juridiction qu'il avoit fur lui. Lorfque le 

dlit n 'toit point prouv, laflemble jugeoit 

l'accuf innocent; elle le dclaroit au Roi. 

Tel toit fon vu,p/acitum. Elle ne pouvoit 

lier les mains du Souverain : fi malheureu- 

fement il toit injufte, comme Chilpric, il 

abufoit encore de fon autorit ; mais alors fa 

punition toit irrgulire & tyrannique; elle 

toit l'effet de la violence. Si le coupable 

toit convaincu, l'afTemble le dclaroit auffi, 



2/o 4* Discours 

& alors le Roi pou voit galement faire ou 
grce ou juftice ; mais c'toit toujours lui qui 
prononoit la condamnation ; fon autorit 
feule pouvoit infliger ou remettre la peine : 
le devoir des juges fe rduifoit lui prsenter 
un jugement; mais un jugement n'eft qu'un 
avis, jufqua ce qu'il ait t revtu dufceau 
du pouvoir. 

J'ai dit que ces formes de l'audience 
Sacerdotale jetoient une grande lumire, 
fur ce qui fe pafbit dans l'audience des 
laques. En effet, ce plaid par lequel les 
accules toient examins lorfque le Roi les y 
faifoit conduire , ou qu'ils y toient ajourns 
par fon ordre, n'avoit fur l'honneur, fur 
la vie & fur l'tat des accufs, pas plus 
de pouvoir que n'en avoient les Evques 
eux-mmes fur l'tat civil de leurs confrres : 
le Concile difpofoit, j'en conviens, de fon 
tat Ecclfiaftique ; car la puiflnce de 
l'Ordre, dont il le dpouilloit, n'appartenoit 
point au Roi , & on de voit au caractre 
Epifcopai ce refpecl qui ne permettait pas 



sur l'Hist. de France. 271 

de livrer au fupplice un homme qui en et 
t revtu ; mais ies Prlats ne touchoient 
point aux droits civils de leur collgue. H en 
toit de mme du piaid laque : en jugeant, 
il n'exeroit aucun pouvoir, il remplifbit 
un devoir, il rendoit un tmoignage la 
vrit; il certifioit au Roi, que tel accuf 
toit innocent ou coupable, qu'il devoit 
tre ou puni ou abfous. La loi avoit parl 
d avance. Les juges toient afTembls pour 
vrifier le fait, qui lui-mme en nceiitoit 
l'application. 

Qui eft-ce donc qui infligeoit la peine? 
Qui ef-ce qui, par un ordre abfolu ians 
tre arbitraire, difpofoit, fuivant la nature 
du crime, de la vie, de l'tat, des biens 
du coupable l C'taient le Roi feul dans 
fon plaid , le Magiftrat feul dans le Cen ; le 
premier, en vertu de l'autorit qui lui toit 
propre ; l'autre , en vertu du pouvoir qui 
lui toit confi. 

J'ai diftingu plus haut dans la loi ce 
qui mane des confeils du Prince, ce qui 



27 z 4* e Discours 

eft le fruit de la dlibration, ce qui eft 
raifon, vrit, fageife, d'avec cette force 
coaclive que communique aux arrts des 
Lgiilateurs le pouvoir lgiflatif du Souve- 
rain : je dirai de mme qu'il a toujours 
fallu diftinguer dans les jugemens le vu, 
lavis prfent la pluralit des voix par 
les Membres du tribunal, d'avec Tordre qui 
les rend excutoires. Les juges en dernier 
reflbrt font un Arrt : les juridictions inf- 
rieures rendent une fentence. Que fignifient 
ces termes ! Ce que fignifioit l'ancien mot 
de placium , ufit fous la premire Race; 
Arrcflum , le rfultat d'une dlibration , 
fententia , un avis: mais qui eft -ce qui 
ordonne? Le Roi feul dans les tribunaux 
fouverains ; le Magiftrat dans les autres. 
C'eft le mme pouvoir agifant mdiate- 
ment ou immdiatement, & toujours par 
la rgle. Voil ce que nous voyons encore 
aujourd'hui, & voil ce qui fe pratiquoit 
le vi. e & le vn. e ficle. 

Il ne faut donc mettre , relativement 

l'exercice 



sur l'Hist. de France. 273 

exercice de la puiflnce publique, aucune 
diffrence entre les Plaids de juftice laque 
& ie Concile, confidr lui-mme comme 
Tribunal jugeant une atteinte donne aux 
ioix de l'Etat. L'un & l'autre toient deftins 
montrer au Roi fa rgle. Si i'accuf toit 
innocent, le Piaid ou le Concile difoit au 
Souverain : vous n'avei aucun pouvoir fur lui ; 
s'il toit jug coupable, il lui difoit avec 
douleur , il a commis le crime ; nous le livrons 
votre juftice ; faites-lui ce que prefcrivent les loix. 
Voil quels toient les principes du Gou- 
vernement, & j'ofe dire qu'ils toient fages. 
On ne peut trop reftreindre le pouvoir de 
jiuire; on ne peut trop tendre le devoir 
d'tre jufte & bienfaifant. Le pouvoir fou- 
verain toit au Roi : le plaid ne l'avoit 
point; mais il avoit quelque choie de 
mieux; il avoit la rgle; & le Prince, s'il 
vouloit tre jufte, toit oblig de la fuivre; 
s'il toit injuiie, il altroit lui-mme f 
puiflnce: car ne pouvant faire excuter 

{es ordres que par ceux mme dont les 
Tome IV, S 



*74 4' Discours 

confeils l'avoient clair , d'un ct , fi 
Tordre toit viiiblement contre les loix 
naturelles, contre l'humanit, contre la 
juftice, il faifoit ceir l'obligation de s'y 
foumettre ; le Prince alloit-il jufqu' or- 
donner la mort d'un homme que le plaid 
n'avoit point condamn! comme il toit 
alors lui-mme un afaffin , on ne lui devoit 
que la plus refpelueufe & la plus ferme 
dfobiince : d'un autre ct, lors mme 
que l'obifnce ne pou voit tre refufe, elle 
ne fe rendoit point avec cette ardeur, avec 
cette bonne volont qui rpond toujours 
du fuccs. Le Roi lui-mme avoit honte de 
commander aux Magiftrats ce qu'ils avoient 
trouv draifonnable : il falioit alors atoic 
recours des agens fecrets ; des Miniftres 
dont la fidlit toujours fufpele & les 
fonctions toujours odieufes , fembloient 
inviter la Nation ne plus regarder le 
Souverain, que comme un ennemi dont 
on devoit fe dfier, en attendant que Ion 
pt s'en dfendre. 



sur l'Hist. de France. 275 

s. m. 

Rflexions gnrales fur l'exercice de la 
Juridiclion cette Epoque. Explication 
d'une clbre difpojition dun apitulaire 
de Charles -le-Chauve. 

Je viens d'indiquer la rgle; fut -elle 
fui vie cette poque ? Les faits que nous 
avons expofs n'ont que trop rpondu 
cette queftion : d'un ct, le Roi qui ne 
fe croyoit pas toujours li par la dciion du 
plaid, ufoit, contre lavis des Grands, de fon 
pouvoir militaire & abfolu ; & c'eft ce que 
nous avons vu arriver dans l'affaire de 
Prtextt : d'un autre ct, le plaid mme, 
compof de Grands qui attendoient tout de 
la faveur, fe laiffoit corrompre, & fquvent, 
fins qu'on ft trop d'efforts pour le plier 
aux volonts de la Cour, alloit lui-mme 
au-devant de l'intrt ou des reffentimens 
du Prince. 

Ce double inconvnient multiplia, fous 
la premire Race de nos Rois, les injuftices 

Sij 



2y6 4. Discours 

& les cruauts ; & voil pourquoi j ai dj 
dit qu'alors les jugemens toent d'autant 
plus rguliers, qu'ils toient rendus par des 
plaids plus loigns de celui du Monarque. 
Quel et t le remde du mal ! Qu'et 
pu faire un Roi jufte ? Se conformer exac- 
tement l'avis du plaid, voir fa propre rgle 
dans le concours du plus grand nombre de 
fuffrages : voil tout ce qu'un bon Prince 
pou voit imaginer de mieux ; cependant 
lorfqu'il livroit un accuf la juftice, il 
avoit dj commenc par l'examiner ; & 
nous avons vu que le Concile ne s'aiem- 
bloit, que lorfque le Prince qui, fur la fimple 
accuftion, pouvoit renvoyer l'Evque ou 
lui faire grce, fe croyoit lui-mme intrefT 
le faire punir. Dans les crimes de lze- 
majeft, le Monarque paroiffoit toujours 
comme accufateur de fon fujet. Que l'on 
juge maintenant de l'impreiTion que devoit 
faire fur i'affemble la plainte du Souverain ! 
Combien il toit dangereux que le plus 
grand nombre des Membres du tribunal ne 



sur l'Hist. de France. 277 

chercht lire dans fes yeux, s'il fouhaitoit 
qu'il y et un crime ! Le Prince le plus im- 
partial, le plus gnreux mme, pouvoit-if 
toujours tre affez matre de foi, pour n'tre 
regard dans le plaid que comme la loi 
vivante? Pou voit-il tre, comme elle, fans 
paffion, (ans intrt, fans mouvement? 

Si alors on et cherch fe rafurer 
contre les dangers de la corruption & de 
l'injuftice , voici fans doute ce que l'on 
auroit fait : le Roi , dont l'autorit feule 
devoit prfider aux jugemens, n'et voulu 
y tre prfent que par cette autorit; il et 
dit aux Magiftrats : Vous cefferez de 
deviner ce que je veux ; je ne dois vouloir 
que ce qu'ordonnent les loix ; ne confultez 
donc qu'elles : c'eft pour remplir mes 
fonctions avec plus d'impartialit, que je 
ne veux plus gner les vtres par ma 
prfence. Vous jugerez (ans intrt, j'or- 
donnerai avec empire. 

Il et ajout : Non-feulement je veux 
que ce foit la loi qui prononce, je veux 

> 

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ce 











a> 



2yS 4. Discours 

encore que ce foit elle qui accufe ; & 
pour que le minire de la loi ne puifle 
jamais tre fouponn d'tre ie miniflre 
de l'homme, je veux qu'un Magiftrat qui 
ne connotra, qui ne pourra jamais devi- 
ner ni mes intrts, ni ma volont, ni mes 
reflentimens , devienne auprs de ma 
Cour le dnonciateur de tous les crimes, 
charge par fon office mme d'en prfenter 
les preuves , & de veiller, avec la mme 
impartialit, & la dfenfe de l'innocence 
injuftement aceufe , & l'application 
* des peines qui doivent pouvanter les 
coupables. 

Ces deux inftitutions fi lages enflent 
rendu l'ancien plaid de nos Monarques le 
tribunal le plus digne de la confiance de la 
Nation; elles euflent pargn l'autorit 
une foule d'injuilices qui la dgradrent. 
H bien ! n'ai-je pas eu raifon de dire que 
les hommes, qui le plus fou vent ne fvent 
o ils vont, font lentement, mais furement 
conduits par cette lumire de l'ordre qui luit 



sur l'H/st. de France. 279 

leur efprit au milieu de leurs travers & de 
leurs folies ! En leur dcouvrant ce qu'il y a 
dplus jufe, elle leur montre videmment 
ce qu'il y a de plus utile. Je viens de peindre 
notre adminiftration actuelle. Le Roi, non- 
ieulement n'eu 1 plus prfent aux jugemens, 
l'Officier charg parmi nous de la recherche 
de tous les dfordres, s'il tient du Prince la 
million qui lui impofe un devoir, la reoit 
non du vengeur des crimes , mais du pro- 
tecteur de la focit laquelle il importe que 
le dlit foit puni ; il ignore & les intrigues 
& les parlions des hommes; il n'a devant 
les yeux que la loi qui ei fa rgle;- il 
ne cherche plus l'ennemi du Prince ; il 
dnonce le malfaiteur qui a viol les loix. 
Mais la raifon & la juftice ont peu--peu 
corrig tout ce que nos anciennes inftitu- 
tions pouvoient avoir de vicieux, le principe 
efl toujours demeur le mme, & l'autorit 
n'a point t dplace. Je vais infpirer en 
mme temps aux Rois & la plus falutaire 
frayeur & la plus jufle confiance. Dans toute 



iv 



2$o 4. Discours 

l'tendue de leur royaume, il n'y a pas un 
feul homme qui foit envoy la mort par 
un autre pouvoir que celui du Souverain ; 
f'eft lui qui te la vie tous ceux dont la 
loi ordonne le fupplice: difons mieux, ce 
fupplice, il la ordonn par elle, lorfqu'eiie 
eft devenue l'acte le plus rflchi de fa 
volont. Donc toute loi imparfaite, tout 
rglement vicieux qui, en rendant dou- 
teufes les preuves du crime, expoferoit 
l'innocent prir, feroit le plus terrible 
reproche que puffent faire un jour un 
Roi ngligent , & la juftice ternelle de 
Dieu & la redoutable voix de la poftrit : 
mais fi les loix font fages , fi l'on n'a rien 
omis pour les rendre en mme temps & 
la fauvegarde de l'innocence & le flau des 
mdians, Terreur des tribunaux feft plus 
impute au Prince, & leur injuftice mme 
ne devient fon crime, que loriqu'il la connot 
fans la rparer & la punir, Nos Rois font 
donc aujourd'hui, quant au pouvoir, ce 
qu'taient nos premiers Rois; mais ils ne 



sur l'Hist. de France. 28 1 

courent plus les mmes dangers ; leurs Ioix 
ont ferm toutes iiues leurs propres 
parlions; & cette jufte indignation que le 
crime leur infpire, ne peut plus influer fin- 
ie jugement des coupables, qui leur eft 
aujourd'hui tranger. 

Mais ce que je ne peux trop faire ob- 
ferver, c'efl que, jufqu'au temps o la Sou- 
verainet a perdu (es droits , le pouvoir de 
punir par la perte de la vie, des biens, ou de 
l'honneur, n'a jamais appartenu qu'au Roi; 
& voil pourquoi encore aujourd'hui nul ne 
peut tre envoy au fupplice, que fon procs 
n'ait t revu dans le tribunal fuprme, & 
que, d'aprs (on jugement, le Monarque 
n'ait prononc la peine. En ne plaant que 
fur la tte d'un feul homme ce droit terrible 
de rduire en acle particulier les loix gn- 
rales qui difpofent de nos biens & de notre 
vie, je fuis bien loign de rendre l'adminis- 
tration defpotique ; elle le feroit i\, comme 
dans certains Etats d'Orient , la volont 
du matre toit, fur cet objet important, 



I 

282 4 Discours 

arbitraire & fans rgles : mais chez nous 
nui autre que le Roi ne peut envoyer un 
citoyen la mort ; mais il ne peut y envoyer 
que ceux dont une afTemble de juges a 
vrifi & attefl le crime , en fuivant 
exactement les formes par lefqu elles on 
a cherch s'en procurer la preuve la plus 
complette. Le tribunal prononce que l'accuf 
eft convaincu ; mais le Roi feul, qui toujours 
eft cenf prfent dans fa Cour, le condamne 
la peine; & cette peine mme, il peut 
encore la lui remettre. 

Ces maximes que j ai voulu dvelopper, 
parce que je les regarde comme la bafe de 
notre Droit public dans iadminiftration de 
la juftice criminelle, je les trouve reconnues 
fous la premire & fous la fconde Race de 
nos Rois, & atteftes par les formes fui vies 
alors dans la pourfuite ds accufs. Tout 
procs fuppofoit le jugement du plaid & 
l'autorit du Roi. Comme l'inftruclion fe 
faifoit en public, (avoir dans la cit au milieu 
du municipe aimbl, dans le tribunal 



sur l 5 Hist. de France. 283 

fuprme au milieu des grands Magiffrats 
ajourns par le Prince, dans l'un & dans 
I autre en prfence c de tous ies conjurateurs 
& de tous les tmoins qui toient obligs 
d'y afifter. Le jugement que portoit cette 
multitude fe nommoit co nf en fus populi , nom 
emprunt du plaid de la municipalit, qui 
lui-mme toit appel conventus populi : mais 
comme ce n'toit point l que rfidoit 
1 autorit, il falloit de plus les lettres du 
Roi, fon diplme, foit pour affembler le 
plaid Royal , lorfque c'toit-l que le procs 
devoit fe faire, foit, lorfque le plaid avoit 
jug, pour prononcer la condamnation, & 
difpofer de la perfonne du coupable. Tout 
ceci eftafTez important, pour que je cherche 
en prfenter les preuves les plus palpables: 
je les puiferai & dans les textes de nos 
Codes anciens , & dans la difpofition d'une 
loi clbre qui, depuis bien des annes, a 
t cite contre-fens dans une foule d'Ou- 
vrages polmiques. 

On fe rappelle ce texte d'un Capitulaire 



284 4- Discours 

de Charles-le-Chauve, dans lequel on lit 
cette phrafe tant rpte, lex fit confienfiu 
populi & confliiutione Rgis ; voici comment 
elle a t traduite par ceux de nos Ecrivains 
qui ont cherch en tirer parti pour les 
fyftmes Rpublicains : la loi fie fiait par le 
confie ntement du peuple & par l'ordonnance du 
Roi. On fent aifment o Ton pou voit, 
ou plutt o l'on vouloit aller, en partant 
de cette interprtation. 

Le diroit-on ? Quiconque a traduit ainf 
ce pafge , ou ne la pas lu dans le texte , 
ou n'a pas voulu l'entendre. J'en conclus qu' 
l'exception du premier homme de parti qui 
l'a employ contre fa propre confcience, 
tous les honntes gens qui l'ont cit pour 
prouver qu'en France la Nation a voit le 
pouvoir lgiflatif , ne l'ont allgu que fur 
parole : mais que dire de ceux qui ont 
cherch rfuter l'induction que l'on vouloit 
en tirer contre l'autorit du Roi! car enfin 
elle a eu quelques dfenfeurs. Or comment 
fe fait -il qu'aucun d'eux n'ait confult 



sur l'Hist. de France. 285 

l'article entier de ce Capitukire (g), dont 
leurs adverfaires invoquoient une phraie 
ifoie. Je me fens vritablement afflig, 
lorfque j'imagine que ce que je vais dire 
parotra nouveau la plupart de mes lecleurs. 
Dans cette difpofition, Tune de celles que 
renferme 1 edit de Piftes , il eft queftion de 
quelques Franois qui, ayant perdu par 
les ravages des Normands & leurs terres & 
leurs chteaux, s'toient livrs une vie 
errante, & ne fui voient d'autre profelTioi 
que le brigandage; ils n'avoient plus ni feu 
ni lieu , & paffbient rapidement d'une 
province dans une autre. Comment punir 

(g) Voil avec quelle lgret nous autres Franois 
nous traitons les plus grands objets de difpute. J'ai vu 
de trs-honntes & de trs-habiles jurifconfultes bien 
perfuads que Phifloire du vafe de Soiibns toit une 
preuve authentique du gouvernement Rpublicain de 
nos premiers Rois, & tomber de leur haut lorfque 
je leur difois que le vafe fut rendu, & que les Grands 
reconnurent, cette occafion, la fouveraine autorit du 
Monarque ; aucun d'eux ne s'toit avif de lire le texte: 
Commenons par interroger de bonne foi les monumens, 
mas allons les chercher dans les fources, 



286 4- Discours 

leurs crimes ? Comment leur faire leur 
procs? La premire formalit toit l'ajour- 
nement, & les loix portoient que tout 
ajournement feroit donn ou la perfonne 
ou (on domicile. II toit impofble de les 
joindre, & ils difoient : Nous n'avons aucune 
demeure fixe ; donc nous fournies hors de la 
porte de la juridiclion : les tribunaux ne peuvent 
rien fur nous. 

C'eft cet inconvnient que le Capi- 
tulaire veut remdier, & voici la queftion 
qu'il fe propofe. Comment fe fera l'ajour- 
nement en pareil cas ? Comment fera-t-il 
poffible de le conftater devant le plaid ? 

Tranfcrivons maintenant, & traduifons 
le Capitulaire en entier (h) : Nous avons 

(h) Sicut ad nos perventum efl, quidam levs hommes 
de iflis Comitatibus qui devaflati funt a Normanis , in 
quibus res if mancipia if domos habuerunt , quia nunc 
ibi mancipia if domos non habent, quaji licenter malum 
faciunt , quia, fiait dicunt, non habent unde adjuftitiam 
faciendam adducantur , if quia non habent domos ad 
quas fecundm Iegem manniri if banniri pojjint , dicunt 
quhd de mannitione , vel bannitione Iegibus compr&bari if 



sur l'Hist. de France. 287 

t inftruits que quelques fujets infolens, 
ns dans ces Comts qui ont t dvafts 
par les Normands , & qui y pofedoient 
autrefois des fonds , des efclaves & des 
maifons, f croient en droit, parce qu'ils 
n'y ont plus ni maifon , ni ferfs , de 
commettre le mal avec la plus grande 
licence, fous prtexte, comme ils l'all- 
guent eux-mmes, qu'ils n'ont plus ni une 

fagaterjudicari non pojfunt ; contra quorum matas infidias, 
confenfu if confilio Fidelium noflrorum , ftatuimus , ut 
Cornes mijfitm fuum ad illam terrain in qu dcmos 
quis habuit m'ittat if ewn bannire if mannire jubeat, 
if quoniam Iex confenfu populi fit if conflitutione 
Rgis } Franci jurare debeant quia fecundan Regium 
mandatun noflrum, adjuflitiam reddendam velfaciendam 
kgibus banni tus if mannitus fuit , if fie ipf res illius 
judicio Scabinorum in bannum mittantur , if fi necejfe 
fuerit ipfe in forbannum mittatur qui ad juftitiam 
reddendam venire noluerit , if mandet Cornes qui hoc 
executus fuit aheri Comiti in cujus comitatu res if 
mancipia habet , quid inde faclum ha beat, if ex noftro 
verbo Mi mandet , utper itla qu infuo Comitatu habet* 
illum diflringat , quatenus ad juflitiam reddendam vel 
faciendam in Jltum Comitatum redeat, Ed. de Pift. 
Capit. de 864.. 



J 







288 4. Discours 

demeure d'o on puiffe les conduire au 
tribunal o ils doivent tre contraints de le 
rparer, ni des maifons auxquelles, fuivant 
les formes, on puifle fe tranfporter pour les 
ajourner, foit la requte des parties, foit 
par l'ordre du Magiftrat () ; ils infrent 
de-I que Ton ne peut ni juger dans les 
formes, ni prouver lgalement & devant 
le plaid la vrit de l'ajournement & du 
ban qu'ils ont reu. Pour prvenir leurs 
mauvaifes & infidieufes chicanes , nous 
avons ordonn, de l'avis & en prfence 
de nos Fidles, que, dans le cas ci-deifus, 
le Comte fera tenu de faire tranfporter 
fon envoy fur les lieux dans lefquels 
i'aceufe aura eu autrefois des maifons, & 
l de le faire ajourner par proclamation 

(i) C'eft ainf qu'il faut traduire pour exprimer la 
diffrence de ces deux termes , mannire & b amure. 
On di foi x. ma mire, lorfque la partie alloit elle-mme 
fignifier fon ajournement, <Sc pouvoit faire conduire 
l'accuf devant le juge; c'eft de-I que vient le mot 
mener: on difoit b amure , lorfque l'ajournement toit 
fgnifc de la part & par les ordres du Magiftrat. 

publique* 



sur l'Hist. de France. 289 

publique. Et comme toute inftruction fe * 

fait & par les tmoignages de l'afemble , 

& en vertu des ordres donns au nom 

du Roi, ies Franois appels en dpofition 

doivent jurer que ledit accuf a t, en 

vertu des ordres & de l'autorit du Roi , 

lgalement ajourn & cit. Alors (es biens 

feront faifis par le jugement des Scabins , & 

s'il eft nceflaire, fa perfonne elle-mme 

fubira la peine du forban , pour n'avoir pas 

voulu fe prcfenter, & rendre ce qu'il doit 

la juftice. Le Comte charg de cette ex- = 

cution crira donc l'autre Comte, dans le 

diitricl duquel l'accuf peut encore avoir <* 

des fonds & des ferfs , tout ce qu'il aura 

fait dans le fien, & lui mandera de notre 

part qu'il ait le contraindre, par la faifie 

des biens qu'il a dans fon Comt, venir 

fe rendre au tribunal du Comt dont il 

eu jufliciable. 

Si cette traduction eft exacte & fidle, le 

texte ceiTe de faire autorit pour le fyftme 

Rpublicain. Dmontrons donc que l'autre 
Tome IK T 



ce 



ce 



290 4."" Discours 

fens donn jufqu'ici cette phrafe tant cite, 
eft abfolument draifonnabie, que le mot lex 
y fignifie non une loi, mais une inftruction 
judiciaire, Se quefacere legem, doit fe traduire 
par faire ou inflruire le procs. 

Sur cela, je foutiens d abord qu'ici le 
Capitulaire porte fa preuve avec lui ; car 
nous ne connoiflbns la fignification des mots 
anciens, que par les textes o ils fe trouvent, 
& dans lefquels ils nauroient aucune efpce 
de kns y s'ils n'avoient celui que nous ieur 
donnons. Ainfi nous difons que Cicron 
entend un tel mot dans un tel fens , 
iorfqu'il nous eft vident que, fins cette 
acception, les paiges o il fe trouve 
feroient inintelligibles. Or il eft clair que 
fi , dans cet article de 1 edit de Piftes , 
on veut trouver que la loi fe fait par le 
confentement du peuple & par la conflitution 
du Roi, ce Capitulaire n'a plus aucun fens 
raifonnable ; pour s'en convaincre, il ne faut 
que fubftituer, dans l'article, cette dernire 
phrafe la traduclion que j'ai faite des mots 



sur l'Hist. de France. 29 1 

latins qui y rpondent. Comment imaginer 
en effet qu' l'occafion d'un procs que 
l'on veut faire des bandits, iafTemble 
confulte par le Roi fur une difficult de 
procdure, ira mettre en avant une maxime 
trangre , & aux dlits que l'on veut punir, 
& aux formes que l'on veut tablir l 

Mais nous n'en fommes pas rduits l, 
& nous allons prouver par les loix Saliques 
& par nos plus anciens monumens, que le 
mot lex y eft employ dans le mme kns 
que nous donnons ici au pafage du Capi- 
tulaire. On va voir que dicere legem , ou 
facere legem, n'y fignifie point faire la loi, 
mais rendre un jugement & faire un procs. 

Et d'abord Du Cancre en convient for- 
mellement. Lex. dit-ii, hc vox varie fumitur 
in legibiis antiqus : interdum enim pro jure 
fcripto .... interdum projudcio velprojud'uis 
[entrina, vel etiam pro mula judiciaria (k). 

(h) Ce mot lex, dit-il, fe prend en diffrens fens 
dans nos anciennes loix ; quelquefois il fignifie le Droit 
crit, quelquefois auffi un procs, un jugement, ou 

1 ij 



292 4- Discours 

Ouvrons maintenant les Codes de nos 
anctres. La loi Salique , au titre de Raccim- 
burgiis (l), fuppofe un procs inftruit 8c 
difcut : chm caujas inter duos difcuffcrint , 
dit l'un des exemplaires de la ioi; chm caufa 
difcujfa fuerit inter duos caufatores , dit celui 
de Charlemagne. Mais les Ratchimbourgs 
qui font les juges de la cit, fes Membres qui 
compofent fon plaid refufent de prononcer, 
& le procs refte l. Celle des deux parties 
qui a intrt d'tre juge, peut forcer le 
tribunal daller en avant : en quels termes 
doit-elle fommer les Ratchimbourgs? Dbet 
eis dcere : die nobs legem Salcam (m). S'ils 

mme l'amende prononce par la Sentence. Du Cange, 
Glojf, verbo Lex. 

(I) C'efl le 9 1 . c dans le manuferit de la bibliothque 
Royale; c'efl: le 60. c dans l'dition corrige par 
Charlemagne. 

(m) Je dois donner ici une preuve de la droiture 
que j'ai annonce la fin de I'avertiflcment imprim en 
tte de mon premier Volume. J'avoue donc hautement 
& franchement que ces mots , die nobis legem Salicam 
Je les avois d'abord entendus d'une autre manire, & 



sur l'Hist. de France. 293 

refufent, elle doit les interpeller une fconde 
fois ; tune iterum ipfe dbet dieere : ego vobis 
rogo utmihi & ijlo gafatio meo legem dieatis ; 
& fi alors les Ratchimbourgs refufent encore 
le jugement, &fitunc dicendife legem difu/e- 
rint, ou autrement, & fi adhuc Ratcimburgi 
defpexerint, & legem dieere noluernt ; alors fept 
d'entre les juges doivent tre condamns par 
le Magiftrat, au payement d'une amende. 
Traduiroit-on bien ce paige, en difant 
que les Ratchimbourgs prononoient ou 
faifoient une loi ? Ce n'eft pas ainfi que 



cela fur la foi d'un Auteur que je ne nommerai point, 
puifqu'il s'eft tromp. Je croyois qu'il toit l queftion 
d'expliquer aux parties les difpofitions de la loi Salique. 
Je fuis en tat de dmontrer aujourd'hui que mon guide 
& moi nous tions dans Terreur; & voil comme il 
ne faut jamais s'en rapporter qu' fes propres recherches 
& l'tude trs-rflchie des textes. A mefure qu'en 
avanant dans la carrire o je me fuis enfonc, je me 
convaincrai moi-mme d'avoir eu une opinion fauf, 
je ferai le premier fa dnoncer mes lecteurs : je 
mettrai avec candeur mes preuves fous leurs yeux, & 

je leur dirai , jugez vous-mme. 

T.. 
ttj 



V. 



294 4 Discours 

l'entend Du Cange; il l'explique par ces 
mots , prommciate fente ntiam (n). 

Souvent mme, ce mot lex ne fignifioit 
pas la fentence du fige , mais les procdures 
ncefTaires pour y parvenir. Dans les titres 
3 8, 48 & 7 6 de la loi Salique, audire legem, 
intelligere legem, eflere le gibus , fignifient tre 
parties dans la caufe ; & comme nous avons 
dit depuis , efler Droit. Dans l'dit de Pille 
lui-mme, lorfqu'il efl dit que l'ajournement 
doit legibus comprobari , & que l'accuf a 
t mannitus legibus, ce mot legibus ne peut 
s'entendre que d'une procdure rgulire ; car 
on ne faifoit point une loi pour prononcer 
l'ajournement, on fuivoit une forme connue 
& autorife par l'ufage des tribunaux, Au 
relie, coutons encore Du Cange; Legem 
fjcere. dit-il, agere quod lex pojlulat , jurare 
nimirum fummam petitam & unamquainque 
ejus partent cjfe indebitam , & clios fecum 
adducere qui ver juratum effe facrameno 

mm 

(n) Gbjfi ycvbo Lex, 



sur l'Hist. de France. 295 

de credultate fu fufcepto affirment ( o ) ; 
faire ce que demande l'ordre de la pro- 
cdure, jurer que la fomme demande 
n'en: due ni pour le tout ni pour aucune 
partie, 8c amener avec foi des conjurateurs 
qui atteflent, par leur ferment & fur leur 
confcience, qu'ils font perfuads que le 
dfendeur dit la vrit. Cette forme d'- 
carter une demande, s'appeloit donc auffi 
faire la lot ( ' p ) ; & on reconnot celte 
exprelfion dans le langage des procdures 
de quelques-unes de nos provinces (q). 
Chez nos anctres, on appeloit galement 
facere legcm, obliger l'accu f fe purger par 



ce 



ce 



(o) Glojf. verbo LEGEM FACERE. 

Cp ) Je pourros citer ici une foule d'autres textes, 
dans Iefquels le mot lex fignifie tantt une procdure, 
tantt un jugement , tantt un titre inferit dans les 
archives des cits. On peut voir dans quelle acception 
ce mot eit pris dans l'Arrt rendu par le roi Ppin en 
faveur de l'abbaye de S. 1 Denys, & dans un diplme 
du mme Prince; on trouvera ces deux titres dans le 
Recueil des Hiftor. de Fr. tome V, pages yo 2 & 703* 

(q) On y dit : faire les uvres ou les acles de loi. 

T iv 



296 4- Discours 

les preuves du feu (r) ; & facere legem de 
reo t de voit fe traduire par jaire juflice d'un 
acuf. 

Rien n'eil donc plus fynonyme dans la 
plupart de nos monumens, que ces deux 
expreffions fi fouvent rptes , facere reclum 
& facere legem. On de voit juftice & dcifion 
du tribunal tous ceux qui s'y adrefbient 
pour l'obtenir, lex debehatur ; elle toit 
refufe, les juges toient en faute & poin 
voient tre punis. 

On rencontre dans les chartes poftrieures 
les mmes exprefions ; & lorfqu'on trouve 
dans les loix de Henri I. cl roi d'Angleterre, ah 
adventu Domini vfaue ad oavas Epiphanie 
non ejl tempus leges faciendi (f) } nos Rpu- 
blicains pourroient galement traduire, ce 
neflpas le temps dfaire les loix , fi, malheu- 
reufement pour eux, ce mot leges n'toit 

( r ) Poft legem de eo faclam ignitam. Land. de 
Sanclo Paulo , in Chron. mediolan. cap. XXVI. 

(f) Depuis ic commencement de PAvent, ju/qu' 
'cxftave de FEpiphanie, ce n'efl plus le temps de tenir 
le plaid & de faire les procs. Leg. Henr, 1> cap, LXIU 



sur l'Hist. de France. 297 

fur le champ expliqu par l'ordonnance; id 
efl t ajoute-t-elle, vel juramcntum pro fidelitate 
Domni , vel concorda , vel bellum , vel ferr , 
vel aqu, vel alias leges examina fwnis traari. 
Voil bien les acles de loi , voil les diff- 
rentes manires dont fe dcidoient alors 
les procs. Bruffel cite un autre ancien titre 
de l'abbaye de S. Vafl: (t), dans lequel on 
trouve lin partage des profits de la juflice 
entre les Officiers qui la rendoient ; il y 
eft dit , fi autem lex Ahbatis fuevit, totum 
fredum major placiti habebit : n'eft - il pas 
vifible que ce pafge fignifie Amplement, 
fi la juflice appartient F Abb , fi ce font 
fies Officiers qui font F infini ai on ! Il eft donc 
dmontr que tous nos anciens tribunaux, 
dont les protocoles toient crits en latin, 
employoient le mot lex pour lignifier, dans 
le ftile de leurs procdures , les ates de 
juftice, foit contentieufe, (bit volontaire, 
qui pou voient tre exigs par ie Magiftrat, fe 
faifoient /'// ctupopuli, & tiraient toute leur 

(t) De Fufage des Fiefs, tome II , page yS^ 



23 4> Discours 

authenticit des tmoignages de i'aflemble, 
conjenju populi , mais toute leur force de 
l'ordonnance du Roi , conflitutione Rgis. 

Je demande pardon mes lecteurs de 
ces citations; mais la matire ma paru de 
la plus grande importance, & j'attaque, il 
faut l'avouer, une foule d'auteurs Franois, 
qui fe copiant tous les uns les autres, ont 
mme t enfuite copis par les trangers. 
Je ne puis exiger que l'on m'en croie 
fur ma parole, & je dois fouhaiter que fi 
l'on voyoit un jour fe renouveler ces mal- 
heureufes queftions qui ont fi long-temps 
en France importun l'autorit, on puii 
retrouver dans mon ouvrage les matriaux 
ncefaires pour l'clairer. 

Le mot /ex toit tellement ufit pour 
fignifier le procs qui fe faifoit /'/; conventu 
populi, que nous le verrons, au commen- 
cement de la fconde Race, employ pour 
f jgnifierla jurifprudence, & que l'on appeloit 
mme leges , les registres des cits o s'inf- 
envoient tous les jugemens & tous les actes 



sur l'Hist. de France. 299 

judiciaires. Les Capitulaires, qui certaine- 
ment portaient le nom du Souverain, & 
taient revtus de toute Ton autorit, taient 
enfuite publis dans les cits, & crits tout 
du long dans lesregiftres de leurs tribunaux, 
legibus inferebantur. On a encore eu la (im- 
plicite de traduire ces mots par ceux-ci, 
et oient mis au nombre des loix , comme fi 
les Capitulaires qui runifbient 8c le vu 
du plaid gnral du Roi & la fonction de 
fou pouvoir lgiflatif , ne fu fient devenus 
loix, que lorfqu'aprs avoir t lus dans 
1 afemble du municipe, ils taient enfuite 
copis dans fes archives. Mais nous dve- 
lopperons plus au long cet ufage dans nos 
Difcours fur la fconde Race. Revenons 
l'article de l'dit de Charles-Ie-Chauve. 

Si, dans cet article, /ex fi confenfu populi 
fignifie la loi fe fait par le conjentemcnt du 
peuple , la phrafe efl inintelligible & abfurde; 
fi, au contraire, on la traduit par ces mots, 
inftruclion judiciaire Je fait par le concours 
des tmoignages de afemble, non-feulement 



me 



300 4. Discours 

on donne ici au mot lex , le fens dans lequel 
nous le prfentent plufieurs articles de la loi 
Saiique & un grand nombre de monumens 
pofirieurs, mais rien de plus clair, rien de 
plus raifonnable que cette difpofition du 
Capitula ire. 

En effet , foit que l'ajournement et 
(t donn par l'accufateur en prfence de 
tmoins, ce qui s'appeloit mannre , foit 
qu'il ft lignifi par les Officiers du Comte 
lui-mme , qui tenoit lieu de la partie 
publique, auquel cas on fe fervoit du mot 
de banmre (u), le dfaut de comparution 
emportoit une peine contre le contumace, 
& elle toit d'autant plus forte, que les 
proclamations a voient t plus fou vent 
ritres. Cette peine, comme on le voit, 
toit quelquefois la faifie des biens ; & la 
fm, la punition du contumace obflin toit le 
forban, qui le mettoit hors de la protelion 
des loix: mais pour prononcer ces peines, 

(u) Sirniond, Not. fur ce Capit. teme VJI des 
Hijicr, de Fr> page 656. 



sur l'Hist. de France. 301 

il toit jufte, il toit ncefire que l'ajour- 
nement ft prouv d'une manire lgale 
& authentique. Alors on crivoit rarement; 
les Rfrendaires & les Notaires toient les 
feuls lettrs. Il falloit donc, pour tablir qu'un 
accuf avoit t rgulirement ajourn, 
faire parotre & jurer un certain nombre 
de tmoins qui euflent t prfens, foit 
la femonce de l'accufateur, foit la procla- 
mation faite par ordre du Magiilrat. Ces 
fermens fe prtoeht cornm populo , par des 
Membres de l'affemble qui elle-mme 
jugeoit & attefloit au Magiilrat que les 
formes de l'ajournement avoient t fuivies. 
Mais les loix ordonnent que l'on (e 
iranfporte au domicile de l'accuf, & les 
bandits dont il s'agit n'en ont plus. Que 
faire l Le Capitulaire y pourvoit ; on les 
ajourne fur la terre qui toit autrefois leur 
habitation : l'Officier envoy par le Comte 
(xj, fera fa proclamation en prfence d'un 
nombre de tmoins fuffifans. Alors aucun 

(x) AfiJJus, & dans d'autres endroits Nuncius. 



302 4. Discours 

obftacle ne peut arrter finftrulion du 
procs; les uvres de loi ont t faites de 
l'autorit du Roi, & en prfence de tmoins 
qui mettent laflemble du peuple en tat 
de le certifier au Magiftrat. 

J'ai donc eu raifon de dire, en com- 
menant, que ce Capitulaire dont on a 
tant abuf, que bien des gens n ont point 
entendu , & que plufieurs ont affecl de mal 
entendre, eft un des textes les plus prcieux 
pour nous inftruire des formes judiciaires 
que Ton fuivoit en France fous la premire 
Race, & qui continurent fous la fconde. 

Il eft dmontr par-l que les procdures 
mme qui fe faifoient devant le Comte & 
en prfence de la cit, /// conventu populi, 
toient toujours regardes comme faites de 
l'autorit du Roi , fecundum Regium m an- 
datum nojlrum, ad jujlitiam reddcndam vel 
faciendam, legibus bannitus vel manntus 
fuit. C'toit de la part du Roi que le Comte, 
excuteur du jugement prononc par la 
cit, crivoit un autre Comte de fvir 



sur l'Hist. de France. 303 

contre le condamn : & ex noflro verbo Mi 
mandet. L'aflemble toit nomme populus ; 
& ce terme, emprunt des cits, s'employa 
mme pour dfigner toutes les efpces de 
plaids: mais ce peuple, cette afTemble, ne 
faifoient qu'infini ire & juger. Le jugement, 
pour tre excutoire, devoit tre prononc 
par le Magiflrat, foit qu'il portt ie titre de 
Duc , de Comte , ou de Commi flaire du Roi, 
Concluons qu'il ny avoit point alors, en 
France, d'autre autorit coaclive que celle 
du Roi; elle toit confie aux Magiflrats, 
fon exercice toit rparti entr'eux ; mais 
quoique exerce en leur nom , elle ne 
devenoit jamais leur autorit propre, 5c 
lorfqu'ils donnaient des ordres, qui que ce 
foit n'ignorait que c'toit le Roi qui corn- 
mandoit par l'organe de fes reprfentans. 

Quelle manie ont donc eu la plupart 
de nos Auteurs , de chercher parmi les 
Germains l'origine des ufages mme que les 
Franois trouvrent tablis dans les Gaules l 
ce conventus populi , qu'ils ont regard 



3 04 4* me Discours 

comme caraclrifant la libert Germanique, 
11 etoit autre chofe que l'aiTemble du mu- 
nicipe autorife par toutes les loix de l'Em- 
pire , qui elles - mmes a voient favorif 
ladminiflration libre des cits, 

S- IV. 

Des Frei ou profits de la Jujlice. 

Pour terminer ce que nous avons 
dire fur l'exercice de la juridiction cette 
poque, il ne nous refte qua donner une 
connoiflnce fommaire de ces profits qui 
faifoient alors le falaire des Magiftrats , & 
qui formrent une branche confidrable du 
revenu de nos Rois. 

Ce genre de contribution efl peut-tre 

le feul dont l'origine foit Germanique. On 

fe rappelle que la nature du Gouvernement 

avoit forc d'admettre des comportions 

pour tous les crimes, & que cette efpce de 

ddommagement dont on foroit la partie 

plaignante de fe contenter, lui toit, ds 

qu'elle l'avoit reu, le droit de vengeance 

particulire. 



sur l'Hist. de France. 305 

particulire. Mais pour que lagrefleur fe 
mt par ce payement en furet contre les 
pourfuites d'un ennemi, il falloit que Je 
Magiftrat fort celui-ci s'en contenter, & 
que, pour obliger les parties remettre leur 
pe dans le fourreau, il tirt quelquefois 
la fienne. Le fredum fut donc une elpce 
de compofition paye au Roi lui-mme & 
aux Magiitrats, pour rcompenfer ce genre 
de protection ; car, comme le dit le Prlident 
de Montefquieu, clie^ les Germains, la 
diffrence des autres peuples, la juflice fe 
rendait pour protger le criminel contre celui 
qu'il avoit offenj (y), 

Le fredum , par les ufages qui fei'virent 
de loix nos anctres avant la conqute* 
toit fix au tiers de la compofition civile 
paye l'offenf. On le regardoit comme 
le prix de l paix ou de la rconciliation 
que le Magiftrat tabli flbit entre les parties; 
& l'tymologie mme du mot annonce 



(y) De Pefprit des Loix, livre XXX, chap, xx, 

Tome IV. U' 



306 4. Discours 

i'ufage de ia chofe. Fred figpifioit pai$ dans 
l'ancienne langue Germanique. 

Auffi, comme l'obferve le Prfident de 
Montefquieu (1), fuivant nos anciennes 
Joix, ii n'toit point d de fredum , lorfque 
l'auteur du dlit n'avoit point craindre 
les vengeances prives. Par la loi Salique, 
fi un dlit toit commis par un enfant avant 
lage de douze ans, on payoit la composition; 
mais il n'toit point d de fredum , parce 
qu' cet ge, l'enfant qui ne pou voit encore 
porter les armes, n'toit pas dans le cas 
qu'on le pourfuivt par les armes. 

Ce droit appartenoit au fifc, parce qu'if 
faifoit le prix de la furet (a) que le Roi 
devoit tous fes fujets. Cependant comme 
celui-ci toit oblig de payer aux Magiftrats 
le falaire de leurs fonctions, on leur avoit 

il ' % 

(l) De I'efprit des Loix, Uv. XXX, chap. xx, 

(a) Lex Aleman. tit. III, f. 3, art. 4, Lex 
Bajuv. tit. VI , J. 3* tit, X, f. 4. Capit, Caroli 
Aagni, lib, III, cap. 30, lib. V, cap. /$j. 



sur l'Hist. de France. 307 

abandonn les deux tiers de ces profits; 
ils recevoient le fredum en entier, & eu 
remettoient feulement un tiers au trfor 
du Prince : tertiam partent coram ejlibus fifco 
ribuat , dit la loi des Ripuaires (b). 

Cette manire de falarier les Officiers de 
juftice, avoit un grand avantage; d'un ct* 
elle ne chargeoit que le coupable ; d'un autre 
ct elle n'avoit rien d'arbitraire, & comme 
elle produifoit un revenu confidrable , elle 
fut toujours prleve fur les fonds mme qui 
toient confifqus au profit du Roi ; ffdus 
tamen ju d'ici in cujus pago ejl, refervetur , dit 
la loi de Ciotaire I. cr 

Telle efb , fans doute , l'origine de ces 
droits de juftice que nous verrons, dans 
la fuite , faire partie des molumens des 
fiefs , iorfque les offices eurent pris ce 
nom , & fe furent changs en proprits* 
Mais au temps dont nous parlons , les 
Magiftrats ne fe regardant que comme 

(b) Tu. s?. 

Uij 



308 4. me Discours 

dpoiitaires du pouvoir, ces profits n'toient 
que le falaire & la rcompenfe de leurs 
fonctions. On ne connoifbit encore, dans 
tout le Royaume , que la juridiction Royale 
diftribue de degrs en degrs tous les 
agens de la Souverainet. Quelque avidit 
qu'enflent les Magifirats, quelques profits 
illicites qu'ils pufnt fe permettre dans la 
rgie, (bit des impts ordinaires de la 
perception defquels ils toient chargs , foit 
du cafuel des frais de la juflice, il ne leur toit 
jamais venu dans l'efprit de lui coutelier la 
proprit de ces droits ; ils pouvoient le trom- 
per, en faifant fa part moindre qu'elle n'et 
d l'tre, il leur toit quelquefois facile de 
s'enrichir aux dpens du fifc Royal ; mais 
ls reconnoifibient tous qu'ils n'toient pro- 
pritaires ni de l'autorit, ni des revenus 
qui y toient attachs. 

Le mot de fre ou de frais nous eft reft; 
mais depuis qu'une plus fage adminiftration 
a banni l'ufage des compofitions, ces elpces 
de taxes proportionnelles ont t oublies : 






4 

sur l'Hist. de France. 309 

on leur a fubftitu les dommages & intrts 
qui fe payent par forme de rparation , & 
les amendes qui font partie de la peine que 
doit efluyer l'homme injufte & violent. 
Nous examinerons quelque jour les avan- 
tages & les inconvniens de ces nouvelles 
reflources, que Ton a t oblig d'imaginer 
pour (alarier les travaux de ceux qui ont 
t employs l'adminiflration de la juftice 
& au fervice des tribunaux. 

Article IV. 

Des Plaids de cette Epoque , confdrs 
comme ayant fart la Lgijlation. 
Du dpt ir de la publication des 
Ordonnances. 

Dire que ces plaids nombreux, qui 
s'aiemblrent fous le rgne de Clotaire II 
&: fous ceux de fes fucceifeurs , ne parta- 
grent point la lgislation , ce feroit avancer 
une proportion galement dmentie & par 
les premires loix de la Nature, & par 

1} iij 



3 o 4- Discours 

tous les monumens du ficle que nous 
examinons. 

Placez fur ie trne dune Monarchie 
orientale, ie Souverain le plus follement 
convaincu qu'il eft le matre & le poffefleur 
& de l'Empire & de la Nation mme, 
s'il n'eft pas ie plus imbcille de tous les 
hommes, il ne lui viendra pas dans l'efprit 
que (es volonts les plus arbitraires & 
fouvent les plus ridicules, puiffnt tre la 
rgle de tant de millions de fujets. Comme 
force phyfique, comme matre & pofTeffeur, 
qu'eft-il? que peut -il tre contre cette 
immenfe multitude qu'il voit proflerne 
(es pieds, mais qui le fait trembler ds 
qu'elle fe relve? Il aura fans doute autour 
de lui des flatteurs, des Miniftres aveugles 
de (es ordres; au-dedans de lui, il aura 
des pafTions ; il voudra jouir de ce qui 
l'environne ; mais il ne fe mettra point 
dans l'efpnt que, dans lefpace de cinq 
ou fix cents lieues quarres, les terres, les 
productions, les hommes , les animaux 



sur l'Hist. de France. 3 1 1 

foient fa propre chofe: il faudroit tre fou 
pour pouvoir rver cette abfurdit. II con- 
notra donc que tous (es fujets ont comme 
lui des droits & des intrts, une raifon 
qui les claire, des paffions qui les pouffent 
& qui les garent, & que , pour fon propre 
avantage, comme pour celui de fes peuples, 
il doit y avoir, au milieu de tout cela, un 
ordre qui claire en mme temps & ceux 
qui adminiftrent & ceux qui obiffent; il 
fentira & fon ignorance & fa foibleffe; il 
implorera des agens pour le fecourir; il 
afemblera des Confeils pour le guider. 
Voil ce que la Nature crie tous les Rois ; 
ceft elle qui les avertit de leur impuifnce. 
Le fentiment de leur foibieffe prcde 
mme celui de leur ignorance : c'efl un 
aide qu'ils demandent, & c'efl titre de 
fecours qu'ils rclament des Confeils. Les 
premiers mots qu'ils diroient volontiers 
ceux qui les approchent, font ceux-ci : Je 
veux jouir , & je ne veux pas tre e'craje ; 
venez mon fecours , & fouhgei-nwi. 

U iv 



3 1 2 4> Discours 

11 laut aonc un Souverain, quel qu'il foit, 
des agens qui portent & fa fient excuter fes 
ordres; mais fes ordres, encore une fois, 
ne peuvent pas tre d'exterminer & de 
dtruire. Il a intrt de conferver ; & en. 
fuppofant que fon bien-tre foit le premier 
& mme l'unique objet de fes vux, il 
feiU que fes propres jouilances ne peuvent 
tre fpares de celles de la Nation. II veut 
gouverner; il veut donc rcrier ck protger. 
C'eh 1 alors qu'il fent plus que jamais ie 
befoin de . confulter , & que fes agens 
immdiats' deviennent nceiiairement fes, 
premiers confeis. 

Ce que je dis de ces triftes Etats dans 
efquelsle Prince efl afiez malheureux pour 
tre charg de tout, & a befoin de fa propre 
exprience pour s'apercevoir qu'il ne peut 
rien, je le dirai, plus forte raifon, de 
nos premiers Rois qui, aufl-tt aprs leur- 
conqute, fe virent la tte d'un Gouver- 
nement dj form, lis ne connoifbient 
jiii \ ils fe virent forcs de tout apprendre % 



sur l'Hist. de France. 3 1 3 

& furent trop heureux de trouver, dans les 
piaces qu'ils conservrent, des hommes qui 
en favoient pius qu'eux. Le plaid Royal dut 
tre l'appui de leur foiblefle, le guide de leur 
ignorance. Ce fut l qu'ils apprirent & les 
loix exiftantes & le moyen d'en faire de 
nouvelles. Ils ne fentirent que trop qu'ils 
avoient toute la puiflance lgiflative; mais 
il leur falloit des lgislateurs. 

Ce n'toit pas feulement dans le plaid 
Royal que l'on traitoit toutes les queflions 
qui avoient quelque relation l'intrt 
gnral. Les plaids qui fe tenoient aux 
Calendes de Mars, foit qu'ils fuflent prfids 
par le Magiftrat fuprme & ordinaire, foit 
qu'ils enflent leur tte des Commiflaires 
du Roi, s'occupoient <S des befoins de 
chaque dpartement , & des abus qu'il 
paroiflbit important de corriger. Toutes 
les dlibrations toient crites dans des 
efpces de procs -verbaux ; mais jufqu' 
ce que ces rfultats enflent reu la forme 
d'un diplme Royal , ils n'toient encore 



314 4* Discours 

que des arrts. C'toit dans le plaid Royal 
que Ton donnoit la dernire main tout 
ce qui avoit t dlibr dans les provinces ; 
mais rien n avoit l'autorit de la loi , que 
par Tordre & la volont du Monarque : 
ctoit fi prohibition , c'toit (on comman- 
dement qui foumettoit la peine quiconque 
devenoit enfuite l'infrateur de la rgle. 

Dans ces fortes de dlibrations, comptoit- 
on les fu fixages ? Cela dut fans doute arriver 
fouvent, & Ton ne pouvoit s'en difpenfer 
toutes les fois que la queftion fe traitoit 
dans un plaid o le Prince n'toit pas 
prfent ; car alors tous les droits toient 
gaux. Le devoir des plaids toit d'inftruire 
le Roi du vu form par afTemble, & 
celui du petit nombre ne pouvoit tre 
regard comme le rfultat de la dlibration 
commune. 

Mais lorfque, fous les yeux du Monarque, 
les Evques & les Grands traitoient par 
fon ordre un grand objet, toit-il oblig 
de dfrer la pluralit de leurs fuffrages! 



sur l'Hist. de France. 3 1 5 

Cette queftion eft d'autant pius importante, 
que de f folution dpend l'ide que nous 
devons nous former de la nature du pouvoir 
de nos Rois. Si , dans fon plaid & au milieu 
des Officiers qui le compofoient, il toit 
oblig de fuivre lavis du plus grand nombre, 
il efl certain qu'il ne lui refloit plus que 
la puiflance excutrice, & que, dans la plus 
importante de (es fonctions, le Gouver- 
nement toit aristocratique. 

Que nos Rois fe foient fou vent dcids, 
d'aprs l'avis du plus grand nombre de leurs 
Confeillers, rien de plus vraifemblable ; rien 
auffi de plus raifonnable; car, comme ils 
demandoient vrit leurs confeils, la 
multitude des avis toit toujours une pr- 
emption pour l'intrt gnral ; & le Prince, 
ne cherchant que le mieux, devoit le fup- 
pofer par-tout o il voyoit la pluralit. 

Mais cette pluralit toit-elle pour lui- 
mme une loi qu'il ft oblig de fuivre ! 
Non; & il efl ncefaire de runir ici les 
preuves de cette importante atfertion. 



3 1 6 4 Discours 

Ecartons d'abord l'argument que l'on 
vou droit tirer de cette phrafe fi commune, 
ex confcnju Fdelium noflrorum. Nos Rois n'ont 
jamais abandonn cette formule fi ancienne; 
& ceft elle, pour le dire en parlant, qui 
rclame encore de nos jours contre l'ufage 
du pouvoir arbitraire. Ils difent encore, de 
lavis de notre Confeil ; & il eft arriv fou vent 
que dans les Ordonnances on a nomm 
les Grands & les Miniftres dont ce Confeil 
toit compose; mais jamais on a infr de 
cette formule, que le Prince ft nceffit 
compter les fuffrages : on a toujours regard 
comme une maxime certaine, qu'il avoit 
le droit de les pefer. 

Or le mot, ex confenfu Fideliwn noflrorum , 
ne lignifie autre chofe que de l'avis ou du 
consentement de nos Fidles ; & fi aujourd'hui 
ce mot, de T avis , n'attelle point que le Roi 
fe foit dtermin par celui du plus grand 
nombre, rien ne nous prouve non plus 
que, fous la premire Race, le confente- 
ment de la pluralit ft eflentiellement & 



sur l'Hist. de France. 3 17 

nceflairement fa rgle. La formule ne 
prouve pas plus dans un fide que dans 
l'autre: cartons -la donc; car fi , ce qui 
peut tre, il exifloit des loix o le Monarque 
dclart qu'il avoit fuivi les avis de la plus 
grande multitude, on en pourroit fans 
doute conclure qu'il a eu raifon de le faire, 
mais non qu'il ne pou voit faire autrement. 

Ce que nous devons ici examiner prin- 
cipalement, n'eft pas la queftion de lavoir 
fi le Prince s'eft ordinairement conform 
l'avis gnral du plaid ; mais s'il y a eu 
piufieurs occafions dans lefquelles il s'en efl: 
cart, fans qu'on l'ait accuf d'excder les 
bornes de fon pouvoir, & il les loix qu'il 
a faites contre la pluralit, ont t alors 
reconnues comme ayant la mme autorit 
que toutes les autres. 

Or il efl: certain d'abord qu'il y avoit 
une foule d'Ordonnances qu'il rendoit fans 
aifembler fon plaid gnral , & fur lefquelles 
il ne confultoit que le petit nombre d'Offi- 
ciers & de Confeillers qui fe trou voient 



me 



318 4. Discours 

dans fon palais. II n'eft pas moins prouv, 
en fcond lieu , qu'il toit le matre de 
rendre le plaid plus ou moins nombreux, 
&, par confquent, d'en exclure tous ceux 
qui pou voient ou lui dplaire ou lui tre 
fufpecls. Pourquoi ces plaids furent -ils 
compofs d'un fi grand nombre d'vques 
& de Magiftrats, fous Clotaire II & fous 
ks fuccelTeurs ? C'efl qu'ils toient alors 
afembls, (ans doute au nom du Roi, mais 
par les ordres des Maires du palais, qui 
avoient le plus grand intrt de lui en 
impofer lui-mme, & qui, voulant s'atta- 
cher tous les Grands, fentoient qu'ils n'en 
pouvoient exclure aucun fans les mcon- 
tenter. Mais ce droit d'exclure du plaid, 
toit bien reconnu fous la premire Race, 
qu'il dura fous la fconde , & que nous 
verrons mme Louis-le-Dbonnaire en faire 
ufage. Je n'ai pas befoin de rappeler ici 
Texclufion donne par Contran & par 
Chiidebert, un trs -grand nombre de 
Magiflrats d'Auftrafie. Or le Monarque 



sur l'Hist. de France. 3 19 

avoit droit de fe pafler des avis de tous ceux 
qu'il ne vouloit point appeler, il pouvoit, 
plus forte raifon , ne le pas fuivre lors- 
qu'il le trouvoit videmment draifonnable. 
L'Ordonnance qui fui voit la dlibration , 
toit fon ouvrage ; qui que ce foit ne 
pouvoit le forcer la publier, parce qu'elle 
devoit porter fon nom & fon fceau : fi donc 
le plus grand nombre toit contre lui dans 
un plaid, il toit le matre d'en alTembler 
un autre , & de n'y admettre que ceux dont 
il toit fur. Ainfi la loi qui l'et oblig 
fuivre la pluralit, et pu fans ceiTe tre 
lude , elle et exift ; or une loi qui 
ne nous force pas , cel d'en tre une. 

Mais allons plus loin, & confultons mme 
les faits. Dans un plaid clbre, le Roi 
ordonne que toutes les terres des glifes 
de fon Royaume lui payeront le tiers de 
leur revenu. Cette taxe toit injufte, 
exorbitante. Les Evques rclament , & 
certainement la loi ne paf pas de leur avis; 
cependant ils furent obligs de la foufcrire. 



320 4- Discours 

Le feul Injuriofus fe retira du plaid fort en 

colre; mais l'Ordonnance fut dreffe, & 

mme excute pendant un temps. 

Si les plaids eufnt partag l'autorit, fi 

leurs arrts euflnt par eux-mmes oblig 

& le Roi & les peuples, c'et t fur-tout 

lorfque le Gouvernement, devenu moins 

defpotique par les rgles auxquelles l'admi- 

niftration avoit t foumife fous les Maires 

du palais , acquit , fous Ppin & fous 

Charlemagne , toute la confiilance que 

peuvent donner de bonnes loix. Jufque-l 

nous avons dj vu, & nous verrons encore, 

une foule d'ales tyranniques annoncer fa 

licence d'un matre, plutt que la furveil- 

lance d'un fage protecteur des proprits. 

Jamais les plaids ne furent plus nombreux 

que fous Charlemagne : ce fut alors fur-tout 

que l'on vit rgner les loix. Si donc une 

poque , jufqu' laquelle le defpotifme du 

Prince avoit toujours t en dcroifant, 

nous trouvons dmontr que le plaid le 

plus nombreux n'adrelfoit au Souverain que 

les 



sur l'Hist. de France. 3 2 1 

les prires les plus humbles, & que lui feul, 

connoifnt toute fon indpendance, ne 

croyoit confulter que la raifon & la juftice, 

lorfqu'il fe rendoit au vu le plus unanime 

de (es Fidles, nefera-t-il pas prouv, autant 

qu'il peut l'tre , que , fous la premire Race 

de nos Rois , jamais les affembles appeles 

la lgiilation, ne partagrent l'autorit 

lgilative ? 

Nous ne voulons point anticiper ici fur 

les rgnes que nous examinerons dans la 

fuite : mais nous ne pouvons nous empcher 

de renvoyer, ds--prfent, nos lecteurs 

ce clbre capitulaire de Vormes , dans 

lequel fut prpare la loi qui difpenfoit les 

vques de fervir en perfonne dans les 

armes du Prince. La matire mife en 

dlibration dans le plaid, les Evques & 

les Grands donnent leurs avis, & ils font 

prefque unanimes. Tous regardent comme 

une loi jufte & utile, celle qui cartera des 

armes les miniftres de l'Eglife , qui aban- 

donnoient les autels pour endofTer la cuirafe : 
Tome IV. X 



322 +* DISCOURS 

fi i autorit leur appartient, ils n'ont plus 
qu' ordonner. Cependant quel eil le r- 
fultat de leurs dlibrations? La plus humble 
& la plus foumife de toutes les requtes. 
tC'eft deux genoux que, tous tant que 
*> nous fommes, nous fupplions votre Majeft 
55 de ne plus fouffrir que dornavant les 
vques foient expofs aux dangers de ia 
guerre , comme ils l'ont t par le pafe. 
Daignez ordonner que, tandis que nous 
vous fuivrons contre l'ennemi , ils aient 
la libert de refter dans leurs diocfes. 
Telles font les concluions d'une fupplique 
prfente par tous les Membres du plaid 
gnral, & dans laquelle on a commenc 
par expofer & l'ancien ufage &l fes incon- 
yniens. Ce font tous ces Grands qui, fi on 
en croit quelques modernes, nceffitoient 
la dcifion du Prince, & commandoient 
la Nation , qui difent Charlemagne , 
Pofulata concede. Ut ergo Imc omni a vobis 
& a iobis five fuccejforibus veflris & a nojlris, 
futurh temporibus, abfque alla tUJJimulatione 



sur l'Hist. de France. 323 

conferventur , fcriptis Ecckfiajlicis infere )u- 
hete , & inter vejlra Capital aria interpolare 
prcipite. 

C'eft fur cette requte que le Monarque 
prononce ainfi, & prononce mme hors 
de fon plaid, tant il eft vrai que la puifance 
lgislative le fuit par-tout. Nous voulons 
qu'il foit notoire tous que nous fommes 
difpofs vous accorder non - feulement 
les demandes que vous nous avez faites 
pour fouftraire les Evques & les Prtres 
aux prils de la guerre, &. les mettre en 
tat d'offrir tranquillement leurs prires 
pour vous & pour nous , mais encore 
toutes celles que vous nous ferez pour 
les intrts de l'Eglife <3c du Clerg, auffi- 
bien que pour ceux de notre peuple & 
pour les vtres. Ds--prfent mme nous 
vous accordons le contenu en votre 
requte ; &: quand , avec la grce de 
Dieu, nous nous rendrons au plaid gnral 
(ad gnrale placitum], nous en ferons 
rdiger Tordre par crit, de la vis de tous < 

Xii 







c< 







324 4* Discours 

nos Fidles , pour tre obferv in varia-* 
blement l'avenir (c), 

Nous rapporterons en fon lieu le Capi- 
tuiaire qui fut fait enfuite dans les formes 
ordinaires, & qui contient cette ordonnance 
clbre. Tout ce que nous voulons prouver 
ici, c'efl i. que, fous ce Gouvernement 
abfoiu & prefque arbitraire de la premire 
Race , aucun monument n'annonce que 
l'autorit rfidt dans le plaid; 2. que ds 
le commencement de la fconde Race, qui 
prit le Gouvernement tel qu'elle l'a voit 

(c) Si Ton m'oppofoit ici la forme de la Igifation 
Britannique actuelle, je rpondrois 1 , que le Parlement 
cil l compofe des dpurs des propritaires , ce qui ne 
ft jamais arriv , fi autrefois les Rois de cette Nation 
eufent conftamment refpecl les proprits; 2. que 
cette forme attefte que la conftitution a t change. 
L'ancien Confeil du Gouvernement eft la Chambre des 
Pairs; dans fon origine, elle n'toit qu'un Confeil; 
dans la fuite, l'abus du pouvoir a ncefit les bornes 
qui l'ont reftrelnte. Je pourrois foufcrire aux loges 
que M. de Montefquieu a donns cette forme de 
Gouvernement, fans avouer' pour cela que c'tolc 
'ancienne Monarchie britannique. 



sur l'Hist. de France. 325 

trouv, mais beaucoup moins arbitraire qu'il 
ne l'avoit t d'abord , la plus nombreufe & 
la plus fbfennelle afTemble ne fe croyoit 
point en droit d'ordonner, & reconnoiflbit 
humblement qu'elle navoit que des repr- 
fentations faire, des prires prfenter, 
tin vu jufte & raifonnable offrir au 
fouverain Lgiflateur (d). 

Ce fut cependant ce Charlemagne , 
& ce furent (es fucceiTeurs qui eurent 
le plus de foin d'avertir, dans tous les 
diplmes, qu'ils ne prononoient qu'aprs 
avoir confult leurs Fidles ; nouvelle 
preuve que cette formule, fous la premire 
Race , n'aceufa jamais l'impuiflnce du 
Monarque. 

(d) Que dire , aprs cela , de cette trange affertion 
que l'on lit dans un Ouvrage moderne! Il nefl pas 
permis de douter que la puijfance lgiflative ne rfidt 
dans le corps de la Nation, Charlemagne if Louis- le- 
Dbonnaire en avertirent eux-mmes : Obferv. fur 
FHift. de France. Lorfque nous ferons au fide de 
Charlemage , nous rfuterons le fyftme de cet illuftre 
Auteur, avec tous les gards qu'il mrite. 

"V 7" 

X ij 



326 4 Discours 

C'toit donc de l'avis des Fidles, mais 
fans s'aftreindre compter les fuffrages, que 
ie Prince avoit droit d'ordonner tout ce qu'il 
regardoit comme utile i'adminihration 
gnrale. Nous avons dj vu comment (es 
Ordonnances recevoient leur authenticit : 
on emprunta pour le plaid Royal ies formes 
ufites dans ceux des cits. Vouloit-on faire 
une donation , un contrat de vente l lacle 
toit atteft par Ja fignature des tmoins & 
par le Notaire ou le Greffier du Magiftrat, 
en prfence de tous ies Membres de la cit. 
Ce fut ia mme chofe dans Je plaid du Roi. 
Le Monarque foufcrivoit lui-mme, 5c 
faifoit foufcrire la charte ou le diplme par 
un certain nombre des Officiers ayant fance 
au plaid ; ils faifoient l l'office de tmoins ; 
&. comme il y avoit un trs-grand nombre 
de chartes qui toient rdiges dans un 
Confeil intime, & feulement en prlence 
des Officiers du palais, peu--peu ceux-ci 
s'habiturent figner feuls la plupart des 
diplmes. Le Rfrendaire qui les prientoit 



sur l'Hist. de France, ^zy 

au Roi, & qui enfuite les infroit dans les 
archives du palais , faifoit l les fonctions du 
Notaire ou du Greffier, qui tranfcrivoit, 
dans les regiftres publics, les dlibrations 
des cits. Ainfi la foufcription des diplmes 
jfeft point une preuve de l'autorit des 
Officiers du palais; elle certifie feulement 
la volont du Prince, & la dlibration qui 
Ta prcde 

Infrera-t-on de ce que je viens de dire , 
que jamais, fous la premire Race, nos Rois 
ne le crurent obligs de dfrer foit des 
demandes qui leur dplaifoient , foit des 
dlibrations qui choquoient leurs prjugs 
ou leurs paffions! Non. J'ai dj annonc 
que Clotaire fe trouva quelquefois dans la 
nceffit de condefcendre, contre fon gr, 
aux prtentions de cette Magiftrature, que 
ce foible & coupable Prince avoit le plus 
grand intrt de mnager. Mais ce n'efl: 
jamais par les circonftances des temps ou 
par le fuccs des intrigues, qu'il faut juger 
de la conftitution. Lorfque le plaid avoit 

X iv 



328 4' Discours 

railon, la peur qu'il infpiroit au Roi 6c 
aux Miniftres, toit un bien pour l'Etat. 
Lorfque le Prince toit jufte & raifonnable, 
ce qu'on lui demandoit toit contre les 
rgles ou le bien publie, fou vent les dangers 
de fa pofition le foraient des mnagemens, 
& fon embarras alors avoit toujours pour 
caufe, ou des fautes antrieures que le Gou- 
vernement et d viter, ou des malheurs 
qu'il et d prvoir. Mais que l'on y prenne 
garde, s'il y a un pouvoir prt tout 
cder, c'eft celui des defpotes. Charlemagne 
domina les plaids qu'il convoqua : Clo- 
taire II & (es fucceffeurs furent prefque 
toujours matrifs par les affembles que 
tinrent les Maires du palais. 

Lorfque l'Ordonnance avot reu fa 
dernire forme par l'authenticit que lui 
donnoient les fignatures, que lui manquoit- 
il pour obliger! Rien du tout : & on le voit 
par la requte de 8 o 3, que je viens de citer. 
Les grands Magiftrats, les veques recon- 
noiflent unanimement que la dcihon qu'ils 



sur il H st. de France. 329 

demandent fera une loi irrfragable ; c'eft 
pour cela qu'ils fupplient le Monarque de 
la faire infrer & dans les archives des 
glifes, & dans les recueils de [es propres 
Ordonnances. 

II ne manquoit donc plus aux loix que 
le dpt & la publication; il falloit les 
conferver pour qu'elles fufTent fiables ; il 
falloit les connotre pour que les infractions 
fufTent inexcufables. 

Ceci nous ramne encore aux ufaores 
des Romains, qui inflruifirent & formrent 
nos anctres. II y a voit, dans le palais des 
Empereurs & dans celui des Prfets du 
Prtoire, des archives, des efpces de greffes 
o Ion confervoit tous les refaits, toutes 
les ordonnances, toutes les lettres qui int- 
reffoient ladminiftration publique. Tout 
Magiftrat avoit galement fon chartrier; 
cela s'appeloit archivium , fcrimum , regeflum: 
cependant, en examinant de plus prs les 
monumens, on trouve que le mot RarchU 
vium fe prenoit pour le lieu mme o fe 



330 + Discours 

gardoient tous ces titres importans (e}k 
On appelohfcri/ria , foit les coffres que nous 
nommons aujourd'hui laytes, foit les porte- 
feuilles o Ton accumuloit les diplmes ; 
enfin on no mm oit regefla, d'o eft venu 
le mot de regiflres , une fuite de feuilles 
roules enfemble, fur lefquelles fe tranfcri- 
voient (f), & les actes qui fe paioient 
dans le plaid , & toutes les Ordonnances 
qu'il toit nceflaire de conferver. Chaque 
Magiftrat, chaque Ofhcier avoit auffi fon 
regiflre ; & il eft fait mention de ces recueils 
dans la prface du code Thodofien (g). 
Les glifes avoient galement & leurs 

( e ) Et in arclvio palatii exemplaria illorum 
habebantur, Ann. Fr. ann. 813. 

Archivum Ecclefi tvffnnis dificis conftruxh. Flod. 
lib. ll f Hift. Rem. cap. xix. Voyez auffi la Nov 
74- de Juftinien. 

(f) Regeflum vocatur liber continens memorias aliorum 
librorum <fcf epiflolas in unum colle 61 as , <LX dicitur 
regeflum quafi iterum geftwn, C. Mog. in GIofT. Du 
Cange , verbo ReGESTUM. 

(g) Qu in regeflis diverforum qfficiorum relata funt* 
Pnef. Cod. Theod. 



sur l'Hist. de France. 331 

archives & le trfor de leurs titres; &. par- 
tout il y a voit des gardiens chargs de 
veiller leur confervation : on les appeloit 
friniarii, & on donnoit galement ce nom 
tous ceux qui toient employs foit 
l'arrangement des titres, foit aux copies que 
l'on toit (bu vent oblig d'en faire. On voit 
mme, par les diffrentes fonctions de ces 
friniarii , quel toit peu-prs l'ordre qui 
rgnoit dans les archives du palais des 
Empereurs , o ces Officiers prenoient le 
titre Aefcriniorum Magijlri. Il y avoit, difent 
les anciens Seholiaftes de nos loix du Code, 
quatre porte-feuilles ; le premier toit celui 
des requtes, le fcond des notes ou mmoires, 
le troifime des difpofitions , & le quatrime 
des lettres miffives (h). C'toit de-l que l'on- 
diftinguoit lefcriniarius a libcllis, [efcriniarius 
b epiflolis , & ainfi des autres. 

Les porte -feuilles du palais, que l'on 

(h) Quatuor fer lui a funt , prhnum quod ditur 
Ibellorum , fecunduin memorice, tertium difpofilionumj 
quartum epiitolarum. Schol. Jul, 



332 4- Discours 

nommoit fcrinia augufia fi), quelquefois 
facra fcrinia (k), a voient fervi de modles 
ceux de tous les Magiftrats ; & lorfque les 
Barbares vinrent ravager les Gaules, tous 
les monumens de ladminiftration toient 
encore confervs dans une foule de dpts 
publics, dont plufieurs fans doute furent 
pilles, mais qui fervirent de modle ceux 
de nos Rois, & dont i'ulge fe perptua 
dans les cits (1). 

Ce qui fe pratiquoit par rapport aux acles 
pafles entre les fu jets du Prince, qui venoient 

(i) Symm. Iib. IV, p. 58. 

(k) Sid. carm. 5. 

(I) Je citerai encore ici avec paifir un paffage 
de M. l'abb Garnier. Quant la promulgation des 
loix, il parot qu'on n'avoit rien chang la mthode 
*>des Empereurs. Aprs avoir rdig la loi, & l'avoir 
munie du feng du Roi & de fon fceau , on en 
a> dpofoit un exemplaire dans le trfor ou fcriniwn, 6 
a> l'on adreffoit les autres aux envoys ou commifTaires 
Royaux, qui les faifoient parvenir aux Comtes, pour 
en faire la leclure au peuple dans un plaid ou afTemble 
publique ; aprs quoi, cet exemplaire toit dpof dans 
les archives de la cit. De l'origine du Gouvernement 
franois , page 2 84* 



sur HHist. de France. 333 

les dpofer dans ies archives des cits, 
s'obfervoit auffi iorfque Ton vouloit donner 
celles-ci une connoiflnce lgale des 
Ordonnances du Monarque. Le diplme 
Royal toit envoy au Magiftrat ; celui-ci 
le faifoit lire dans le plaid aflmbl , & cette 
leclure toit fui vie de la tranfcripton, qui 
s'en faifoit dans le regiftre : cette copie 
authentique toit fjgne, comme tous les 
autres actes, par un certain nombre de 
citoyens principaux , ainfi que des Notaires 
ou Greffiers du Magiftrat. 

Mais rappelons -nous avec foin que les 
Romains n'avoient point craf la libert 
des villes. Non- feulement on ne leur avoit 
jamais interdit la dlibration fur les affaires 
qui les intreffoient, on l'avoit au contraire 
toujours favorife, & elles n'avoient point 
laifle perdre un droit, qui feu! pou voit tem- 
prer le pouvoir des Magiflrats, & fou vent 
avertir le Monarque des abus dont ceux-ci 
eulTent pu fe rendre coupables. Aprs la 
leclure de l'Ordonnance, ils toient dans 



334 4* Discours 

l'ufage de marquer ou leur approbation ou 
leur improbation. Quelquefois l'acclama- 
tion toit gnrale; quelquefois fans doute, 
lorfqu'il rfultoit des inconvniens confid- 
rables du nouvel tablifement, le peuple de 
la cit tmoignoit au Magftrat (es alarmes ; 
celui-ci pouvoit alors avertir le Monarque 
du vu de la cit, lui demander fes ordres, 
& quelquefois obtenir, au nom du peuple, 
des changemens utiles une rgle dont le 
plaid Royal n a voit pu prvoir les incon- 
vniens locaux : ainfi jufqu a la tranfcription 
fur les regiftres de la cit , les Curiaux 
ou Ratchimbourgs ne fe croyoient point 
encore obligs de fuivre, dans leurs proc- 
dures & dans leurs jugemens, la nouvelle 
Ordonnance. 

Faifoit-elle une fois partie du dpt de 
la cit, de ce recueil dales, de protocoles 
& de rglemens que les Magiftrats munici- 
paux nommoient /ex! elle toit pour le plaid 
une rgle invariable, dont il ne pouvoit 
s'carter. Dire qu'elle reut fa force de cette 



sur l'Hist. de France. 335 

tranfcription , en conclure que le Gouver- 
nement ft Rpublicain, ce feroit avancer 
une abfurdit que je rougirois de rfuter. Ces 
fortes de reprientations des cits toient en 
ufage fous les Empereurs eux-mmes, fans 
que les municipes Romains fe crufTent 
moins fournis l'autorit Impriale. 

Au refte , plus le Gouvernement franois 
s'loigna de ce defpotifme militaire, auquel 
les fucceffeurs de Clovis fe crurent en droit 
d'affujettir leur propre Nation, plus ceux qui 
furent la tte de l'adminiflration , durent 
favorifer & favorisrent rellement cette 
libert des cits : les Maires du palais depuis 
Clotaire II & Dagobert, parce que, Magis- 
trats eux-mmes, ils fen tirent que pour 
leur intrt ils dvoient tre populaires : 
aprs eux Ppin & Charlemagne , parce 
qu'indpendamment des grandes vues qu'ils 
eurent fur le Gouvernement, ils connurent 
qu'ils avoient befoin des cits, pour modrer 
le pouvoir prefque arbitraire de ces grands 
Migiftrats, au choix defquels ils dvoient la 



3 3 6 4- Discours 

couronne : auffi verrons-nous la lgiflatiori 
de ces grands hommes favorifer les dlib- 
rations des cits , les inviter mme dire 
leurs avis , lorfqu'on leur envoyoit ces 
Capitulaires qui rformrent la face du 
Royaume, & atteftrent la vigilance du 
Souverain adminiftrateur: ils voulurent que 
Ton interroget le peuple fur les Ordon- 
nances que Ton faifoit infrer dans leurs 
registres, utpopulus interrogetut de Capitulis* 
Cette phrafe, qui a t rpte dans tant 
d'crits, eft encore une de celles qui n'a 
point t entendue , ou qui a t cite de 
mauvaife foi. On a voulu que le mot populus 
lignifit la Nation entire affemble par 
fes reprfentans : on a fait des convenais 
popidi une dite gnrale, lorfqu'ils ne 
dfignoient que le plaid de la cit, occup 
aux uvres ou aux acles de la loi fous 
les yeux du Magiftrat. En rendant ce 
mot fa vritable lignification , celle qui eft 
videmment attefte par une fouie innom- 
brable de monumens qui fans elle feroient 

inintelligibles, 



st/R l'Hist. de France. 337 

inintelligibles, on voit Te dvelopper le 
pian naturel de notre ancienne adminis- 
tration. Tout fe fimpiife, tout s'explique , 
tout s'entend; & l'on concilie avec l'autorit 
abfolue de nos Rois, fi videmment prouve 
cette poque, cette multitude de petits 
pouvoirs temprans qui n'avoient de force 
qu'en empruntant celles de la vrit & de 
la juflice, & qui, placs prefque fur tous les 
points d'une immenfe fuperficie, laifToient 
au Souverain toute fon autorit, mais lui en 
indiquoient fans celle la deflination, 

FIN du Quatrime D'ifiours, 




Tome IV Y 



333 

CINQUIME DISCOURS 

SUR 

L'HISTOIRE DE FRANCE. 

COM MENCEMI.NT de la dcadence de 
la premire Malfo?i Royale. Suprmatie 
des Maires du palais, 

vjN peut divifer la dure de la premire 
Race de nos Rois en trois poques. Depuis 
Clovis jufqu'i Clotaire II , les Princes qui 
partagrent ks Etats, nervrent leur pou- 
voir par l'abus qu'ils en firent ; ils furent 
perfides Jes uns envers les autres, ambitieux, 
injufles & cruels ; ils travaillrent contre 
eux-mmes , en donnant aux Magiflrats 
l'exemple de la licence. 

Depuis Clotaire II jufqu' Thierri III, 
ils perdirent Sl laifsrerent chapper leur 
autorit; mais un grand-homme et encore 
pu la recouvrer, & malheureufernent alors 



339 

e grand-homme toit le Minftre : le trne 
fut prefque toujours occup par des enfans 
ou par des incapables. 

Enfin depuis Thierri III jufqu'au dernier 
Childric, le Souverain ie plus habile et 
fait d'inutiles efforts pour rentrer dans [es 
droits Il falloit , ou que la Monarchie ft 
dtruite, ou que le Maire devnt Roi. 
Quelles terribles leons, cette partie de 
notre hiftoire va prfenter aux Souverains ! 
Conformment aux ftipulations honteufes 
du trait que Clotaire II avoit fait avec, les 
Maires d'Auftrafie & de Bourgogne, nous 
avons vu ces tratres leur Prince garder 
leurs dignits, & rgner fous le nom du 
Monarque qu'ils s'toient donn. 

Alors trois caufes multiplient les a- 
fembles des Grands, & les rendent plus 
folennelles. 

i. Les craintes de Clotaire qui f jugea, 
& fe rendit jufiice: fon autorit toit mal 
acquife fur les deux tiers du Royaume; il 
n'toit fur de la voir refpecler, eue lorfqu'il 

Yij 



me 



340 j. Discours 

avoit appel fon Confeil tous ceux psr 
lefqueis feuls il pouvoit faire excuter fes 
ordres. 

2. L ambition des Maires du palais , 
toujours oblige de flatter celie des autres 
Magiftrats. D'un ct, ceux-ci accoutums 
n'obir qu' un Roi, ne pafoient au 
Maire (es prtentions, qu'autant qu'il fe 
piquoit pour eux d'une dfrence prefque 
(ans bornes, & qu'ils influaient eux-mmes 
fur l'adminiftration. De leur ct, les Maires 
du palais, qui par les dfordres du defpo- 
tifme , avoient appris connotre d'o 
venoit au Gouvernement fa vritable force, 
ne fe fentoient jamais fi puiflns qu'au milieu 
de ces Confeils nombreux o ils inter- 
rogeoient les bienfaiteurs, les Magiftrats, 
les Chefs de la Nation , & fembloient 
inviter la raifon adoucir la rigueur du 
pouvoir. 

3. A ces deux raifons que j'ai indiques 
dans les Difcours prcdera, ajoutons la 
minorit des Princes qui fe trouvrent 



sur l'Hist. de France. 341 

appels la Couronne aprs le rgne allez 
court de Dagobert, & qui, tous place's fur 
le trne ds leur plus tendre enfance, ne 
reurent d'autre ducation que celle qui 
devoit les rendre toute leur vie incapables 
de rgner. 

Par ces minorits, le Maire dj la 
tte des Confeils, fe trouva bientt en 
poffeffion du commandement des armes, 
& matre du reflbrt dans lequel feul con- 
fiftoit alors toute la puifance du Prince. 

Cette hirarchie qui partageoit le vafte 
territoire de la France, toit toute militaire. 
Chaque Officier obiffoit fon fuprieur; 
il ne connoiflbit que par lui les ordres du 
Prince, qui, ne les adreflant qu'aux Ma- 
giflrats immdiats, devoit s'attendre une 
dfection totale lorfqu'ils lui toient infi- 
dles. Quiconque avoit donc le droit de 
mettre ceux-ci fous les armes, devenoit le 
matre du Royaume. 

Ce fut ce pouvoir que les Maires 
acquirent de commander les armes, qui 

y iij 



me 



342 J. DISCOURS 

acheva de rduire l'inaction les defcen- 
dans de Clotaire; car, comme ils n'toient 
plus les matres de deftituer cet Oficier fu- 
prme ; comme il toit lui-mme lu par les 
plaids dont il ne tenoit qu' lui de devenir 
l'idole, il put combattre, au nom du Roi a 
contre le Roi mme : il put tout fans le 
Monarque, & le Monarque ne put rien 
fans luio 

Parcourons maintenant l'intervalle dans 
lequel nous Talions voir acqurir ce pouvoir 
exorbitant, & l'aiurer pour jamais fes 
fuccefurs. Ce fut, comme je viens de le 
dire, pendant cet efpace de foixante ans 
qui s'coula depuis le commencement du 
rgne de Dagobert I. er en 628, jufquau 
moment o Thierri III fe trouva feul fur 
Je trne en 68 8. Nous avons dj parcouru 
les dix premires annes de cette poque : 
c'eft la mort de Dagobert I. er que nous 
avons quitt le fil des vnemens. 

Elle avoit t prcde, comme nous 
t'avons obfervj d'un trait par lequel on 



sur l'Hist. de France. 34,3 

a voit rgl le partage du Royaume entre 
fes deux fils ; ils connoiflbient , ia mort 
de leur pre, les bornes refpectives de leurs 
Etats. 

L adminiftration du royaume d'Auftrafie 
n'elTuya aucun changement fenfible. Sige- 
bert, i'an des Princes, toit dj fur le 
trne. Ppin le vieux toit fon Maire du 
palais; car le duc Adalgfe navoit t que 
le reprfentant de celui-ci, & charg de 
l'ducation du jeune Roi. Quoique Ppin 
paflat fa vie la Cour de Dagobert, il ne 
donnoit pas moins [es ordres dans tous les 
Etats anciennement confis fon adminif- 
tration. Second par les foins de Cunibert, 
vque de Cologne , il avoit la confiance 
des Magistrats , & toit aim des peuples. 
A peine Dagobert eut-il les yeux ferms, 
qu'il retourna Metz, pour en impofer aux 
Grands par fa prfence. Anne 6 j S. 

Sigebert navoit que onze ans, 8c fon 
frre Clovis II, deftin gouverner la 
Bourgogne & la Neuftrie , toit encore 

y iv 



344 J- Discours 

plus jeune que lui; auifi fou pre, avant 
que de mourir, avoit-ii fait venir Epinay 
un Miniftre dont il connoiflbit la fidlit, 
& auquel il a voit recommand le jeune Roi 
& la reine Nantilde fa mre : il lui avoit 
en mme temps confi le gouvernement 
de l'Etat, & il parot que cette difpofition, 
fur laquelle il avoit vraifembiablement 
confuit ceux qui compofoient fon plaid, 
fut excute fans contradiction. 

JEga, c'toit le nom de ce Miniftre, prit 
fur le champ le titre de Maire du -palais-, 
& convoqua Maflay f MajJ'olacum ) , 
laflmble des vques & des Grands: 
fon autorit y fut reconnue; on y prta 
ferment au Roi; il y tint fa Cour; & le 
Maire, qui vouloit affermir fon pouvoir, 
eut foin que tous ceux qui vinrent deman- 
der ou juftice ou grce, s'en retournaflent 
eontens. 

Voil donc la France gouverne par deux 
Enfans, Voil la tte des deux Royaumes 
les deux Maires du palais, premiers & 



sur l'Hist. de France. 345 

principaux Miniflres des deux Princes, 
commandans en leur nom, afTemblant les 
Confeils & difpofnt des Magiflratures. 
Dans les tats du jeune Clovis, on voit 
Nantilde ( mre veillant fon ducation, 
& partageant avec ^Ega les foins du Gou- 
vernement. Rien ne change pour cela dans 
iadminiflration ; tout fe fait comme fi le 
Roi et t majeur ; & le Maire, avec tout 
fon pouvoir, n'eft regard que comme fon 

Miniftre. 

Un des premiers vnemens que l'on 
trouve fous ce rgne, efl le partage des 
trfors du feu Roi entre fa veuve & ks 
enfans. Les Miniflres d'Auflrafie le firent 
demander, & il fut convenu qu'il fe feroit 
Compiegne. Ces trfors , dont il efl fi 
fouvent queflion dans notre ancienne Hif- 
toire, renfermoient, outre l'argent du fifc, 
un mobilier immenfe en bijoux, en pier- 
reries , & fur-tout une quantit prodigieufe 
de vafes d'or & d'argent. On fe rappelle 
qu'un des plus grands defirs de Dagobert 



346 j. Discours 

avoit t de fe faire donner par le roi 
d'Efpagne celui qu'Aetius avoit autrefois 
port la Cour des Vifigoths. 

On commena par prlever au profit de 
a reine Nantilde le tiers de tout le mobilier 
acquis depuis fon mariage, & le refle de 
la totalit des effets fut partag par moiti 
entre les deux Rois. On ne donna par 
confquent la veuve de Dagobert qu'une 
portion gale celle de chacun des hritiers 
du Roi, & elle n'eut mme rien que dans 
ce qui pouvoit tre regard comme d aux 
foins de fon adminiftration. Les Reines 
alors, & nous le verrons encore mieux 
prouv dans la fuite, ne fe regardoient 
point comme trangres au gouvernement 
conomique de la Maifon du Roi. 

Peu de temps aprs ce partage, le vieux 
Ppin mourut regrett de tous les Franois, 
Grimoald fon fils demanda la Mairie. II 
eut un concurrent, ce fut Othon, dont le 
pre avoit t charg de l'ducation du 
Roi, C'toit au plaid dcider entr'eux; 



sur l'Hist. de France. 347 

mais les deux rivaux commencrent par 
prendre les armes. Chacun ralembla les 
amis , fes allis , les troupes de fon dpar- 
tement. Le Duc des Allemands, qui avoit 
embrafc le parti de Grimoald, le dfit de 
ion adverfaire; & les Hiftoriens ne nous 
difent point fi ce fut dans un combat ou 
par des embches fecrettes. 

Grimoald demeura donc matre de la 
Cour d'Auftrafie : les Grands qu'il affembla 
lui donnrent leur fiiffrage. Ils dvoient 
fon pre cette marque de leur reconnoif- 
fance; mais la politique eut aufii fans doute 
quelque part leur choix. Ce premier exem- 
ple de la principale dignit du Royaume 
tranfnife du pre au fils, dut leur faire 
efprer que le Maire lui-mme favoriferoit 
l'hrdit de leurs offices ; on vit du moins 
qu'elle toit poifible. A plus forte raifon fe 
flatta-t-on que les Maires n'oferoient plus 
deflitner perfonne. 

Ce fut donc alors que les grands Magiflrats 
des provinces prtendirent qu'au moins ils 






34-8 ;. Discours 

toient inamovibles , & entreprirent de 
foutenir par les armes cette prtention. 
Radufphe, duc des Thuringiehs, avoit eu 
des dmls frquens avec Adalgife, ce 
Duc du palais qui avoit fait les fonctions 
de Maire en Aufrafie , pendant tout le 
temps que Ppin avoit t en Neuftrie : 
il eut avis que le Confeil de Sigebert 
vouloit lui donner un fuccefTeur, & il mit 
Tes Troupes en campagne ; toutes celles 
d'Auftrafie eurent ordre alors de s'affembler. 
C'toit au nom du Prince , quoiqu'il et 
peine treize ans, que le Maire du palais 
commandoit aux Ducs & aux Comtes de 
faire marcher tout ce qui de voit le fervice 
militaire (a): mais Radulphe avoit des 
intelligences parmi eux, &, dans le vrai, 
il foutenoit la caufe de l'ambition commune. 
La Mairie venoit d'tre regarde comme 
hrditaire, & Ton vouloit deftituer un 
Duc. Il ne faut pas s'tonner s'il y eut de la 

(a) Jujfu Sigeberti omnes Leudes Auflrafiorum in 
ixtrcltu gradkndum bamtifunt* Fred. cap. LXXXYii 



sur l'Hist. de France. 349 

divifion parmi les Chefs de l'arme Royale ; 
elle fut battue, & ce qu'il y eut d'affreux 
pour le jeune Roi, il fut oblig de traiter 
avec l'un des dpolitaires de fon pouvoir. 
Ce funeite expdient lui fut lans doute 
fuggr par fes Miniflres, qui avoient le 
mme intrt que ie rebelle. Radulphe 
protefta, ce que l'on ne manque jamais de 
faire dans ces occafions, qu'il toit un fujet 
fidle , & qu'il regarderait toujours le Roi 
comme fon lgitime matre ; mais celui-ci 
n'en promit pas moins que le duc de 
Thuringe ne feroit jamais dpouill de fa 
dignit, & depuis ce temps-l >% Radulphe 
fe conduifit dans fon Duch plutt en 
Souverain qu'en Magiftrat. 

Ainii s'arToiblilbit l'autorit Royale en 
uftrafie. Se confervoit-elle mieux la 
cour du jeune Ciovis ? -/Ega, qui avoit 
d'abord gouvern fous fon nom, toit mort 
la troiflme anne de fa rgence ; fon fuccef- 
feur Erchinoald fut nomm par l'affemble 
des Grands, Ce que Ciotaire II avoit pei'mis, 



3 5 J-' A Discours 

majeur, fut, plus forte raifbn, jug indif- 
penfabe fous un Prince enfant; & les acles 
rpts achevrent de confirmer le droit du 
plaid, compof alors de gens qui pou voient 
s armer pour le dfendre. Les Bourouicmons 
qui, fous Clotaire , avoient renonc au 
droit d'avoir un Maire, prtendirent y 
rentrer fous la minorit de fon fuccefleur. 
Nantiide mena fon fils Orlans o elle 
avoit convoqu iaflmble des vques & 
des grands Magiftrats de Bourgogne ; elle 
fut ies gagner par les carefles, & les dter- 
mina choifir ce Flaochat, dont j'ai dj 
parl dans ie Difcours prcdent, & auquel 
eife fit poufer fa nice. 

On retrouve par- tout, cette poque, 
fefprit gnral qui anima la Magiftrature; 
elle voulut fe mettre l'abri de ce pouvoir 
arbitraire dont on avoit tant abuf : les 
minorits leur en fournifbient l'occafion. 
Le Roi ne pou voit difpofer des emplois, 
caufe de fon ge. Il paroifoit dur aux 
Grands, qui faifoient le Maire, de le voir 



sur l'Hist. de France. 3 5 1 

enfuite, au nom d'un Prince dont il toit 
l^v matre, ter les charges ceux dont ii 
ne le croyoit pas aim, & les donner 
fs favoris. Ils exigrent de Fiaochat qu'il 
leur donnt la parole de ne jamais les 
dpouiller de leurs offices; il le leur jura, 
8c configna fa promette dans des lettres 
circulaires qu'il leur crivit (b). L'auteur 
de la Chronique attribue Frdgaire, 
ctoit Bourguignon, 8c ne nous inftruitque 
de ce qui fe paffa dans fa patrie ; mais il 
parot certain que les mmes flipulations 
eurent lieu, & furent excutes dans les 
autres tats de la France (c); Se de ce 
moment , tous les Ducs ck les Comtes purent 
impunment opprimer les peuples de leurs 
dparte mens. 

(b) Flaochatus cwilis Ducibus Bwgundi feu & 
Pontificibus per epifolam eam <tf facramentis firmavit 
unicuique gradum honoris iX dignitatem feu amicitiam 
per pet uh confervare. Fred. Cr. cap. LXXXIX. 

(c) Frdgaire nous apprend qu'Erchinoald maire de 
Ncuftrie, & Fiaochat maire de Bourgogne, furent ton- 
jours unis, z fe conduilirent par les mmes principes. 



352 /./ Discours 

Tout fut perdu, lorfqu'il ne fut plus 
poiibie de punir les dpofitaires du pou- 
voir; car l'autorit ne fe dfendant plus 
par les loix, fut plus que jamais rduite 
employer la violence : je nen rapporterai 
ici qu'un exemple; mais on peut imaginer 
tous les autres. 

La Bourgogne, comme nous lavons dj 

rappel fouvent, avoit conferv l'ancien 

office de Patrice, qui donnoit un trs-grand 

pouvoir celui qui en toit revtu. Celui 

qui toit alors titulaire de cette dignit, fe 

nommoit Vlkbad ; il toit ha du Maire, 

auquel (ans doute il difputoit plufieurs 

prrogatives. Fiaochat vouloit le perdre; 

mais il ne pou voit, aprs fon ferment, lui 

faire ter fon emploi; & ce Patrice, qui 

avoit dans Ion dpartement & des Officiers 

& des Troupes , toit en tat de braver 

les dcifions du plaid & les ordres du 

Prince. Le Maire indique une affemble 

Anne* 641* Chlons pour le 10 mai: le Patrice eft 

oblig de s'y rendre ; mais , averti des 

deflins 



sur l'Hist. de France. 353 

defleins que i on avoit contre lui , il vient 
en forces, fe tient fur fes gardes, & refufe 
mme d'entrer au palais, o il fait que le 
Maire compte le faire aflffiner. 

Flaochat furieux fe met la tte d'un 
dtachement , & l'attaque dans les rues 
mme de la ville. Le combat s'engage; 
mais le Patrice fe dfend avec courage. 
Le frre du Maire arrive pour fparer les 
deux partis, & Villebad fort de la ville, 
bien convaincu que l'on er veut fa vie. 

Au mois de feptembre fuivant, le maire 
de Bourgogne s'y prit avec plus de prcau- 
tions & de perfidie. La reine Nantilde toit 
morte. Erchinoald, maire de Neuflrie , 
difpofoit de la perfonne du jeune Roi ; 
celui-ci, de concert avec Flaochat, mne 
ce Prince en Bourgogne: la Cour, aprs 
avoir fjourn Sens & Auxerre, vient 
Autun. Le Patrice ne pou voit fe dif- 
penfer de fe rendre auprs du Roi : il y 
fut de plus mand ; car dans toutes les 

villes on tenoit le plaid , on recevoit les 
Tome IV, Z 



354 J- Discours 

plaintes, on rendoit, ou on feignoit de 
rendre juftc* 

Viltebad n'ignoroit. point les projets 
fanguinaires que Ton mditoit contre lui , 
& il favoit de plus qu'Amalbert auquel il 
avoit d fon faiut Chlons, i'avoit aban- 
donn : il vient cependant, mais accompagn 
des vques & des Grands, & mme de 
toutes les Troupes qu'il avoit pu rafmbler. 
Les deux Maires veulent le rafurer ; ils lui 
dpchent un homme de la maifon du Roi, 
qui vient laflirer de la part de ce Prince, 
qu'il n'a rien craindre. Villebad feint 
de le croire, comble de prfens celui qui 
lui apporte cette nouvelle, s'avance aprs 
ur, & fait camper la petite arme afTez prs 
d'Autun , o il envoie devant lui l'vque 
de Valence & le comte Gizon, chargs 
d'obferver tout ce qui fe paf. Les deux 
miflires font retenus ; & lorfque les Maires 
favent que le Patrice n'en 1 pas loin, ils 
fortent avec leurs Troupes, & emmnent 
avec eux celles de tous les Grands qui 



sur l'Hist. de France. ^$5 

ctoient avec eux dans la viiie. Le combat 
s'engage entre la petite arme de Villebad 
& les dtachemens qui toient aux ordres 
s Maires & d'une partie de leurs conf- 
drs; car il y en eut quelques-uns parmi 
ceux-ci, qui ne voulurent pas que leurs 
Troupes s'braniaiTent , &qui, tant demeu- 
rs fpectateurs du combat, fe contentrent 
de piller le camp aprs la bataille. Le parti 
du Patrice fut entirement dfait, & il fut 
lui-mme perc de coups. Le lendemain de 
ce combat, Flaochat fortit d'Autun pour 
aller C huions ; mais il y tomba malade, 
& mourut onze jours aprs. 

L'ufage n'toit point encore alors que 
Ton fe rendt au plaid dans tout cet 
appareil de guerre ; & la preuve en 
eft que la Cour connut au cortge du 
Patrice , qu'il toit averti , & envoya 
pour le raflurer. Lui-mme avoit prvu 
ce qui l'attendoit , la multitude de 
gens arms dont les Maires toient 
fui vis : eft - il tonnant , aprs cela 



Lx If 



356 j" e Discours 

que les Ducs & les Comtes fe foient 
accoutums ne venir FaflemMe qu'ac- 
compagns de tous ces Officiers infrieurs 
qui toient leurs ordres , & toujours prts 
les dfendre ? Sera-t-on furpris de voir le 
Confeii fuprme de la Monarchie, devenir 
peu--peu un camp toujours en proie aux 
alarmes , & fou vent enfanglant par Ja 
licence l 

Je ne garantis point ici toutes les cir- 
conftances que Frdgaire joint fon rcit, 
& dont j'ai cru mme devoir fupprimer 
quelques-unes; mais ne fommes-nous pas 
en droit de conclure du fimpie narr des 
principaux faits, que Je temps dont il a 
recueilli les traditions, fut pour la France 
un temps de trouble & de malheurs , 
dans lequel l'autorit ne connoiflbit d'autre 
moyen de fe faire obir que la violence, 
& ne fervit que trop fouvent la perfidie 
des vengeances particulires? Sous ce Gou- 
vernement arbitraire & foible, c'toit bien 
peu de chofe que le lien qui et d attacher 



sur l'Hist. de France. 357 

les citoyens la patrie. La force publique 
toit dans les confdrations. Tel fut ftat 
de la Monarchie franoife , fous les mino- 
rits qui fuivirent le rgne de Dagobert; 
ia nature de ce pouvoir militaire & civil, 
dont les Grands toient alors revtus , 
dut changer le Gouvernement; elle l'et 
dtruit , fi , comme nous le verrons bientt , 
il ne fe ft lev un grand -homme qui 
fentit que , pour l'intrt de fon ambition , 
il toit ncefire de conferver l'ancienne 
conftitution. 

Des deux Princes fous le nom defques 
trois Maires du palais gouvernoient alors 
la France , Sigebert mourut le premier ; Vers l'an 
Monarque entirement domin par fon 
Miniftre, & fervilement dpendant du 
maire Grimoald, qu'il ofa lui promettre 
d'adopter fon fils , fi la Reine n'en avoit 
aucun. 

Il eft trs-incertain s'il en laifa un aprs 
lui : nos Hiftoriens affurent que Grimoald 
continua de gouverner; il l'et pu , comme 

rJ 

L u) 



3 5 S j. me Discours 

Magiflrat fuprme d' Au (trafic, en fiippo- 
Jant mme qu'il et reconnu l'autorit de 
fon lgitime Souverain , qui toit alors 
Clovis II. 

Mais on prtend qu'il tenta de mettre la 
couronne fur la tte de fon propre fils; je 
n'en vois aucune preuve afiez claire : ce qui 
parot trs-certain, c'eft que peu de temps 
aprs, Clovis II tant mort lui-mme, 
a France fut partage entre deux en fans 
de ce Prince, tous deux en bas ge. Cio~ 
taire III, l'an, fuccda au trne de Bour- 
gogne & de Neuftrie : le fcond, nomm 
Childric, fut roi d'Auftrafie. Le maire 
Erchinoald, qui fe trouve auiTi nomm 
Archambaud, conduifit lui-mme ce jeune 
Prince Metz, Sl diffipa la faclion de 
Grimoald, foit que celui-ci ne voult que 
conferver la Mairie, foit qu'effectivement 
il et t allez infenfe pour fe flatter de 
faire rgner fon fils. Le dernier des enfans 
de Clovis II nomm Thierry , toit encore 
il enfant , qu'on n'imagina pas mme de 



sur l'Hist. de Fra nce. 359 

lui affigner de part dans les Etats de 
fon pre. 

Tons ceux de nos Auteurs qui, dans les 
derniers ficles, avoient travaill fur notre 
hiftoire, n avoient point donn Sigebert 
d'enfant qui lui et furvcu. Un Savant a 
cru dcouvrir, dans la fuite, un fils de ce 
Prince, auquel ii donne le nom de Dago- 
bert III; mais la feuie autorit qu'il cite 
en fa faveur, eft la vie de S. Wilfrid, 
vque Anglois , crite par un anonyme 
dans un ficie de beaucoup poftrieur. 
Comme le P. Daniel & M. le Prfident 
Hnault ont plac ce Dagobert III au 
nombre de nos Rois fur la foi de cet unique 
tmoignage, i eft nceflire de rapporter 
ici les aventures que lui prte le feul 
Ecrivain fans lequel nous aurions toujours 
ignor fon exiftence. 

Si on l'en croit , Grimoald s'empare de 

cet enfant qui navot que huit ans; & ne 

voulant point s'en dfaire par des voies 

violentes, il a recours Dudon, vque 

Z iv 



360 j. me Discours 

de Poitiers, qui, quoique proche parent 
du dernier Roi, a la complaifance de couper 
les cheveux de Dagobert, & de le conduire 
enfuite lui-mme dans l'le d'Hibernie, o 
il le laide manquant de tout. Ce malheureux 
Prince erre long- temps dans les forts ; 
enfin il rencontre S. 1 Wilfrid, qui, touch 
de compaffion fur (on fort, a la chant de 
l'emmener en Angleterre, d'o, piufieurs 
annes aprs, il le fait repafler en France. 
Childric, qui y rgnoit, veut bien alors 
lui cder une partie de fes tats, On lui 
donne quelques annes de rgne ; on lui 
fait recevoir en France l'vque Anglois 
fon protecteur perfcut par le roi d'Angle- 
terre, Sl lorsqu'on ne fait plus que faire 
de ce Prince inconnu, on fuppofe qu'il fut 
aflaffin. Tout ce rcit femble avoir t 
uniquement imagin pour embellir la vie 
de S, Wilfrid ; mais comme tous nos 
anciens Auteurs , qui fans tre abfolument 
contemporains, font nanmoins beaucoup 
plus voiins du temps o ces vnemens le 



sur l'Hist. de France. 361 

font patins, ne cifent pas un mot de ce 
Dagobert qui dut la vie & le trne un 
Saint Anglois, je ne me ferai point fcrupule 
de le retrancher de la lifte de nos Souverains, 
dans laquelle on ne voit pas, en effet, 
qu'il figure beaucoup. 

Le fils de Grimoald, foit qu'il et voulu 
tre Roi, foit qu'il et donn aux Maires 
de Neuftrie Se de Bourgogne d'autres fujets 
de mcontentement, fut arrt, mourut en 
prifon , & les deux fils de Clovis II mon- 
trent en mme temps fur le trne. 

Clotaire III , l'an, n'avoit que cinq ans. 
Eft-il tonnant que la licence de la Nation, 
ne de la tyrannie mme des premiers 
Rois, ait alors cherch donner des entraves 
l'autorit de leurs fucceifeurs ? 

Les loix de la Monarchie aifuroient a 
couronne la defeendance de Clovis : mais 
quelle force pouvoient avoir les loix, 
lorfque tout le pouvoir militaire toit entre 
les mains des Magiflrats, & lorfqu'ils fe 
croyoient en droit de fe donner un Chef, 



* 



362 j. me Discours 

qui par eux fe trou voit ie matre du 
Royaume ? 

Ces loix de la fucceffion furent cependant 
refpecles cette poque. Le Maire du 
palais toit ie matre ; il avoit fes ordres 
tous les pouvoirs intermdiaires ; il difpofoit 
des Troupes : mais on toit bien loign de 
le regarder comme propritaire de l'autorit; 
il et rvolt toutes les cits ; il fe ft perdu 
dans l'efprit de la Nation , s'il et of dire 
nous nous pfferons d'un Roi, 

La Reine-mre, veuve de Clovis II, 
toit Baltide. Ne dans la Grande-Bretagne 
de parens Saxons , vendue enfuite en 
France, elle avoit t efclave du maire 
Erchinoald ; fa beaut l'avoit leve fur le 
trne ; fa figefle lui donna l'autorit fous 
la minorit de fes enfans. 

Cet Erchinoald qui avoit eu fes raifons 
pour faire poufer fon affranchie fon 
Souverain , mourut peu de temps aprs lui. 
Le plaid s'affembla ; & cet broin qui fut 
enfuite fi maltrait par les Grands, runit 



sur l'Hist. de France. 363 

leurs fufTrages aux vux de la Reine : il 
obtint ia premire dignit du Royaume. 

Cet homme clbre fe trouve dcri par 
la plupart de nos Hiftoriens; ils lui repro- 
chent fes intrigues & fa frocit. Il efl 
certain qu'il efuya les plus cruelles difgraces; 
mais je ne fais Ton doit ajouter une foi 
aveugle aux imputations dont le chargent 
les Ecrivains qui nous ont tranfmis les 
faits de cette poque. Ce qui me mettroit 
un peu en dfiance, c'eft qu'elles ont t 
toutes prifes dans la mme fource ; dans 
la vie de S. Lger , vque d'Autun , com- 
pofe par un religieux de fon monaftre : 
or on doit fe rappeler que l'Evque & le 
Maire furent deux Miniflres qui coururent 
ia mme carrire, & qui, divifs d'intrts , 
furent prefque toujours ennemis. Les pan- 
gyriftes de S. Lger, ne pou voient certai- 
nement faire l'loge de fon rival. 

Ce que je vois, c'eft qu'Ebroin eut 
rprimer, fous un Prince enfant, des Grands 
ambitieux & remuans , c\qs Magiftrats qui 



364 j"' Discours 

fe croyoient les matres du Royaume , 
parce que jufque-l le Maire leur avoit 
tout accord. Pour les rduire, il crut 
devoir les tonner. Auffi injufte queux, 
dans la fuite , il montra du moins plus de 
gnie que la plupart dentreux, & dans 
certaines ocGafions trs-difficiles, fon audace 
mme fut un trait de prudence; en voici 
un exemple. 

Clotaire III meurt, g au plus de douze 
ans. On fait peu de chofe des vnemens 
de fon rgne, & je dirai dans un moment 
ce que l'on en peut dcouvrir de moins 
incertain travers les fables de cette poque. 
Ebroin fait que les Miniftres d'Auftrafie 
intriguent pour rendre Childric matre 
de la totalit du Royaume. Cependant le 
troifime des enfans de Clovis toit demeur 
fans partage , & n toit pas fans droits. Le 
Ann, 670. Maire du palais le place fur le trne : il lui 
prte ferment lui-mme; il le lui fait prter 
par tous ceux qui fe trouvent la Cour du 
feu Roi; & loin de convoquer les Grands, 



sur l'Hist. de France. 365 

dont il favoit que ia plupart toient gagns 
par les Auftrafiens , il mande de la part 
du nouveau Roi ceux qui toient dj 
monts cheval fous prtexte de venir lui 
faire leur cour, qu'ils aient retourner 
chez eux. 

Je fais qu'on leur fit entendre que c'tot 
une atteinte donne leurs droits, & que 
ce prtendu attentat fut reproch au Maire 
du palais par les rvolts qui chafsrent 
Thierry: dans le moment tout Je monde 
obit , & ia fermet impolante d'Ebroin 
plaa le jeune Thierry fur un trne 
o il ne put dans la fuite, le maintenir , 
mais o ce Prince ne ft pas mont , 
fi le Maire et paru craindre. J'aime un 
Miniftre qui , lorfque les principes fe cor- 
rompent , a le courage de lutter contre le 
torrent des opinions , & de ramener la 
Nation la rgle. Tous ces Grands s'ima- 
ginoient dj que le Prince ne devenoit 
Roi que par leur proclamation. Ebroin leur 
rappela une vrit fondamentale, dont, fous 



366 j. Discours 

les fils & petits-fils de Clovis, on n'avot 
jamais dout; c'eft que la naiflnce donnoit 
au trne un droit abfolu & indpendant 
du vu des Magiftrats. Si cette loi de 
l'hrdit pouvoit tre mconnue, la nce 
fit o les peuples fe trouvrent de fe 
foumettre cette fuite d'enfans fous le 
nom defquels ils furent gouverns depuis 
Clotaire II, en feroit la preuve la plus cer- 
taine, Ebroin, appuy fur la conftitution, ne 
fuppofe ni le doute, ni la rfiftance. On a 
fait une injuftice Thierry; il la rpare. 
Ce Prince n'a pas befoin des fufrages 
des Grands: Ebroin s'en paffe; il dit aux 
peuples : C'efl un enfant, mais c'eft votre Roi. 

II eft vrai que fous ce Roi enfant , 
le Maire vouloit gouverner ; mais celui 
d'Auftrafie ne gouvernoit-il pas auffi fous 
le nom d'un autre enfant l Dai S l'tat o 
toient les chofes , l'ambition des Maires 
du palais dcidoit de tout , & celle d'Ebroin 
avoit au moins pour elle les loix de la 
Monarchie. 



sur l'Hist. de France. 367- 

Ces loix, j'en conviens, ne furent pas 
les plus fortes. Les Grands d'Auftrafie ne 
vouloient que fervir ies vaft.es projets de 
leur Maire ; les Grands de Neufrie Sl de 
Bourgogne toient mcontens du leur, qui 
ne vouloit pas les laiffer vivre dans i'ind- 
pendance : Ebroin dut paffer pour dur, puif 
qu'il toit ferme. La reine Baltidequi s'toit 
retire dans fon monaflre de Chelles, 
n'toit plus la Cour, pour temprer par 
(a douceur la rigueur des ordres du Gou- 
vernement. Les intrigues des Auftrafiens 
prvalurent & affairrent les Magiftrats 
Neuftriens du fuccs de leur rvolte. S, 
Lger lui-mme, qui jouiffoit alors de la 
plus haute confidration , ne fut ni allez 
mnag par le Maire, ni peut-tre afTez 
courageux ou affez dfintrefle pour ofer 
lutter contre le torrent (d). Les Grands de 
Neuftrie & de Bourgogne fe foulevrent. 
Le maire d'Aufrrafie fit marcher ie Roi & 



(d) L'auteur de fa Vie convient qu'il favorifoit le 
parti de Childric. 



368 j.r Discours 

toutes ks Troupes : mais ce qui parot faire 
Iapologie d'broin , c'en: que ce ne fut pas 
feulement contre lui qu'on fe rvolta ; ce 
fut contre fon matre: Jufque-l, dit le 
P. Daniel (e), les Maires du palais avoent 
conserv l'autorit , en gagnant amiti des 
Grands ; celui-ci les maltraita, & ils ne purent 
fouffrirfa tyrannie. Ne pourroit-on pas dire 
galement que les prdcefleurs d'Ebroin 
favorisrent la licence des Grands pour 
dpouiller le Prince, & que celui-ci s'attira 
leur haine, en s'efForant de les rduire? 

Quoi qu'il en foit, le jeune Thierry fut 
dtrn, & le Minifre, fon bienfaiteur & 
(on appui, deilitu de fes charges. L'un & 
l'autre eurent les cheveux coups : cette 
humiliante crmonie fe faifoit alors par 
les Miniftres de l'glife : celui qui i'avoit 
fubie toit ordinairement envoy dans un 
Monaflre, & peut-tre mme toit-ce l 
qu'on la lui faifoit efluyer. Thierry fut 
enferm dans celui de S. T Denys, & fon 

j 

" 1- 1 11 1 1 - i n H-J l_j I m 1 ii m-^^m 

(e) Tome II, page }/. 

Maire 



sur l'Hist. de France. 3 69 

Maire envoy Luxeuif. Ce jeune Prince 
et pu juftifier les efprances d'broin , 
s'il toit tei que nous le reprfente l'Auteur 
mme de la Vie de S. Lger, qui ne peut 
tre fufpecl. Childric fon frre an, pro- 
clam Roi de toute la Monarchie, ie pria 
de lui demander tout ce qui pourroit 
adoucir fon malheur : Je ne vous demande 
rien, rpliqua le malheureux Prince; mais 
j'attends de Dieu la vengeance. 

Les rbelles, en difpofant de la couronne 
de Neuftrie, mettoient en quelque faon, 
dans leur dpendance le Monarque qui 
ils en faifoient prfent; & voil comme 
toutes les injuftices du Prince deviennent 
meurtrires pour fon autorit. Cependant, 
dans des circonfances auffi favorables 
leur indpendance, on voit les Grands de 
l'Etat rendre le tmoignage le plus (blennel 
la conftitution Monarchique & au pouvoir 
abfolu du Souverain. Childric venoit d'tre 
proclam Roi dans un plaid gnral des 

Evques & ds grands Magflrats des 
Tome IK A a 



370 j,* f Discours 

royaumes de Neuftrie & de Bourgogne. 
Avant que de fe fparer, ils lui prfentrent 
des requtes ; & Ton fent ce qu'toient les 
humbles demandes d'une multitude arme, 
qui venoit de placer fur le trne le matre 
auquel elle s'adreffoit. Cependant cette 
forme de requte, dans un moment o 
Ton pou voit exiger des conditions , prouve 
qu'alors mme la Nation reconnoiilbit que 
le pouvoir d'ordonner appartenoit au Roi 
feul. Auffi fut-ce Childric qui, fur les 
plaintes des Grands ks fujets, promit de 
faire examiner & de rendre juftice. Cet 
examen fe fit fans doute fous les yeux du 
Maire, qui fongeoit plus encore aux intrts 
de fa place , qu' ceux de la Nation ; mais 
au moins c'toit au Roi que l'on s'adreflbit, 
& c'toit lui feul qui rpondoit. 

Voici quelles furent les demandes de 
ce plaid clbre qui venoit de couronner, 
Childric. 

i. On le fupplioit de vouloir bien cafler 
& rvoquer quelques Ordonnances qui 



sur l'Hist. de France. 371 

avoientt faites dans les trois Royaumes, 
& qui toient contraires aux anciennes Cou- 
tumes. L'afTemble entire reconnot que 
le Roi feul a le pouvoir igiflatif; car, s'il 
n'appartient qu' lui de rvoquer les loix, 
lui feul a le droit de leur donner la force 
& la fonction. Si la Nation et eu cette 
autorit, (es Chefs avoient ici les armes 
la main ; ils pouvoient fe regarder comme 
fes reprfentans ; ils toient aflembls de 
l'aveu & avec la permiffion d'un Roi qui 
leur de voit tout: pourquoi n'et -elle pas 
elle-mme rvoqu des rglemens dont 
elle avoit fe plaindre ? 

2. On prioit le Roi d'ordonner que les 
Comtes & tous les autres Magiftrats fe 
conformaflent , dans leurs jugemens, aux 
anciennes loix & aux ufages des trois 
Royaumes. 

3. On propofoit que les Ducs & les 

Comtes demeuraient toujours attachs au 

territoire qui leur toit confi, & ne puflnt 

pafTer un autre dpartement. C'toit une 

A a ij 

v 



3/2 f. me Discours 

manire honnte de demander que ces 
places fuiTent vie , & que le Roi promt 
de ne deftituer perfonne ; mais c'toit avouer 
qu'il en avoit le pouvoir. 

4. Enfin ils demandoient au Roi de 
ne plus mettre entre les mains d'un feul 
homme l'autorit entire & abfolue, afin 
que les Grands n'eufTent plus la douleur 
de fe trouver dans la dpendance d'un 
homme leur gal , ck puffent tous galement 
afpirer aux dignits. 

C'toit-l fans doute vouloir donner des 
bornes l'autorit des Maires du palais , 
& non folliciter la fuppreffion de leur 
dignit. Aufi l'aflemble nomma-t-elle pour 
maire d'Auflrafie le duc Wulfoade; chofe 
fingulire , & qui prouve quelle ide on 
avoit encore de l'autorit du Souverain ! 
Les Grands alTembls fe regardrent comme 
en droit de nommer la premire dignit 
du Royaume; mais comme, dans l'exercice 
de fon pouvoir, cette dignit toit imm- 
diatement fubordonne au Roi feul, ils ne 



sur l'Hist. de France. 373 

crurent point qu'il leur ft permis de donner 
au Maire des entraves qui euflnt gn le 
Monarque. Ce n'eft pas certainement dans 
ces temps de troubles, que nous chercherons 
des principes & des rgles ; mais qu'il nous 
foit permis d obferver qu'alors mme le 
Gouvernement, fi altr, fi dgrad, n'toit 
rien moins qu'une Rpublique. 

Ebroin venoit d'tre chafT : fut-il rem- 
plac dans ks offices! On voit l'vque 
d'Autun, S. 1 Lger, la tte du Gouver- 
nement des royaumes de Neuftrie & de 
Bourgogne. Quelques Auteurs ont cru qu'il 
avoit t Maire du palais; mais ils n'ont 
pas fait rflexion qu'un office qui donnoit 
le commandement des Troupes, n'toit pas 
compatible avec le titre d'Evque. Il ef 
plus vraifemblable que tant que S.* Lger 
jouit de la faveur du Prince & de tout le 
crdit d'un premier Miniftre, il n'eut garde 
de demander que l'on nommt la charge 
de Maire. Les magiftrats Neuflriens & 

Bourguignons ne le demandrent pas non 

A a iij 



374 5 e Discours 

plus : preuve vidente que S. 1 Lger fut 
un Miniftre jufte, modr & bienfaifant. 
Il a voit t l'un de ces Grands qui avoient 
demand au Roi qu'il ne confit perfonne 
ce pouvoir exorbitant dont l'afTemble 
croyoit qu'Ebroin avoit abuf; & comme 
on ne voit point, aprs celui-ci, de Maire en 
Neuftrie, il eft vraifemblable qu'elle obtint 
ce qu'elle avoit fouhait. 

L'vque d'Autun ne pouvot fe rendre 
agrable aux Grands , fans mcontenter un 
Prince jaloux & violent. Childric, livr 
fes paffkns, n'coutoit qu'avec impatience 
les reprientations du Prlat : l'intrigue & 
les flatteurs firent le refte. La Cour d'Auf- 
trafie mena le Roi Autun; on eut foin 
de lui rendre l'Evque odieux ; on lui 
imputa des liaifons fufj3ecT:es. S. Lger 
fentit qu'il toit perdu , & quitta la ville : 
il fut arrt. On affembla des Evques; 
& le Roi, qui vouloit fe dfaire d'un 
Miniftre importun, lui fit faire fon procs. 
II fut auffi relgu au monaftre de Luxeuil. 



sur l'Hist. de France. 375 

infi fe trouvrent runis & renferms 
dans la mme retraite, deux rivaux qui 
n avoient jamais pu s'accorder ia Cour. 
L'auteur de la vie de S. Lger prtend 
que la difgrce les rconcilia, & qu'ils fe 
tmoignrent Luxeuil une confiance en- 
tire & rciproque ; mais on peut douter 
de cette intimit : il effc du moins certain 
qu'elle dura peu. 

Childric , dlivr des confeils de S.* 
Lger , n'couta plus que l'ivrefle du 
pouvoir arbitraire. Les affaires publiques 
toient entre les mains du Maire. Les 
violences particulires que ce Miniftre 
n'ofoit empcher, excitrent un mconten- 
tement gnral. Un homme difiingu la 
Cour par ks places, eut le malheur de 
dplaire au Prince : attach un poteau 
comme un efclave , il reut mille coups 
par fon ordre. Ce Franois outrag aflembla 
& n'eut pas de peine runir des conjurs 
& des complices. Le Roi, pafnt dans la 

fort de Livry prs de Chelles, fut attaqu 

Aa iv 



376 > Discours 

& prit avec la Reine & i'un de fes enfans : 
il ne fut ni regrett, ni veng. 

Sa mort fut fui vie de tous les dfordres 
de l'anarchie. Les Grands fe menaoient, fe 
liguoient, fe battoient. Le maire Wulfoad 
n'avoit ni affez de gnie ni atfez de courage 
pour les runir. Le peuple toit fans pro- 
tecteur, & tout le monde jetoit les yeux 
fur Thierry, que Ton avoit dtrn quelques 
annes auparavant 

Ce Prince fort du monaftre de S^Denys, 
afTemble (es anciens ferviteurs dans Je palais 
de Nogent (f) prs de Paris. Les Grands 
viennent de toutes parts lui offrir leurs bras 
& leurs armes. 

Les deux hommes le plus en tat, foit 
de runir, foit de dominer les factions qui 
alloient dchirer la France, toient ces deux 
JVtiniftres difgrcis, qui s'obfervoient 
Luxeuil , comme ils s'toient obfervs la 
Cour. Les intrigues allrent fans doute les 
chercher dans leur retraite, & eux-mmes 

(f) Ce village eft aujourdhui celui de S,* Cloud, 



sur l'Hist. de France. 377 

peut-tre allrent aufil chercher les intrigues. 
Ils n'a voient perdu de vue ni les affaires, 
ni les Courtifans. Chacun d'eux a voit fon 
parti, Tes amis, fes vues, & comptoit fur 
la foibleffe du Monarque qui avoit alors 
befoin de tout le monde. 

L'vque d'Autun fut le premier qui 
quitta fon monaftre : on prtend mme 
qu'il n'attendit pas la mort du Roi pour 
en (ortir. Deux Franois diftingus vinrent 
l'en tirer, & l'emmenrent avec eux. Le 
bon Religieux, auteur de fa vie, conte 
de la meilleure foi du monde, que leur 
intention toit de l'afafhner, & qu'il les 
convertit par ks exhortations. Cependant 
ce fut la Cour qu'ils le menrent, & le 
parti de l'Evque parut fi nombreux 8c fi 
puifant, que Thierry, malgr les obligations 
qu'il avoit Ebroin, fe crut oblig de 
marquer au Prlat la plus grande confiance : 
peut-tre au fil que , (entant fa foibleiTe plus 
que fa reconnoifance , & ne fe croyant 
pas aflez fort pour matrifer ks Miniflres, 



37 8 f* Discours 

il aima mieux fe livrer un Prlat qui lui 
de voit fa fortune, qu' un Maire qui lui 
ayant dj mis une fois ia couronne fur ia 
tte, auroit eu alTez d'audace pour fe faire 
payer fes bienfaits. Leu dfile, intime ami 
de S.* Lger, fut fait Maire du palais. 

Ebroin ne quitta Luxeuii qu'aprs la 
mort de Chiidric , & ne voulut parotre 
ia Cour, que fur d'y remplir la premire 
place ; il avoit vu plus loin que i'vque : 
celui-ci avoit cru gouverner ie Royaume, 
en s'emparant de la confiance du Roi. Le 
vieux Maire fentit que s'il commenoit par 
fe rendre matre de la France, Je Roi, 
quel qu'il ft , feroit ncefairement fa 
crature , & il avoit ngoci avec les 
Auftrafiens, qui ne voyoient qu'avec dpit 
ia fortune du Prlat. 

Ebroin vient donc fe prfenter 
Thierry; ii ddaigne de lui reprocher fou 
ingratitude; mais bientt, fa tte de tous 
les mcontens, il marche en Auftrafie, 
rpand ie bruit de la mort du nouveau Roi , 



sur l'Hist. de France. 379 

& fait proclamer fa place un prtendu 
Clovis, qu'il donne pour fils de Clotaire III. 
Sous fon nom il s'empare du gouvernement, 
aftembie les Grands qui prtent ferment, 
& marche contre Thierry la tte d'une 
nombreufe arme, 

La terreur fit ce que la reconnoiflance 
n'a voit pu faire. Le nouveau Maire difparot. 
S. Lger fe retire dans fon diocfe, qui 
malheureufement fe trouve fur la route de 
fon ennemi. La ville d'Autun eft invertie 
par un corps de Troupes , la tte duquel 
toit un vque de Chlons , autrefois 
dpof pour ks crimes : celui-ci eft charme 
de trouver une occafion de fe venger d'un 
Prlat qui les lui avoit reprochs. S. Lger 
fe livre pour pargner le fang de fes 
diocfains, & a les yeux crevs. 

Dj Ebroin eft aux portes de Paris, 
dont fon arme ravage les environs. Thierry 
eft forc de traiter avec lui ; il confent 
le reconnotre pour Maire de fon palais, 
ou plutt (car c'toit alors la mme chofe ), 



380 j. Discours 

pour maire du Royaume. Les Grands 
afTembls dfrent cette dignit un homme 
qu'ils redoutent ; & matre de l'Etat , il 
publie une amniftie, dont il excepte ceux 
qu'il hait ou qu'il fouponne. On les dfigne 
tous, comme ayant eu part la mort du feu 
Roi, & on leur fait leur procs. L'vque 
d'Autun fut de ce nombre : enferm quel- 
que temps dans le monaftre de Fefcamp, 
il en fortit pour fubir la peine des tratres, 
& il eut la tte coupe. L'imprudence qu'il 
avoit faite de quitter fon monaflre deux 
jours avant la mort du Roi, augmenta les 
foupons du Maire, ou favorifa fa ven- 
geance : j'ai peine croire qu'il ait t 
condamn par une afTemble d'Evques. 
Au milieu des troubles de fa patrie, il 
avoit fans doute defir de pouvoir les 
appaifer. Connoiiant le caractre violent 
d'Ebroin, il avoit cru qu'il toit utile de 
l'carter de la Cour. Ses vues furent droites; 
mais elles furent plutt celles d'un Miniftre 
bien intentionn, que d'un vque qui ne k 



sur l'Hist. de France. 381 

croit redevable qu' l'Eglife & au troupeau 
qui lui eft confi. 

Alors cifparot ce fantme de Prince 
que le Maire avoit montr aux Grands 
d'Auftrafie. Tout eft aiervi , & le Mo- 
narque lui-mme eft condamn n'avoir 
plus d'autre volont que celle de fou 
Miniftre. 

J'ai donn plus haut quelques loges au 
courage de cet homme de gnie , je n'ai 
garde ici de louer fa juftice & fa mod- 
ration. Il ne fongea point ramener les 
Grands par l'eftime de la confiance; il les 
appela rarement au plaid; il craionoit leurs 
mouvemens & leurs brigues; perfuad que 
le nom du Roi lui fuffifbt pour exercer 
l'autorit la plus arbitraire , il mcontenta 
tous les Magiftrats , & la plupart d'entr'eux 
s'loignrent de la Cour. 

Sur les bords de la Meufe vivoit alors 
un Grand dont les talens avoient dj 
brill dans les armes, & dont l'affabilit & 
la bienfaifance gagnoient tous les coeurs. 



382 ;. me Discours 

C etoit Ppin , fils de ce Grimoald qui avoit 
eu tant de crdit fous Sigebert IL Mais 
l'ambition qui avoir perdu (on pre, il 
runiffoit les rares qualits de Ppin- le - 
vieux, Ton grand-pre, qui avoit fu rendre 
chre aux peuples ia dignit de Maire. 

Celui - ci profita des mcontent emens 
qu'excitoient, foit les violences, foit Km- 
prudente fermet d'Ebroin. On ne refpec- 
toit plus une puiffance qui n'avoit t que 
trop fou vent le flau de la libert, dont 
elle n'et d tre que la protectrice. L'au- 
torit , dj dcrdite fous Clotaire 1 1 , 
s'toit avilie de plus en plus : les Grands 
qui nommoient le Magiftrat fuprme de 
tout le Royaume, fe croyoient galement 
autorits, s'il toit oppreffeur, nommer 
celui qui de voit gouverner fa place. 
Ppin fe vit bientt environn d'une foule 
de Ducs & de Comtes qui tous a voient 
des troupes leurs ordres. Ceux qui toient 
dans l'Auflrafie la tte du Gouvernement 
des provinces, le regardrent comme leur 



e 



sur l'Hist. de France. 383 

Chef. Piufieurs Grands de Neuftrie & de 
Bourgogne vinrent fe rfugier auprs d 
lui. Bientt ils furent en aiez grand nom- 
bre pour s'afTembler , & pour lui dfrer le 
titre d'une magiftrature fuprme. lis ne le 
nommrent point Maire, mais duc d' Aus- 
tralie. Ce titre ne dfignoit qu'un grand 
office Subordonn au Roi , & auquel toient 
attachs i'adminift ration gnrale & le pou- 
voir militaire dans une province. 

Nous avons vu qu'on ne pou voit l'exercer 
fans les provifions du Prince: mais depuis 
que les Grands toient en droit d'lire , 
ils croy oient que leur Suffrage de voit forcer 
rinftitution & les Lettres du Monarque. Ils 
regardrent donc Ppin comme leur Chef, 

s 

au mme titre qu'Ebroin toit celui de la 
Magiftrature de Neuftrie & de Bourgogne, 
& pour forcer le Prince lui faire expdier 
les provifions qui lui toient refufes , ils 
rfoiurent de lui faire la guerre. Ppin ne 
fe regarda que comme le premier Magiftrat 
d'Auftrafie ; il reconnoifibit l'autorit de 



384 5 Discours 

Thierry; mais il ft ce qu'ont fait, depuis 

lui, la plupart de ceux qui ont lev l'tendard 

de la rvolte; ce ne fut point au Roi qu'il 

prtendit faire la guerre, ce fut au Miniltre 

qui i'empchoit de (e conformer aux loix, 

en accordant des provilions devenues n- 

cefires par le choix de l'affemble des 

Maoridrats. 

Anne 67g* Arrtons-nous cette poque , o une 

rvolution plus extraordinaire que celle 

qui avoit rendu Ebroin premier Miniftre 

de Thierry, va porter les derniers coups 

la Maifon de Clovis. Ici, proprement 

parler , commence le rgne de celle de 

Ppin , dont la Providence fe fervit & 

pour rtablir le Gouvernement franois, 

& pour venger les excs qui en a voient 

altr la conflitution. 

Avant que de nous livrer aux rflexions 

fiir les faits , voyons fi dans les Etats 

trangers quelqu'vnement important put 

influer fur les affaires du royaume. 

Dans l'efpace de quarante ans que nous 

venons 



sur l'Hist. de France. 385 

venons de parcourir, la France, quoique 
dchire par des faclions inteftines, toit 
encore redoutable (es voifins ; il n'y avoit 
de foible que l'autorit du Prince. Mais 
fous les ordres des Maires du palais, cette 
fuite graduelle de Chefs, dont l runion 
pouvoit fur le champ raffembler des armes 
formidables , fuffifoit pour en impofer aux 
Puiflances trangres. Les Lombards toient 
la feule Nation dont le Gouvernement 
franois et intrt d'obferver les dmar- 
ches ; mais loin d'avoir redouter fon 
ambition , nos Rois furent obligs de venir 
fon fecours. 

Ce fut en effet fous le rgne des enfans 
de Dagobert I e ', que les hiitoriens Lom- 
bards placent la clbre hiftoire de Pertarite. 
Aribert, roi d'Italie, avoit laiff deux enfans, 
dont ce Prince toit l'an; Godebert, le 
fcond, devoit partager avec lui les pro- 
vinces , & l'on fait combien dans cette 
Nation la puifince Royale avoit alors befoin 

de ces Chefs intermdiaires, qui depuis 
Tome IV. B b 



3 86 j. me Discours 

long -temps devenus prefque indpen- 
dans, s'toent donn un Chef plutt qu'un 
Matre. Godebert, qui craignoit l'ambition 
de fon frre an, voulut avoir dans fon 
parti le plus puifint d'entr'eux ; il eut 
recours Grimoald , duc de Benevent : 
celui-ci vint effectivement fon fecours, 
dft Pertarite ; mais immola enfuite le 
jeune Prince lui-mme, & s'empara de 
tout ie Royaume. Pertarite, chaff par ce 
rebelle, fe rfugie chez les Avarois. Ces 
peuples taient vraifemblablement difpofs 
le rtablir. Grimoald crit leurs Chefs, 
& les menace de fondre fur leurs tals, 
s'ils ne renvoient le Monarque dtrn. 

Alors Pertarite au dfefpoir eil invit 
compter fur la gnrofit du vainqueur; 
il vient fe foumettre lui; & Grimoald, 
en s'afurant de fa perfbnne, affecte de 
le traiter avec tous les gards ds fa 
naifance. 

Il toit impoffible qu'aucun des anciens 
fujets de Pertarite ne plaignt fon malheur, 



sur l'Hist. de France. 387 

& ne defirt d'tre porte de le fecourir. 
Le malheureux Prince, devenu bientt 
fufpect i'ufurpateur qui fonge s'en dfaire, 
eft averti que l'ordre efl donn de l'aflffiner. 
A laide de quelques domeftiques fidles, 
il fe fauve du palais o il toit gard; & 
aprs avoir chapp mille dangers, il vient 
en France folliciter l'alliance des Prince* 
qui y rgn oient. 

L'Hiftorien ne les nomme pas ; mais 
l'poque o il place cet vnement, ne 
nous permet pas de douter qu'il ne fe foit 
pafle fous Clotaire III & fous Childric 
Les Maires du palais faifirent avec joie 
cette occafion de runir les faclions. On 
fit parler une arme en Italie ; mais elle y 
fut dfaite, & il ne parot pas que l'on ait 
fait de nouveaux efforts pour rtablir le 
Monarque Lombard. Grimoald mme ayant 
dans la fuite fait un trait avec la France, 
le Prince dtrn fut oblig de fuir en 
Angleterre, d'o il ne revint qu'aprs la 
mort de I'ufurpateur. Rappel alors par ks 

Bbij 



388 ;. Discours 

anciens feudataires, il remonta fur le trne 
de fon pre. 

II n'toit pas tonnant que le Gouver- 
nement Franois crt devoir acheter la 
paix de Grimoald, & prt peu cur les 
intrts d'un Monarque tranger; on fait 
dans quel mouvement les changemens de 
rgne, l'ambition des Maires, les intrigues 
des Grands tenoient alors le Royaume. La 
rvolution s'avanoit grands pas ; quelques- 
uns mme la fouhaitoient : car l'ternelle 
fervitude du Prince et t la honte d'une 
Nation fire, qui aimoit mieux changer 
de Souverains que de les voir avilis pour 
jamais. La Maifon de Ppin n'toit pas 
encore fur le trne : celle de Clovis avoit 
cefT de rgner. 

Nous avons vu, ds le commencement 
de la Monarchie , avec quelle tyrannie 
nos Rois a voient trait les Officiers de 
leur Maifon; eufent-ils pu prvoir alors 
que l'un de leurs premiers domeftiques 
deviendroit un jour le matre de leur 



sur l'Hist. de France. 389 

poflrit & le Souverain de leurs tats! 
Si les Rois pou voient envifger de loin 
les fruits amers de leurs premires foiblefles, 
que de malheurs ils viteroient leurs 
peuples ! que de honte ils pargneroient 
leurs defcendans ! Lorfque livrs dans l'in- 
trieur de leur palais TivreiTe des plaifirs, 
ils fe dchargeoient fur leurs Miniftres des 
travaux de la Royaut ; lorfque coutant les 
confeils de la fduclion & les fuggeflions de 
la flatterie, ils ne regardoient leur pouvoir 
que comme un moyen de multiplier leurs 
jouiflances , ils forgeoient leurs propres 
chanes, ils creufoient ds-lors l'abme o 
ils dvoient tre prcipits. Quiconque eft 
une fois devenu ncefire fou matre, 
eft bientt fur de le dominer. Un Prince 
qui l'on a dit ds l'enfance qu'il eft le 
matre de tout, ne croit plus avoir befoin 
d'agir ; il eft environn de gens qui tendent 
(ans celle des piges (a parefe , fe chargent 
de ks fonctions, les rempliflnt, & ne 

manquent jamais de lui perfuader qu il s'en 

B b iij 



390 y. Discours 

acquitte en les laiflant tout faire. Le got 
du repos produit l'inaction, & Finaction 
l'impuifnce. 

Cette frocit de nos premiers Rois , 
cette adminiftration terrible qui crafoit 
tout, paroiflbit - elle les conduire cette 
mollefle qui perd les Souverains l Oui fans 
doute, elle les y menoit; car le deipote, 
qui n'accorde rien au zle dfintrefle 
qui lui rfifte, n'en efl; que plus dhpof 
cder la flatterie qui l'affige : auffi 
efl: - H prouv par l'Hiftoire , que fous 
la tyrannie des premiers fuccefleurs de 
Clovis , l'autorit des Maires avoit dj 
fait de grands progrs. II ne s'toit pas 
encore coul un ficle depuis la mort du 
conqurant des Gaules, & cette premire 
charge du palais fe trouvoit la tte de 
toute la Magiftrature ; pourquoi ? C'eft 
qu'ils avoient toujours t les uniques 
diflributeurs des grces , c'eft que l'on 
n'avoit t aux Rois que par eux.. Un 
Prince travaille lui-mme la confervation 



sur l'Hist. de France. 3 9 1 

de fon autorit, lorfqu'il multiplie les routes 

par iefquelles on peut venir jufqu' lui. 

L'hommage & la reconnoifnce du peuple 

ne remonte qu' ce qui! voit; le Saint 

dont il pare l'autel, le Minifire qu'il aborde, 

voil les objets de fon culte. Clotaire II 

ne traita avec les Maires, que parce qu'il 

fut bien perfuad qu'avec eux, ou plutt 

par eux, il feroit le matre de tous les 

Grands & de la Nation mme 

Ce Prince fut un exemple de la foibleie 

qui nat des grands crimes que l'on hait; 

Dagobert fon fucceifeur y joignit celle qui 

nat des vices abjects que l'on mprife; 

les Rois qui vinrent enfuite eurent de 

plus celle de l'enfance que l'on domine. 

Tout fut perdu , lorfque le Maire du palais 

difpofa des premires annes du Souverain; 

& c'efl ce qui arriva rnalheureufement, 

jufqu'au moment o le dernier de ces Rois 

enfans fe vit enlever la couronne (ans 

rfjftance & fans rclamation. 

En effet, fi quelqu'un d'entr'eux put 

Bb iv 



392 j. Discours 

acqurir fur le trne la maturit des annes, 
aucun n'y acquit cette maturit de raifon 
Se de courage , qui feule et pu arrter 
les Drogrs du mal. L'ducation molle & 
pufillanime qu'ils reurent, les livra fans 
dfende quiconque voulut fe mettre 
leur place. 

Aie difpenferai-je de parler ici de cette 
fource ternelle & de honte pour les Sou- 
verains & de vexations pour leurs fujets, 
de cette enfance des Rois, que la fu nfle 
politique ou la lche condefeendance de 
leurs inftituteurs proroge au-del des bornes 
que la Nature a preferites la foibiefle de 
l'ge ! Non. J'ai promis de runir dans cet 
Ouvrage les connoiflances les plus ncef- 
fures aux Princes , & je remplirai cet 
engagement facr. J'oferai les avertir des 
foins qu'ils doivent leur poftrit, & ce 
que je dirai ne fera que le rfultat des 
rflexions qu'ils feront eux-mmes fur la 
manire dont fe font pafTes leurs premires 
annes, & peut-tre les plus prcieufes d 



e 



sur l'Hist. de France. 393 

toute leur vie. O placerais -je plus pro- 
pos ces obfer valions utiles, que dans le 
moment o je me vois oblig de rappeler 
les rgnes de ces Princes infortuns que les 
ges fuivans ont fltris, en leur donnant 
un nom qui caralrife leur inaction 

On ne peut pas douter que dans cette 
trifle poque dont je peins les malheurs, 
ceux auxquels on confioit l'ducation des 
Princes , ne fuient eux-mmes intrefles 
nerver leur ame, rtrcir leurs vues, 
perptuer en eux cette timidit qui devoit 
les rendre un jour fufceptibles de toutes 
les impreffions qu'on vou droit leur donner. 
Matres de la perfonne d'un Souverain en 
bas ge, les Maires du palais n'oublioient 
point qu'il ne leur falloit qu'une machine 
dont ils puflent dominer & diriger les 
refTorts, un enfant qui, dans tous les temps, 
et la plus humble & la plus ferme con- 
viction de (on incapacit. 

Combien les vues perfides de ces poli- /* e -% ex * m 

r l Jur l enfance 

tiques ambitieux ne durent-elles pas tre & fur 



me 



394 y. Discours 

f ducation fcondes , fi la pofition mme des Princes 
femble carter deux tout ce qui, dans ies 
ducations ordinaires, contribue former 
l'ame, affermir le courage, multiplier 
les forces de leurs fujets? 11 fut fans doute, 
dans d'autres ficles, des hommes fages & 
vertueux deftins former l'enfance de 
nos matres ; mais efl-il fi aif d lever pour 
l'Etat un enfant prcieux, dont, malheu- 
reufement pour lui, le berceau fe trouve 
quelquefois plac fur le trne mme J'cris 
pour des Princes dignes d'entendre toute 
efpce de vrit ; ils me fauront gr de ne 
leur en avoir diffimul aucunes : il n'en 
efl point qui mrite plus de rflexions de 
leur part, que celles dont j'oferai ici les 
entretenir. 

Un homme attach l'ducation de cet 
augufte Prince qui me donna le premier 
mot de cet Ouvrage & en conut le plan, 
lui reprochoit, dans fon enfance, un peu 
d'embarras & de timidit. Que craignez-vous?, 
lui difoit-il un jour ; riies-vous pas fur cfe 



sur l'Hist. de France. 395 

faire le plus grand plaifr tous ceux qui 
vous adre ferez la parole ! Cela vous ejlaif 
dire, rpliqua feu Monfeigneur le Dauphin; 
vous vive^ avec les hommes ; vous les voyez 
remuer & agir : pour moi , je ne vois autour 
de moi que des figures de taptferie (g). 

Ce Prince qui , depuis fon mariage & 
dans le fecret de fa vie prive, recommena 
lui-mme le grand ouvrage de fon duca- 
tion, connohToit bien ce qui manquoit 
celle qu'il a voit reue. 

Rien en effet n'infpire quelque courage 
notre ame, que la connoifnce de (es 
propres forces ; & rien ne nous avertit de 
notre vigueur, que la rfifance vaincue. 
Celui dont le bras n'auroit jamais repoufe 
un obftacle ou foulev un fardeau, auroit 
droit de fe croire foible, Se le feroit en 
effet; & celui devant qui tous les hommes 
auraient fui, ne pourroit fe flatter d'en 
avoir vaincu un feul. 

(g) Je tiens cette anecdote de feu M. l'abb d 
Marbeuf, Confeiller d'tat. 



396 j. Discours 

Placez donc, pour a premire fois, au 
milieu de ia foule un jeune Prince qui 
des fon enfance n'a vu les hommes que 
comme des tres deftins ie fervir & in- 
capables de l'arrter , qui , prodigieufement 
lev au-deffus d'eux, ne les a aperus que 
dans le lointain , & n'a pu ni deviner les 
refbrts, ni calculer les forces de ces tres 
mobiles qu'il voit s'agiter autour de lui, & 
qui, lorfqu'ils l'abordent, rendent prefque 
tous les mmes fons; quelle impreflion 
penfe-t-011 qu'il doive recevoir de ce 
(pelacle fi nouveau pour lui ? Celle que 
nous prouverions nous-mmes, fi, trans- 
ports dans une vafte fort, nous ne 
trouvions autour de nous que des (peclres 
ou des animaux inconnus, mais pas un 
individu avec lequel nous nous connuiions 
des rapports. La prfence des hommes 
avertit le Prince de la folitude 011 il vit; 
& ce n'eft que lorfqu'il eft feul , qu'il ne 
s aperoit pas combien il eft ifol. 

Qui efl-ce qui nous donne, dans la focit 



sur l'Hist. de France. 397 

de nos gaux, cette douce hardieffe qui fait 
le charme de notre vie l Nous agirions fur 
nos femblaMes, & nos femblables ragirent 
fur nous. Nous connoiflbns ces impreflons 
rciproques; nous en combinons les effets; 
& notre marche eft affure , parce qu'il n'eft 
aucun de nos pas qui ne nous place dans 
une pofition o nous pouvons juger nous- 
mmes des diffrens rapports que nous 
avons avec tout ce qui nous environne : 
mais k fituation d'un Prince eft une efpce 
<TincommenfurabIe ; il marche dans un pays 
dont il ne peut ni toifer les diftances, ni 
aborder les habitans; il voit desfurfaces, il 
ne pntre rien autour de lui : tout eft muet 
en ( prfence ; tout feu s'teint au foufe 
de fa bouche; Se ce profond refpecl: qui 
l'environne, empche perptuellement que 
l'on n'agiffe fur une ame qui il fembfe 
que l'on n'ait jamais voulu communiquer 
la force d'agir fur les autres. 

On cherche fans doute l'inftruire ; on 
veut orner fon efprit par des connoiflnces ; 



me 



398 ;. Discours 

on travaille de bonne foi y graver des 
vrits: mais ce ne font point les leons 
des matres qui fortifient notre ame. 
Notre efprit eft comme notre corps ; il 
n'acquiert de la vigueur que par les efforts 
que lui preferit la nceffit d'agir. La 
Nature nous a placs au milieu de la focit, 
comme Defcartes avoit plac, dans fou 
fyftme, ces cubes qui reoivent du mou- 
vement qui les brife toute la perfection 
de leur forme. Ce contrafte d'ides que 
nous voyons fans cefle fe choquer, fe 
repouffer , fe combattre ; ce flux & ce 
reflux des parlions que nous cherchons 
mettre profit, ou contre iefquelles nous 
fommes fans ceff obligs de nous roidir, 
les intrts qu'il faut balancer, les intrigues 
qu'il faut prvenir, la nceffit de parler & 
de fe taire, d'imaginer des expdiens & 
de prvenir des obflacles, l'exprience des 
dangers, l'inquitude des fituations qui- 
voques, la douleur de l'infortune, la joie 
des fuccs, voil les prcepteurs du genre 



sur l'Hist. de France. 399 

humain ; voil ces prcieux inftituteurs que 
n'auront jamais ceux qui, ns aux pieds 
du trne, font forcs de s'y afleoir ds ieur 
tendre enfance, Ceft par ce frottement 
perptuel que lame des particuliers, oblige 
fe replier cent fois par jour fur elle-mme, 
acquiert des ides, agrandit, lve, multi- 
plie celles qu'elle a dj, dcouvre en elle- 
mme des refburces qu'elle n'et jamais 
aperues dans l'inaction, & s'encourage par 
l'exprience de (es facults, les exercer 
& les augmenter encore. C'eft ainfi que 
parmi les brutes mme, celles qui font 
obliges de chercher & de difputer leur 
proie , femblent acqurir l'intelligence & 
la rufe, tandis que la brebis paifible va du 
mme il au pturage & la boucherie. 

Parmi les Princes deftins rgner, il 
en efl fans doute dont les qualits naturelles 
& les mditations corrigeront une partie 
des inconvniens de leur pofition; il en 
efl qui, ne montant fur le trne que dans 
un ge moins tendre & plus form, ont 



4-oo j. Discours 

le temps d'acqurir eux-mmes dans la 
focit de quelques amis clairs & coura- 
geux, ce qu'ils n'ont pu recevoir de ces 
inftituteurs timides & gns qui ont conduit 
leurs premiers pas : mais il n'en eft prefque 
aucun qui n'ait t priv de celte ducation 
que leurs moindres fujets reoivent, ds 
leur enfance, de la fouie mme dans laquelle 
ils font obligs de s'agiter. Leur jeunefl 
eft affige de prceptes & vide d'exp- 
riences. Ils voient de beaux tableaux , 
jamais des fcnes vivantes. On leur dit 
telle chofe eft honnte ou telle action eft 
honteufe, mais ils n'ont pas d'occafion de 
fe le dire eux-mmes, & de le fentir 
pour s en mieux convaincre. On leur parle 
du monde, mais le monde ne leur parle 
point. Toutes les vrits leur ont t dites, 
mais ils n'en ont ni cherch ni dcouvert 
aucune ; & ils ne fvent pas plus comment 
on les trouve, qu'ils ne lavent comment 
s'apprte tout ce qui eft ferai fur leur table. 

Leur efprit reoit tout, mais n'a rien 

repouifer 



sur l'Hist. de France. 401 

repoufler ni combattre, & ne peut jamais 
ni tre averti de fes forces, ni les accrotre, 
en luttant contre les erreurs ou les parlions 
des autres : ainfi rien ne fe grave profon- 
dement dans leur efprit , rien ne pntre 
leur ame; celle-ci relie molle, tendre, 
fufceptible de toutes les imprefiions, de 
toutes les modifications qu'on aura un jour 
intrt de leur donner; mais ne fchant ni 
fe replier fur elle-mme avec effort pour 
inventer des refburces, ni s'agiter avec 
adrefe pour carter la contradiction ou le 
malheur. Que les Princes ne s'imaginent 
donc pas que tout eft dit pour eux, lors- 
qu'une lois ils font dbarraiTs de la gne de 
leurs mflituteurs. L'enfance du commun dts 
hommes eft pour lors ordinairement finie. 
Si les Rois, levs ou fur le trne ou trop 
prs du trne, n'y prennent garde, la leur 
fe prorogera beaucoup plus long-temps, & 
trop de gens auront intrt de la perptuer 
s'il fe peut. 

S'ils ne travaillent alors par un long S: 
Tome IV, Ce 



me 



402 je Discours 

pnible exercice , foit acqurir un caractre 
qui ne peut tre chez eux l'ouvrage de l'du- 
cation, foit former & fortifier celui qu'ils 
tiennent de la Nature, foit enfin donner 
de la confiftance leurs ides , de la fuite 
leurs actions , de l'nergie aux impreffions 
louables qu'ils ont reues, ils pourront avoir 
encore, pendant bien des annes, toutes 
les excellentes qualits de l'enfance; mais 
l'exprience ne leur apprendra que trop, 
qu'ils n'ont encore ni la force ni l'activit 
de l'ge mr. Dans leurs premires annes, 
ils auront jug fur la parole de leurs Gou- 
verneurs ; ils jugeront, dans la fuite, fur celle 
de leurs Mininres & de leurs confeils; ils 
fuiront, ils retiendront tout; leur mmoire 
amufera leur imagination ; mais les rflexions 
profondes feront pour eux une fatigue ; 
leur premire vue pourra tre droite ; leur 
premire ide fera fouvent jufte ; mas 
comme ils ne fe font jamais afurs de la 
certitude par la comparaifon, ils ne tien- 
dront point leur propre conviction, ifs 



sur l'Hist. de France. 403 

1 abandonneront ds qu'on la combattra, 
parce qu'ils fendront i'impu if fonce o ils 
feront de la dfendre ; &, ce qui eft fouverit 
un mal pour le peuple lorfque la probit 
du Miniftre n'eft pas auii dlintreffe 
que celle du Souverain, ils feront toujours 
ports par une efpce de confluence de leur 
foibleffe , fe perfuader que tout le monde 
en fait plus qu'eux. 

Je nen dirai pas davantage fur un maf 
dont tout le monde convient aflz gnra- 
lement, mais dont on eft trop tent de 
croire le remde impoffible, comme fi Ton 
et dj fait quelques efforts pour le trouver. 
Veut-on cependant favoir combien ce vice 
de l'ducation des Princes peut influer fur 
l'tat des peuples , fur le gouvernement, fur la 
conftitution! jetons les yeux fui cette lamen- 
table poque laquelle nous fommes par- 
venus: parcourons les ficles poftrieurs, & 
voyons natre, fous les rgnes foibles, la plus 
licentieufe tyrannie. Interrogeons enfuite 

la mmoire de nos meilleurs Souverains, 

Ce ij 



404 j- Disc ours 

Charles V, Louis XII, Henri IV, & 
demandons leur ficle quels furent leurs 
prcepteurs ; ils nous rpondront, le befoin, 
les dangers, les traverfes* 

Sous les rgnes qui nous occupent dans 
ce moment , cette mle & vigoureuie 
ducation , fut celle qui forma tous les 
Grands du Royaume aux projets levs & 
aux entreprifes hafirdeufes. Nous verrons 
bientt Charles-Martel conduit par la per- 
fcution au pouvoir fuprme. Tous Jes 
dpofitaires du pouvoir fe trouvoient obligs 
de payer de leur perfonne ; tous toient 
veills par l'ambition , agits par les brigues, 
toujours dans un tat d'obfervation & de 
dfenf. Le Prince feul dormoit fur le trne, 
& c'toit mme parce qu'il dormoit, que 
tout toit en mouvement autour de lui. Ce 
fommeil, effet naturel &: de l'ducation que 
les Princes reurent alors, & des foins que 
les Maires fe donnrent pour les aflbupir 
encore, laifla ceux-ci & le temps & les 
moyens de conqurir la Nation. Clotaire l 



*SUR l'Hist. de France. 405 

la leur avoit livre. Sous les iucceiburs 
immdiats, elle s'accoutuma cette domina- 
tion nouvelle; fous ceux que nous verrons 
parotre enfuite, elle vint jusqu' la chrir, 
Se ce fut alors qu'il n'y eut plus de 
reflburces. 

Si, du Prince que nous fommes rduits 
plaindre , nous portons nos regards fur les 
Magiftrats qui achevrent alors de s'emparer 
du gouvernement, nous commencerons par 
obferver, que ceux mme qui toient alors 
le plus intrefes diminuer la puiince 
Royale, rendoient cependant encore hom- 
mage aux loix fondamentales de la Monar- 
chie. Pourquoi leur falloit-il du moins le nom 
d'un Roi l C'eft que cette adminiftration 
aristocratique qui s'tablifToit , fe trouvoit 
diamtralement oppofe la conftitution 
ancienne; c'eft que c'toit encore l'autorit 
du Roi ck non la leur , qu'ils exeroient 
dans leurs provinces ; c'eft que le Maire 
mme, aux yeux de la Nation, nctoit que 

Magiftrat & Miniftre. Lorfque Ebrohi veut 

C 
C ilj 



406 ;. MC Discours 

rgner en Neuftrie & en Bourgogne, il 
place fur le trne le dernier des fils de 
Clovis 1 1. Sort-il du monaftre de Luxeuil, 
allure du fecours des Auftrafiens avec lef- 
quels il avoit li fa patrie, il leur prfente 
un enfant qui ne pouvoit avoir que quatre 
ou cinq ans; il reconnot hautement que 
c'eft de cet enfant qu'il va exercer l'autorit, 
& que fans lui il ne feroit rien. Voil donc 
dans ces temps d'orages, au milieu du cahos 
qui ne fera qu'augmenter, voil une an- 
cienne vrit reconnue par cette multitude 
de Ducs & de Comtes qui ont acquis le 
droit de fe nommer leur Maire. Le pouvoir 
de la Nation fuppofe un Roi fa tte; ce 
Roi doit tre du Sang de Clovis; & cet 
hritier du trne, ne fit -il que de natre, 
eft feul propritaire de l'autorit. 

Cette loi uniformment avoue par les 
Miniftres & les Grands de Neuftrie, de 
Bourgogne, d'Auftrafie, aiTuroit bien le 
trne & le titre de Roi aux defcendans de 
Clovis; mais qu'eft-ce que l'autorit d'un 



sur l'Hist. de France. 407 

Roi ( & je ne le fuppofe pas enfant, je parle 
d'un Prince fait & parvenu i'ge mr), 
lorfqu'une coutume aufi refpecle que la 
loi qui ie place fur le trne , met tout le 
pouvoir dont il devroit jouir , entre les 
mains de ceux qui ont le plus grand intrt 
qu'il n'en jouiiTe jamais? 

On s'aperoit ici du tort que Clovis 
avoit fait & la Monarchie en elle-mme 
& fa poftrit, en s'cartant de cet ordre 
que Conftantin-le-Grand avoit tabli dans 
l'Empire. Le titre de toute efpce de 
puifance devoit rfider fur la tte du 
Monarque Franois, comme fur celui des 
Empereurs ; mais il et t fouhaiter que 
l'on et IaifT fubfiiter cette diftinlion fi 
fage entre les magiftratures civiles & les 
offices militaires; car, fous un Roi, plus 
l'exercice des pouvoirs eft partag, plus 
il eft difficile de le dpouiller du titre 
qui les runit tous. Les autorits interm- 
diaires fe fervent mutuellement de contre- 
poids : toutes ont intrt de conferver la 

Ce iv 



4>o3 j. me Discours 

Souverainet qui doit venir leur fecours; 
ce n'eft point d'elle qu'elles ont fe garder; 
ce n'en 1 que de la part des pouvoirs paral- 
lles & fecondaires qu'elles craignent des 
enreprifes. La Magiftrature civile alors 
obier ve les dmarches de la pu i (lance mili- 
taire, invite le Prince y mettre des bornes, 
& dfend contre elle & le trne & les 
fujcts : fe iigue-t-elle , a 1 contraire, pour 
envahir! alors il relie au Prince la force 
fuperieiire des armes dont il difpofe. Mais 
tout el perdu , loi-fque la rvolte d'un 
feul peut devenir la rbellion de tous , 
& qu'une feule autorit s'cartant de fa 
route, peut rduire l'inaction le corps de 
la Monarchie entire. En gnral, toutes 
les fois qu'un homme ou un Corps fera 
regard comme effentieilement pofileur 
de toute efpce d'autorit, les Rois ne 
feront plus rien, & la Nation aura, non 
des gardiens , mais des matres. 

Or voil ce que l'on vit arriver fous 
les f^cceffeurs de Dagobert. La caufe du 



sur l'Hist. de France. 409 

mal toit antrieure ; mais les circonitances 
amenrent la maladie ; elle ne fit qu'empirer, 
devint la fin fans remde, & il arriva 
mme l'Etat ce que l'on remarque trs- 
ordinairement dans le corps humain , o 
les maladies font d'autant plus graves que 
le temprament eft plus robufte. 

En effet, les inftitutons les plus (ges 
fe tournrent alors contre le pouvoir du 
Prince , & confquemment contre la libert 
des peuples. Celte admirable hirarchie, 
qui , en fubordonnant graduellement tous 
les offices les uns aux autres, rendoit le 
Roi le centre & le premier reflbrt de toutes 
les parties de I adminiftration , l'avcrtiffoit 
de tous les carts & de tous les abus, & lui 
donnoit des moyens frs de tout contenir 
& de tout rprimer. 

Mais cette hirarchie fuppofoit que tous 
les Magiftrats fuprmes lui toient imm- 
diatement fournis; car fi l'on plaoit entre 
eux Se lui une Magistrature unique & 
dominante, qui et efntiellement le droit 



me 



410 j. Discours 

de faire toutes les fonctions de la Royaut, 
elle interceptait lalion du Monarque fur 
toutes les parties du Gouvernement. Par Je 
fait, celui qui tait pourvu de cet office 
( car c'en toit un ) , devenoit le feui 
Souverain , & le Roi n'tait plus qu'un 
vain fimulacre que l'on paroit de tous les 
ornemens Royaux, ou un nom refpectable 
que l'on faifoit retentir aux oreilles de la 
multitude. 

Tant que le Roi difpofoit feui de cette 
Magiftraturefbuveraine, c'toit un Vice-roi 
qu'il fe donnoit, c'toit, fi l'on veut, un Vifir; 
mais un Vice -roi peut tre dplac. Les 
cris des peuples peuvent encore rveiller 
Je Sultan le plus profondment endormi : 
malheur alors au defpote intermdiaire qui 
a ravag l'hritage de fon matre ! 

Mais lorfque les Grands de la Nation, 
iorfque ces Magiftrats mme, qui reflbr- 
tifbient immdiatement au Roi , eurent 
acquis le droit de nommer ce Chef de la 
Monarchie; lorfqu'il fut pafT en principe 



sur l'Hist. de France. 41 1 

que les provisions du Monarque toient 
forces, fitt que le plaid lui avoit indiqu 
celui entre les mains de qui il devoit 
remettre toute fa puiflnce, il n'y eut plus 
de milieu entre un defpotifme qui ne 
pouvoit plus tre celui du Roi, & une 
ariftocratie tyrannique qui ne devoit plus 
tre que la licence des Grands. Il falloit que 
fe Maire craft tout, & s'afst fur le trne , 
ou il falloit qu'il laifst tout faire ceux 
qui lavoient lev (on pofle; & voil 
pourquoi , lorfque les Maires fe furent mis la 
couronne fur la tte & voulurent gouverner, 
ils n'eurent garde de rtablir la Mairie. 

Ces rflexions font importantes ; ren- 
dons-les encore plus fnfibles par des com- 
paraifons. Nous avons, dans la Monarchie, 
plufieurs exemples de premiers Miniftres 
fous des Rois foibles , & on fait que toute la 
Nation alors fe tournoit vers celui auquel 
le Prince avoit promis de s'en rapporter; 
cetoit lui que l'on cherchoit plaire; 
c etoit lui dont on craignot les mconten- 



me 



412 j. Discours 

temens. Le cardinal de Richelieu fut le 
matre de la France & domina Louis XIII. 
Cependant ce pouvoir mme du cardinal 
de Richelieu toit encore moindre que ne 
l'avoit t celui d'un Maire du palais, pour 
deux raifons , 1 . parce que la Mairie n'toit 
plus amovible, au lieu qu'une mauvaif 
humeur de Louis XIII et prcipit fon 
Miniftre; 2. parce que, dans la rgle, le 
premier Miniftre n'tant point Magiftrat, 
doit rendre compte de tout au Roi; & 
n'eft tout-puiflant que parce qu' tout 
moment il peut prendre fon ordre. Le 
Maire, au contraire, toit Macnftrat; il 
n'attendoit point l'ordre du Prince dans 
fcs fonctions ordinaires, & dans toutes les 
autres il le faifoit parler. 

Suppolons maintenant que chez nous 
un premier Miniftre ft indpendant du 
Prince, qui ne pt jamais le dpouiller de 
fon pouvoir, il eft certain d'abord que 
quiconque n'auroit d'autre ambition que de 
commander & d'tre obi, ne balanceront 



sur l'Hist. de France. 413 

pas entre cette dignit & les ftriles hon- 
neurs de la Royaut. 

Difons-le pourtant, l'honneur de notre 
conftitution actuelle : dans cette pofition 
mme, un premier Mmiftre ne feroit pas 
encore un defpote, & il auroit moins de 
moyens de tyrannifer, que nen eurent 
les Maires du palais de la premire Race; 
le pire qui pourrait arriver, feroit qu'il ft 
aufft puillant que le Roi : or chez nous 
& par la conftitution, il eft bien difficile 
qu'un Roi foit toujours tyran , & rien 
n'toit plus aif fous les rgnes dont nous 
parlons. 11 exifte en effet en France , 
des Magistratures civiles qui , fans autre 
pouvoir que celui qui leur eft dparti par 
les loix, & toujours armes de celui de la 
raifon, rempliroient encore, fous les yeux 
d'un Miniitre abfolu, le double devoir 
qui les oblige & d'avertir fidlement le 
Prince & de juger impartialement les fujets. 
Le Miniitre pourroit donner des ordres, 
aflfembler des Troupes; mais alors, forc 



414 j- Discours 

de recourir ia violence, il dtruiroit ie 
pouvoir dont il abuferoit, tandis que les 
Magiftrats, en rendant conitamment une 
exacte juftice, ie conferveroient pour le 
Monarque dont ils ie tiennent; & c'eft alors 
que, dans ce conflit de deux autorits, dont 
l'une feroit ie bien & l'autre ie mal, on 
verroit juftifie ia vrit d'un principe que 
j ai tant de fois pof, que ia premire doit 
toujours s'augmenter , & l'autre toujours 
dcrotre. 

Mais fous ies fucceiTeurs de Dagobert, 
ce Maire du palais, principal & premier 
Miniilre d'un Monarque incapable, toit 
de plus & ie Gnralifime de toutes ies 
Troupes, & le premier Magiftrat civil de 
tout ie Royaume. Le plaid qu'il aiTembloit, 
compof de Grands qui lui toient vendus, 
adminiftroit & pouvoit proilituer la juftice 
fouveraine du Prince. C'en toit donc 
fait pour jamais du pouvoir des Mrovin- 
giens, & l'autorit du Maire n'tant enfuite 
anantie que par ia licence des Grands, ia 



sur l'Hist. de France. 41 5 

eonftitution mme et chang, les Maires 
que nous allons voir rgner n'a voient .prvu 
qu'ils dcviendroient Monarques, & n'euiTent 
voulu gouverner par de bonnes loix. Leur 
ambition perdit ia Maifon royale ; leur 
juftice fuva la Monarchie. 

Mais pourquoi ces Magiftrats, qui jufque- 
l n'avoient vu que le Roi au-deffus d'eux, 
confentirent-ils voir s'lever fur leurs 
ttes ce formidable pouvoir! Cette queftion 
mrite une rponfe rflchie, & cette r- 
ponfe peut fournir de grandes leons. 

i.Les Rois avoient gouvern tyranni- 
quement, & avoient fait dlirer aux Grands 
de la Nation une adminiflration plus douce 
& plus modre. 

2. En laiint prendre au Maire une 
autorit h tendue, ils ne croyoient point 
reculer d'un degr les relations qu'ils avoient 
avec le trne. Dans le fliit , le Maire toit 
le matre ; mais c etoit parce qu'il pouvoit 
parler au nom du Roi ; c'toit donc toujours 
au Souverain qu'ils toient immdiatement 



4i6 j. Discours 

louinis, lors mme qu'ils obifoient au 
Magiftrat fuprme (g). 

3. Ce premier Officier de a Couronne 
toit l'un des Grands du Royaume, & 
['ambition de ceux-ci toit flatte de l'efp- 
rance de monter un jour fa place. 

4. Enfin , fans obtenir fa dignit, ils 
a voient par (on moyen la pins grande part 
ladminiflration publique. Le Maire les 
confiltoit; il mnageoit leur vu & leurs 
fuffrages pour fa poflrit; & comme cette 
efpcce de fuprmatie intermdiaire ne tenoit 
point l'ancienne confltutin , elle ne 
pou voit fe fou tenir que par le concert 
& la fou million volontaire de toute la 
Magftrature- 

Les Rois ne peuvent trop rflchir fur 
la nature de la puifnce que Dieu leur 
confie : elle eft fi efTentiellement bienfai- 
fante, que ds qu'elle devient injufte, elle 

(g) Ceci changea fous les rgnes fuivans, comme 
nous le verrons bientt, & le reiTort fut recul d'un 



legre. 



I< 



sur l'Hist. de France. 417 

les fpare du refle de la Nation ; alors , par 
les loix mmes de la Nature , il faut qu a 
la longue ils deviennent nceflairement les 
plus foibles. 

Et pour cela il n'eft pas ncefaire que 
la violence s'en mle. Une Nation mcon- 
tente ne fe rvolte pas toujours ; mais lors 
mme qu'elle eft foumife , elle femble 
confpirer contre le Souverain dont elle a 
celle de refpecler les vertus. Sous l'ombre 
du refpecl, fous le mafque de la plus parfaite 
ohiince , fe cache le vu fecret de voir 
l'autorit dcrotre; vu d'autant plus dan- 
gereux que la fidlit ne fe le reproche pas. 
On reconnot le pouvoir du Prince ; mais 
on croit fervir la Nation , en ne le laifnt 
jamais le matre de l'exercer. Ainfi ceux 
mme qui condamnaient les violences 
d'Ebroin, ceux qui n'euient pas voulu 
prendre les armes pour les ducs Ppin & 
Martin, favorifoient du moins de toute leur 
arTetion cette efpce d'aiilocratie , qui 

s'levoit fur les ruines de la Royaut ; & 
Tome JK < Dd 



41 8 ;. Discours 

comme elle venoit l'appui de fa libert 
& des proprits auxquelles, fous les rgnes 
prcdens, on a voit donn des atteintes i 
frquentes , on fe perfuada bientt qu'elle 
toit appuye fur une des loix fondamentales 
du Royaume. 

Salus populi fuprema lex ejo, difoient les 
Romains, & ils avoient raifon; car c'eit 
toujours l qu'en reviendront tous les 
Gouvernemens. Toute vieille loi, toute 
ancienne maxime, dont l'application foute- 
nue contrariera , feulement pendant un 
'idemi-ficle, l'intrt gnral & la furet 
publique , tombera bientt dans le mpris : 
on niera mme Ion exiftence , ds qu'on 
verra qu'elle n'eft bonne rien. 

La plus grande imprudence que puiT 
commettre un Roi, eit donc d'tre injurie, 
violent, ufurpateur. Childric II regarda 
comme un beau jour celui o, aprs avoir 
chaiT fon frre Thierry, il fe vit matre de 
toute la Monarchie. Mais en tant le fcepti e 
un Prince, hritier comme lui d'une 



sur L'tisT. de France. 419 

partie du Royaume, il autorif les Maires 

& les Grands moins refpecter par la fuite 

les loix de la fucceffion. Il fut la premire 

caufe de fexclufion donne aprs fa mort 

a l'enfant en bas- ge qu'il laifl. Thierry, 

qui remonta alors fur le trne, crut pouvoir 

rendre fon neveu i'injuftice que lui avoit 

faite fon propre frre. Lorfque les Grands 

de l'tat virent que les Rois eux-mmes 

ne fe croyoient plus lis par ces rgles, qui 

euffent d tre immuables pour l'intrt 

mme de la famille Royale, ils s en crurent 

affranchis pour jamais, & tout leur fut gal, 

pourvu qu'ils euffent leur tte un Prince 

du Sang de Clovis, qui les laifiat tout faire. 

Ajoutons donc encore aux caufes qui 

achevrent de perdre la Maifon de Clovis t 

les atteintes que ceux de ces Princes, qui 

rgnrent , laifsrent donner & donnrent 

eux-mmes aux loix de la fucceffion. Si 

elles euffent t inaltrables, les peuples 

auroient fu du moins quel toit le Maire 

en droit de leur commander ; mais lorfqu on 

Dd i) 



420 j. Discours 

n'eut plus mme de rgle pour fe dterminer 
la foumiffion, lorfque chacun put obir 
ou rfifter fuivant fes intrts, chaque Maire 
qui, aprs avoir t nomm par des intrigues 
qu'il avoit prpares , voulut carter fon 
concurrent, travailla galement carter le 
Prince protecteur & matre de celui-ci. 
Le Maire le plus fort, le plus accrdit, 
celui qui runiffoit le plus de Troupes fous 
fes ordres, faifoit ainfi la fortune, & aug- 
mentait les tats du Monarque auquel il 
toit attach : mais ce Prince , qui croyoit 
avoir gagn beaucoup fa victoire, avoit 
lui-mme commenc par reconnotre que la 
Couronne pouvoit tre le prix des intrigues 
& des violences. 

J'ai toujours t tonn qu'un auffi grand 
homme que M. le prfident de Montef- 
quieu, ait voulu lier avec les anciens ufages 
des Germains cette dgradation qu'il con- 
vient lui-mme que la Royaut eluya 
fous i'adminiftration des Maires du palais. 
Aprs avoir avou que cet office avoit 



Sur l'Hist. de France. 42 r 

t, depuis Clotaire II, d'une plus grande 
importance qu'il ne l'toit avant fon rgne, 
aprs avoir dit que chez les premiers Rois 
Francs, la mairie du paiais n'toit pas une des 
plus minentes dignits du Royaume (h), 
il s'exprime ainfi (i) : Un Gouvernement dans 
lequel une Nation qui avot un Roi, lifoit 
celui qui devoit exercer la puijfance Royale , 
par oit bien extraordinaire ; mais, indpendant- . 
ment des circonjlances ou l'on fe trouvait, je 
crois que les Francs tir oient cet gard leurs 
ides de bien loin; l-deflus il rappelle 
le fameux pafage de Tacite : Reges ex 
nobilitate , Duces ex virtute ; & pour con- 
notre le gnie des premiers Francs, il nous 
invite remonter ce clbre Arbogafte, 
qui Valentinien avoit donn le comman- 
dement de l'arme, & qui l'enferma dans 
fon palais, fans lui permettre aucun acle 
d'adminiflration. 

Mais 1 . M. le prfident de Montefquieu 

(h) De l'Efprt des Loix ; livre XXXI, chap. ///* 
(i) Ibid. chap, jy, 

Dd iij 



422 j. Discours 

auroit d remarquer que ce Gouvernement 
ne fut trange, que parce qu'il contrarioit 
tous les principes que Ton avoit fui vis 
depuis que les Franois avoient dans les 
Gaules un Gouvernement civil ; il n'toit 
trange, que parce qu'il toit lui-mme un 
abus ainTi efTentieilement deitrutif de la 
Royaut, que la tyrannie d'Arbogafte la voit 
t de l'autorit de Valentinien , qui chercha 
la mort ds qu'il fe vit abandonn de tout 
le monde. Ce n'eft point dans des acles 
abufifs, ce n'eft point parmi les dbris que 
la licence laifle aprs elle, qu'il faut chercher 
des rgles & des principes ; c'eft au contraire 
la rgle qu'il faut confulter , pour y ramener 
la licence lorfque cela eft encore pofTible. 

2. Cet illuftre Auteur fuppofe que ce 
fut la Nation qui eut le choix du Maire 
fous nos Rois fainans : il fe trompe. Le 
plaid qui nomma ce premier Magiftrat de 
la Monarchie, n'toit compof que des 
Ducs, des Comtes & des autres Fidles du 
Roi, qui, ou tenoient de lui leurs offices, 



sur L'Hist. de France. 423 

ou du moins lui avoient prt ferment 

d'obiffance. Ils n etoient point les repr- 

fentans de la Nation; ils n'en etoient que 

les chefs, & ils ne 1 etoient que par repr- 

fentation du Roi , de qui ils tenoient toute 

leur autorit. Ce n'eft pas allez dire ; cette 

mairie mme n'toit devenue la premire 

dignit du Royaume, que par la confiance 

des Princes , foit qu'elle ft l'effet de leur 

impardonnable ngligence, foit qu'elle ft 

une fuite de la foilpieiTe attache leur 

bas ge : ai nfi la puiflance exorbitante de 

cet office tmoignoit mme en faveur de 

l'ancienne conilitution Monarchique, 

Ne lions donc point ce qui fe parla alors 

en France, avec les anciens ufages des 

Germains que nous connoiibns peu , & qui 

ne furent point la baie du Gouvernement 

fond par Ciovis. Difons franchement que 

l'altration qu'eiTuya la puiflance fut l'effet 

naturel des caufes que nous avons dj 

indiques , & qui dans tous les Gouver- 

nemens donneront toujours les mmes 

Dd iv 



424 j. Discours 

rfultats. Si les Grands de la Nation nom- 
mrent ie Maire, ce n'eft point parce 
qu'au-del du Rhin les Germains lifoient 
leurs Gnraux, ce qui n'efl rien moins 
que certain, comme je l'ai dit ailleurs; car 
jufqu'aux minorits de nos derniers Princes, 
les Rois avoient eux-mmes command les 
armes , & ce n'toit point la Nation qui 
fe choififToit fes Rois. Clotaire 1 1 lui-mme 
toit la tte de fes Troupes, lorfqu'H 
promit Garnier de ne le jamais deftituer, 
& lorfqu'H confentit que les Fidles des 
Princes qu'il avoit dpouills nommaffent, 
dans les Etats ufurps, le dpofitaire fuprme 
de la puiffance Royale. 

Concluons de-i que ce droit d 'lection 
du Maire, ainfi que celui qu'il eut lui-mme 
d'affembler & de conduire les armes, fut 
une loi nouvelle & non le rtabli ffem en t 
d'une ancienne loi. Que les Grands, int- 
reffs la maintenir, aient voulu en faire 
une loi fondamentale, cela peut tre; mais 
fi elle et t de la mme nature que celle 



x sur l'Hist. de France. 425 

qui afroit ie trne du Monarque (es 
enfans, la Monarchie et t dtruite, & 
trs -vritablement le Gouvernement ft 
devenu non une dmocratie, puifque ce 
n'toit point la Nation qui difpofoit du 
pouvoir, mais une vritable aristocratie, ce 
que nous verrons bientt dmenti par les 
monumens de la fconde Race. 

J'ai dit, en commenant ce Difcours, 
que dans cet abaifement de la Royaut, 
un grand homme qui ft mont fur le 
trne et encore pu la relever; & pour 
cela il n'y avoit qu'un feul moyen, c'et 
t que le Roi en perfonne commandt 
toujours fes armes, & prfidt toujours le 
plaid Royal ; par-l il et cart le Maire : car 
depuis quelque temps, celui-ci jouiifoit de 
ce double droit, ce n'toit qu'en i'abfence 
du Monarque. La prfence de celui-ci et 
donc rduit le Miniftre n'avoir que des 
confeils donner, & non un pouvoir 
exercer. Que ialloit-il enfuite l Faire foi- 
mme toutes les fondions de la Royaut , & 



426 j. Discours 

ne les exercer que pour l'avantage de toute 
la Nation; en un mot, rgner, & rgner 
juftement ; faire oublier par d'excellentes 
loix, par une conduite pleine de modra- 
tion & d'humanit, les atrocits & les 
carts de l'ancienne adminiftration ; fur-tout 
arrter te progrs de ces opinions fauffes qui, 
dnaturant les principes de la Monarchie, 
mettoient ct des loix les plus anciennes 
des ufages nouveaux ns de la tolrance du 
Souverain , & qui bientt furent regards 
comme des loix par les Miniflres & par 
les Courtifans intreffs les accrditer. On 
ne fent pas affez combien il eft important 
de ne jamais profaner ce nom de loix 
fondamentales du Royaume. Dans les troubles 
publics, chaque parti le donne fon fyftme, 
fes ides, aux ulages qu'il chrit. La cons- 
titution eft bien prs de s'altrer , lorfqu elle 
n'elt plus qu'un problme dans fefprit des 
peuples: elle ne fubfifte que par l'opinion 
gnrale , par une efpce de dogme politique 
que le citoyen eft accoutum refpecler, & 



sr l'Hist. de France. 427 

auquel il doit tre dtermin de facrifier 
(on tat, fa fortune & (es plus chers intrts 
La doctrine fondamentale de la Monarchie 
n'toit point encore change ; mais elle 
devenoit de jour en jour moins chre , & 
pour lui rendre toute fa force, il falloit 
rendre l'exercice du pouvoir toute la 
bienfaifance. Que failoit-il encore pour cela! 
Un petit nombre, un trs-petit nombre 
peut - tre de Miniftres qui , s'oubliant 
eux-mmes, & peu fenfibles la gloire de 
commander, eufTent aim vritablement le 
Roi, l'tat, la patrie, & n'euint voulu, 
qu'tre ignors, tandis qu'ils euifent tra- 
vaill rendre leur matre la confiance, 
lereipecl, l'attachement des peuples. 

Fin du Tome Quatrime. 



Faute corriger dans le troijihne Volume. 

Page y , ligne dernire , Quelles font les bornes , 
life^ Quelles font les formes. 

Fautes corriger dans ce Volume. 

Page 2 o , ligne 2 1 , pa ; life^ par. 

2j , tig. 2j , FJachoat ; life-^ Flaochat. 
faites la mme correclion aux endroits de la 
page 24. , o ce mme AJaire efl nomm. 
40, dernire ligne de la Note, noffenfum ; 

life? inoffenfum. 
84, ligne i2, Flacoat; life^ Flaochat. 
1 4.7 , ligne ly , qui la compofoient; life^ qui 

les compofoent. 
21 ) , ligne ij , les plus, life^ le plus. 
2-43 > ligne 6 ', V. e & du VI. c ficle; Ji/e 

Vi. c & du vu. e ficle. 
283* h ne 5 > d'y affifter. Le jugement; 

AfcZ dV affifter, le jugement. 
32.5, Note, y, e ligne, Charemage ; life^ 

Charlemagne. 



/ 

i'^ j m sgssata^^sajiisus rrT^'t! as .Mau^imiai^aai.^ 



TABLE 

Des Matires traites dans ce Volume. 



QUATRIEME DISCOURS 

Sur UH'iftore de France. 



G 



LOTAIRE II & Dagobert Ton fils. AfTembles 
des Grands. Devoirs & fondions des plaids, page I 

De la raret des monumcns de cette poque , & du 
jugement que l'on en doit porter 3 

Que ce fut fous le rgne de Clotaire II , que la 
puifTance de nos Rois commena dcliner. ... 8 

Du temps o commena l'inamovibilit des Maires 

du palais 11 

Plaid gnral de 613 13 

De la loi qui, en cette anne, confirme les donations 
antrieures : elle eut pour objet de rendre les 
bnfices hrditaires !,........ 16 

Vritable motif de cette loi. .... . 18 

A quelle poque les Grands fe mirent en poiTefliort 
de nommer le Maire ! , , . 23 

Intrigues d'AIethe, rvolte du duc Herpin. ... 27 

Dagobert inverti du royaume d'Auilrafie 3Q 

Meurtre de Rodoald. , , ,,,..,.. 32 



y Table 

Mariage de Dagobert 33 

Que le frquent ufage des plaids ne ramena point a 
libert. Meurtre de Godin 35 

Plaid de Clichi. . .. 37 

Les Lombards s'arTranchivTent du tribut 4.3 

Mort de Clotaire II. Dagobert feul Roi 4^ 

Duch d'Aquitaine confi l'un des fils d'Arbert. 4.6 

Voyages de Dagobert 48 

Guerres trangres fous ce Prince 52 

Sigebert , fils de Dagobert , devient roi d'Auftrafie. 5 8 

Le royaume de Neuflrie & de Bourgogne aflur 
Clovis II, fils pun de Dagobert 60 

Mort de Dagobert 63 

Des prtendues richeffes de la France fous fon 

r&ne. . . 66 

Relations politiques de la France cette poque. 69 

Rflexions fur cessdeux rgnes . . . 7 2, 

Article premier. 

PREUVES de la dcadence de l'autorit fous 
Clotaire II. Des caufes & des effets de cette 
rvolution 74. 

Des fuites de la rvolution qui fit perdre au Roi e 
droit de nommer le Maire 88 

Que la prfence des vques rendit les affembles 
encore plus chres aux peuples 90 



des Ma t I RE S. Vl) 

De a formule du divorce p^, 

Que les Rois perdirent beaucoup fous ces rgnes, 
les peuples ne gagnrent rien yy 

Article II. 

Des plaids gnraux de cette poque , & des 
Magiftrats qui y furent appels p^ 

Que le Prince n'y appeloit que fes Fidles , c'eft --dire 
ceux qui lui ,avoient prt ferment 102. 

Pourquoi ils furent nomms Seniores 103 

Origine du mot Baron 1 04 

Du mot Vajfus , & de fa fignification 105 

Des dignits qui donnoient fance aux plaids. . . 108 

Du Maire du palais 111 

Du Comte du palais 1 14 

De la runion de ces deux offices, depuis le rgne 
de Dagobert 1 1 j 

Des Domeftiques . 117 

Du Cubiculaire ou Chambellan 119 

Du Rfrendaire & des Chanceliers 120 

De PApocrifiaire, dignit plus moderne 124, 

Du Conntable , 12$ 

Des quatre grands Veneurs 126 

Du Snchal & du Bouteiller 128 

Des Marchaux 129 

Quels toient les Magiurats ayant territoire. . . * 1 3-5 



h Table 

Que l'ancienne divifion des Gaules fubfifta dans la 
hirarchie Ecclfiaftique 133 

Du partage des dpartemens entre les Magiflrats 
civils 134- 

De la fance des Evques au plaid. . 138 

Comment les plaids nuifirent l'autorit Royale. 142 

Que cependant ils ne donnrent point atteinte aux 
loix de la conflitution 150 






Article III. 

Des plaids de cette poque , confdrs comme 
Tribunaux. Des procdures & des formes des acres 
& des jugemens fous la premire Race. ... 151 

Des trois fortes d'actes qui fe paffoient dans les plaids, 
& qui toent excutoires en vertu de l'autorit 
Royale 154. 

Des actes paifs hors du plaid 15c 

De la manire dont on venoit dans e plaid leur donner 
la forme & l'authenticit d'un acte public. . . 1 61 

Des diffrentes procdures par Iefquelles on pourfui- 
voit en jufce l'excution des actes ou la punition 
des crimes 1 6 4, 

S. . cr Des procs civils dans tous les plaids. 165 

De la demande & de l'ajournement civil. 

166 

Pc l'infcription de faux 168 

De 



DES Ma T I R E S. p 

De Pufage des tmoins dans I'indruclion. 

l 7* 

De l'exception premptoire fonde fur un 

titre f 173 

Des combats judiciaires ; qu'ils n'toient 
point connus des Romains. .... 176 

Des Conjurateurs. . , . 177 

De la juridiction du Centenier. ... 179 

Des caufes qui toient portes directement 
& en premire infiance devant le plaid 
Koyal , & du droit d'tre jug par Ces 
Pairs 1 8 t 

Des conventions paflees fous le fceau du 
Roi & dans fon plaid, ....... 183 

Que le droit de plaider devant le Roi , ne 
nuifoit point la juridiction des tribu- 
naux infrieurs 1 84. 

Des ajournemens donns au nom du Roi 
lui-mme 187 

Que le Roi faifoit en dernier reffort les 
mmes fonctions que le Magiftrat en 
premire initan.ee ; qu'il donnoit des juges, 
& renvoyoit les aceufs devant leurs 
pairs, les Grands laques devant le plaid, 
les vques devant le Concile. . . 196 

Du refpect que nos Rois avoient pour les 
Evques 198 

Ce que c'toit que Jidejujfores tollere, 199 
Tome IV. e 



y Table 

Des Procureurs ou Reprfentans . . . 202 

Des dlais & des dfauts . 203 

De la peine du Forban contre le contumace 
perfvrant 207 

Des actes de juftice non contentieufe, qu 
s'obtenoient dans le plaid du Roi. 209 

Des actes de pure grce , 213 

5. II. DES procs criminels dans les plaids. 2 I 6 

Que ds le commencement de la Monarchie 
franoife on connut les Ioix pnales. 2 1 8 

Que I'ufage de mettre au Ban de l'Empire , 
n'eft devenu jufre, que depuis que ceux 
contre Iefquels fe rend ce Jugement font 
eux-mmes devenus des Souverains. 220 

Procs des Laques. 223 

Des diffrentes manires dont le tribunal toit 
faifi de la connoiflance du crime. . . 22} 

De la preuve du dlit & des tmoins. 229 

Du combat & des raifons qui le firent 
tolrer 233 

Des conjurateurs en matire criminelle. 2 3 j 

Des formes du duel , & par qui il devoit 
tre ordonn , , 239 

Du droit que tout le monde avoit de 
s'adrerTer directement au Roi .... 24.3 

De l'arbitraire des peines. ,...,.. 24.5 



des Matires. vlj 

Procs des vques 24$ 

De la nature des exemptions du Clerg; 
qu'elles n'avoient point pour objet de le 
fouftraire la juridiction du Roi. . . 24.0 

Diffrence du Concile aflembl comme 
Tribunal pour juger un Evque accuf, 
& du Concile convoqu pour juger de la 
foi (Se de Iadifcipline Ecclfialtique. 252 

Du Procureur du Prince , nomm pour 
aceufer l'Evque 25 j 

Hiftoire du procs de Prtextt, vque 
de Rouen 256 

Hiftoire du procs d'Egidius ou Gilles, 
vque de Reims 265 

Rflexions fur a nature & le caractre des 
fonctions exerces par le Concile, con- 
fidr comme Tribunal 269 

$. III. RFLEXIONS gnrales fur l'exercice 
de la juridiction cette poque. Expli- 
cation d'une clbre difpofition d'un capi- 
tulaire de Charles -le -Chauve. . . 2j$ 
Inconvnient des formes de cette poque, 
lors mme qu'elles toient fuivies. 2.76 

Du feul moyen qu'il y et de corriger 
cet inconvnient 277 

Que les formes actuelles font infiniment 
meilleures ................. 279 

Explication d'un paiTage clbre de l'dit 

e ij 



il) 



ni) Table 

de Pides 284. 

Des diffrentes lignifications du mot hx 
dans nos anciens monumens. ... 2.91 

Que les regifreS mme des Tribunaux 
s'appeloient leges 299 

De la diffrence entre bannire & mannire* 

300 

De a vritable acception du mot conventus 
jjopid . 33 

$. IV. Des Frez ou profits de Juftice. . . 304 

A qui appartenoient les Freda> C quelle 
partie en revenoit au Roi 307 

ARTICLE IV. 

DES plaids de cette poque , confdrs comme 
ayant part la Lgiflation. Du dpt & de a 
publication des Ordonnances 309 

Du befon que les Princes ont de recourir des 
Agens & des Confeils 310 

Que le plaid Royal partagea la lgiflation & non le 
pouvoir lgifatif 3 l 3 

Comptoit - on les fuffrages dans ces fortes d'af- 
fembles 314 

De la phrafe ex confenfu Fidelium noftrorum. . . 316 

Du droit d'exclure du plaid 318 

De la forme dans laquelle le plaid s'adrebit au Roi, 
pour lui demander une Ordonnance. ...... 322 



des Matires. ix 

Du dpt & de la publication des loix. ... 329 

Ce que c'toit qu' 'archiyium, fcrinium, regeftum. 330 

De la tranfcrption dans les Regiflres des cits, & de 
la rclamation du peuple 334. 

CINQUIME DISCOURS 

Sur r Hjlore de France, 

V-rfOMMENCEMENT de la dcadence de a premire 
Maifon royale; fuprmatie des Maires du palais. 338 

./Ega, Maire du palais de Neufhie 344 

Partage des trfors du feu Roi 34-5 

Grimoaldj maire d'Auftrafie & fuccefleur de Ppin. 

347 

Concert des Grands pour acqurir l'hrdit de leurs 

offices : rvolte de Radulphe 34^ 

Erchinoald, Maire en Neuftrie 349 

Flaochat, maire de Bourgogne. . . , . 350 

Tliftoire du patrice Villebad 352 

Mort de Flaochat 355 

Mort du roi Sigebert 357 

Mort de Clovis II; fes deux fils lui fuccdent, & 
partagent tout le Royaume 358 

Du prtendu Dagobert II 359 

bfoin fuccde Erchinoald 362 

Mort de Clotaire III; Thierry III lui fuccde. 364 

Le jeune Thierry effc dtrn. ........... 368 



x Table 

Childric reoit les demandes du plaid qui venot de 
le placer fur le trne , & les fait examiner. Le plaid 
reconnot fon pouvoir gifatif 370 

Wlfoade, maire d'Auftrafie 372 

Miniftre de S. 1 Lger, vque d'Autun, & fa 
difgrc . 374, 

Childric eft afTaffin. 376 

Thierry III remonte fur le trne; S.' Lger retourne 
la Cour 377 

broin fe rend matre de I'Auftrafie, & marche contre 
Thierry 379 

Mort de S.' Lger. 380 

Ppin fe rend cher aux Aufhafiens , & reoit d'eux 
le titre de Duc c...., 382 

Hiftore de Pertarite en Lombardie 385 

Que la foiblefTe des Rois fut l'effet de leur defpotifme 
mme 389 

Rflexions fur l'enfance & fur l'ducation des Rois. 

393 

Que le pouvoir des Maires rendit mme hommage 

aux Ioix fondamentales de la Monarchie. . . 405 

Du tort que Clovis avoit fait la Monarchie, en 
s'cartant de l'ordre tabli par Conftantin dans la 
Magiftaature. 407 

De l'norme pouvoir des Maires, & des raifons qui 
le rendirent fuprieur ceux des premiers Miniflres 
les plus abfolus ^ & 



ds Matires. xj 

Des raifons qui portrent les Magiflrats fouffrir les 
progrs de ce pouvoir 4,1 j 

Des atteintes que la foiblefle des Rois laifla donner 
aux loix de la fucceflion 419 

Rfutation de l'opinion de M. de Montefquieu , fur 
l'origine du pouvoir des Maires 420 

Des feuls moyens qu'il et t alors pofllble de prendre 
pour conferver le pouvoir du Monarque... 4.2 j 

Fin de la Table. 







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